Man1Le mannequin enchantée : nouvelles / Anthony Phelps. -- [Montréal] : Léméac, [2009]. -- 114 p. ; 20 cm. -- ISBN 978-2-7609-3309-5.

Quatrième de couverture

Avec la grâce du poète, sur la musique des mots et au rythme des phrases, Anthony Phelps écrit comme un danseur, en défiant les lois de la gravité. Du Carré Saint-Louis à une plage près de Barcelone, dans une prison de Papdoc ou dans le merveilleux d'une fabrique de poupées, c'est une veine ludique et aérienne que l'auteur explore ici, quand le réel et l'imaginaire, l'absurde et le malentendu se côtoient et s'entremêlent parfois. Le Mannequin enchanté est l'oeuvre d'un écrivain dont toute la vie a été consacrée à comprendre et à utiliser le pouvoir incantatoire des mots.

[Expérience de lecture] et commentaires personnels

[Le Mannequin enchanté est un recueil de nouvelles. Et ceci n'est pas clairement annoncé sur le quatrième de couverture. Si on avait mentionné ce fait, je n'aurais jamais acheté le livre et encore moins lu. Il aurait évidemment suffit que j'ouvre le livre et lise la page de titre pour voir la mention "nouvelles", mais le quatrième de couverture m'avait emballé et je suis partie avec le livre. On me parlait du Carré Saint-Louis, de Barcelone, d'Haïti, de fabrique de poupée... je trouvais le tout très prometteur. Et donc ce fut tout d'abord une très très grosse déception quand je me suis aperçue que c'était des nouvelles. Je ne suis pas vraiment amateur de nouvelles. Même si j'ai adoré certains recueils ou certaines nouvelles et que j'en écrit même parfois... en général, je passe mon tour pour la lecture. 

Mais ayant acheté le livre, je me suis dit que le moindre que je pouvais faire c'est de le lire. Donc, je l'ai ouvert. Et là... bon, ma lecture fut plaisante dans l'ensemble, mais je ne peux m'empêcher de critiquer... pour la plupart des textes, ce ne sont pas des nouvelles... des textes poétiques, des contes, , des fables, des histoires... mais pas des nouvelles. Et je suis pointilleuse sur le sujet. Ce qui ne veut pas dire que les textes ne sont pas intéressant, beau, poétique... mais ce ne sont pas tout à fait des nouvelles. J'imagine qu'à défaut de pouvoir vraiment les identifier, il fut décidé d'opter pour nouvelles... et puis la licence poétique fait que les nouvelles peuvent sortir de leur définition et règles stylistiques, mais enfin, j'aurais préféré voir sur la page de titre, "textes" ou quelque chose du genre. Bon, mon commentaire maintenant, qui est assez positif en soit - puisque ce ne sont pas vraiment des nouvelles selon moi !]

Les textes du recueil Le Mannequin enchanté sont selon moi très poétiques. L'auteur a beaucoup écrit de poésie et cela se sent dans chacun de ses textes.

Chaque texte balance doucement entre l'irréel et le réel. On retrouve un mélange de magie et de réalité. Et on passe rapidement du réel à l'imaginaire. Les histoires peuvent sembler ancrer dans le réel mais semble toutes dériver vers l'instabilité, la folie, ou tout simplement l'imaginaire. Ce qui n'empêche pas les histoires racontées d'être habitées d'un discours parfois très dur. On sent nettement les préoccupations politiques, sociologiques et même mystiques de l'auteur. Et les histoires se passant en Haïti sont envahi de douleurs, de critiques d'un régime de dictature, d'injustice, de désirs de changements.Les textes sont aériens, doux mais polémiques et durs.

Les histoires ne sont cependant pas d'un seul lieu. On voyage... Québec, Brésil, Haïti, Espagne... Chaque texte est un conte qui voyage. Dans d'autres lieux ou d'autres réalités. Parfois, on sent la réalité brutale à travers la fantaisie d'autres fois, on sent un déséquilibre presque parfait. Et on voit... on sent... beaucoup de solitude dans ce recueil, ainsi que des personnages qui touchent du bout du doigt à la folie.

Le premier texte est fort. "La boîte à surprise" est un désir, un désir pour quelque chose d'instable. Un désir qu'on ne sait pas s'il vaut la peine d'acquérir. Une page unique, mais très forte. Et puis on touche à l'amour et à l'art. Un déséquilibre artistique, une recherche de la perfection (Osiris). "La petite vieille qui cherchait des étoiles", les yeux sur le sol, examinant chaque brin d'herbe. Elle chercher pour l'importance de chercher. Peu importe que l'on ne sache pas ce que l'on cherche. Et puis un "Portrait" d'à peine quelques lignes. Un éternel recommencement vivant dans la peur de ne pouvoir recommencer.

Ces textes m'ont semblé puissants. Flous, fous, mais puissants. Les textes suivant sont plus longs. Peut-être plus complets. De vraies nouvelles ? Non... ils n'avaient pas la formes. Mais ce sont des textes plus finis, plus réels en quelque sorte. Mais ils m'ont semblé justement trop complets et finalement pas assez longs. Ces histoires très fortes me semblaient mériter plus de pages. Surtout "Hier, hier encore!..." Cet homme qui se retrouve en prison en Haïti, une erreur d'identité, mais qui finit par prendre cette fausse identité et même à se transformer. Un chat ?

Beaucoup de monologues dans ce recueil. Les personnages se parlent à eux-mêmes ou alors à une personnafication d'eux-mêmes. En sont-ils conscients ? Sont-ils fous ? On ne peut vraiment le déterminer. Comme ce veilleur de nuit de la fabrique de poupée dans "Le Mannequin enchanté".

C'est à nous à interpréter les personnages et leurs folies. Comme un poème que l'on lit selon nos frontières, nos déséquilibres, nos propres fantaisies.

Lire aussi: Le mannequin enchanté d'Anthony Phelps - L'auteur

Note: J'ajoute le logo de Suzanne «J’aime lire la plume québécoise» car même si Anthony Phelps fait partie de la Jaime_la_plumeQlittérature haïtienne, il fait aujourd'hui également partie de la littérature québécoise.

Extraits

"Le regard lucide s'avance sur les Ramblas, lentement pénètre dans la profonde et large alléee et, méticuleusement, prend possession de son agitation. Piétons affairés, promeneurs, voitures et marchands ambulants. Perroquets, perruches, oiseaux-mouches. Oeillets, glaïeuls et roses blanches, roses, rouges. Le regard croise des vendeurs de loterie, traverse le fourmillement des passants. Flâneurs et hommes d'affaires, femmes indigènes, ou touristes, malaxant de leurs mandibules petis gâteaux, sandwichs, tapas." p54

Sources à consulter