27 mai 2017

Dolmen de la Devesa

DSC_9249En 2012, lorsque nous avons fait notre premier retour en Espagne pour visiter mon père, nous n'avons pas pu résister à la tentation de ressortir notre carte de l'Alt Empordà avec tous ces merveilleux sites mégalithiques à explorer.

Un trajet nous semblait particulièrement intéressant. Situé près de Palau Saverdera, il permettait de voir trois sites : le Dolmen del mas Bofill, le Dolmen de la Devesa et le village néolithique de Ca n'Isach. Les trois endroits semblaient près de la route, ce qui faisait notre affaire. On se rappelait trop bien nos péripéties lors de notre visite au Dolmen de la Vinya del Rei.

Et donc direction Palau Saverdera. Nous commençons par le village néolithique, assez bien conservé, bien présenté et mis en valeur et surtout très intéressant. Puis nous allons voir le Domen del mas Bofill. Le dolmen est tout près de la route et carrément à côté d'une habitation. Toujours étrange de voir comment les gens se sont bâtis autour de vestiges anciens ; sans vraiment s'en soucier mais en ne les abîmant pas trop non plus. Le dolmen est très bien. Nous voulons ensuite voir le troisième site, le Dolmen de la Devesa. Selon notre carte, celui-ci est un peu éloigné de la route mais tout près du Dolmen del mas Bofill. Il faut passer derrière ladite habitation et suivre un chemin en terre. Tout est bien indiqué, cela ne semble pas bien loin (selon la carte) mais il est 18 h. Il commence à se faire tard. On hésite un instant. Mais selon la carte, c'est tout près ... et puis même si nous sommes au début d'octobre, 18 h c'est encore tôt... et il fait un soleil resplendisant. DSC_9262

On s'engage sur le sentier. Le soleil brille. Le sentier est superbe. On avance. La carte nous rappelle que le dolmen est proche. On avance et on monte. La vue est magnifique. Et on monte. Et on monte. Le sentier n'arrête plus de monter. Et s'il est très bien défini, il traverse une flore, qui est non seulement dense, mais ma foi, assez piquante ! Et on monte, monte, monte. La carte nous montrait-elle la distance à vol d'oiseau ? Car nous n'arrêtons pas de tourner et tourner dans le sentier qui est tout sauf droit. Malgré nos tentatives pour nous protéger, nos bras sont complètement couverts d'égratignures. Et le soleil commence à se coucher.... le paresseux. Je fais un arrêt et je questionne : on rebrousse chemin ou on continue ? C'est que le chemin a beau être assez bien défini, dans le noir - et noir il fera quand le soleil aura disparu - je ne suis pas certaine que nous pourrons le retrouver. Après une petite discussion, on décide de continuer (je veux absolument voir le dolmen et c'est si proche et PisTout m'assure qu'il saura retrouver son chemin... oui, je sais, on se dit n'importe quoi !).

DSC_9295Alors, on continue. Le dolmen ne devrait pas être loin. On accélère le pas. Le coucher de soleil est époustoufflant mais assez inquiétant. Je commence à être à bout de souffle et les bras et les mollets en sang. PisTout marche un peu plus vite et je prends un peu peur... je passe devant lui, je ne veux pas le perdre. Car j'ai zéro sens de l'orientation ! Et on monte, on monte, on monte. Je crois voir le dolmen. Oui, je le vois. Sous un olivier. Je cours presque. Il est là. Je fais signe à PisTout : "il est ici, dépêche-toi !".

Et il est formidable. On le contourne, l'examine, le touche... Et on cherche les mouchoirs pour le sang qui couvre nos bras. Mais on est émerveillé. On prend une tonne de photos. On se fond dans la pierre. Et on se perd dans la vue incroyable. Le dolmen se fond dans l'infini. On s'enlise dans le passé. On se sent seul dans un silence absolu. Mais le soleil s'enfuit. Il se fout de nos rêves et de nos peurs. Et on doit rebrousser chemin. Évidemment, le temps ne nous attend pas et il fait de plus en plus noir. On a faitDSC_9307 nos adieux au Dolmen de la Devesa en un instant. C'est un peu rapide et sec mais il comprendra. Et on redescend. À toute vitesse. On connait un peu le chemin et on évite la plupart des épines qui se dressent toujours menaçantes et sanguinaires. Mais descendre est toujours difficile pour moi et je n'y vois plus rien. Mais c'est quoi cette idée de se mettre dans des situations ridicules pour des dolmens, que je me dis en grommelant, même si je sais que ce ne sera pas la dernière fois...

