28 juin 2015

Le moment captif d'un dimanche : se distinguer

DSC_5341"Les gens ont quelque chose en commun : ils sont tous différents." [Robert Zend]

Hier, j'ai cru que j'avais changé. Mais aujourd'hui, je ne me sens pas du tout différente. À part le fait que je sache que je ne suis pas la même, je ne vois aucune différence.

Je voulais vivre une autre vie. Comme tout le monde, finalement. Je crois que même si on s'efforce d'être différent, on finit toujours par ressembler à tout le monde.

Et c'est un effort interminable et extrêmement épuisant que d'essayer d'être différent. C'est très difficile. Et si on y arrive alors on est heureux d'avoir atteint notre but mais alors on est infiniment seul. Et solitaire. Et ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir être seul et solitaire.

De toute façon, vouloir être différent c'est déjà être comme presque tout le monde. Enfin. C'est ce que tout le monde dit. Et si tout le monde le dit, ça doit être vrai, non ? Alors comme tout le monde j'ai décidé d'être différente de temps en temps. Alors parfois, je prends un chemin différent. Je me rebelle contre la norme et je crie mon indignation. Je décide de faire ce qui me plait et non pas ce qu'on attend de moi. C'est l'apanage des grands de savoir quand il faut être différent et quand il faut se conformer... ou l'asperge des suivants, je ne sais plus.

"Si l'on est différent, il est fatal qu'on soit seul." [Aldous Huxley]

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26 juin 2015

Quel monstre ?! - Suite

Donc, je disais qu'il fallait que je fasse quelques recherches sur le net... (premier texte ici)

Peu de liens mais quand même, Wippi est documenté sur le web, surtout en anglais. Et il semblerait que j’ai manqué la « nouvelle » sur le monstre. En 2005 (alors que j’habitais à Barcelone, voilà pourquoi j’ai raté l’article), il y aurait eu une photo de prise du monstre. Cela aurait même paru à CTV, faut le faire. Mais rien Maasa2dans les journaux ou télévision francophones. Selon l’article que j’ai retrouvé (l’original sur CTV.ca n’est plus disponible) un touriste aurait capturé en vidéo le monstre et aurait donné des copies photos au propriétaire du Ripplecove – une auberge située à quelques maisons de chez mes grands-parents ! Donc, théoriquement, si un touriste hébergeant à deux pas de la maison de ces derniers a photographié le monstre, j’aurais dû le voir moi aussi, ou du moins en avoir entendu parlé par ma famille.

En tout cas, selon l’article, le propriétaire ainsi qu’un guide touristique proposant des tours sur le lac Massawippi – et soi-dit en passant, je connaissais les deux personnes – disent être convaincus de l’existence de Wippi. D'autres liens parlent, encore une fois, de la profondeur du lac, de cavernes remontant dans les montagnes, de tunnel entre les lacs - à la Black Point - et de tourbillons faisant chavirer les canots.

On raconte aussi qu'on disait aux enfants de ne pas se baigner trop loin car il y avait un serpent de 6Maasa4 à 7 pieds avec une tête de vache ou de barbotte (c'est selon), dans le lac. Bon, cela me laisse croire que ma famille n'était pas trop protectrice car on ne nous a jamais dit ça ! Je me suis même baigné en plein milieu du lac. Et près des falaises en plus ! Pas de monstre qui est venu nous chatouiller les orteils ! Mais, je peux vous dire que les brochets, eux, ne sont pas peureux. Et même sur le bord de l'eau, il y en a qui sont venus se faufiler entre nos jambes. Il y en a même un qui a mordu mon amie. Oui, oui, je vous le jure. C'est vrai ! Tout comme l'araignée qui avait à peu près 30 cm d'envergure avec les pattes... vous savez les araignées au corps tout petit et aux longues, longues pattes... je vous le jure !!!

Bon, revenons au monstre.

Selon un des liens, il y aurait une carte du lac réalisée par un certain Major Stein sur laquelle, on aurait indiqué les monstres et merveilles du lac. Encore une fois, dans les sites visités, on parle un peu partout, de lac profond, de grands poissons, et surtout d'esturgeons monstrueux. On parle aussi du rocher "Donda" qui portait autrefois une sculpture représentant une tête d'amérindien avec un serpent autour du cou... une belle légende qui ne semble pas avoir de lien avec le  monstre. Malheureusement, encore une fois, je n'ai jamais entendu parler de cette histoire. 

