24 novembre 2013

Le moment captif d'un dimanche : qui se ressemble...

003

"La culture est un truc qui rassemble les gens, qui abat les différences." [Public Enemy]

Un arrêt imprévu à Sainte-Flavie.  Une vision inattendue. Je ne connais pas. Mais je suis attirée irrémédiablement. Je sais que je vais entrer m'informer, je suis comme ça. Curieuse. Mais pour le moment, je ne veux rien savoir. Je me fous du qui, du quoi, du comment et  du pourquoi. Je regarde. Tout simplement.

Ils arrivent. Ils envahissent. Ils sortent de la mer. Sans raison. Une procession interminable. Un cortège sans fin. Une multitude d'âmes issues de l'eau et se répandant sur la terre.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Je ne peux rien deviner. Leurs visages sont de bois ? Sont de marbre ? Sont de ciment ? Leurs visages sont impassibles. Je ne veux rien deviner. Je me laisse submerger simplement par cette vague de silhouettes. Une foule d'images, de mots, de fantômes inondent mes pensées, mon corps, mon ombre. Je me vois, multipliée. Ils me ressemblent.

Et puis, je me suis retournée. J'ai été apprendre et connaître. Intéressant. Mais je n'oublierai jamais cette première rencontre. Je ne veux pas oublier cet envahissement obsessionnel de mes démons personnels. Et je serai éternellement  hantée par ce rassemblement de mes peurs, de mes joies, de mes rêves et de mes cauchemars.

"La mer est sans routes, la mer est sans explications" [Alessandro Barrico]

Posté par Laila_Seshat à 00:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


17 novembre 2013

Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

02

Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

"Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage" [Christian Bobin]

Vite, vite, le temps file. Tu auras besoin de beaucoup de vivres pour survivre à l'hiver. Il te faut faire des provisions. Il ne suffit pas de cacher ses victuailles, il faut aussi les accumuler sans son gros bedon.

Un chat au loin. Il ne t'a pas vu. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Un raton-laveur t'observe tranquillement de son trou en haut du saule. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Certains paressent, toi, tu manges, d'autres s'amusent, toi, tu manges. Ton ventre devient de plus en plus gros. Il le faut. L'hiver sera sûrement difficile. Tu sais ce que tu dois faire. 

Tu deviens une petite boule de poils toute ronde. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Tout le temps. Enfin, maintenant. L'hiver approche et tu as si peu de temps pour te préparer. Alors, tu travailles fort pour bien remplir ta panse. Il faut faire des provisions. Et se protéger du froid qui s'annonce. Peut-être la dame de la maison là, t'offrira quelques noix à l'occasion, mais tu ne peux te fier à la générosité occasionnelle des bêtes à deux pattes qui hantent les alentours. Il faut faire tes propres réserves. Et fouiller, sans arrêt,  parmi les feuilles mortes. Alors, tu besognes, tu farfouines partout, et tu grignotes. Petite boule de poils toute ronde et ébouriffée dans le soleil d'automne.

"Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent." [Maurice Carême]

Posté par Laila_Seshat à 08:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 novembre 2013

Abbaye de Valmagne - Un peu d'histoire...

(Note : L'histoire de l'abbaye de Valmagne est longue et mouvementée. Je ne prétends pas ici présenter son historique complet. Les sources proposées plus bas, le font très bien. Voici juste un petit aperçu tout personnel. - Voir aussi : Abbaye de Valmagne - Réflexions).

valmagne3

Un peu d'histoire...

  • Nom : Abbaye Sainte-Marie de Valmagne
  • Fondation : 1138
  • Localisation : Villeveyrac  au Languedoc  (près de Mèze)
  • Congrégations : Ordre de Saint-Benoît (1138 à 1145) / Ordre cistercien (1145 à 1791)

L’abbaye est officiellement fondée en 1138. Les religieux qui la fondèrent venaient de l’abbaye Notre-Dame d’Ardorel  et suivaient la règle bénédictine. Le terrain leur fut donné par les seigneurs de Cabrières. Cette donation fut confirmée par Raymond Trencavel, Vicomte de Béziers. L’endroit était idéal à cause de la proximité d’une source et de la protection naturelle contre les vents offerte par les rochers. Le lieu était aussi près de l’ancienne Via Domitia. Le territoire était connu sous le nom de Vallis Magna ou encore Villa Magna. L’évêque d’Agde sanctionne en 1139 la donation.

