15 août 2008

Antigone d'Anouilh - III. Résumé et Commentaires personnels

 

Anouil3Antigone / Jean Anouilh. – Paris : La Table Ronde, 1976. – 133 p. ; 19 cm.

Résumé :

Cette tragédie en prose composée d’un seul acte commence par la présentation par le Prologue des personnages de la pièce qui sont déjà en scène lors du lever du rideau. Le Prologue résume également la situation dans laquelle nous trouvons les personnages ; c’est en fait un rappel de la légende de Thèbes et des faits qui se sont passés avant le début de la pièce :

Après le départ d’Œdipe, roi de Thèbes, le royaume est gouverné par ses deux fils, Polynice et Étéocle. Les deux frères avaient d’abord décidé de partager le pouvoir et de régner une année sur deux. Mais après un an, Étéocle ne veut pas céder le pouvoir à son frère. Polynice veut reprendre le trône et réussit à assembler une armée. Une guerre se déclare entre les deux frères qui se terminent par la mort de Polynice et Étéocle qui se sont entretués. Le pouvoir revient alors à leur oncle, Créon. Celui-ci organise des funérailles pour Étéocle qu’il considère être mort pour le royaume, mais ordonne de ne pas toucher au corps de Polynice, celui qui a trahi sa patrie, de ne pas lui donner de sépulture.

Après ce prologue, la pièce débute avec le retour d’Antigone qui est sortie pendant la nuit. Elle cache à sa nourrice les raisons de sa sortie nocturne. On assiste ensuite à une discussion d’Antigone avec sa sœur Ismène, qui se doute de ce qu’elle veut accomplir. Elle essaie de la convaincre de ne pas enfreindre les ordres de Créon. Malgré ses doutes, Antigone est déterminée.

Elle rencontre ensuite son fiancé, Hémon, le fils de Créon. Après s’être rassuré de son amour pour elle, elle lui demande de lui faire confiance et lui annonce la rupture de leurs fiançailles. Hémon ne comprend pas les raisons de cette rupture. Puis, alors que sa sœur Ismène tente encore de la convaincre de ne pas enterrer leur frère, Antigone lui avoue qu’elle l’a déjà fait, la nuit passée.  

Pendant ce temps, on découvre que Polynice a été recouvert de terre et on avertit Créon que ses ordres ont été enfreints. Il fait surveiller le corps et ordonne de ne pas en parler pour l’instant. Antigone est ensuite arrêtée par les gardes de Créon alors qu’elle est près du corps et ne la reconnaissant pas, ils la brutalisent. Mis au courant, Créon ne veut tout d’abord pas croire que sa nièce est responsable d’un tel acte. Il affronte Antigone et tente de la raisonner. Mais leurs convictions sont trop différentes et ils sont irréconciliables.

Créon veut ramener la paix dans le royaume, étouffer tout scandale et demande à Antigone de ne plus tenter d’ensevelir son frère. À court d’arguments, il révèle les vraies personnalités de ses frères, et les raisons de leurs morts. Mais Antigone ne veut pas céder, malgré ces révélations qui la bouleversent. Ne pouvant rien faire pour la protéger, Créon appelle un garde qui amène Antigone. Le Chœur et ensuite Hémon tentent d’intercéder en faveur d’Antigone. Mais Créon ne veut et ne peut pas empêcher sa mise à mort.

Antigone, seule avec un garde, ne trouve aucun réconfort dans ses derniers moments. Un messager arrive sur scène et annonce la mort d’Antigone, mais aussi la mort d’Hémon qui s’est tué près de celle qu’il aimait. Créon revient alors sur scène, le chœur lui apprend alors la mort de sa femme, la reine, qui n’a pu supporter la mort de son fils. Créon se retrouve alors seul, calme. Il sort. Le chœur s’adresse une dernière fois aux spectateurs pour clore la pièce.

Commentaires personnels :

Le mythe d’Antigone est une histoire tragique qui semble aller au-delà de l’histoire racontée en tant que telle. Le thème central d’Antigone ne me semble pas son action – offrir une sépulture à son frère – mais plutôt sa volonté de se rebeller contre l’ordre établi. L’affrontement entre Antigone et Créon symbolise l’obligation de suivre l’ordre en place (Créon) et la volonté de se rebeller (Antigone). Liberté de pensées et d’actions contre obligation de suivre le pouvoir en place. Les choix qui doivent être faits amènent souvent des conséquences irréversibles et douloureuses. Est-ce que les choix sont toujours justifiés ? Est-ce que les convictions personnelles et la volonté d’absolu jusqu’au sacrifice de soi justifient ces actions ?

