21 janvier 2016

Dis, quel âge aurais-tu maman ?

007Quel âge aurais-tu, maman, si tu vivais encore ? 76 ans, je crois. Est-ce que quand tu étais petite tu aimais célébrer ton anniversaire ? Est-ce que tu souriais toute la journée parce que tu avais eu une année de plus ? Tu souris sur la photo, c'est rare de te voir sourire sur une photo. C'était peut-être ton anniversaire.

Je ne sais pas pourquoi, je t'ai souhaité un Joyeux anniversaire ce matin. Mais ce n'est plus ton anniversaire. Tu auras éternellement 62 ans. Ou alors, tu auras l'âge que tu préfères. 5 ans ? 16 ans ? 22 ans ? 34 ans ? 43 ans ? 51 ans ? Tu choisis le moment qui te plait. C'est comme tu veux. Je ne t'oblige à rien. Personnellement, j'aimerais bien que ce soit un âge où nous étions tous dans ta vie. Mais je comprends que c'est peut-être un moment avant. Tu fais comme tu veux. C'est ton anniversaire après tout ! 

 

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21 janvier 2015

Les archives de Pauline : Imprécision

013Une photo floue. Toute jeune elle est. Et elle se dépêche car elle sort en boîte. Toute jeune et insouciante elle était. Je ne l'ai évidemment pas connue à cette époque. Évidemment. 

Une photo floue. Elle a été surprise par le photographe. Pas de deuxième photo. Personne ne se doutait que la photo serait floue avant de la faire développer. C'était une chance à prendre. On prenait moins de photos dans ce temps-là. On économisait les prises. Et on prenait le risque que la photo soit ratée. Mais on a conservé la photo.

J'aime cette photo floue. J'aime la voir jeune, insouciante, virevoltante.

Mais la photo est floue. On ne la voit pas bien. Son visage est imprécis. On le distingue à peine. Comme mes souvenirs d'elle. Mes souvenirs deviennent flous. Ils s'embrouillent.

Le souvenir de son visage s'efface doucement. Les photos que je contemple sont différentes de ce souvenir. Le souvenir de son visage qui me sourit se confond petit à petit avec les images photographiques. Je sens que j'oublie la douceur de sa peau, les plis sur son visage, son sourire si rare en photo, l'odeur de son cou, la couleur de ses yeux, le son de sa voix... Elle s'efface, elle devient floue...

Cela fait trop longtemps que tu es partie et j'ai l'impression que tu deviens floue... je ne me souviens de toi que par les photos... ma mémoire fait défaut... ton image s'efface.

Mais je n'oublie pas ton anniversaire, maman... Je ne t'oublie pas.

 

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01 mai 2014

Les archives de Pauline : les pouces verts ?

SAM_0188Après mes déboires avec ma terrasse barcelonaise (ici, ici, ici et ici), j'avais bien hâte de revivre dans les fleurs et les plantes. Au Québec, j'ai une grande cour remplie d'arbustes, d'arbres et de vivaces. Chaque année, je joue à jardiner et potager. Je parsème des fleurs annuelles un peu partout. Je plante des légumes. Je fais des essais et quelques erreurs. Mais je réussis à fleurir, verdurer et légumer tout autour de ma maison.

Mais pas dans ma maison. J'ai bien quelques plantes chez moi. Pas beaucoup. Et pourtant il y a plusieurs années, dans mes appartements montréalais, j'avais de nombreuses plantes vertes. À Barcelone, comme sur mon balcon, les plantes intérieures avaient une vie difficile. Je m'étais donc résignée à vivre dans un appartement sans verdure.

Mais quand nous sommes revenus au Québec, comme pour l'extérieur, j'ai cru pouvoir reverdir mon intérieur. Les plantes vertes se sont multipliées dans les premiers mois: achats, cadeaux... j'ai même retrouvé mon laurier que j'avais laissé à mes beaux-parents à notre départ pour l'Espagne. De toutes les plantes qui ont trouvé le chemin de mon domicile, il m'en ait resté deux. Un palmier reçu en cadeaux et mon vieux laurier. Le palmier commence après 3 ans à faire de nouvelles feuilles mais ne grossit pas vraiment. Le laurier a finalement fait quelques fleurs l'été dernier et en décembre mais refuse toujours de grandir.

