17 août 2008

La Chambre de la Stella

Critique de lectureStella

La Chambre de la Stella / Jean-Baptiste Harang. – [Paris] : Grasset, 2008. – 152 p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-253-12012-4. – (Coll. Le livre de Poche : no30989)

Quatrième de couverture :

Chaque maison cache un secret, les murs ont des oreilles mais la bouche cousue. Il faut poser longtemps la joue contre leur sein, comme un docteur fiévreux, pour les entendre respirer. A Dun-le-Palestel, dans la Creuse, la maison de famille du narrateur en a si gros sur le cœur et tant à dire qu'on va la confesser, pièce après pièce, l'écouter se raconter, souvenirs dérangés, vérités arrangées, les choses et les gens tels qu'ils furent, les échos et les ombres qu'il en reste. Elle finira bien par lâcher ce qu'elle sait. Elle sait l'histoire d'un père qui, lui, avait choisi de se taire.

Stella1L’auteur :

Jean-Baptiste Harang est en 1949 à Chaulgnes dans le département de la Nièvre. Il est journaliste pour le journal la Libération depuis 1978. À partir de 1988, il prend le poste de critique littéraire pour le même journal. Il publie son premier roman, Le Contraire du cotton, en 1993. En 2004, il publie L’art est difficile qui est en fait un recueil d’articles qu’il a publié dans la Libération depuis 1988. Il reçoit en 2006, le prix Livre Inter pour La Chambre de la Stella.

Bibliographie :

  • Le Contraire du cotton (1993)
  • Les Spaghettis d'Hitler (1994)
  • Gros chagrin (1996)
  • Théodore disparaît (1998)
  • L’art est difficile (2004)
  • La Chambre de la Stella (2006)

Résumé:

Le narrateur de La Chambre de la Stella partage avec nous des souvenirs d’enfance à travers les pièces de la maison familiale. Il cherche surtout à nous parler de son père et du secret qu’il a découvert remettant en question ses origines.

Dans les années 60, alors qu’avec son frère et sa sœur, il avait entrepris de repeindre le rez-de-chaussée de la maison familiale, il découvre dans un vieux secrétaire, le livret militaire de son grand-père. Ce qu’il y découvre révèle la véritable identité de son père et remet en question toute la famille paternelle. Son père ne révèlera jamais les secrets de sa naissance et les secrets de la maison de Dun, même après son décès.

À travers ses souvenirs, l’auteur part à la recherche de celui qui serait son véritable grand-père et cherche à éclaircir les silences et secrets de sa famille.

Commentaires personnels et expérience de lecture :

Le « roman » que nous offre Jean-Baptiste Harang semblerait être en fait un recueil de ses propres souvenirs. Souvenirs qu’il nous livre principalement – mais pas uniquement - à travers les pièces de la maison familiale. Mais la relation de ces souvenirs semble surtout avoir pour but de cerner l’identité de son père.

En effet, le secret qu’il a découvert par hasard et qui révèle que son grand-père n’est pas le père biologique de son propre père, le pousse à essayer de retrouver des parcelles de sa généalogie en partie inconnue. Cette découverte qu’il n’abordera jamais ouvertement avec son père le trouble. Il voit son père différemment, il cherche à comprendre les raisons de ses silences et de tous ces secrets sur ses origines. Pourquoi son père dissimule ses origines? Pourquoi choisit-il ne pas en parler?

Harang part à la rencontre des secrets enfouis dans la maison de Dun. À travers les pièces, il partage des moments de son enfance, des moments de la vie d’autres membres de sa famille, des moments d’une époque lointaine – mais si proche.

Mais les souvenirs sont-ils bien réels ? L’auteur ne cache pas que les souvenirs sont parfois trompeurs. La mémoire n’est pas infaillible. On se rappelle d’un son particulier mais on oublie la date exacte… on amplifie certains événements, on efface parfois certains mots, on invente sans s’en rendre compte.

Le roman est de toute évidence une quête infiniment personnelle et on se sent presque voyeur de partager ces souvenirs intimes. Pourquoi d’ailleurs les partagent-ils avec nous ? Le texte semble plus une façon pour l’auteur de se libérer de ses souvenirs, et peut-être en veut-il inconsciemment à son père de ne pas avoir livrer son secret, de ne pas avoir partager avec lui ces confidences intimes. Son père ne lui a rien dit. Un inconnu lui révèle qui pourrait être son grand-père… et la chambre de la Stella renferme peut-être plus que ce qu’elle semble offrir… mais son père ne lui a rien dit… Certains ont vu un hommage à son père… peut-être… j’y vois plutôt une accusation de ne pas avoir parlé… un chagrin de ne pas avoir partager plus avec son père.

Le livre est court. Les phrases entre poésie et confusion. Les descriptions sont innombrables. On assiste à une énumération de souvenirs, mais aussi à de longues descriptions de lieux, de pièces, de meubles. Ce qui alourdit parfois la lecture. On a parfois l’impression qu’il faut lire entre les descriptions détaillées de pièces et de meubles, les traces de souvenirs et d’émotions. Mais ce n’est pas totalement sans charme. La confusion, l’impression de se perdre un peu rappelle que nous lisons des souvenirs, qui ne sont pas toujours très nets. Je me suis rappelée moi aussi comment nos souvenirs sont souvent attachés à un objet particulier, à un lieu précis… je pourrais remplir des pages sur la maison de mes grands-parents, par exemple…

Mais on sent parfois qu’on s’éloigne du fameux secret. Que celui-ci n’est qu’un prétexte à de longues descriptions. Que les recherches de l’auteur n’aboutissent pas, on se perd dans des noms, des généalogies incertaines. On passe sur certains personnages alors qu’on aurait aimé en savoir davantage. Et malgré la brièveté du livre, j’ai parfois trouvé le temps long et j’avançais péniblement dans ma lecture. Et je dois avouer que la fin m’a un peu déçu. Mais l’auteur ne pouvait que difficilement terminer autrement sa quête qui n’est pas terminée.  

Les avis d’Hélène , d’Antoine Peuchmaurd et de Joël Perino

Citations:

« Enfants, nous ne montions jamais au grenier, l’interdit et la peur nous en dissuadaient, la peur surtout, l’interdit à lui seul eût pu nous stimuler. » p. 83

« La cuisine de Dun était le centre du monde. Et ma grand-mère régnait sur ce monde. Au centre de ce centre du monde une table aux pieds trop frêles qui me sert encore aujourd’hui, dans mon mi-temps parisien, de table de salle à manger, mais elle ne se souvient de rien. » p.115

Sources :

Posté par Laila_Seshat à 16:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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