Lors d’un voyage en auto au Pays Basque (en Espagne) en juin 2005, nous avons visité plusieurs endroits forts beaux et intéressants. Parmi ces endroits, nous avons pu voir de nombreux sites archéologiques. Un de ces sites m’a particulièrement intéressé…

Le dolmen de « La chabola de la Hechicera » ou « Sorginetxeko Trikuharria » en basque, se trouve dans les environs de la ville de Elvillar (Bilar) non loin de la très belle petite ville Laguardia (Biasteri) – province de Alava (Araba).

DolmenBasque1Le dolmen est un des plus importants du Pays Basque, il est très grand et très bien conservé. Il est un excellent exemple de la culture mégalithique de la Rioja Alavesa. On a découvert son existence en 1935 et on procéda à sa restauration en 1974. Il est situé sur des terres en friches, près de vignes et de champs de blés. Du dolmen, on peut aussi voir le village d’Elvillar et la très belle église du XVIe siècle. On peut d’ailleurs avoir de singulières vues de l’église et du dolmen… mélanges de cultes et d’époques assez intéressants !

On situe sa construction vers 3500-3000 ans av. J-C. Le dolmen est considéré comme un monument funéraire utilisé comme un tombeau collectif – on cite un minimum de 39 corps ayant pu reposer dans le monument.

Le site fut aussi utilisé au cours des siècles comme lieu de rencontres autant païennes que religieuses. Encore aujourd’hui, lors des fêtes en l’honneur de la vierge d’août, on célèbre un « akelarre » qui signifie en fait « sabbat ». La fête se déroule dans les alentours du dolmen et inclut des représentations de sorcières.  Encore une fois, on retrouve les cultes païens qui resurgissent dans les célébrations religieuses catholiques. Évidemment, certaines associations peuvent être aussi faites avec la déesse ou lamia basque Mari. Mari vivait dans le monde souterrain, elle et son conjoint se rencontraient les vendredis – la nuit de l’akelarre – pour concevoir les tempêtes amenant habituellement la fertilité aux hommes et aux terres. Les sorcières l’honoraient dans leurs rituels.

Le nom du dolmen « La chabola de la Hechicera » signifieDolmenBasque4 « le dolmen de la cabane de la sorcière ». Et des akelarres ont donc eu lieu et ont encore lieu près du site. D’ailleurs nous avons pu trouver les traces d’un rituel ayant eu lieu aux côtés du dolmen. Poissons calcinés et clous se trouvaient parmi les cendres encore assez fraîches…

Un akelarre (maintenant dit aquelarre, en espagnol) signifie « champ de bouc » (en basque, aker = bouc, larre = champ) et indique le lieu où on célèbre des rituels. Le bouc était associé au pouvoir dans les traditions basques, ainsi qu’à la protection du bétail. On gardait, d’ailleurs, dans les maison un bouc noir (un vrai bouc ou encore une représentation de l’animal) pour assurer la protection des animaux de la ferme. Aker (bouc) ou Akerbeltz (bouc noir) se transforma en divinité souterraine. Il commandait divers êtres souterrains comme des génies et on disait qu’il pouvait aussi commander les vents et tempêtes.

Avec le christianisme, le bouc fut rapidement associé au diable ou à Satan, Et donc, comme à plusieurs autres endroits, au Pays Basque on associa le bouc à Satan et donc par extension, le « champ du bouc » au lieu où se rendait les sorcières pour célébrer le sabbat, présidé par le « bouc » - habituellement un bouc noir (Akerbeltz). Les procès de sorcellerie des XVIe et XVIIe siècles ont contribué à établir les prétendus cultes qui avaient lieu lors des akerlarres : offrandes, danses, orgies, etc.

Donc, monument funéraire, lieu de culte païen, célébrations de rites magiques, fêtes catholiques… le site dégage de toute évidence beaucoup d’énergie. Et je retiens surtout l’image de l’église catholique apparaissant à travers les pierres, et les cendres situées tout près du monument… religions et croyances se côtoyant simplement…

Description :

Nom : Dolmen de la Chabola de la Hechicera
Type : Monument mégalithique funéraire
Période : Préhistoire, Calcolithique – Contruction entre les années 3500 et 3000 av. J-C.
Situation : Pays basque – province Alava.

Mesures : La pierre plus haute mesure 3 mètres de haut, de mètre de large et 40 cm d’épaisseur.

Composition :

Le monument funéraire est composé d’une chambre polygonale formée de 9 dalles (ou pierre brute) et d’une galerie qui conserve encore 5 dalles et une pierre de couverture. La restauration a permis de remettre cette pierre de couverture à sa place – puisqu’elle était divisée en trois morceaux lors de sa découverte.

Plusieurs restes archéologiques furent trouvés pendant les excavations et correspondaient à divers moments. Les objets les plus antiques sont des microlithes, pointes de flèches de petites dimensions. Il y avait aussi des haches polies, des pièces de céramiques, des pointes de flèches de d’autres époques, divers restes métalliques ainsi que des restes humains.

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