Le Survenant / Germaine Guèvremont; chronologie, bibliographie et jugements critiques d’Aurélien Boivin. – Montréal : Fides ; Bibliothèque québécoise, 1986. – 233 p. ; 17 cm. – ISBN 2-7621-0839-X

Commentaires personnels :

L’histoire du roman de Germaine Guèvremont peut sembler simple, voire banale. Un homme – un itinérant – cogne à la porte d’une maison à la campagne pour demander un repas. Le père de la famille, non seulement l’invite à les joindre à leur table, mais lui offre le logis en échange de son travail. Cet homme qui survient à l’improviste dans cette famille, va former des liens avec celle-ci et avec les habitants du village. Il transformera leur vie. Puis il part comme il était venu, à l’improviste.

Le roman s’inscrit également dans ce qui est convenu d’appeler « roman de la terre », bien qu’il soit un des derniers représentants du genre. Il présente en effet, les principaux aspects que l’on peut retrouver dans ce genre de roman : la vie rurale ainsi que les traditions, les valeurs et les habitudes des gens vivant de la terre àSurvenant1 cette époque. On nous présente les différentes tâches rurales quotidiennes et annuelles, puisque nous passons une année entière, un cycle complet, sur la ferme des Beauchemin avec le Survenant. Le roman s’inscrit donc parfaitement dans le genre « terroir » par sa peinture de la vie, « de l’âme » paysanne.

On nous présente également l’opposition entre la vie rurale, sédentaire et traditionnelle et la vie nomade, libre, sans attaches et souvent représentée comme n’ayant pas de morale. La « bonne » vie et la « mauvaise » vie. On oppose aussi les gens vivant à la campagne et dans les villages avec les gens sans attaches, les coureurs des bois, mais aussi les gens vivant à la ville.

Les personnages représentent en général assez bien ces archétypes. Les habitants du Chenal-du-Moine sont sédentaires, ancrés dans la tradition et respectueux des valeurs familiales et religieuses. Ils sont attachés à la vie rurale, simple et fruste. Ils préconisent avant trois valeurs qui sont pour eux fondamentales et qui devraient être universelles : la famille, la religion et la terre.  

Le Survenant, quant à lui, représente l’opposé. Un personnage libre, sans attache, sans famille, sans passé, incertain du futur. Il est fort, bagarreur, aime « bien » vivre, boire et fêter. Il représente la vie errante, l’aventure, les terres et la vie inconnues. Il représente également un ancien style de vie qui rappelle aux habitants sédentaires du village, la vie de leurs ancêtres qui sont venus de loin pour coloniser les terres du Québec.

Mais l’auteur va au-delà de ces archétypes. Elle donne plusieurs dimensions à ses personnages et c’est ce qui fait démarquer son roman du style en général et de d’autres romans du genre.

Les membres de la famille Beauchemin présentent plusieurs aspects contradictoires. Le père Didace sympathise immédiatement avec le Survenant et le considère comme un fils adoptif – en remplacement de son propre fils qui le déçoit. Le Survenant permettra au père de réaliser certains rêves, ainsi que de voir une figure de fils qui lui manque. Il lui procure également l’occasion de finalement fuir – symboliquement et ensuite physiquement - un peu cette famille qui le déçoit ainsi que sa vie qu’il considère terne (alors qu’avant il l’a considérait comme naturelle et remplie de valeurs traditionnelles et importantes). Sa famille est en crise et il le sait.

Le fils Beauchemin et sa femme ne voient pas du même œil la présence du Survenant dans leur maison. Ils sont jaloux, se sentent menacés par cette présence. Mais cette présence les pousse également à exprimer leur véritable nature, leurs désirs et espoirs.

Bien que plusieurs des habitants et voisins sont réticents à la présence du Survenant, ils l’acceptent tout de même pour un temps. Ils viennent le voir, écoutent ses histoires, boivent avec lui, … Le Survenant, bien qu’il amène une rupture dans leur vie traditionnelle, apporte également une pause dans leur vie routinière, tranquille, sûre, mais également lente, répétitive et ennuyante. Cette rupture est à la fois mal vue et souhaitée.

Le Survenant, bien qu’ayant tous les traits typiques du personnage du coureur des bois, du « grand-dieu-des-routes ». Mais il est également un sage qui apporte souvent les bons mots aux bons moments. Malgré ses extérieurs rudes et frustres, il sait se montrer doux et tendre. Il a une personnalité magnétique qui semble attirer les gens à lui, même s’il bouleverse la vie de ceux qu’il croise.

On peut facilement voir dans ce personnage qui arrive, transforme la vie des gens qu’il rencontre, et quitte ensuite sans bruit, une figure de sauveur, presque messianique. Il passe rapidement, le temps d’un cycle annuel, telle une étoile qui guide le chemin. Et son passage va changer la vie de la famille Beauchemin, de l’infirme Angélina et des habitants du village. Il les confronte à eux-mêmes, à leur vie, au choix qu’ils ont fait et aux choix qu’ils doivent faire. Après son départ, les gens ne seront plus les mêmes. Le père Didace prévoit un nouveau mariage, Alphonsine attend finalement un enfant, tous des symboles de renouveau, de recommencement. De plus, certains personnages, comme Amable et Angélina sont plus sûr d’eux-mêmes.

Ce qui rend le roman intéressant et le démarque des autres romans de la terre sont principalement ses personnages uniques ainsi que l’écriture simple mais poétique. On se sent vivre aux côtés des habitants du Chenal-du-Moine, on apprend à les connaître et à les comprendre. Et on veut suivre le Survenant.

Le Survenant est devenu une figure mythique – non seulement dans le roman – mais dans la littérature québécoise. Et ce surtout par cette nouvelle fin que l’auteur a livré quelques mois avant la fin de sa vie. Le personnage demeure maintenant un mystère. Contrairement à la première version du roman, le personnage quitte les Beauchemin et le Chenal-du-Moine sans qu’on ne sache rien de lui que ce qu’il a nous a laissé entrevoir lors de son passage. Son importance demeure d’avoir transformé les vies de ceux qu’il a croisé…

- Commentaires sur l'auteur
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Extraits :

« Angélina approchait. Venant l’aperçut.

- Aïe, la Noire ! Veux-tu me servir pour l’amour de la vie ? Je me meurs de faim.

Ce premier tutoiement la remua toute. La voix un peu tremblante, elle dit :

- Si vous voulez ôter votre étoile de sur la table, je vous apporte une assiette enfaîtée.

- Mon étoile ?

- Oui, votre grande main en étoile… 

Il vit sa main dont les doigts écartés étoilaient en effet la nappe. Il éclata de rire. Mais quand il se retourna pour regarder l’infirme, celle-ci avait disparu parmi les femmes autour du poêle. »

Sources :

http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurG/guevre_g/surve_gg.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Survenant_(roman)
http://www.germaineguevremont.ca/
http://www.geocities.com/comunitatea_romina/gheorghemircea_survenant.htm
http://www.fabula.org/actualites/article17040.php
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/816.html
http://jydupuis.apinc.org/dotclear/index.php/2005/05/28/78-le-survenant-de-germaine-guevremont