Il y a de ces livres que l'on achète pour lire. Ou pour mettre dans sa PAL, c'est selon ! Mais ils ont potentiellement la chance d'être DSC_3232lus. Et il y a de ces livres qu'on achète et qu'on ne lira pas.

Comme celui-ci. Je l'ai vu sur un présentoir, un certain dimanche après-midi de l'été dernier. Après une superbe journée à se promener sur les routes des Cantons de l'Est, nous avions terminé notre randonnée par un arrêt à l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. Cela faisait très lontemps que je n'avais pas visité l'endroit et ça nous disait de faire une petite visite. Et puis, on a toujours besoin d'un bon fromage, non ?

Après une petite visite de l'abbaye, nous sommes allés à la boutique. À l'entrée de la boutique, il y avait un petit présentoir rempli de livres de toutes sortes. Quelques livres neufs, mais la plupart usagés. Et parmi ces livres, sa couverture verte m'a fait un clin d'oeil. J'aime bien les vieux livres et j'aime en acheter. Parfois des livres que j'ai déjà lus, parfois d'autres que je compte bien lire un jour.

Je le prends doucement. Il est lourd. Une étiquette rouge sur le dessus. 1$. Je regarde le titre: Summa Theologiae Moralis, III. De Sacramentis par Beneductus Henricus Merkelbach O.P.. 1939.

Un énorme livre en latin, assez vieux. J'aime les vieux livres (je sais, je me répète). Et à 1$, je me dis que je n'ai pas grand chose à perdre ! Alors, le livre prend le chemin du sac, parmi les fromages, les bouteilles de cidre et autres babioles gourmandes.

DSC_3239Une fois chez moi, je commence à feuilleter le livre... mon latin est loin, mais alors là, à des années-lumières de mon cerveau. Mais je peux quand même déchiffrer un peu. Ça jase de sacraments, et donc d'eucharistie, pénitence, d'ordination et de mariage. Intéressant. Et puis, je feuillette la partie sur le mariage, et alors là, je tape des mains (métaphoriquement, car je tiens encore le livre...). Les marges sont remplies de notes.... en latin, en anglais et en français, de trois écritures différentes.... Pleins de passages soulignés, de références et surtout de commentaires... Les pensées des prêtres qui ont possédés le livre... Les passages qu'ils ont jugés importants pour leurs sermons ou leurs conseils sur le mariage... des mots bien de leurs temps... bien catholiques. Il me semble les voir assis à une table, prenant des notes, réfléchissant au mariage...

Et j'aime encore plus le livre. Tous les livres ont une vie, mais certaines vies sont plus évidentes et émouvantes. J'aime voir les livres respirés, les entendre chuchottés.

Le livre m'a coûté 1$. Sans les notes, il vaudrait pas mal plus (c'est un livre quand même assez rare, j'ai fait quelques recherches). Mais avec les notes, il est encore plus précieux pour moi. Sans les notes, il ne serait qu'un vieux livre religieux intéressant et joli dans ma bibliothèque. Avec les notes, il est tout cela, mais maintenant il a une vie que je découvre petit à petit. Je n'ai pas acheté le livre pour lire le texte (je ne pense pas jamais retrouvé assez de mon latin pour cela!) mais maintenant, je me retrouve à tout de même le parcourir...

Ce sont les marges que je déchiffre.