ed1Cinéma: Edward Scissorhands (1990)

Commentaires personnels

Genre: Drame, Fantaisie

Edward Scissorhands est un film multiple, mélangeant le drame, le fantastique et la comédie. Mais le film est avant tout un conte. Et c'est l'aspect le plus important du film. Le film suit les règles d'un conte et c'est ce qui fait qu'on peut adorer le film ou alors le trouver simple et invraisemblable. Dans un conte tout est possible. Les gens peuvent dormir 100 ans, mesurer quelques centimètres, avoir un chat qui porte des bottes ou encore avoir des ciseaux à la place des mains.

Car un conte nous raconte avant tout les péripéties - souvent invraisemblables - vécues par un personnage. Le film nous présente l'histoire d'Edward. Le récit se déroule dans un autre temps. Comme tout conte, il semble avoir lieu dans un passé, non défini... "il était une fois"... Et dans un lieu également non défini... une banlieue... Une banlieue de quelle ville ? On ne sait pas. L'époque est aussi incertaine. Le film nous offre des paramètres provenant de différentes époques, et il est difficile de déterminer si on se trouve dans les années 50 ou 90. Nous sommes, nous le lecteur ou auditeur, séparés du temps et du lieu évoqués dans le conte. Nous sommes donc en dehors du monde actuel et donc les événements, les actions, les personnages peuvent être différents de ce que nous connaissons... être presque irréels !

L'univers du conte est souvent manichéen et caricatural. Les traits des personnages sont exagérés pour bien les cerner. Le bien et le mal sont facilement reconnaissables même s'ils ne se trouvent pas toujours dans les personnages habituels. Les habitants de la banlieue sont bien typés. Nous retrouvons des personnages très stéréotypés à la limite du ridicule... des personnages qui poussent les traits jusqu'à la caricature. Et même s'ils vivent dans une banlieue toute pimpante et aux couleurs pastels, ils ne sont pas nécessairement le côté positif du conte. Et bien qu'Edward, tout de noir vêtu, avec des lames à la place des mains, vit dans un château sombre et "hanté", il est loin d'être le côté négatif de l'histoire. Les rôles semblent inversés, mais ils sont présents. Le mal s'oppose à l'innocence et au bien. Il s'agit de renverser les rôles habituels.

La banlieue et le manoir présentent la même opposition paradoxale. Le réalisateur présente la banlieue comme un endroit propre, aseptisée, remplie de couleurs mais fade. Elle semble parfaite, calme mais sans intérêt. Elle s'oppose dans le film au château sombre et gothique isolé sur la colline mais qui renferme un jardin féerique et un homme marginal mais tendre et innocent.

Tout s'oppose dans le film: Edward, sombre et taciturne et Kim, blonde et vive ; la banlieue et le manoir ; la normalité et la marginalité...

ed2

On dit que les contes finissent généralement bien. Et on a souvent l'impression qu'ils s'adressent aux enfants...surtout à cause de l'aspect merveilleux. Mais le conte propose souvent une histoire crue et violente... on y retrouve de la souffrance, des combats, des larmes, et parfois, il ne finit pas bien du tout... la mort est souvent la conclusion. Edward devra vivre de nombreuses souffrances et il devra fuir pour se protéger. Il aimera mais ne pourra pas vivre son amour. La mort concluera en quelque sorte le conte. Mais l'espoir restera. Et les flocons de neige qui tombent toujours sur la banlieue sont un témoignage de l'amour et de l'espoir qui parsèment le conte.

Évidemment, comme tout conte, le film comporte également un aspect moralisateur ; à la limite du didactique. Chaque aspect du conte - les personnages, les lieux, les épreuves - cherchent à transmettre à l'auditeur une idée ou une morale. On nous transmet un message... une morale... Ici, la banalité et le conformisme sont les dangers. Il est aussi important d'arriver à voir au-delà des apparences. Ce qui apparaît menaçant cache en fait l'innocence et ce qui apparaît normal cache peut-être un monstre. On voit de la laideur dans le normal et de la beauté dans la marginalité.

Le film est aussi unique en grande partie à cause de la collaboration de Burton avec le compositeur Danny Elfman qui a su créé une musique féerique et unique. Chaque morceau souligne la magie du moment et lors de la scène où Edward sculpte la glace, la musique semble accompagnée chaque flocons de neige qui tombent doucement.  Les deux artistes ont su combiner leurs visions et talents pour créer un univers unique.

Le jeu des acteurs est également fantastique. La chimie entre les acteurs principaux est palpable. Johnny Depp semble vivre le rôle de Edward Scissorhands, et malgré le fait qu'il n'a que très peu de lignes à dire, il réussit facilement à transmettre les émotions du personnage. Tous les personnages, même secondaires, sont parfaitement rendus. La relation maternelle entre Peg Boggs et Edward (Dianne Wiest est comme toujours parfaite dans son rôle), la relation amoureuse entre Kim et Edward, l'antagonisme entre Jim et Edward, etc... jusqu'à la performance de Vincent Price comme créateur/père d'Edward... chaque acteur vit son personnage et nous le présente intensément.

Le film peut sembler difficile, voire triste. Mais il ne faut pas oublier qu'un conte demeure un divertissement, une activité ludique pour le lecteur/spectateur qui lui permet de s'évader de son quotidien. Et plusieurs scènes du film sont drôles et plaisantes. On sourit aux gaffes qu'Edward peut parfois faire ou aux absurdités des voisins...

On peut analyser le film à divers niveaux et plusieurs études et articles ont été consacré aux nombreuses lectures possibles de l'oeuvre. Il est très intéressant d'étudier le film et ses différents aspects et thèmes... très intéressant de faire des comparaisons avec différents contes et autres oeuvres, comme par exemple, Frankenstein... Mais Edward Scissorhand devrait tout d'abord être vu comme un conte unique qui nous raconte une fable iréelle remplie de magie.

Voir premier billet ici.

Sources à consulter