2016-11-13"L'insomnie est mauvaise conseillère ; surtout elle exagère les images. Elle transforme facilement l'inquiétude en effroi, l'effroi en épouvante." [Yves Thériault]

Je me couche. J'ai les yeux qui brûlent. Je baille. J'ai de la difficulté à les garder ouverts. Mes yeux sont pleins de sommeil. Je m'endors. Je dors.

Je me réveille. Ce n'est pas le matin. Il fait noir. La lune brille froidement. Toute la maison est endormie. J'écoute le silence. Et les craquements et bruits non identifiés.

Je me tourne. Je ferme les yeux encore une fois. Mais je ne m'endors pas. Je ne dors plus. J'ai le sommeil qui fuit. Et alors je me tourne encore. Et encore. Encore.

J'ouvre les yeux. Les ombres semblent s'agrandir. Elles bougent, se transforment. Je ferme les yeux. Je me tourne. J'essaie de penser à autre chose. Je pense à des petites choses, de petits événements. Et je ne les comprends plus. Je suis certaine d'avoir oublié quelque chose. J'angoisse. Puis, pendant un moment, je sais ce que j'ai oublié. Puis, je l'oublie. Je me tourne. J'ouvre les yeux.

Je referme les yeux. J'ai l'impression de dormillonner. Je crois bien que je dors un peu puisque j'ai l'impression de me souvenir de rêves. Des images se faufilent dans ma tête. J'ouvre les yeux. Les images sont toujours là. Je ne rêve pas. Je rêve éveillée. Mes rêves sont des réalités voilées. Je suis inquiète. Ma chambre semble peuplée de monstres. J'ai peur. Je ferme les yeux.

J'ouvre les yeux. Je les frotte. Il n'y a rien. Je ne vois rien. Je ne dors pas. Mais les images étaient pourtant remplies de poésie. Je me dis que je me rappelerai ces poèmes au matin. Je me tourne. La lune brille un peu moins. Les petits oiseaux commencent à gazouiller. Il fait encore noir. Plusieurs heures ont passé. Et le matin pointe le nez.

Je me tourne. Je sens le sommeil revenir. Je dors à nouveau. Enfin. Mais pour peu de temps. Bientôt, il faut se réveiller pour de bon. J'ouvre les yeux. Je soupire. Je me lève. Je ne me rappelle plus. Que des images effacées. Je suis fatiguée.

Et ce, chaque nuit.

"La poésie vit d'insomnie perpétuelle." [René Char]