Suk1Sukkwan Island : roman / David Vann ; traduit de l'américain par Laura Derajinski. -- [Paris] : Gallmeister, 2009. -- 191 p. ; 21 cm. -- ISBN 978-2-35178-030-5. -- (Nature Wrinting)

Quatrième de couverture

Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize anspour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.

La rigueur de cette vie et les défaillalnces du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Sukkwan Island est une histoire au suspence insoutenable. Avec ce roman qui nous entraînen au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

L'auteurSuk2

David Vann est né en Alaska, sur l'île Adak, en 1966. Il étudia à l'Université Stanford et y obtient un Master of Fine Arts (MFA) en Création Littéraire. Il publie régulièrement dans divers magazines The Atlantic Monthly, Esquire, Men's Journal, Outside's GO, National Geographic Adventure, Writer's Digest, et plusieurs autres.  En 2005, il publie ses mémoires intitulées A Mile Down: The True Story of a Disastrous Career at Sea, racontant son périple sur les mers. Il a en effet parcouru plus de 40 000 milles sur les océans.   

Il a enseigné à plusieurs universités: Stanford, Cornell SF State et Florida State University. Aujourd'hui, il vit en Californie avec son épouse et enseigne à l'Université de San Francisco. Il construit également un catamaran et prévoit repartir en mer pour un tour du monde solitaire.

Le site de l'auteur.

Bibliographie

  • A Mile Down: The True Story of a Disastrous Career at Sea (2005)
  • Legend of a Suicide (2008)

Résumé

Un homme, vivant une période difficile de sa vie, décide de partir pendant une année et de vivre dans une île isolée d'Alaska. Il demande à son fils de 13 ans, de vivre l'expérience avec lui et de l'accompagner sur l'île.

Ils partent donc tous les deux pour vivre dans une cabane sur l'île Sukkwan, accessible uniquement par bateau ou hydravion. Ils arrivent à l'île avec quelques provisions et matériel, prêts à travailler dur pour affronter la prochaine année. Mais dès le début, il semble que le père n'est pas du tout préparé à vivre cette expérience. Les difficultés s'accumulent et le père se laissent aller à sa dépression, laissant son fils complètement désemparé.

Le père et le fils se retrouvent pris dans un engrenage qui se terminera par un geste horrible qui changera leurs destins.

Commentaires personnels (attention spoilers)

Lecture commune avec : L'Or des Chambres

Sukkwan Island n'est pas à proprement parler un roman. Le titre est en fait une nouvelle qui fut publiée dans le recueil "Legend of a suicide" en 2008. Sukkwan Island est la nouvelle principale du recueil qui en contient 6 au total. La majorité des nouvelles prennent place en Alaska. Le personnage principal des nouvelles est principalement un jeune garçon nommé Roy. Les nouvelles ont également pour principal thème le suicide.

Le père de David Vann s'est suicidé suite à une dépression en 1980. David Vann avait alors 13 ans. Avant de mettre fin à ces jours, son père aait demandé à son fils de partir avec lui pour une île en Alaska.  Vann a lui-même expliqué que Sukkwan Island est une tentative de comprendre son père et son état psychologique. Par son récit, il essaie de se rapprocher de son père. Il a dit dans une entrevue que sa nouvelle est aussi une façon de se venger de son père... le faire payer en quelque sorte pour la culpabiblité qu'il ressent face au suicide de son père. Comme beaucoup de proches de suicidés, il s'est longtemps senti responsable de la mort de son père. Il a porté longtemps sur ses épaules le suicide de son père et dans la nouvelle, il se fera en quelque sorte porter par son père.

La nouvelle a pour thème principal la relation entre le père et le fils. C'est une analyse des rapports entre un père et son enfant. Et surtout un questionnement sur les responsabilités du parent face à son enfant. Un père a-t-il le droit de mettre son enfant dans une situation non contrôlé ? Éloignés de tous, sans moyens de communication fiable, sans véritables connaissances de la survie en nature... A-t-il le droit de mettre son enfant en danger ? Et a-t-il le droit de raconter à son fils de telles confidences ? Quand peut-il cesser d'être le père pour être un simple homme ? A-t-il le droit de se reposer sur son fils encore très jeune ?

Très rapidement, on sent que le père est malade. Il est faible, dépressif, suicidaire et surtout imprudent et irresponsable. Il n'est pas préparé pour vivre dans cet isolement. Ni d'un point de vue pratique, ni d'un point de vue psychologique. Il met volontaire son fils face à des situations difficiles. Il le laisse seul, il l'amène dans des promenades dangereuses, il se blesse volontairement, il pleure toutes les nuits et confie des choses délicates et inappropriées à son fils. Il est extrêmement égocentrique et centré sur lui-même et utilise même le chantage émotif pour que son fils reste sur l'île. Il est incapable de s'occuper de son fils et a donc échoué comme père. Le personnage est détestable et on sent vraiment le règlement de compte de l'auteur avec son propre père.

Le texte est divisé en deux parties et ce n'est un secret pour personne - puisque la publicité et le marketing entourant l'oeuvre fut très explicite - que la première partie se termine à la page 113 par un événement choc qui changera tout. La première partie est essentiellement la vie des deux personnages sur l'île. Leur tentative pour y survivre. Cette partie est essentiellement la raison pour laquelle le livre fait partie de la collection "Nature Writing" c'est-à-dire "Écriture de la nature". L'île d'Alaska est presque un personnage à part entière. On voit et on sent l'île... sa nature, ses intempéries, sa beauté et son aspect sauvage. Le père et le fils doivent apprendre à vivre sur l'île et à affronter ses éléments.

Cette première partie se termine par une mort. Les prochaines pages se concentrent essentiellement sur la culpabilité du survivant et le poids de cette mort sur lui.

