judith01La sœur de Judith : roman. – Lise Tremblay. – [Montréal] : Boréal, c2007. – 166 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7646-0539-4

Quatrième de couverture

Dans ce cinquième livre, Lise Tremblay brosse un tableau du Québec rural des années d’après la Révolution tranquille, un Québec en pleine effervescence, où de nouvelles valeurs font leur chemin mais où la tradition s’accroche encore. Fine observatrice de l’humain, l’auteur de La Héronnière nous fait revivre ses années par le regard d’une fillette qui sera une adolescente avant la fin de l’été.

L’auteur

Lise Tremblay est née en 1957 à Chicoutimi au Québec. Elle étudie à l’Université du Québec à Montréal et obtient une maîtrise en création littéraire. Elle enseigne la littérature au Cégep du Vieux-Montréal.

judith02Son premier roman paru en 1990, L’hiver de pluie, reçoit en 1991 le Prix de la découverte littéraire de l’année au Salon du livre du Saguenay-Lac-St-Jean ainsi que le prix Joseph-S.-Stuffer du Conseil des arts du Canada. En 1999, elle reçoit le Prix du Gouverneur général pour La danse juive paru en 1997 ainsi que le Prix littéraire du CRSBP du Saguenay-Lac-St-Jean. Son recueil de nouvelles La Héronnière reçoit Le Grand Prix du livre de Montréal, le Prix des libraires du Québec et le Prix Jean-Hamelin.

Bibliographie

  • L'hiver de pluie (1990)
  • La pêche blanche (1994)
  • La danse juive (1997)
  • La héronnière (2003)
  • La sœur de Judith (2007)
  • Chemin Saint-Paul (à paraître en septembre 2015)

Mes commentaires

Le roman de Lise Tremblay peut sembler banal ; le simple récit du passage de l’enfance à l’adolescence d’une petite fille pendant un été à la fin des années 1960. Il ne s’y passe pas grand-chose. La narratrice de 11-12 ans nous raconte simplement ses derniers jours d’école primaire, son été, puis sa rentrée au secondaire. Rien d’autre. Elle partage sa vie qu’elle ne trouve pas très palpitante. Elle aimerait bien plus avoir une vie comme Claire, la sœur de sa meilleure amie Judith.

C’est un texte simple, sincère, dépouillé et terriblement efficace. Il peut être difficile d’écrire un roman avec une enfant-narrateur, mais ici l’auteur réussit parfaitement. Nous croyons aux mots de l’enfant sans se sentir dans une narration trop enfantine.

Le texte nous propose une tranche de vie, qui peut sembler banal et anecdotique, mais qui m’a rejoint comme lectrice. Je n’ai pas grandi à la même époque. Je n’avais pas les mêmes préoccupations, les mêmes doutes, les mêmes sourires, les mêmes larmes. Mais je me suis retrouvée dans le texte. Et surtout dans cette amitié entre les deux fillettes qui ne survivra pas à la fin du primaire, à la fin de l’été et au commencement d’une nouvelle vie au secondaire.

La narratrice vit dans une époque en transition. Et elle-même se transforme. Elle vieillit. Elle forge sa personnalité. Elle passe de l’enfance à l’adolescence avec tout ce qui cela comporte comme transformation : de nouvelles expériences et surtout la perte d’une partie d’elle-même.

Qu’en est-il de l’histoire ? Une fillette passe de l’enfance à la pré-adolescence l’espace d’un été. Elle passe cet été à lire, à penser aux garçons, à se sauver de sa mère, et à papoter avec sa meilleure amie Judith. Leur sujet préféré est bien entendu la sœur de Judith, Claire, qui quitte Chicoutimi pour aller à Montréal afin de participer à un concours de danse. Elle représente à leurs yeux, la fille parfaite : jeune, belle, à la mode, elle a un copain riche et beau, et elle va peut-être danser avec un groupe de musique populaire. Elle est tout ce qu’elles aimeraient être.

Mais rien n’est vraiment parfait. Et la narratrice doit se confronter aux déceptions, les siennes et celles des gens qui l’entourent. Et lorsque l’été finit et qu’elle commence le secondaire, elle a changé.

Les mots de l’auteur

« Le camelot a jeté le journal du dimanche à moitié mouillé sur le tapis de l’entrée. Dès que je l’ai entendu fermer la porte, je me suis levée en courant. Je voulais être la première à voir la photo de Claire. J’ai pris le journal et j’ai commencé à chercher. La photo était à la page 22 et on voyait Claire encadrée de ses deux parents. Monsieur Lavallée portait un complet. L’article racontait l’histoire de Claire, comment elle était passée du quart de finale, à la demi-finale et à la finale du concours de danse. Si elle gagnait, elle allait passer l’année comme danseuse à gogo dans le spectacle d’adieu que Bruce et les Sultans allaient donner partout dans la province. Je n’en revenais pas, si elle gagnait, la sœur de ma meilleure amie allait voir Bruce en personne et peut-être qu’elle allait l’inviter à jouer au mini-putt dans leur cour arrière et peut-être qu’on pourrait le voir. Judith et moi on ne parlait que de ça et on passait une grande partie de notre temps à aider son père à finir le mini-putt avant le début de l’été. Ils avaient un grand terrain et leur père avait décidé de construire son propre mini-putt. » p.9  

Pour en savoir un peu plus…