21 février 2007
Pont Aven
Un détour en
France, il y a quelques temps, m’a mené vers un fort joli et très connu village
du nom de Pont-Aven. Situé en Bretagne, non loin de Quimper, ce village est
aujourd’hui célèbre, non seulement pour sa très grande beauté, mais par le fait
que cette beauté y a amené nombres d’artistes connus. Des noms plus anciens
comme Corot et Gauguin mais également plusieurs artistes contemporains. Les
galeries d’art se multiplient d’ailleurs dans le village.
L’arrêt fut
imprévu – histoire de se ravitailler – mais le coup de foudre si fort, que le
village fut visité deux fois. Une première fois de soir, et une deuxième fois
le lendemain matin.
Le village n’est
pas très grand. Mais son histoire marquée par les artistes qui y ont séjourné
et qui y vivent encore peut être perçu dans chaque petite rue.
Les premiers
artistes à découvrir ce village du Finistère en Bretagne viennent de
l’Angleterre, de la Scandinavie et de l’Amérique. Le village est accueillant,
le coût de la vie y est abordable et l’inspiration semble y venir
naturellement. Rapidement, plusieurs peintres français, particulièrement
parisiens viennent les rejoindre. Principalement citadins, les artistes
viennent se perdre dans l’ambiance pittoresque de ce petit village breton.
Maisons typiques, petit port accueillant, village animé et vivant, villageois
(les Pontavenistes) souriants et ouverts aux visiteurs, le village est rempli
de paysages charmants. Les artistes – et bientôt les visiteurs et touristes – y
viennent donc rapidement en grand nombre. Les auberges et petits hôtels,
restaurants, terrasses et cafés s’y multiplient pour loger et nourrir tous ces
visiteurs.
Plusieurs
artistes connus viendront à Pont-Aven dont tout d’abord plusieurs peintres
académiciens. Ceux-ci feront connaître le village en offrant des peintures
surtout inspirées par les costumes, les gens et les paysages bretons.
Corot y a aussi séjourné
en 1862, ainsi que beaucoup d’autres peintres, dont le plus célèbre est sans
doute Gauguin, qui s’y installe pour une première fois en 1886. Gauguin qui a
prit activement part au mouvement impressionniste, ami de Pissarro et autres
peintres impressionnistes, est amené à Pont-Aven par Jobbé-Duval. Ce dernier,
bien qu’il soit originaire de la région et qu’il ait introduit Gauguin en Bretagne
a peu de lien avec les sujets bretons.
Gauguin
s’installe dans le village en 1886, dans ce qu’il appelle « un petit trou
pas cher ». Il exploitera la
lumière et les paysages de la Bretagne avant de quitter pour la Martinique. Il
reviendra cependant à plusieurs reprises à Pont-Aven et participera avec
d’autres peintres – entre autres Émile Bernard et Paul Sérusier – à ce qu’il
est maintenant convenu d’appeler "l'école de Pont-Aven".
L’école de Pont-Aven prend forme dans le cloisonnisme et le synthétisme. Il y a une
recherche d’une peinture plus primitive, une peinture simplifiée, une volonté
d’exalter la couleur.
Le cloisonnisme,
nettement inspiré du vitrail, se définit par une technique qui trace les
contours des
figures avec de grands traits foncés, isolant ainsi les éléments.
La couleur est ensuite appliquée en larges aplats. On ne voit pas
nécessairement de perspective. Les couleurs, habituellement très vives, sont
ainsi mises en valeurs. Gauguin avait une nette préférence pour le bleu lorsqu’il
utilisait cette technique.
Les peintres vont
ensuite « créer » et « explorer » le synthétisme qui
s,inspire du cloisonnisme. On simplifie les formes et on mise plus sur la
suggestion, plutôt que la description. On va de plus en plus à l’essentiel, on
simplifie la technique, on élimine les détails superflus qui ne m’ont pas une
signification. Seuls les détails qui sont importants, qui transmettent l’idée
et le message de l’œuvre sont conservés. On peut reconnaître une femme dans un
personnage même sans les détails anatomiques, on voit une maison dans un
dessin, même sans les portes et fenêtres…
Le tableau « Les
bretonnes dans la prairies verte » d’Émile Bernard est un des premiers
tableaux à utiliser ce style de peinture.