Alors j'en veux un peu à ma mère, à mes grands-parents, à tout le village, en fait... C'est quoi l'idée de ne jamais m'avoir parlé de ce monstre ! Il va falloir que je parte à sa recherche à ma prochaine visite de la région !

lac_massawippiUn peu d'information :

Le nom du lac, Massawippi, serait un mot abénaquis qui signifierait "grand lac profond". Certains disent que ce mot signifie plutôt "beaucoup d'eau claire" ou encore "rivière aux eaux profondes". On parle aussi de déformation du mot "nasawipi" "nipi" signifiant eau et "nasaw" entre ou milieu, ce qui donnerait "entre les eaux".

Situé dans les Cantons de l'Est, cinq municipalités bordent le lac : North Hatley, Canton de Hatley, Hatley, Ayer's Cliff et Sainte-Catherine de Hatley.

  • Superficie : 18,7 km²
  • Profondeur maximale : 85,7 m
  • Profondeur moyenne : 41,6 m
  • Longueur : 14,2 km
  • Largeur maximal : 1,9 km
  • Poissons communs : Truites, achigans, perchaudes, brochets, barbottes, crapets-soleil, dorés, etc.
  • Animaux et oiseaux : Bernaches, oies blanches, grands hérons, canards, urubus, cerfs de Virginie, Orignaux, dindons sauvages, rats musqués, castors, etc.
  • Source principale : Rivière Tomifobia
  • Source de la rivière Massawippi

Quelques liens intéressants :

Monstres des lacs du Québec : mythes et troublantes réalités / Michel Meurger avec la collaboration de Claude Gagnon. -- Montréal, Paris : Éditions internationales Stanké, 1982. -- 319 p., [1] feuillet de planche : ill. ; 23 cm. -- ISBN :  978-2-760401723

Extrait sur le site de Claude Gagnon

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25 juin 2015

Quel monstre ?!

monstresmarins2À la recherche d’un document bien précis dans notre magasin, je fouillais dans les rayonnages des livres oubliés. C’est à cet endroit que l’on place entre autres les livres un peu fatigués mais qu’on ne peut pas remplacer. On décide de les conserver pour diverses raisons : ce sont des classiques incontournables – particulièrement s’ils sont québécois -  le livre n’est plus édité et il est rare, etc. Malheureusement, même si ces livres sont toujours disponibles pour le public, les mettre au magasin les condamne à l’oubli. Bon, je digresse…

Toujours est-il que j’étais à la recherche d’un livre lorsque mes yeux croisèrent la tranche d’un autre qui retint mon attention : Monstres des lacs du Québec. Je l’avoue j’ai été intriguée et je l’ai pris pour l’observer. Je connaissais Memphré le « monstre » du lac Memphrémagog – difficile de manquer la sculpture à Magog ! Et j’avais entendu parler de Ponik, celui du lac Pohénégamook. Mais alors que je lisais la table des matières, mes yeux se sont accrochés sur un nom. Au chapitre 1, partie 8, je lis ceci : « Les monstres des lacs Memphrémagog et Massawippi ». MASSAWIPPI ! Et hop, un emprunt immédiat !

C’est que voyez-vous, le lac Massawippi, c’est le lac de mon enfance ! Là où j’ai passé tous mes étés quand j’étais jeune. La maison de mes grands-parents était située au bord du lac Massawippi, à Ayer's Cliff, et c’est un lieu que je connais si bien. J’ai fait du bateau sur le lac, je me suis baignée dans le lac, j’ai pêché sur le lac, j’ai patiné sur le lac et j’ai passé des heures à le contempler. J’ai entendu mille et une histoires à propos du lac. Mais d’un monstre ? Je n’ai jamais entendu parler ! Étrange, non ?

Je me plonge dans le livre. Et je commence par les pages qui parlent de « mon » lac. On y parle de falaises à pic, de lac très profond, de lac sans fond, de cavernes sous les montagnes bordant le lac, de poissons phénomènes, de tunnel entre le lac Massawippi et le lac Memphrémagog, de noyés qui ne reviennent jamais, et, évidemment de monstres mystérieux.

