23 octobre 2008

V. Le balai et la sorcière

Dans l’imagerie populaire, on associe souvent la sorcellerie, principalement la sorcière, au balai. Les images de sorcières –habituellement nues - tenant un balai ou encore volant sur un balai sont très connues et utilisées. Le balai est donc aussi souvent devenu un symbole maléfique. On retrouve dans beaucoup de cultures, l’image de la sorcière enfourchant son balai pour s’envoler vers le sabbat. La sorcellerie étant souvent considérée comme maléfique, l’association fut facile à faire. Le balai devint un instrument maléfique.

 

L’image la plus répandue est celle d’un balai « médiéval » et on l’associe presque uniquement à la sorcière – peu au sorcier. De toute évidence, principalement, car c’est un objet associé aux tâches domestiques. On voit donc les sorcières avec des balais et souvent les sorciers avec des bâtons ou des fourches.

Le balai est parfois représenté comme objet ordinaire dans la maison de la sorcière mais le plus souvent on le voit comme un objet « enchanté » qui permet à la sorcière de s’envoler pour le sabbat. Elle l’enfourche alors et s’élance – souvent par la 14414803cheminée – pour rejoindre d’autres sorcières dans un endroit éloigné.

 

Malgré le fait que cette image est très connue, il existe peu de témoignages ou confessions – lors des procès de sorcellerie - de sorcières ayant utilisé ce « moyen de transport ». Les sorcières « confessant » plutôt de s’être rendu au sabbat à pied ou cheval. De plus, on cite souvent le cas de Guillaume Edelin, de Saint-Germain-en-Laye (près de Paris) – un prétendu sorcier –  et donc un homme comme premier cas de confession incluant le vol sur un balai (en 1453). Quelques confessions soulignent cependant l’utilisation d’un simple bâton, fuseau ou d’objets similaires pour se rendre au sabbat. La majorité de ces témoignages – la plupart du temps obtenus sous la torture, évidemment – précisent que les objets utilisés pour le vol sont enduits de baume, huile, crème « magiques » permettant à l’objet de voler. Quelques sources parlent aussi du fait que le balai était utilisé par la sorcière pour cacher son absence de son logis. Celle-ci plaçait un balai à sa place dans le lit. Le balai prenait forme humaine. La sorcière pouvait ensuite se rendre au sabbat par d’autres moyens.

Les balais ou bâtons sont aussi souvent utilisés lors de danses rituelles dans lesquelles les sorcières sautent, dansent et les chevauchent – sans toutefois s’envoler.

 

Dans la presque totalité des « témoignages » et « confessions », non seulement le balai est enduit d’une substance magique, mais certaines incantations sont également utilisées. Les noms de Satan, Lucifer et Diable sont souvent utilisés puisque les sabbats auxquels les sorcières sont sensés se rendre sont « présidés » par ces « démons ». De plus, on a souvent dit que le balai servait aussi à recevoir entités, âmes et esprits tel un réceptacle.

 

Comme mentionné plus haut, bien que cet acte fut peu relaté, au cours des siècles, la tradition populaire a conservé et propagé cette image de la sorcière s’envolant sur son balai et passant par la cheminée. On mentionne parfois, que cette image peut provenir de la coutume de pousser un balai dans la cheminée des maisons pour indiquer que la maîtresse de maison était absente.

 

Certaines sources notent que le balai était en fait le bâton utilisé lors de rituels par les sorcières et sorciers et que pour éviter d’être reconnus comme praticiens d’arts magiques, ces derniers « maquillaient » leur bâton en balai, objet usuel et commun des maisons.

L’image montrant une femme – sorcière – volant sur un balai est donc ancienne et bien ancrée dans l’imaginaire. Elle remonte non seulement au Moyen-Âge mais encore plus loin, puisqu’on peut trouver des traces de cette imagerie dans les mythologies celtique, nordique, germanique, romaine et grecque. On rattache alors le mythe de la « grande chasse sauvage » à la chevauchée des sorcières se rendant au sabbat. On mentionne souvent « Diane » comme déesse de cette chasse mythique et initiatrice de cette chevauchée magique. On cite aussi la chevauchée des walkyries menée par Odin. On identifie alors les walkyries aux sorcières et Odin à Satan. Les exemples sont multiples. Et les sorcières volent dans la nuit, souvent accompagnées des âmes damnées, d’êtres démoniques, de fées et autres esprits.

Cette chevauchée dans les airs est un mythe très ancien et peut être associé à la séparation du corps et de l’esprit, ainsi qu’à la liberté de l’esprit, à son élévation. Et le balai devient donc un symbole de voyage dans un autre monde, d’élévation de l’esprit, de décorporation, de voyage symbolique. On parle alors de symbole mystique et le voyage sur le balai symbolise le voyage sur d’autres plans – astraux ou cosmiques.

 

On a souvent dit que les sorcières enduisaient leur balai de différents onguents et graisses – selon toutes probabilités provoquant des hallucinations - et on dit que ces onguents permettaient la transe dans laquelle devait se trouver la sorcière pour exécuter son voyage. Le vol étant évidemment soit symbolique, soit réalisé sur d’autres « plans de réalité ». On suppose alors que la sorcière quitte son corps physique pour s’élever – élever son esprit vers des mondes astraux.

 

La composition du balai est également à étudier. Le bois utilisé est très important et change la symbolique de l’objet. Par exemple, on utilise du frêne pour le manche, représentant l’esprit et l’air, l’arbre du monde « yggdrasil » ainsi que l’extase par laquelle est possible le vol de l’esprit ; le saule sera utilisé pour lier la brosse au manche, le saule représente alors la lune ainsi que le brouillard qui doivent être traversés et les brindilles de bouleau qui font la brosse représentent la grande déesse qui permettra à la sorcière de se purifier et de renaître. D’autres bois peuvent être donnés en exemple.

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Posté par Laila_Seshat à 20:33 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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