Commentaires personnels :

Un roman noir, entre le thriller psychologique et l’horreur, qui nous offre une histoire d’une intensité remarquable. En général ce roman de Patrick Senécal a été bien reçu par la critique et par le public. Le roman diffère des autres romans de l’auteur par le fait que le fantastique n’a pas – ou peu – de place dans le récit. Ce qui n’empêche pas l’auteur de décrire des scènes parfois insoutenables – à la limite de l’horreur.

7_joursOn peut facilement déduire du texte que le thème principal est la légitimité de la vengeance – plus que la vengeance elle-même. On analyse notre rapport à la vengeance – ce qu’on serait prêt à faire, ce qu’on permettrait de faire, au  nom de la vengeance.

On peut lire deux histoires : le récit d’un père qui enlève l’agresseur et assassin de sa fillette pour le punir justement – car il ne croit pas que la justice pourra le punir à la mesure du crime que ce « monstre » a commis ;  et le récit de l’enquête policière qui tente de les retrouver – pour amener le criminel devant la justice « légale » et pour empêcher ce père de devenir lui-même un criminel et un assassin. Pour l’empêcher de devenir peut-être lui-même un monstre.

Les scènes sanglantes parsèment ce roman – le personnage principal (le père) étant un chirurgien, les tortures infligées au « prisonnier » sont très bien décrites, très visuelles et très réalistes… on sent la souffrance de l’homme – autant celle de la victime que celle du bourreau, même si nous ne sommes pas toujours certains de qui joue quel rôle.

Il a peut-être un peu trop de détails, et j’ai trouvé que parfois les scènes moins développées en disaient plus et avaient plus d’impacts que celles très détaillées. Le roman est cependant très habilement mené, et on explore toutes les facettes de la vengeance – autant la délivrance qu’elle peut apporter que la souffrance qu’elle n’efface pas. Mais contrairement à quelques critiques, je ne crois pas qu’on parle ici de « haine ». Le père ne considère pas son prisonnier comme un humain, il le considère comme un monstre, une bête… il veut lui faire subir la douleur et l’horreur que sa fillette a ressenti. La vengeance n’implique pas la haine. Et après avoir terminé son acte de vengeance – qui durera 7 jours et qui se terminera par la mise à mort de ce monstre -  il a l’intention de se livre à la justice. Car il sait qu’il devra payer pour avoir torturer et tuer – même s’il ne considère pas cet « homme » comme un humain. Il est conscient de devoir suivre les « règles » établies. Ce détail rend son acte encore plus froid.

L’écriture est efficace, le rythme rapide –tout en sachant ralentir - et on nous fait vivre les émotions intensément, avant même que les événements ne se réalisent. Plusieurs scènes en huis clos, où on ressent presque l’intimité entre la victime et son bourreau – tout en ne cessant jamais de ce questionner sur les rôles de chacun. Plusieurs scènes de dialogues – sans nécessairement beaucoup « d’actions ».

On se questionne sur cette torture, sur la vengeance et sur l’identité du « monstre ». Le roman nous présente d’ailleurs l’opinion publique face à cet acte… les gens prennent positions, appuient ou condamnent le père. L’éthique, la morale, ou la vengeance ? Doit-on, peut-on, se faire justice soi-même ? Et comment peut-on vivre avec la décision ? Peu importe cette décision…

Certaines personnes ont de toute évidence critiqué les scènes très – trop – bien décrites, la trop grande quantité de détails, de sang, etc. Et il peu parfois être difficile de croire aux personnages. On a parfois l’impression que l’auteur en « met trop », qu’on a compris, qu’il n’est pas nécessaire d’en faire plus. Et même s’il est vrai que parfois, j’avais tendance à dire « ok, ça va, j’ai compris » et que l’aspect psychologique aurait pu être plus développé, je crois que l’intensité des scènes avaient leurs places dans la trame, lorsqu’on les prend dans leur ensemble et non, une à une. La violence et l’horreur servent à mener le lecteur vers le dénouement que plusieurs ont trouvé banal, mais qui selon moi, était évident et simple mais intense.  Il est surtout conséquent et crédible.

Certains peuvent avoir eu de la difficulté à comprendre les personnages ou à s’identifier à eux. Je croix cependant qu’ils sont très crédibles et très réalistes. On peut facile comprendre comment quelqu’un de pacifiste, ordinaire, peut perdre son « bon sens », sa morale, devant un acte aussi horrible commis sur une enfant – son enfant. Reste à voir, s’il peut aller au bout ! Le texte joue sur la capacité du lecteur à se mettre dans la peau des personnages – à la fois du tueur et du père -  et sur les sentiments que l’on aura pour ceux-ci. Identification et sentiment.

Quelques passages un peu hors contexte, selon moi, mais qui ne troublent pas trop le récit ; et qu’une analyse plus poussée permettrait sûrement de remettre en perspective.

Le roman nous fait réfléchir sur nos opinions personnelles – vengeance, peine de mort, torture, etc – et comment ces opinions peuvent être confrontées à la réalité. Notre morale, nos principes peuvent-ils être confrontés à l’horreur ?

Premier article: Sept jours du talion, Les

Sources :