On dit que la
peinture de Pont-Aven est poétique, douce. On souligne aussi une volonté de « peindre
de mémoire » et non une représentation fidèle. À la suite de Gauguin et
des premiers artistes à venir à Pont-Aven, d’autres artistes s’inspirèrent de
cette première école. Ils découvrent les toiles de Gauguin, et à partir de
1889, ils forment ce qui est convenu d’appeler les « Nabis », c’est-à-dire
les Prophètes de cette nouvelle forme de peinture. Ils se sentent libres des
contraintes académiques, ils osent…
À cette époque et
après, Pont-Aven a inspiré nombres d’artistes, peintres et écrivains. On
retrouve des noms comme Fauché, Mauffra, Botrel, et beaucoup d’autres.
Pont-Aven attire
de nombreux artistes et visiteurs… ce succès change un peu l’atmosphère et le
visage du village. Il sera délaissé peu à peu – trop de monde, trop populaire.
Mais les artistes n’ont jamais vraiment quitté Pont-Aven… il suffit de voir les
galeries et les nombreux artistes qui peuplent encore aujourd,hui le village.
Sources :
- http://www.pontaven.com/
- http://terresdelegendes.monsite.wanadoo.fr/page4.html
- http://perso.orange.fr/art-deco.france/pontaven.htm
- Voyage en Bretagne / Serge
Duigou. – Éditions d’Art – Jos Le Doaré, 1999. – 144 p. : ill. – ISBN 2855432138.
15 octobre 2006
Peinture: Le Vampire de Munch
Titre de l’oeuvre: Le Vampire
Nom de l’artiste: Edvard Munch
Date: 1893-4
Médium: Huile sur toile
Dimension: 91X109 cm
Biographie de
l’artiste :
Munch a brièvement étudié à
l’école technique, puis se consacre rapidement à l’étude de l’art. Il étude le
l’Art classique, la naturalisme, le dessin et ses premières œuvres sont
inspirées du réalisme français et il est reconnu très tôt dans sa carrière
comme un artiste de grand talent. Il rompra cependant rapidement avec le
réalisme. Son passage à l’expressionnisme provient en grande partie dans sa
recherche pour transmettre dans son œuvre une expérience personnelle et
douloureuse. Il produit alors en 1885, le tableau « L’enfant
malade ». Malgré les critiques négatives, Munch poursuit dans cette voie
et même si les prochains tableaux sont un peu moins provocants, on retrouve
encore une atmosphère lyrique qui se détache définitivement du réalisme.
Ses œuvres seront par la
suite fortement influencées par ses relations dans la sphère anarchiste de
l’époque. On retrouve dans ses tableaux l’expression de ses conflits internes,
de sa volonté de dépeindre les ennuis de la vie moderne ainsi que sa propre
vie. On dit souvent les œuvres de cette époque font partie de sa production
« biographique-littéraire ».
Il vivra un certain temps à
Paris, où il explorera les mouvements post-impressionniste et anti-naturaliste
et même pointilliste. Ses œuvres demeurent cependant empreintes de ses propres
expériences, impressions et émotions, ainsi que de l’expression de la décadence
de la fin du siècle. Il ira ensuite à Berlin, et gravite dans un cercle
d’artistes, littéraires et intellectuels où on retrouve nombres de scandinaves.
Les discussions tournent autour de l’art, la philosophie, l’occultisme, le
fantastique, la psychologie, etc. Ses œuvres de cette époque conservent les
mêmes thématiques, mais on peut y voir également certains aspects sombres de
l’amour, la mort, la maladie… On note une tendance au symbolisme. Une grande
influence sur l’œuvre de Munch provient de l’écrivain polonais Stanislaw Przybyszewski et de la femme
de ce dernier connu sous le nom de Ducha. L’écrivain polonais qui explore le
satanisme et le fantastique pousse Munch dans ses thèmes et sa femme, très
belle, et dont Munch aurait été amoureux lui inspire sa vision de la femme
troublée : attirance et peur, érotisme et mort…
De retour à Paris, vers 1896,
Munch explorera d’autres moyens graphiques, tels la gravure, la lithographie.
Il réalisera également des affiches. Il peint cependant toujours. Ses œuvres
ont pour thèmes, la solitude, l’angoisse, la difficulté de vivre, l’amour
sombre et tragique, la maladie, la mort, la tristesse, etc., mais on retrouve
également une orientation métaphysique courante à l’époque. Les expériences et
émotions personnelles de la vie de Munch se retrouvent toujours dans ses
œuvres.
Il s’établit au début du XXe siècle, comme un peintre reconnu et comme une influence sur de nombreux artistes. Il expose à plusieurs reprises à Berlin, Prague, ... Parmi ses œuvres les plus connues on retrouve Le Cri (1893) qui exprime toute la solitude de l'homme. Comme beaucou de ses oeuvres, il en fit plusieurs versions. Edvard Mubch décède au début de l'année 1944 à Ekely.
