EmpruntLa citation tirée de l'Avalée des avalés est très belle. Et très impliquante. Lire un livre prêtré nous lie à la personne qui nous a prêté le livre. Lorsqu'on le rend cette personne, on devra lui dire ce qu'on en a pensé. Notre avis sur le livre. Si la personne le possédait, cela implique presque toujours quelle l'aimait - mais évidemment, pas nécessairement - et donc elle voudra savoir ce que nous avons pensé du livre qu'elle nous a prêté. Nous sommes donc liés de par ce livre.

Mais ça, c'est quand le livre emprunté est retourné.

J'ai toujours eu de la difficulté à prêter mes livres. Enfin, à prêter mes choses en général, mais mes livres en particulier. Mais bien sûr... "prête tes choses" que ma mère me disait... "ne sois pas égoïste" que ma mère me disait...

Ce fut rarement une expérience agréable. Les livres étaient retournés avec des souvenirs non sollicités... des coins de pages tournées, des couvertures endommagées, et même des morceaux perdus. J'hésitais donc à prêter mes livres. Et quand on disait "j'aimerais bien lire tel livre"... je tournais la tête, faisais semblant de ne pas avoir le livre en question. Et quand on savait que j'avais, toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas prêter. Je l,oubliais à la maison... je ne le trouvais pas dans ma bibliothèque...

Mais évidemment, c'est difficile de ne pas prêter, surtout aux gens que tu connais. On ne comprend pas. Et dire carrément "non" très délicat.

Et puis, un jour... au cégep... dans un cours de littérature... Nous devions lire "Le Torrent" d'Anne Hébert. Ma tante venait de me donner plusieurs livres de sa bibliothèque dont ce recueil. Je m'exclamais donc innocemment, sans y réfléchir :"je l'ai ! je n'aurai pas besoin de l'acheter !" et une connaissance à côté de moi - que je connaissais à peine, mais avec qui je parlais dans les cours et entre les cours - de dire: "super ! tu me le prêtes quand tu as fini?".

L'horreur totale ! Que faire ? Trop gênée pour dire non, je lui ai prêté. Et je n'ai jamais revu le livre. Jamais. Tous les cours, elle oubliait de la ramener. La session a terminé, elle a quitté le collège et plus de livre. Ce n'était pas le premier livre que je perdais de la sorte, mais celui-ci m'a blessée, plus qu'à l'habitude. Non seulement car il est excellent, mais parce que c'était un cadeau de ma tante.

Et donc, ma réticence initiale s'est transformée en un refus total. Je ne prête plus mes livres. Et les rares fois que cela m'est arrivé, ce fut par obligation et avec des menaces. Littéralement des menaces, dont on se souvient. Un ami - oui, un ami que je connais bien - se souvient encore du mot que j'avais laissé dans le livre, signifiant que je voulais ravoir le livre et qu'il avait besoin de le rendre intact dans un délai relativement bref. Et ce, en plus, des recommandations que j'avais fait au moment où le livre avait changer de mains.

Ce ne sont pas les seules menaces que j'ai proférées aux rares personnes auxquelles j'ai prêté, dans les dernières années, des livres (et autres cossins). Et quand je prête, je note - j'ai parfois aussi tendance à oublier que j'ai prêté, surtout quand il s'agit de la famille. Qui soit-dit en passant, n'est souvent pas plus "fiable" dans le domaine du retour !!! Donc, je note. Et je fais des rappels - en bonne bibliothécaire que je suis...

Et donc, je suis consciente que la littérature se partage, mais si je suis prête à conseiller, à suggérer... je ne prête qu'à coup de menaces... très réelles. J'aimerais être plus généreuse de mes livres... mais pour ma défense, je suis généreuse de mes lectures et toujours prête à offrir en cadeau un beau livre neuf !