certaines1Certaines n'avaient jamais vu la mer / Julie Otsuka ; traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau. -- [Paris] : Phébus, c2012. -- 139 p. : 21 c. -- ISBN 978-2-7529-0670-0

Quatrième de couverture

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.

C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation venue des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

L'auteur

certaines2Julie Otsuka est né en Californie aux États-Unis en 1962 dans une famille d'origine japonaise. Elle étudie la peinture et la sculpture à l'Université Yale et obtient son diplôme en Arts en 1984. Elle poursuit ses études l'Université de Columbia où elle obtient une Maîtrise en Arts en 1999. Elle commence sa carrière en tant qu'artiste peintre mais commence à écrire vers ses 30 ans. Elle publie son premier roman When the Emperor Was Divine en 2002. Il remportera de nombreux prix. Son second roman, The Buddha in the Attic, est publié en 2011. Il remportera également de nombreux prix. La traduction française, Certaines n'avaient jamais vu la mer, a remporté le Prix Femina étranger en 2012.

Elle continue d'écrire et vit aujourd'hui à New York.

Bibliographie

  • When the Emperor Was Divine (2002) (Quand l'empereur était un dieu, 2004)
  • The Buddha in the Attic (2011) (Certaines n'avaient jamais vu la mer, 2012)

Site de l'auteur en anglais.

Commentaires personnels

Comment ce petit livre de 139 pages peut-il contenir autant d'émotions et de poésie ? Je suis littéralement tombée en amour avec le "roman" de Julie Otsuka. Ce fut un coup de coeur renversant.

Et je suis vraiment heureuse de l'avoir lu en français. Je suis certaine qu'il est aussi magnifique en anglais, après tout, il a été écrit en anglais. Mais je trouve le titre en français beaucoup plus joli que celui en anglais. "The Buddha in the Attic" me semble sec, impersonnel, froid, matériel. "Certaines n'avaient jamais vu la mer" me rappelle une chanson, un vers. Il m'enveloppe et m'intrigue : qui sont-elles ? pourquoi n'avaient-elles jamais vu la mer ? pourquoi la voyaient-elles maintenant ? Et la couverture de la traduction française est magnifique, les couleurs sont douces. Oh, la couverture du roman en anglais est bien aussi... mais un simple coup d'oeil à la couverture française et l'image et le titre m'avaient conquise. Je n'ai même pas lu le quatrième de couverture, c'est tout dire. Ce pourquoi, je ne savais pas que le roman était une traduction (le nom de l'auteur ne me donnant aucun indice). Et je suis bien heureuse de ne pas avoir lu ce quatrième de couverture, car j'aurais sûrement pris la version originale puisque je préfère habituellement lire, si possible, un roman dans sa langue d'origine. Encore une fois, j'aurais peut-être beaucoup aimé... mais je m'imagine mal, en anglais, la même poésie, la même musicalité du texte traduit.

Mais revenons au roman... commentaires à suivre !

Extraits

"Sur le bateau chaque nuit nous nous pressions dans le lit les unes des autres et passions des heures à discuter du continent inconnu où nous nous rendions. Les gens là-bas, disait-on, ne se nourrissaient que de viande et leur corps était couvert de poils [...]. Les arbres étaient énormes. Les plaines immenses. Les femmes, bruyantes et grandes - une bonne tête de plus, avions-nous appris, que les plus grands de nos hommes. Leur langue était dix fois plus compliquée que la nôtre et les coutumes incroyablement étranges. Les livres se lisaient de la fin vers le début et on utilisait du savon au bain. On se mouchait dans des morceaux de tissu crasseux que l'on repliait ensuite pour les ranger dans une poche, afin de les utiliser encore et encore. Le contraire du blanc n'était pas le rouge mais le noir. Qu'allions-nous devenir, nous demandions-nous, dans un pays aussi différent ?" p. 15

"Certains des nôtres sont partis en pleurant. Et certains en chantant. L'une avait la main plaquée sur la bouche parce qu'elle avait le fou rire. Certains étaient ivres. D'autres sont partis en silence, tête baissée, pleins de gêne et de honte." p.116

Sources à consulter