Alors que j’avance dans ma lecture, des souvenirs commencent à surgir. Car tout ça, je me souviens d’en avoir entendu parler. Tout, sauf le fameux monstre.

Je me souviens de ma grand-mère parlant de bateaux ayant coulé dans le Memphrémagog et Maasa1mystérieusement retrouvés dans le Massawippi – car il y aurait un tunnel souterrain entre les deux lacs. Je me souviens de mon grand-père racontant la pêche de brochets immenses, et disant que des plongeurs avaient affirmé avoir vu des poissons, probablement des esturgeons, de plusieurs mètres. Je me souviens de mes tantes parlant de connaissances du village qui s’étaient noyés dans le lac et dont on n’avait jamais retrouvé les corps ; on disait qu’ils étaient peut-être dans ses fameuses cavernes sous les falaises. Je me souviens de ma mère racontant comment un après-midi qu’elle se faisait bronzer dans une chaloupe, elle avait vu passer « entre deux eaux » le corps d’un homme qui s’était noyé quelques semaines auparavant ; il était boursouflé mais intact. Je me souviens d’enfants disant que Massawippi signifiait « lac sans fond » et que les algues pouvaient nous entraîner vers ces profondeurs inatteignables.

Mais bizarrement, encore une fois, je ne me souviens pas d'avoir jamais entendu qui que ce soit parler de monstre. Et pourtant, j’en ai passé des soirées avec des amis du village à se raconter des histoires de fantômes – je peux même vous montrer toutes les maisons hantées du village. Et j’en ai passé des soirées autour d’un verre, ma foi, un peu illégal puisque nous n’avions que 16 ans, à une table de l’hôtel de Shady Crest, à se raconter des histoires sans queue ni tête. Oui, ce même hôtel, dont le propriétaire raconte dans le livre des histoires de poissons avec des têtes de vache et d’esturgeons monstrueux. Il ne nous a jamais raconté ces histoires ! Le monstre a même un petit nom « Wippi » ou « Whippi » dépendant de la langue du raconteur.

Et donc non… pas de monstres dans mes souvenirs. Je suis un peu déçue, je l’avoue !

Quelques recherches sur le net s’imposent... (à suivre)

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17 juin 2015

Acceptation

2015-06-17Ici, je suis volubile. Je parle de ma mère au moins 3 fois par année: à son anniversaire de naissance (21 janvier), à la fête des mères et aujourd'hui, le 17 juin, anniversaire de sa mort. J'ai aussi mes petites archives de Pauline, où je pose des souvenirs d'elle et des réflexions sur elle.

C'est ici que je partage le vide laissé par son départ. C'est ici que je laisse paraître ma tristesse. Vous êtes mes lecteurs captifs. Je vous oblige à lire mes soupirs. Bon, vous cliquez peut-être rapidement sur le petit x pour vous soustraire à mes mots larmoyants, mais c'est normal. Et je le comprends. J'ai le droit de partager mes états d'âme et vous avez le droit de ne pas les lire.

Mais c'est ici que je suis volubile. Ailleurs, dans ma vie physique, je suis muette. J'en parle peu. J'en parle si peu que même les gens proches de moi oublient que ma mère me manque. Que son absence est un cri quotidien. Parce que je suis forte et que je l'accepte. On me dit que je suis forte et cette force qui semble être mon masque normal est aussi ma faiblesse.

Car je l'accepte en principe. Je l'accepte car il faut bien vivre. Je l'accepte car je ne peux faire autrement et que la vie c'est la vie et c'est la mort. Accepter c'est vouloir vivre dans la douceur. Mais accepter peut aussi vouloir dire pleurer silencieusement tous les jours. L'un n'empêchant pas l'autre.

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07 juin 2015

Le moment captif d'un dimanche : suite

2015-06-07"Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps." [Alphonse Allais]

Demain, il y a 40 ans, j'avais 4 ans. Et j'avais eu le plus bel anniversaire de ma petite et courte vie. Je n'en croyais pas mes yeux et j'avais reçu tout ce que j'avais pointé du doigt dans le catalogue de Distribution aux Consommateurs. C'était impossible. Je savais que c'était impossible mais c'était bien réel... la caravane et la piscine ! Mes barbies pourraient passer un bel été à la campagne. Si je ne souris pas sur la photo c'est que, vraiment, je n'y croyais pas... Ma mère avait même mis une serviette verte pour faire l'herbe... (bon, probablement pour ne pas mouiller le plancher, mais je ne voyais évidemment que de l'herbe).

