monstresmarins2À la recherche d’un document bien précis dans notre magasin, je fouillais dans les rayonnages des livres oubliés. C’est à cet endroit que l’on place entre autres les livres un peu fatigués mais qu’on ne peut pas remplacer. On décide de les conserver pour diverses raisons : ce sont des classiques incontournables – particulièrement s’ils sont québécois -  le livre n’est plus édité et il est rare, etc. Malheureusement, même si ces livres sont toujours disponibles pour le public, les mettre au magasin les condamne à l’oubli. Bon, je digresse…

Toujours est-il que j’étais à la recherche d’un livre lorsque mes yeux croisèrent la tranche d’un autre qui retint mon attention : Monstres des lacs du Québec. Je l’avoue j’ai été intriguée et je l’ai pris pour l’observer. Je connaissais Memphré le « monstre » du lac Memphrémagog – difficile de manquer la sculpture à Magog ! Et j’avais entendu parler de Ponik, celui du lac Pohénégamook. Mais alors que je lisais la table des matières, mes yeux se sont accrochés sur un nom. Au chapitre 1, partie 8, je lis ceci : « Les monstres des lacs Memphrémagog et Massawippi ». MASSAWIPPI ! Et hop, un emprunt immédiat !

C’est que voyez-vous, le lac Massawippi, c’est le lac de mon enfance ! Là où j’ai passé tous mes étés quand j’étais jeune. La maison de mes grands-parents était située au bord du lac Massawippi, à Ayer's Cliff, et c’est un lieu que je connais si bien. J’ai fait du bateau sur le lac, je me suis baignée dans le lac, j’ai pêché sur le lac, j’ai patiné sur le lac et j’ai passé des heures à le contempler. J’ai entendu mille et une histoires à propos du lac. Mais d’un monstre ? Je n’ai jamais entendu parler ! Étrange, non ?

Je me plonge dans le livre. Et je commence par les pages qui parlent de « mon » lac. On y parle de falaises à pic, de lac très profond, de lac sans fond, de cavernes sous les montagnes bordant le lac, de poissons phénomènes, de tunnel entre le lac Massawippi et le lac Memphrémagog, de noyés qui ne reviennent jamais, et, évidemment de monstres mystérieux.

Alors que j’avance dans ma lecture, des souvenirs commencent à surgir. Car tout ça, je me souviens d’en avoir entendu parler. Tout, sauf le fameux monstre.

Je me souviens de ma grand-mère parlant de bateaux ayant coulé dans le Memphrémagog et Maasa1mystérieusement retrouvés dans le Massawippi – car il y aurait un tunnel souterrain entre les deux lacs. Je me souviens de mon grand-père racontant la pêche de brochets immenses, et disant que des plongeurs avaient affirmé avoir vu des poissons, probablement des esturgeons, de plusieurs mètres. Je me souviens de mes tantes parlant de connaissances du village qui s’étaient noyés dans le lac et dont on n’avait jamais retrouvé les corps ; on disait qu’ils étaient peut-être dans ses fameuses cavernes sous les falaises. Je me souviens de ma mère racontant comment un après-midi qu’elle se faisait bronzer dans une chaloupe, elle avait vu passer « entre deux eaux » le corps d’un homme qui s’était noyé quelques semaines auparavant ; il était boursouflé mais intact. Je me souviens d’enfants disant que Massawippi signifiait « lac sans fond » et que les algues pouvaient nous entraîner vers ces profondeurs inatteignables.

Mais bizarrement, encore une fois, je ne me souviens pas d'avoir jamais entendu qui que ce soit parler de monstre. Et pourtant, j’en ai passé des soirées avec des amis du village à se raconter des histoires de fantômes – je peux même vous montrer toutes les maisons hantées du village. Et j’en ai passé des soirées autour d’un verre, ma foi, un peu illégal puisque nous n’avions que 16 ans, à une table de l’hôtel de Shady Crest, à se raconter des histoires sans queue ni tête. Oui, ce même hôtel, dont le propriétaire raconte dans le livre des histoires de poissons avec des têtes de vache et d’esturgeons monstrueux. Il ne nous a jamais raconté ces histoires ! Le monstre a même un petit nom « Wippi » ou « Whippi » dépendant de la langue du raconteur.

Et donc non… pas de monstres dans mes souvenirs. Je suis un peu déçue, je l’avoue !

Quelques recherches sur le net s’imposent... (à suivre)