La première partie est lente... les minutes semblent passées difficilement pour les personnages. On les sent souffrir dans chaque page. On sent les inquiétudes du fils et son désillusionnement face à son père. On ressent les échecs de son père, son désespoir. J'ai cependant eu beaucoup de difficulté à accepter les personnages. Ils m'ont semblé improbables. Ils sont essentiellement des émotions que l'auteur a assemblé dans deux personnages représentant le "père" et le "fils". Comme plusieurs lecteurs je ne suis pas capable de croire à la situation. Ce projet irréel... comment un père peut-il amener son fils pendant un an sur une île déserte en y étant pas préparé ? comment une mère peut-elle laisser son fils partir avec un père instable ? J'ai eu aussi de la difficulté à croire à certains événements... toute l'histoire de l'ours, par exemple, m'a semblé incroyable... j'avais l'impression qu'elle était fausse, "arrangée". Une simple mise en scène.

Malgré tout, c'est la partie que j'ai trouvé la plus agréable à lire. Évidemment, tout au cours de la lecture, on est en attente de "l'événement". On sent donc une tension qui s'installe. Plus les jours passent, plus on sent la situation devenir dramatique. Cependant, je n'ai pas senti la noirceur ou le cauchemar, comme plusieurs l'ont ressenti. La situation est tense mais prévisible. On sent qu'il y aura quelque chose d'irréversible qui se produira. Parce qu'on nous y a préparé... Et honnêtement... cet événement n'est pas bien difficile à prévoir ! Dès les premières pages, j'avais un doute. Et puis après la chute "accidentelle" du père, je savais plus ou moins ce qui allait venir... les événements suivants confirmaient petit à petit: les planches à faire, la cache à creuser et recreuser, les marches en pleine nuit, l'avion manqué, la pluie, les pleurs et confidences du père, les fusils, etc. Mais honnêtement... cet évènement n'était pas inévitable. Il m'a même paru un peu exagéré et "gros". Il a lieu car l'auteur a besoin qu'il arrive... pour pouvoir régler ses comptes avec son propre père. Car même si j'avais deviné ce qui allait arriver... en vérité cet événement arrive un peu n'importe comment et pour rien. La situation était difficile mais pas à ce point tragique ! Pour expliquer un tel geste, il en faut un peu plus. Je répète.... cette mort a lieu car sinon l'auteur ne pouvait exorciser ses propres démons.

Et donc, à la page 113, je ne fus pas surprise. Suicide ou meurtre... ce n'est pas vraiment important... c'est en fait le même acte pour l'auteur.

La deuxième partie m'a semblé vaguement inutile. Et encore plus improbable. Selon moi, elle n'est finalement qu'une métaphore des sentiments de culpabilité que l'on peut ressentir face à des gestes hors de notre contrôle... et que l'auteur tente d'exorcicer. Il se venge et en même temps pardonne à son père. Il lui donne la possibilité de payer son crime à travers le désespoir du survivant du texte. En quelque sorte, il nous raconte comment il vit les émotions contradictoires qu'il ressent face à son père. Désillusion et colère, culpabilité et rage, amour et haine. Mais j'ai trouvé la lecture de cette deuxième partie longue et fade... une longue suite de plaintes et d'apitoiement sur soi-même. Je suppose que pour l'auteur elle est la suite logique et essentielle. Tout comme la conclusion, essentielle elle-aussi. Elle vient boucler la boucle. Le cercle de la mort dans laquelle l'auteur voulait sortir. Ils sont tous morts.

Sukkwan Island est essentiellement un texte introspectif et libérateur pour l'auteur. L'histoire n'est pas sans charme mais manque cruellement de cohérence. La plume de l'auteur est très inégale. Elle est surtout thérapeutique et donc elle varie au gré des émotions que l'auteur cherche à transmettre. Même si j'ai apprécié la lecture, je dois avouer que j'ai été un peu déçue. Et je crois qu'essentiellement mon appréciation vient du fait que je comprends, aujourd'hui, le drame personnel que Vann a voulu décrire et se libérer. Mais sans cette information, le livre m'a d'abord apparu un peu ennuyant, invraisemblable et exagérément tragique. Ce qui me fait questionner... Si je dois connaître la vie de l'auteur et ses motivations pour apprécier la lecture de son texte... quelle valeur a à mes yeux cette nouvelle ? Si je ne peux apprécier les mots sans connaître cette information c'est que le texte n'a pas réussi à me rejoindre. Malheureusement.

Les avis de : Papillon, Stephie, Caroline, Anne-Sophie, Malice, Véronique (alias la Pyrénéenne), Keisha, Cuné, Saxaoul, Virginie, Sylire, In Cold BLog, Moby, Mango, Leiloona, La Sardine, Cathulu, Brize, Cynic, Yspaddaden, Cryssilda, Un coin de blog, Bookomaton et Bladelor.

Extraits

"Roy se sentait mis sur un pied d'égalité avec son père. Aucun d'eux ne savait quoi faire et ils allaient devoir apprendre ensemble. Il grimpa la courte distance qui le séparait des toilettes et vit les plantes déjà piétinées lors de leur précédent passage. Ils creuseraient des sentiers à tous les niveaux, partout où ils iraient." p. 20

"Il n'était qu'à une centaine de mètres de la dernière pointe quand il entendit le ronronnement du moteur, il s'arrêta pour voir l'avion décolleer de la baie, se détacher de sa propre écume et s'élever maladroitement au-dessus du chenal. Roy resta planté là en fixant le point où l'appareil avait disparu, la respiration saccadée, tenaillé par le sentiment qu'un événement terrible  était survenu." p. 81

Sources à consulter