Aujourd'hui, je pense à l'anniversaire que j'aurai demain, il y a 40 ans... et je souris en me rappelant de la surprise que j'aurai en ouvrant mes cadeaux. Et je souris en me rappelant de la fierté que j'avais d'avoir enfin 4 ans. Mes trois ans étaient terminés et j'avais maintenant 4 ans. J'étais grande. Mais le temps passait si lentement. Cela avait pris une éternité pour passer à travers mes trois ans. Mais ça y était. 4 ans. Et dans un mois, je pourrais dire que j'avais 4 ans et un mois. Et puis, ce serait 4 ans et demi. Jusqu'à mes 5 ans. Tous les jours, j'étais plus vieille. Chaque jour, j'étais différente.

Chaque jour, je suis différente. J'ai 43 ans, demain 44 ans, hier 42 ans, après-demain, j'aurai 26 ans, et puis un matin, 10 ans. Ensuite, peut-être 31 ans et je serai pleine de défis ou encore je me sentirai comme si je n'avais que 14 ans et le monde me semblera noir. Après une dure journée, j'aurai l'impression d'avoir 76 ans et je voudrai simplement dormir, ou encore d'avoir 6 ans et j'aurai besoin de mon ourson préféré. J'aime tous les âges que j'ai eus et tout ceux que j'aurai. Car j'ai tous ces âges en moi. Tous les jours, j'ai 44 ans, j'ai 84 ans et j'ai 4 ans.

"How old would you be if you didn't know how old you are?" [Satchel Paige]

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03 juin 2015

Histoires d'ogres de Katia Gagnon

Ogres1Histoires d'ogres : roman / Katia Gagnon. -- [Montréal] : Boréal, 2014. -- 244 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-7646-2322-0

Quatrième de couverture

Quel destin attend Jade, une jeune escorte adepte de crack ? Et Stéphane Bellevue, ce pédophile en libération conditionnelle qui a purgé une peine pour le meurtre sordide d’un adolescent ?

Après La Réparation, Katia Gagnon nous offre un second roman qui s’inspire d’histoires vraies. Encore une fois, elle met en scène le personnage attachant de Marie Dumais, journaliste en quête de scoops et d’amour. Elle nous entraîne dans son exploration de la marge et des êtres troubles qui y vivent.

Si la plupart des personnages de ce roman sont des écorchés vifs, des carencés affectifs, des êtres humains qui se rejoignent dans leur souffrance, seuls quelques-uns d’entre eux atteignent le point de bascule, celui qui les fait passer à l’acte. Pourquoi ?

L'auteur

Katia Gagnon est née en 1970. Elle a étudié à l'UQAM où elle a obtenu un baccalauréat en communications. Depuis 1996, KG2elle est journaliste dans le quotidien La Presse. Elle y occupera diverses fonctions dont éditorialiste et directrice des informations générales.

Elle publie son premier roman en 2011, La réparation. Elle continue d'écrire et de travailler comme journaliste.

Bibliographie

  • Au pays des rêves brisés (avec Hugo Meunier - Témoignages)  (2008)
  • La réparation (2011)
  • Histoires d'ogres (2014)

Pour lire certains de ces articles dans La Presse. Son compte Twitter. Une entrevue avec l'auteur dans la revue Les libraires.

Mes commentaires

Je dois dire j'ai été réellement surprise par ce 2e roman de Katia Gagnon. Surtout lorsque j'ai réalisé qu'encore une fois l'auteure propose deux histoires dans son roman. Ou plutôt, nous avons d'un côté les vies de différents personnages marginaux et d'un autre côté, on nous retrouve encore une fois, Marie Dumais, la journaliste de La Réparation. On la suit à nouveau dans le reportage qu'elle cherche à écrire : son enquête, les entrevues, etc. Et on est également témoin de sa rencontre puis de sa relation balbutiante avec un libraire.

