DSC_1654Agonie : roman / Jacques Brault. -- [Montréal] : Boréal Express, 1985. -- 77 p. ; 20 cm. -- ISBN 2-89052-131-1

Quatrième de couverture

Un viel homme abandonne, sur le banc de parc où il repose immobile, un pauvre carnet rempli de notes et de souvenirs ; un autre homme, plus jeune, le ramasse et l'emporte chez lui pour le lire. Sa lecture va durer toute la nuit. Une nuit qui est la couleur même de la vie du vieil homme. Cette vie, sous les yeux de son lecteur indiscret, peu à peu prend forme, laisse voir son sillage de douleur et de tendresse mêlées, sa ligne simple comme celle de la mort fuie, incontournable, enfin acceptée.

Dans une langue sobre et juste, vibrante d'émotion, ce récit nous touche dans Jaime_la_plumeQce que nous avons de plus intime: cette agonie qui, nous le savons, se poursuit lentement en nous, dans la suite de nos joies et de nos peines, et qui nous entraîne doucement vers l'acceptation de ce que nous sommes.

 

Poème:

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Commentaires (très) personnels

Un poème ouvre le livre. Agonie de Ungaretti marque le texte dès la première page. Le texte de Brault passe ensuite de la poésie à la prose. La poésie martelant la prose et structurant le récit. Chacun des vers est repris en début de chapitre. Il titre chaque chapitre. Et devient en quelque sorte le thème de ce chapitre. Faisant partie de la trame narrative, chaque vers est non seulement le titre et le thème du chapitre mais est "expliqué" par un des personnages.

Deux personnages. Un professeur inintéressant, fade et gris. Un étudiant, non intéressé, banal et incolore. Le premier semble effacé et sans vie, l'autre est arrogant et insipide. Le deuxième juge le premier. Mais le deuxième finit par être avalé par son obsession pour le premier. Un intérêt démesuré pour une vie qu'il juge morne et ratée.

Suite à une rencontre forfuite, l'ancien étudiant vole le carnet de notes de son ancien professeur - qui, nous laisse-t-on entendre, est maintenant un clochard. La lecture de ce carnet est l'occasion de nous ramener dans ces cours qu'il avait suivi pour passer le temps et s'assurer une bonne note. Le professeur est la risée des étudiants... un raté, un homme insignifiant.

Mais la lecture du carnet, ramène des souvenirs de ces cours, de cet homme gris. Et l'ancien étudiant apprend à connaître le professeur, à connaître cette vie terne, mais surprenante... et finit par devenir le professeur. 

La prose est poétique mais franche et directe. Les temps du roman se croisent et se recroisent et nous laissent contamment dans le doute... nous parle-t-on de hier ou d'aujourd'hui ? Ou de demain ? Le texte passe du carnet de note au poème du début qui continue à être le pivot central, le moteur du roman. Pendant une nuit, l'ancien étudiant devenu homme va lire le carnet et comprendre la finalité de l'ancien professeur et finalement sa propre finalité... et comme les oiseaux du poème comprendre la mort.

Le roman raconte la vie du professeur. Mais le roman raconte aussi la lecture de cette vie. Et l'interprétation et analyse de cette vie vue par les yeux d'un homme qui est devenu ce qu'il redoutait tant :  ce professeur même. Deux temps, deux hommes. Mais les flottements entre ces deux vies nous laissent entendre une même vie, une même mort. Le narrateur, le professeur... l'auteur... La poétique permet de vivre ce questionnement de temps, de voix, de vie. On sent nettement, un soupir devant ces vies grises et jugées médiocres, mais on sent également un cri pour rétablir la légitimité de ces vies. La beauté de ces vies. Une lutte pour la vie.

Jacques Brault est poète. Il écrit surtout de la poésie. Ce roman est donc définitivement une prose poétique. Les phrases se confondent aux vers. Et un poème guide la prose. Cela aurait pu être trop "délicat" ou "aérien". Mais Brault réussit à ancrer ses mots dans le réel. Dans un quotidien, dans des gestes ordinaires et familiers. La poésie est concrète et le lyrisme est prosaïque.

L'avis de Gallo sur le Club des Rats de biblio-net.

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Extraits

"Le  monde n'a pas bougé depuis cent mille ans. Les humains glissent sur les choses comme un soupir de dieu endormi. Le temps a des allures de libellule sur une fleur." p. 19

"Et puis, le carnet en témoigne. Il n'a pas changé ; il est devenu ce qu'il était. Il comprendra. Il me dira peut-être ce que sous-entend le carnet. Il me dépouillera. Il  me réhabillera. Je vivrai. Il est mort. Il devinait qu'il allait mourir." p.23

Sources à consulter