"La plupart du temps, on ne résout pas les difficultés ; on les déplace, comme la poussière". [Aymond d'Alost]Poussiere

J’ai toujours été convaincu que la poussière était vivante. Une autre espèce, en quelque sorte. Il y a l’espèce humaine, l’espèce animale, l’espèce végétale et l’espèce poussièrale. 

 

Cela expliquerait bien des choses. Et éviterait bien des heures de dépoussiérage épuisant. Il suffirait de s’asseoir et de dialoguer. Tout simplement lui expliquer qu’elle ne peut ainsi envahir le moindre recoin de notre espace vital. Et surtout d’arrêter de réapparaître instantanément aussitôt qu’on a épousseté. Je lui demanderais aussi pourquoi elle est noire ou grise sur les meubles blancs et blanche sur les meubles foncés. 

 

Mais pour l’instant ce premier contact entre nos deux espèces n’a pas encore été réalisé et il faut encore épousseter. Quotidiennement. Par décence et propreté. Ainsi que par responsabilité civique et sociale. Et surtout par orgueil. Il faut éviter à tout prix qu’on vienne chez moi et qu’on ne voie de la poussière sur les meubles. On pourrait le répéter à ma mère. Et elle devra revenir me hanter. Jusqu’à ce que je fasse disparaître la poussière. Elle détestait la poussière.

 

Cette obsession de la poussière, c’est peut-être un indice de vieillesse. C’est une bien petite marque de vieillesse, à peine digne de mention. Mais, il me faudra quand même faire attention. L’insignifiance et la routine ont tendance à surgir de façon imprévisible et sans annonce préalable. Ils surgissent sans crier gare. Sans avertissement et sans pitié. Elles s’installent rapidement et sans qu’on s’en aperçoive. Et une fois qu’elles sont bien installées, il est bien difficile quoique pas impossible de les déloger. Mais aussi bien s’éviter une telle tâche. C’est épuisant de lutter contre la routine. Je préfère nettement me battre contre la poussière.

"La poussière n'est pas encore le néant: elle doit être dispersée". [François Mauriac]