Donc "deux histoires" encore une fois. Et on retrouve le même personnage. Quand un auteur reprend une technique narrative qu'elle a déjà employée ainsi qu'un même personnage, ça m'inquiète toujours. Surtout que j'avais un peu déploré cette multiplication d'histoires dans le premier roman. Mais c'était sans compter sur le talent de Katia Gagnon. Car j'ai vraiment beaucoup aimé ces histoires d'ogres. Et j'ai adoré retrouvé Marie Dumais... et chose exceptionnelle, j'espère la retrouver dans un futur roman. Je suis conquise !

Nous retrouvons donc Marie qui travaille un nouveau reportage. Cette fois son enquête porte sur Stéphane Bellevue, un pédophile et meurtrier qui est remis en liberté après avoir purgé sa peine de prison. Bien qu'au centre du roman, le personnage de Bellevue n'est vraiment rencontré qu'à travers son passé et les gens qui l'ont connu et l'entourent. Marie va tenter de comprendre ce qui fait que Stéphane Bellevue est devenu le monstre, l'ogre qu'il est maintenant. Et rien n'est blanc ou noir. Rien n'excuse, mais rien n'est simple. On peut comprendre, sans pardonner ou excuser. Comme d'habitude.

Nous suivons donc Marie dans ce reportage, mais aussi dans son propore cheminement personnel, son ouverture aux autres et particulièrement dans sa relation avec un libraire un brin particulier.

Parallèlement, nous suivons aussi l'histoire d'une jeune droguée, Jade, qui après avoir perdu la garde de sa fille, devient prostituée dans un bordel. Autour d'elle évoluent plusieurs personnages de ce monde sordide. Comme pour le premier roman, cette histoire semble isolée et on ne voit pas le lien avec Marie et son reportage. Mais encore une fois, les deux histoires se rejoindront à un moment. Et c'est un lien si triste et en même temps tellement évident.

L'histoire est incroyablement bien menée. On passe d'un personnage à l'autre, d'une histoire à l'autre très facilement, sans jamais perdre le fil. L'écriture est solide et rythmée. On sent parfois l'écriture journalistique. Ce qui n'est pas un défaut. Comme dans son premier roman, on sent que Gagnon ne veut pas tomber dans le sensationnalisme. Elle veut comprendre les gens sans les juger, présenter les faits objectivement. Mais les mots de l'auteure ne sont pas froids. Les émotions sont palpables dans chaque chapitre. Et le texte de Gagnon réussit à nous rejoindre, à nous émouvoir. L'auteure s'inspire de son travail de journaliste et elle maîtrise ses sujets. Mais elle semble pouvoir se perdre dans son écriture romanesque qui lui permet d'exprimer des émotions que ses articles ne lui permettent pas.

Mon seul regret est, qu'encore une fois, certains personnages étaient vraiment intéressants et on ne fait que les effleurer. J'aurais voulu en savoir plus eux. Et même les personnages principaux m'ont semblé peu approfondi. Parfois, on déplore qu'un livre s'éternise, ici on soupire car il est trop rapide.

Les mots de l'auteur...

"J'aime les drames. Une bonne histoire triste, dramatique, avec quelques moments franchement horribles, voilà mon genre d'histoire. Les collègues me demandent souvent pourquoi je couvre toujours les affaires aussi terribles. Ils me trouvent généreuses, ils pensent que je milite pour la justice sociale.

Et moi, je n'ose pas leur dire que j'aime ça. J'aime m'immerger dans le drame de quelqu'un. Regarder par la fenêtre d'une vie. M'imaginer la vivre. Ressentir profondément la peur, la rage, la faim, l'injustice. Je peux regarder par cette fenêre aussi longtemps que je veux, capter tous les petits détails, puis recracher le tout en pleurant sur du papier.

Ensuite, en sortir. Aucun instant nest plus magnifique ce que celui-là. L'histoire est vécue, et enregistrée. C'est fini. Et moi, je sors de cette vie que j'ai vécu l'espace de quelques heures, jours, semaines, et je reprends la mienne. Jamais le soleil n'est si chaud, les draps si doux, le café si savoureux que lorsque je reprends ma vie à moi après avoir vécu un autre drae.

Et une fois sortie du trou, le plus difficile reste à faire. Écrire tout ça. Rendre l'émotion. Comment condenser la misère et la détresse dans un coup de poing qui frappera le lecteur au ventre dès les premières lignes." pp. 209-210

Pour en savoir un peu plus..

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