Antigone est une tragédie et repose sur une fatalité. Nous savons qu’une mort ou des morts auront lieu, et peu importe les événements qui suivent, il n’y a pas d’espoir. Les personnages sont « programmés » par leur destinée, leurs personnalités fortes, exceptionnelles et par leurs actions fortes, intuitives et parfois violentes. Les personnages sont nobles mais ne s’opposent pas à leurs destins. Ils savent que ce qu’ils doivent faire et ne cherchent pas à se dérober à leurs obligations. Créon tente de convaincre Antigone mais sait très bien qu’il ne le pourra probablement pas et qu’il devra la condamner à mort, car telle est la loi, et il ne peut la contourner. Antigone sait qu’elle va mourir mais rien, même certaines révélations troublantes, ne la feront changer d’idée.

L’histoire veut faire passer un message. Les gens accomplissent parfois leurs actions car poussés par des motivations au-delà de leur volonté. Ils se plient à ce qu’ils croient devoir faire… même si c’est une erreur. Il est facile de voir comment cette réécriture du mythe d’Antigone par Anouilh a été motivée par son époque. Et comment les spectateurs ont pu transposer les actions et les dialogues des personnages à la réalité du moment, c'est-à-dire l’Occupation et la Résistance.

Il fut en quelque sorte facile à Anouilh de transposer l’histoire d’Antigone car celle-ci est intemporelle. On traite ici de l’Homme, de ses faiblesses et de ses forces, de sa noblesse et de ses peurs. La tragédie d’Anouilh transmet beaucoup de pessimiste. Malgré les notions de grandeur, idéalisme, passion et noblesse de sentiment, ressort surtout la fatalité du destin. Et selon moi, l’aveuglement. Une volonté de pureté de sentiments mais qui amène irrémédiablement à un refus de voir autre chose que sa propre conviction.

 

La pièce se veut un appel à une certaine révolte – tout en laissant toujours sous-entendu l’obligation de se plier à certaines règles. Certains se soumettent et ne peuvent faire autrement… faut-il les condamner ? D’autres se rebellent malgré tout et contre tout raisonnement. Est-ce que cela vaut toujours la peine ? Il a certes une idée d’extrême, d’affrontement entre le bien et le mal… mais il n’est pas clairement défini ce qui est le bien et ce qui est le mal.

La pièce va cherche dans le classique une vision du moderne. Anouilh mélange sentiments anciens et quotidien absurde. Les héros sont dignes des mythes anciens et sont obsédés par des valeurs nobles, par des idéaux intemporels. Ils refusent les compromis.

Anouilh a bien sûr apporté quelques modifications à la tragédie de Sophocle et au mythe d’Antigone. Il fait d’Antigone une fille simple et ordinaire alors que l’Antigone est remarquable. Sophocle place Créon et son destin au centre de sa tragédie alors qu’Anouilh y place Antigone. Mais le destin et le sacrifice demeurent centraux aux deux textes.

De nombreuses analyses de la pièce d’Anouilh existent et je conseille vivement à ceux qui s’intéressent à Antigone, de les lire.

Personnellement, j’ai toujours beaucoup aimé ce mythe et j’ai aimé les deux textes, autant celui de Sophocle que celui d’Anouilh. J’ai particulièrement aimé la lecture d’Anouilh et l’ambiguïté qu’il laisse planer.

D’un point de vue tout à fait personnel, j’ai cependant beaucoup de difficulté avec l’idée de « destin » et de « sacrifice »… donc, j’ai toujours eu envie de dire à Antigone… « oui, bon, tu l’as recouvert deux fois déjà, on a compris ton opposition, tu as clairement noté ton désaccord… pas besoin de mourir pour un ti-clin qui ne t’aimait pas… ». Mais bon…

Lire aussi:

Antigone d'Anouilh - I. L'auteur
Antigone d'Anouilh - II. L'oeuvre

Sources:

Citations :

« LE CHŒUR, s’avance.

Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire – même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement á les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini. » p. 132

 « C'est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre [...] C'est tout. Après on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. » pp.56-57

Posté par Laila_Seshat à 20:09 - Commentaires [83] - Permalien [#]
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