Nous arrivons enfin à la voiture. PisTout toujours prévenant et prévoyant sort la trousse de premiers soins... Ai-je dis que nous étions égratignés de toute part ? Je n'exagère rien. Mais cela en valait encore une fois la peine. Cela en vaut toujours la peine. Et puis, je me questionne immédiatement... La Devesa... je ne connais pas ce mot. Le lendemain, mon dictionnaire catalan-français me dit que devesa signifie pâturage... Vraiment ?

(Selon les descriptions trouvées, il se situe à environ 100 m. du dolmen del mas Bofill mais qui peuvent sembler interminables avec une végétation dense... vraiment ?!?!)

DSC_9272Caractéristiques

  • Nom: Dolmen de la Devesa
  • Situation: Palau Savardera (près de Roses), Mas Isaac, province de Gérone, comarque d'Alt Empordà, Communauté autonome de Catalogne, Espagne.
  • Coordonnées : Latitude: 42.315389N  Longitude: 3.138418E
  • Altitude : 190 m.
  • Axe : Sud-ouest
  • Fonction: Tombe mégalithique
  • Type: Dolmen
  • Âge: Néolithique moyen - 3500 - 2700 av. J.-C.

Description

Tombeau corridor formé d'une chambre de forme trapézoïdale avec huit grandes pierres. L'intérieur est assez grand mais l'entrée trèes étroite. Ses dimensions générales sont de 3,4 m. de longueur par 2,4 m. de largeur et 2,05 d'hauteur. La dalle qui ferme le fond du dolmen a 2,80 m. de largeur et 1,95 m. d'hauteur. La plus grande dalle située du côté Est fait 3,20 m. par 1,90 m.

Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des ossements humains, quelques morceaux de céramiques et un morceau de collier.

Pour en savoir plus

  • Informations sur Wikiloc
  • Fiche sur le site Guía de monumentos megalíticos de España du Ministerio de educación, cultura y deporte


16 mai 2017

Nous sommes époustouflés

« On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner » [François de La Rochefoucaud]2017-05-17

Sans vouloir trop en faire un plat, nous sommes quand même un peu étourdis ce matin. Car hier, cela faisait bien 25 ans. Et demain, cela fera 14 ans. C'est incroyable, tout de même. Le 25 ans, je veux dire. 25 ans. C'est long 25 ans. C'est interminable. Et pourtant cela se passait hier, il me semble. 

Nous hésitons entre l'émerveillement et la stupéfaction. Nous sommes aussi confus. Doit-on faire quelque chose de vraiment spécial ? Oui, chaque année, nous soulignons ce moment, mais là, 25 ans, il nous semble qu'il faudrait insister un peu plus, non ?

Mais ce n'est pas comme si c'était un accomplissement incroyable ou extraordinaire. C'est juste la vie qui passe. Et nous l'avons simplement vu passer ensemble.

Mais nous n'en revenons pas. Ces 25 années nous surprennent alors que nous ne nous y attendions pas. Elles furent étonnantes et incroyablement banales. Souvent bien ordinaires, parfois inconcevables, parfois magnifiques. Mais elles ont passé si rapidement  que ce matin, elles nous étonnent tout simplement.

 

 

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14 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : et si l'abandon...

2017-05"On est si petit, le monde est si grand. -- Que serait la vie, sans notre Maman" [Mick Michevl]

Quand on est petit, on croit qu'elle sera éternelle. On sait bien qu'elle partira avant nous. C'est logique. Mais elle sera vieille. Très vieille.

J'ai fermé les yeux. Il faisait toujours trop froid. Une cage vide. Une vie passée à travers la fenêtre du salon. Je l'ai laissée seule, un instant. Ce fut suffisant. Elle est partie. Elle a désertée nos vies.

Un entrefilet dans les journaux. Une anecdote banale. La fin du monde pour nous.

Et la vie continue. On oublie ses faiblesses. Son corps torturé. Son tourment fut mon naufrage. Ne reste que le besoin de sa présence. De sa force. De ses bras. De son amour. Quand tout s'écroule autour de moi, où es-tu maman ?