L’abbaye se rattacha à l’Ordre de Saint-Benoît jusqu’en 1144 alors que le second Abbé voulut l’incorporer à l’Ordre cistercien qui était très fort à cette époque. L’abbaye fut donc rattachée à l’abbaye de Bonnevaux. Malgré certaines oppositions, l’abbaye devient cistercienne et suit une règle plus stricte fortement influencée par Saint Bernard de Clairvaux. L’architecture de Valmagne est donc aussi pensée afin de favoriser la prière et le recueillement : simplicité, dépouillement,… Ce rattachement, confirmé par le pape Adrien IV en 1159, permis également la construction de moulins, de granges, d’un jardin, d’un vignoble, …

La vie à l’abbaye exige un travail manuel. Les moines travailleront donc comme forgerons et tisserands, certains seront copistes. Les moines, qui ont fait vœu de silence, vivent cependant principalement pour la contemplation et la prière. Ce sont les frères convers, qui sont des religieux et non des moines, qui vont travailler aux champs, vignobles, etc.

Les richesses de Valmagne s’accumulent rapidement au fil des ans. On remplace en 1257, la simple église romane par une église gothique. Le cloître est aussi remplacé. Des bâtiments s’ajoutent au fur et à mesure des donations. L’abbaye de Valmagne devient rapidement très riche et puissante. Elle est également intimement liée à l’Histoire et on retrouve son nom ou celui de plusieurs de ses abbés mentionnés à plusieurs reprises.

Mais les temps d’opulence vont arriver à une fin. Les famines au début du XIVe siècle, la Guerre de Cent Ans débutant en 1337, l’effroyable épidémie de

valmagne4

peste noire de 1348 vont transformer l’abbaye. Plusieurs bâtiments disparaissent, le nombre de moines et de frères diminuent et les difficultés ne font que croître. En effet, les abbés avaient toujours été élus par les moines, mais en 1477 l’abbaye fut mise en commende, c’est-à-dire que les abbés sont maintenant nommés par le Roi. Ceux-ci sont choisis au bénéfice des familles nobles de la région et beaucoup d’abus sont commis. Les guerres de religion viennent s’ajouter au tableau et Valmagne est à l’agonie. Il n’y a plus vraiment d’abbé à partir de 1571. Le dernier abbé s’étant réformé au protestantisme. En 1575, plusieurs moines et des catholiques s’étant réfugiés à l’abbaye sont massacrés par les troupes de l’abbé, l’église est saccagée. L’abbaye est abandonnée et est la cible de brigands.

Un siècle plus tard, les moines tentent de revenir à Valmagne et à reconstruire ce qu’ils pouvaient. Ils tentent de redonner sa splendeur passée à l’église mais ne peuvent tout restaurer. Ils devront par exemple, murer les fenêtres ne pouvant refaire les vitraux. Quelques familles nobles de la région contribuent à la restauration mais ce n’est que vers 1680 que Valmagne retrouve un peu de sa splendeur. En effet, le Cardinal Pierre de Bonzi administre l’abbaye et veut faire de celle-ci un palais épiscopal. La richesse revient à Valmagne et on y vit une vie aux allures royales. Les moines ne vivent plus vraiment selon la règle cistercienne.

Les travaux ont cependant ralenti car l’abbaye est fortement endettée. La Révolution française va clore cette période faste. En 1790, les quelques moines encore sur place s’enfuient. L’abbaye est envahie et détruite par les paysans. Elle devient un bien national et est vendue. Le nouveau propriétaire qui acheté le domaine principalement pour le vignoble, transforme l’église en cave à vin. L’abbaye évite ainsi la destruction complète.