L’œuvre :
L’œuvre de Munch aborde
souvent le thème de la femme dans son aspect conflictuel d’objet d’amour et de
désir mais également de répulsion.
Le cycle « La Frise de
la Vie » finira par incorporer la plupart de ces œuvres majeures, dont
« Le Cri ». Il exposa la première séquence d’images de ce cycle à
Berlin en 1893 sous le titre « Amour ». On pouvait voir dans cette
exposition, six pièces (des peintures et des pastels-études pour des peintures)
qui proposait la vision de Munch du chemin sur la voie de l’Amour :
l’innocence, la passion, la douleur émotionnelle, la jalousie et le désespoir.
La 3e œuvre de cette séquence était intitulé « Amour et
Douleur » et était une étude en pastel. Cette étude se voulait étude de
l’intimité entre la douleur et l’amour. On sent le désespoir de l’homme qui
aime, la femme offrant un peu de compassion à cet amour et semble consoler son
amant. Elle le domine cependant et on sent de l’ambiguïté dans ce tableau.
Est-ce qu’elle le garde sous sa domination ou tente-t-elle de le consoler?
On sent de la tendresse mais également une froideur de sentiment soulignée entre autre par les couleurs sombres et oppressantes du décor. Les deux personnages s’enlacent dans la scène et donc sont attachés l’un à l’autre, peu importe l’aspect conflictuel de l’amour et de la douleur, du désespoir et du réconfort. L’un n’allant pas sans l’autre dans la thématique de Munch. Malgré la douleur, l’homme s’agrippe désespérément à la femme à qui il offre sa douleur, sa dévotion, alors que la femme le tient aussi fermement comme si elle voulait le réconforter mais également le garder dans cette position de supplication. Elle est celle qui garde cet amour-douleur dans cet état. Nous sommes ici très proches des sujets et l’intimité de leur enlacement, nous rend voyeurs de leurs passions et leurs douleurs.
Lorsqu'il vit la peinture pour la première fois, son ami Stanislaw Przybyszewski donna spontanément le titre « Vampire » à l'oeuvre en y voyant cet aspect de douleur que la femme semble soulager mais aussi amplifier. Il y vit une domination de la femme qui vampirise l'amour de l'homme. Munch décida de conserver ce titre. Il reprendra ce théme dans plusieurs autres oeuvres, en soulignant de plus en plus, cette idée qu'aimer une femme est dangereux pour l'homme qui risque d'y perdre sa volonté, son identité et le rapproche de la mort. Petit à petit, il ira jusqu'à enelever de ses oeuvre, l'élément de réconfort qui semble présent dans le « Le Vampire » comme par exemple, dans « Cendres » où la femme et l'homme sont complètement séparés. On y retrouve le désespoir, mais aussi l'isolation et le sentiment de perte.
« Cendres » 1894
Et « Amour et Douleur » devient donc « Le Vampire ». Le regard que l’on porte alors se transforme avec ce titre, et on y voit en plus d’un sentiment de soumission, de douleur, de domination, mais également de réconfort, une sensation plus sombre, de vie et de mort. La passion devient maintenant synonyme de l’aspiration du sang de l’homme, de son essence, de son amour, de sa sexualité, de sa vie par la femme.
On voit tout de même l’homme s’accrocher à son vampire et donc une relation ambiguë avec la douleur et l’amour procurés en même temps par la femme. L’homme a désespérément besoin de l’amour et de la douleur que lui donne le vampire et ce même si cela lui donnera probablement la mort également. Alors que certains vont parfois y voir, une domination parasite de la femme sur l’homme, on doit surtout y voir une symbiose presque sacrificielle entre les deux. Malgré tout, les deux personnages semblent consentants et trouver du réconfort dans leur situation. Ils assument leur rapport douloureux envers l’amour. Ils acceptent de se faire mal par leur attitude.
Sources:
* Munch, 1863-1944 / [comité de rédaction, Maryse Bordet-Maugars... et al.]. -- Paris : Cercle d'art, 1995. --63 p. : nombreuses ill. (certaines en coul.) ; 32 cm.
* Diverses sources Web dont:
http://www.insecula.com/contact/A008594.html
http://www.photosmarval.org/peintres/expressionnisme/edvard-munch.shtml
http://en.wikipedia.org/wiki/Edvard_Munch
http://www.edvardmunch.info/edvard-munch/biography.asp
© 2006 Laila Seshat