"C'est toi, Maman, la plus belle du monde -- Et lorsque tout s'effondre autour de moi -- Maman, toi tu es là !" [Luis Mariano]

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07 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : mutation

2017 033"Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours." [August Strindberg]

J'ai normalisé l'importance de vivre. Et la beauté des silences est détruite. Je change de peau en un rire invisible. À mes pieds, des poussières de vies.

Je suis seule. J'attends ma transfiguration. Un amoncellement d'apparences à mes pieds. Je suis nue. Je sacrifie ma biographie et je renais mille morts.

Je me transforme et je me dépouille de mes cicatrices. Je perds ma laideur, je perds ma beauté. Je suis dépouillée. Ma vie est courte, puis elle recommence. Elle se transforme, si je la laisse vivre pleinement sa mutation.

"Vouloir transformer c'est d'abord et toujours vouloir supprimer" [Michel Polac]

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01 mai 2017

Antigone au printemps

An1Antigone au printemps

Texte : Nathalie Boisvert
Mise en scène : Frédéric Sasseville-Painchaud
Production : Le Dôme, Créations théâtrale
Conception : Mykalle Bielinski (musique originale), Chantal Labonté (éclairage), Alexandra Lord
Collaboration : Alex Gauvin, Olivier Sylvestre, Émily Vallée-Knight

Distribution : Léane Labrèche-Dor (Antigone) – Xavier Huard (Polynice) – Frédéric Millaire-Zhouvi (Etéocle) – Mykalle Bielinski (La musicienne - et chanteuse)

Présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier du 4 au 22 avril 2017.

Résumé :

Dans un Québec moderne, dans un Montréal intemporel, la tragédie d'Antigone se déroule à nouveau sous nos yeux.

L'histoire débute dans le chalet appartenant à Oedipe et Jocaste à Rivière Éternité. Leur trois enfants, Antigone, Etéocle An3et Polynice, se rappelle leur enfance à jouer près de la rivière. Mais bientôt la vérité sur leurs parents leur est révélée et ce secret insoutenable bouleverse à jamais leur vie. Oedipe et Jocaste abandonnent leurs enfants, ne pouvant vivre avec cette révélation. Les trois enfants sont révoltés et ont de la difficulté à contenir leur rage et leur désespoir.

Chacun exprimera sa colère de sa façon. Étéocle et Polynice vont joindre la révolution qui s'éveille dans leur ville. Mais dans des camps différents. Antigone va suivre son frère Polynice contre l'ordre établi. Étéocle va prendre le parti de son oncle Créon qui veut réprimer l'opposition.

Dans un affrontement sanglant, les deux frères vont se battre violemment et finalement s'entretuer. Antigone réussit à se sauver. Mais Étéocle est montré comme un héros et Polynice comme un traitre. Antigone doit rester entière. Elle se doit de donner à son frère Polynice un enterrement digne - au risque de sa propre vie.

À propos :

Le Dôme, créations théâtrales est une toute nouvelle compagnie théâtrale, fondée par Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre. Au mois d'avril 2017, ils présentent leur première pièce Antigone au printemps dont le texte est de Nathalie Boisvert et la mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.

Antigone fait partie de la mythologie grecque. Elle est intimement liée au mythe d'Oedipe. Sophocle, il y a environ 2 500 ans, a écrit une tragédie sur sa destinée. Puis en 1944, Anouilh a réécrit la pièce alors que la France était sous l'occupation allemande.

Antigone au printemps de Nathalie Boivert reprend les personnages principaux et certains aspects de l'histoire. Certains personnage seront présents, Antigone, Étéocle et Polynice ; d'autres ne seront que mentionnés, Créon et Hémon, par exemple. Le secret de leur naissance, l'effondrement d'une famille, l'affrontement entre Étéocle et Polynice, la rebellion d'Antigone, tous ces aspects sont présents dans la pièce. Mais l'histoire se déroule aujourd'hui, dans un monde rempli de guerres, de scandales politiques, de désastres écologiques, de manifestations et de contestations sociales, d'affrontements entre manifestants et policiers... et on ne peut évidemment s'empêcher aux manifestations étudiantes québécoises du printemps 2012. Selon les mots de l'auteur : "[...]une tragédie écologique où des oiseaux  tombent du ciel et les gens se révoltent contre cela. Ils manifestent dans un système politique corrompue de Créon." (Article de Raphael Demers, Antigone au printemps, entrevue avec l'auteure et le metteur en scène, Alt. RockPress, 3 avril 2017).

