Le Dahlia Noir / James Ellroy ; traduit de l'anglais (américain) par Freddy Michalski. -- [Paris] : [Editions Payot & Rivages], 2007. -- 504 p. ; 18 cm. -- ISBN 2-86930-391-2. -- (Coll. Rivages/noir / dirigée par François Guérif, Dahlia1100)

Résumé

Bucky Bleichart, le narrateur, est un ancien boxeur qui a décidé de mettre sa carrière de côté pour devenir policier. Engagé par la police de Los Angeles (LAPD), il devient partenaire avec Leland "Lee" Blanchard, également un ancien boxeur et un ancien adversaire dans le ring. Les anciens adversaires deviennent donc des partenaires et de bons amis.

Bleichart nous raconte d'abord son amitié avec Lee Blanchard et avec la "conjointe" de Lee, Kay Lake. Kay est l'ancienne petite amie d'un criminel célèbre, Bobby De Witt, maintenant en prison. Bucky, Lee et Kay deviennent très proches et leurs liens deviendront intimement impliqués dans la vie professionnelle des deux policiers.

Alors que les deux amis travaillent sur différentes affaires, un corps affreusement mutilé est retrouvé dans un terrain vague. Malgré lui, et sous la pression de Blanchard qui devient rapidement obsédé par le cas, Bleichard se voit chargé de l'enquête. D'abord un simple fait divers, le meurtre sauvage d'Elizabeth Short, surnommé le Dahlia Noir par les journalistes, devient rapidement le cas le plus important et médiatisé.

Bleichard se voit de plus en plus impliqué dans le crime et découvre que sa vie et celles de ses amis sont étroitement liées avec le meurtre de Betty Short.

Commentaires personnels

Inspiré d'un meurtre réel de la fin des années 40 qui ne fut jamais résolu, Ellroy nous livre ici son interprétation des faits et nous propose une solution du crime. De son propre aveu, Ellroy fut toujours passionné de crimes et de romans policiers et il a beaucoup lu sur le meurtre d'Élizabeth Short. Il est aussi évident que la rédaction de ce roman est une façon d'exorciser le meurtre - lui aussi non résolu - de sa mère alors que l'auteur était un jeune garçon.

Le meurtre de la jeune femme surnommée le Dahlia Noir, bien qu'au centre du roman, n'apparaît que tardivement dans celui-ci. La première partie du roman - parfois considérée un peu longue par nombres de lecteurs - est consacrée à la présentation des personnages principaux, le narrateur, Bucky Bleichart, son coéquipier, Lee Blanchard ainsi que la protégée de ce dernier, Kay Lake. On nous présente longuement les deux policiers, leur passé de boxeur, leur amitié, leur vision du métier de policier, les événements qui feront leur gloire mais amèneront aussi leur chute, ce qui les unis mais aussi ce qui les séparera à jamais. Cette présentation est essentielle au roman, car au-delà de l'enquête sur le meurtre horrible de Betty Short, l'oeuvre est surtout une relation de cette amitié. Le roman est également, avant tout, une transmission d'une atmosphère, d'une époque...

Le personnage principal est peut-être bien la ville de Los Angeles à la fin des années 40 et au début des années 50. Une ville sombre et froide lorsqu'on s'éloigne des lumières de la "cité du cinéma". Une ville dure, sordide, noire, oppressante... La corruption et le crime se retrouvent partout mais surtout dans ce monde politique et policier que l'auteur nous fait découvrir par son narrateur. Le racisme, la prostitution, la drogue, la mafia, ... Ellroy nous présente une Amérique très tourmentée, loin de l'image idéalisée qu'on pouvait ou on peut en avoir.

Évidemment, le meurtre d'Elizabeh Short et l'enquête pour résoudre le crime sont aussi essentiels dans le roman. Cette enquête fera basculer la vie des deux policiers et les entraînera au-delà de Los Angeles. Obsession, hantise,... les deux policiers ne pourront surmonter cette étrange attirance pour le Dahlia Noir.

Le véritable crime ne fut jamais résolu, même si nombres d'auteurs et d'enquêteurs ont proposé leur solution. Ellroy nous livre également un coupable... Je dois avouer que la fin m'a légèrement déçue. J'aurais préféré qu'il laisse planer les doutes... Mais c'est une fin tout à fait acceptable... Bien que vaguement tirée par les cheveux. Mais comme je l'ai mentionné, l'essentiel du roman, selon moi, n'est pas dans la résolution du crime, mais bien l'impact du crime sur la vie des personnages ainsi que la présentation, à travers les divers protagonistes (incluant Elizabeth Short avant son meurtre), d'une ville et d'une époque.

L'écriture d'Ellroy est simple, crue et directe. Les descriptions sont remarquables et cruellement réalistes. Les personnages sont très bien présentés. On les sent vivre, on peut ressentir leurs troubles, leurs hésitations et surtout leur ambiguïté... Ayant lu le roman en français, je ne peux malheureusement pas commenter directement son style d'écriture, mais on dit qu'il écrit d'un style télégraphique et très près du langage et de la réalité de ces personnages. J'ai eu beaucoup de difficultés avec la traduction française, mais comme le dit lui-même le traducteur dans cet article: "Et finalement le traducteur fait ce qu’il veut d’un livre, il se l’approprie… « C’est un bien ou c’est un danger, confie Freddy. Une traduction plaît ou déplaît. J’ai été encensé et en même temps complètement descendu ! ».".

The Black Dahlia s'inscrit dans une série consacrée à Los Angeles, une série cynique, noire et très pessimiste. Mais qu'on peut aussi qualifiée "d'historique" par les détails et l'analyse qu'Ellroy fait de la société américaine. Le roman fut adapté au cinéma par Brian de Palma en 2006.

L'avis de Sylvie, Sophie, Sam, Mme Patch, Llisa, Hydromielle, Pitou, Anne Sophie.

Voir le premier article: Le Dahlia Noir d'Ellroy.

Citations

"Et bien, Betty s'habillait toujours en noir, c'était un truc pour impressionner les responsables du casting quand elle faisait ses tournées avec les autres filles, ce qui n'arrivait pas souvent, parce qu'elle aimait dormir jusqu'à midi tous les jours. Mais parfois, elle vous disait qu'elle portait du noir parce que son père était décédé ou parce qu'elle était en deuil des garçons morts à la guerre. Puis le lendemaint elle vous racontait que son père était vivant." p. 155

Sources