À la mort du propriétaire, le domaine est encore une fois mis en vente. Il est racheté par le comte de Turenne en 1838 et appartient toujours à cette famille. De nombreuses restaurations furent entreprises par le comte puis par ces descendants. Depuis 1997, l’ensemble de l’abbaye est classé aux monuments historiques. Le vignoble fonctionne toujours et les vins qui y sont produits sont réputés. On peut visiter le domaine et de nombreux concerts ont lieu dans l’abbaye.

Quelques sources à consulter...

  • Abbaye de Valmagne. -- [Colmar : S.A.E.P, 1989]. -- 39 p. : photogr. certaines en coul. ; 25 cm. -- Comprend une bibliogr.

Posté par Laila_Seshat à 19:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

11 novembre 2013

Abbaye de Valmagne - Réflexions

Val1Il y a de ces endroits qui nous volent une partie de notre coeur. Le château de Quéribus est un de ces endroits. Et l'Abbaye de Valmagne en est un autre. J'ai ainsi un morceau de mon coeur dans divers pays. Mais les lieux qui m'ont vraiment troublée, il y en a peu. Quéribus fait cependant encore partie de la liste... ainsi que Valmagne.

Ah Valmagne... Juste dire ton nom me fait soupirer. Le pire est que j'ai si peu de photos de toi de notre première rencontre. Il faut dire que la première fois que je t'ai visité j'avais mon premier appareil numérique et j'avais encore des réflexes anciens... on ne prenait vraiment pas beaucoup de photos dans ce temps-là. Et les photos intérieures... ouf, on n'en parle même pas... floues, floues, floues. Mais d'autres visites eurent lieues. Et là, je t'ai pris sous toutes tes coutures... intérieures et extérieures. Le moindre recoin de tes bâtiments, de tes jardins, fut capturé. Et donc moi aussi j'ai des morceaux de toi.

Je suis allée à Valmagne une dizaine de fois. Je l'ai visité en entier deux fois seulement. La première fois, ce fut une visite guidée incroyablement intéressante où notre guide nous a raconté Valmagne. La deuxième fois, c'était un 26 décembre, alors que nous revenions de fêter Noël chez des amis à Montpellier. Arrêt obligatoire à Valmagne. Pas de tour guidé, nous dit-on à la boutique. Mais nous pouvions tout de même aller à l'intérieur avec des informations dans un cahier et un plan. Nous étions seuls. Il faisait froid, humide. C'était inoubliable. J'adore ces visites à des dates improbables qui nous permettent de découvrir ces lieux en solitaire. valmagne2

Les autres fois nous n'avons fait que passer rapidement. L'abbaye était sur notre chemin et nous ne pouvions pas ne pas nous arrêter. Parfois un simple arrêt devant pour l'observer. Parfois, un tour rapide des jardins. Souvent - très souvent - une simple visite à la boutique pour faire le plein de bons produits et de livres. Ah la boutique... Pour moi, elle est aussi magique que l'abbaye. Remplie de tentations littéraires, culinaires et viticoles. Et les gens sont si souriants et accueillants.

C'était un arrêt obligatoire... nécessaire. Et habituel. Je m'ennuie de ne plus pouvoir dire lorsque nous sommes sur la route : "on arrête à Valmagne?". Valmagne est loin maintenant. J'y rêve parfois. Lorsque nous retournons voir mon père en Espagne, nous faisons toujours un saut en France. Et en octobre 2012, nous n'avons pas trahi notre tradition. Et un saut à plusieurs de nos endroits préférés fut fait. Valmagne fut évidemment obligatoire.

Un peu d'histoire...

Note : L’histoire de l’abbaye de Valmagne est longue et mouvementée. Je ne prétends pas ici présenter son historique complet. Les sources proposées plus bas, le font très bien. Voici juste un petit aperçu tout personnel. Cliquez ici.

Quelques sources à consulter...

Posté par Laila_Seshat à 06:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,