11 novembre 2009

Mangez-le si vous voulez - Suite

Mangez-le si vous voulez : roman / Jean Teulé. -- Paris : Julliard, [2009]. -- 129 p : plans ; 20 cm. -- ISBN 0Mange978-2-260-01772-1

Quatrième de couverture

Nul n'est à l'abri de l'abominable. Nous sommes tous capables du pire!

Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.

Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

Pourquoi une telle horreur est-elle possible? Comment une foule paisible peut-être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare?

Jean Teulé a reconstitué avec une précision redoutable chaque étape de cet atroce chemin de croix qui constitue l'une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe siècle en France.

Commentaires personnels (très personnels!)

L'histoire que Teulé a choisi de raconté est vraie. Ces événements ont réellement eut lieu. L'auteur a choisi de reconstituer la journée de Monéys en détail. Son départ, ses premières rencontres, son arrivée à Hautefaye, puis la folie qui s'empare de la foule, les tortures que l'on infligera à Monéys, puis sa mise à mort. Le sort réservé à Monéys est décrit dans le menu détail. Puis, beaucoup plus rapidement, l'auteur nous présente les arrestations, une partie du procès, une reproduction du verdict et finalement l'exécution des principaux tortionnaires.

Le livre est bref, à peine 129 pages - et avec une police de caractère assez grande. On est d'un côté reconnaissant de cette brièveté, mais aussi, on peut la déplorer. L'auteur a pris un fait historique horrible du XIXe siècle. Une "anecdotde" honteuse. Et il l'a transformé en roman. Ou plutôt un récit. Car il raconte. En détail. En trop de détails, disent certaines critiques.

L'événement est difficile à croire, mais il s'est réellement passé. Et c'est toute l'horreur de l'ouvrage. On lit. Et on a de la difficulté à croire. On se dit que les gens s'ouvriront les yeux, qu'ils cesseront leurs torturent, qu'Alain de Monéys vivra... Mais on sait qu'il ne vivra pas. On se trouve alors dans la position de voyeur impuissant... de voyeur qui veut savoir... qui veut lire la suite. Les détails sont crus et cruels. On sait tout. Et même sûrement plus... car il ne faut pas oublier que Teulé "romanise" tout de même. Il raconte une histoire et en fait un roman. Certains détails sont incertains. Mais l'ensemble est certain.

Mais on continue à lire. On se dit presque on devrait cesser la lecture. Car c'est du voyeurisme sensationnaliste que l'on fait... il ne faut pas se le cacher. Évidemment, il est important de ne pas laisser certaines atrocités tombées dans l'oubli. Il faut se rappeler. Et Teulé nous rappelle. Et on se questionne... on espère... On ose espérer que nous aurions été du nombre de ceux qui ont tenté de sauver Monéys. Et on essaie de comprendre... comment des gens, des amis, ont put laisser la folie, le mouvement de foule, les entraîner dans des horreurs qu'ils purent à peine expliquer par la suite. Ils ont posé des gestes ignobles, des gestes que jamais ils ne pourraient faire... et sur le moment, tout leur semblait justifié, naturel.

Mais le roman est aussi trop court. L'après... est trop rapide. On aimerait en savoir plus sur les arrestations, le procès, les coupables, etc. On passe très vite sur ce côté. Teulé n'a pas voulu faire un documentaire de l'époque, des cirsconstances, des conséquences... il ne nous offre qu'un "film" des quelques heures qui ont permis à une foule de torturer et tuer un homme, un ami, un voisin, d'en faire un sacrifice.

Mais évidemment, il y a les vrais gens et un village... On dit que Teulé a exagéré certains moments... en particulier cette phrase qui fait le titre. On dit qu'il a repris la trame d'autres oeuvres, en particulier celle de Albin Corbin, Le village des cannibales (qu'il cite d'ailleurs à la fin de son ouvrage). Un événement de ce genre n'appartient pas à un auteur. Et l'oeuvre de Teulé ne semble pas plus tapageuse que celle d'un autre, Corbin, par exemple. Les descendants des protagonistes de ce drame, ont critiqué les deux oeuvres. Et j'avoue que les titres sont très "marketing".

J'ai lu l'oeuvre en quelques heures. Je fus émue et j'ai même versé des larmes. J'ai espéré contre tout logique que Monéys ne serait plus torturé, ne serait pas tué, ne serait pas brûlé... Mais est-ce que j'ai aimé le roman ? Je ne sais pas. Je ne peux comparer cet ouvrage avec d'autres Teulé, car c'est le premier que je lis (il y a trois autres qui m'attendent dans ma PAL). Mais j'ai trouvé le ton parfois trop léger, voire trop poétique. Et parfois trop cru. Aucun détail n'est épargné... c'est sanglant, et viscéral. Certains disent que c'est sa force. De faire sourire, d'être ironique dans un tel récit monstreux. Je ne trouve pas. Je n'ai d'ailleurs jamais souri pendant ma lecture.

Et j'aurais aimé plus de contexte historique. Les gens étaiens épuisés par une guerre, affamés, pauvres, les morts s'accumulaient... la tension était forte. Cela n'excuse rien, mais nous offre un contexte essentiel à mes yeux. Teulé ne fait qu'effleurer la situation. Qui sont les Prussiens ? De quelle guerre parle-t-on ? Surtout si nous ne sommes pas français, il peut y avoir beaucoup de trous, de questions.

Enfin. Difficile d'en parler de façon objective. J'ai apprécié ma lecture. Je recommande le roman. Mais je conseille aussi d'aller lire un peu sur le drame. La mort d'Alain de Monéys mérite que l'on aille plus loin que la simple lecture du roman de Teulé.

L'avis de Praline, La Lectrice, Madame Charlotte, Lau, Liliba, Ys, Leiloona, Catherine, Thomas, Anna Blum, Livrovore, Philippe, In Cold Blog, Midola, Mapero, ClaudiaLucia, Laure, Lauraoza et des Rats de Bibliothèque.

Voir premier article

Extraits

"Hautefaye est dans un état de prostration et de catatonie. On se croirait un lendemain de cuite. Et la bonté du paysage, au coeur, dit à chacun: "Mais qu'avez-vous donc fait, hier? Qu'est-ce qui vous a pris?" Le village frémit encore, mal étonné par lui-même: "Mais qu'est-ce qui nous a pris? C'est le désarroi et l'hébétude." p.111

Sources à consulter

 

Posté par Laila_Seshat à 22:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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