An12Pièce en un acte de 1 h 20 sans entracte. La scène est très dépouillée, un sol couvert de gravier, un bloc de béton et un chemin qui est aussi rivière, mais aussi la séparation entre deux mondes. Aucun décor. Quelques lumières et surtout une musique qui suit parfaitement la tension et le climat de la pièce. Pas de Prologue ici pour raconter l'histoire mais une narration par les trois acteurs entrecoupée de dialogues qui sont plus une énonciation qu'un échange.

La pièce a été présentée pendant le mois d'avril 2017, pour le grand public mais également à des groupes étudiants. On voit aisément comment la pièce peut rejoindre un public plus jeune. Elle demeure accessible, ancrée dans une réalité contemporaine tout en reprenant les mythes anciens.

Mes commentaires :

Vous savez, j'aime beaucoup le personnage d'Antigone. J'ai aimé lire son histoire dans la mythologie grecque puis la tragédie de Sophocle. Mais j'ai particulièrement aimé l'adaptation d'Anouilh. J'ai même décidé - dans un moment de folie, je crois - d'écrire quelques textes sur la pièce d'Anouilh. Je ne suis loin d'être une experte et mes années d'université en littérature française sont loin derrière moi, mais j'ai mis beaucoup de temps et d'efforts dans ces articles, car comme je l'ai dit, j'aime beaucoup le mythe et la pièce. Je ne m'attendais cependant vraiment pas à la popularité de ces articles. Parfois j'ai l'impression que si Antigone n'existait pas sur mon blogue, il n'y aurait pratiquement pas de visiteurs ! Bon, j'exagère un peu, mais honnêtement... le nombre de clics que mes textes sur Antigone ont généré, est hallucinant. Il faut croire que le texte d'Anouilh est encore beaucoup étudié !

Mais cela a aussi généré en moi une sorte de désintérêt pour mes propres textes et pour Antigone. Bon... Antigone encore... que je me disais. Je remettais en question mon engouement pour cette histoire. Il est certain que j'ai toujours trouvé extrême l'obsession d'Antigone. J'ai même pensé supprimer mes articles. Surtout que je ne suis pas une experte en la matière.

Et puis, j'ai vu cette pièce annoncée. Antigone au printemps. Et avec une comédienne que j'aime bien. Je n'ai pas pu résister. Je n'ai rien lu sur la pièce. Je savais cependant que la pièce avait été modernisée, mais rien d'autre. Je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avoue que j'avais un peu peur du résultat.

La pièce a commencé, la voix, la musique, ont envahit la salle. Les acteurs ont récité leurs textes. Et j'ai été complètement envoûtée, renversée, hypnotisée. J'ai retenu mon souffle. Et Antigone s'est retrouvée à nouveau dans mon coeur. Non seulement, je me suis réconciliée avec le personnage d'Antigone, mais j'ai finalement pu la comprendre.

Le contexte est différent, bien sûr. Mais l'histoire reste la même. Et la révolte aussi. Révolte contre ce qui ne peut être changé (la vérité de leur naissance) et révolte sur ce qui peut être changé. La rage de vivre des personnages est bien vivante ainsi que leur destin inévitable vers la mort ; comme dans l'histoire mythique.

Mais nous retrouvons les personnages avant le texte d'Antigone. Nous les retrouvons enfants, ensemble, unis. Meurtris mais solidaires. Puis, nous les voyons s'éloigner, se perdre et finalement s'affronter. Les gestes sont horribles, la fin tragique. Le besoin de croire en une cause, la manipulation des faits, des informations, des opinions, la nécessité de se battre pour ses idées... Tout ceci se trouve dans les textes de Sophocle et Anouilh mais ici, tout semble terriblement proche, moins théorique.

Je trouve cependant triste que rien ne change... nous avons, encore et toujours, les mêmes tragédies à vivre et revivre.

Lire aussi:

Pour en savoir plus...

  • Article par Élie Castiel dans la revue Séquence
  • Critique de Pierre-Alexandre Buisson sur la Bible urbaine
  • Article de Raymond Bertin sur la pièce et article sur l'auteure dans la revue Jeu
  • Entrevue avec Léane Labrèche-Dor
  • Article de Gilles G. Lamontagne sur le site Sors-tu?.ca
  • Article d'Esther Hardy sur le site atuvu.ca

Posté par Laila_Seshat à 09:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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