DSC_4873Et pourtant, j'en prend soin. Je suis toutes les consignes. Je bouquine dans mes dizaines de livres sur le sujet, j'internet sur des centaines de sites différents. Rien à faire. Et toutes mes autres plantes ont succombé. Je les ai changées de places... sait-on jamais, j'ai lu sur un site que les énergies sont importantes. J'ai nettoyé une à une chaque feuille pour me débarrasser de certains insectes. J'ai fait des calendriers pour suivre les arrosages... Je rêvais la nuit que je perdais mes pouces devenus bruns. Enfin, je suis devenue presque folle.

Comme ma mère avec ses violettes africaines. Ma mère n'avait pas un pouce très vert. Mais il était verdâtre. Elle arrivait à avoir de belles plantes. Quoique avec le recul, j'ai tendance à croire que les pouces verts appartenaient à mon père. Mais comme c'est tout de même elle qui s'occupait au quotidien des plantes d'intérieur, on peut dire qu'elle avait un peu de vert sur ses pouces. Sauf pour les violettes africaines. Elle voulait tellement avoir des violettes africaines. Ses soeurs en avaient. Ma grand-mère en avait. Et en fleurs. Et donc, elle en achetait. Elle en recevait en cadeau. Toujours de belles petites plantes bien vertes et bien en fleurs. Et puis, les fleurs tombaient et ne revenaient jamais. Jamais. À son grand désespoir. Elle demandait conseil à tous et chacun. Elle allait à la bibliothèque pour emprunter des livres. Elle allait dans les pépinières demander aux jardiniers. Elle suivait à la lettre tous les conseils. Et pourtant les fleurs tombaient de ses violettes africaines qui ne refleurissaient ensuite plus jamais. Et elle en devenait folle !

J'ai essayé aussi d'en avoir. Sans succès. Ma soeurette aussi. Sans succès. Jusqu'à son dernier appartement. Aujourd'hui, soeurette a une dizaine de violettes africaines toutes en fleurs toute l'année. Elle dit que c'est à cause de son appartement. L'ensoleillement et la centrale électrique à côté ! Peut-être qu'après tout les énergies environnantes influencent nos plantes... Peut-être un jour j'essaierai d'avoir des violettes africaines. Je l'avoue c'est un rêve. Mais je n'ose pas... pour l'instant, je ne rêve que d'un peu de vert et peut-être que mon laurier soit un peu plus fleuri.

Le mois dernier, soeurette m'a donné quatre autres plantes. Des faciles... des plantes araignées et des lierres... hum arums, je crois... enfin, j'ai toujours eu ces plantes quand j'étais jeune et elles ont toujours été belles. Sauf à Barcelone... sauf depuis mon retour ici. Mais là j'ai bon espoir. Elles viennent de son appartement et elles sont magnifiques. Et donc, je croise mes doigts verdâtres venant de ma mère et je croise mes pouces verts venant de mon père. Et je rêve d'un intérieur vert...

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21 janvier 2014

Les archives de Pauline : pas assez de photos

Tu sais maman, tu aurais eu 74 ans aujourd'hui. Je sais, je sais, tu n'aurais pas voulu qu'on te le rappelle. Tu n'aurais pas voulu de fête et pas de cartes.

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Mais tu n'aurais pas dit non à un beau gâteau.

Tu n'aurais pas voulu qu'on prenne de photos. Tu n'aimais pas te faire prendre en photo. Je fouille dans mes albums et j'ai bien plusieurs photos de toi. Mais pas assez à mon goût. C'était avant le numérique tu vois. On prenait moins de photos dans ce temps-là et comme tu fuyais toujours l'objectif, je n'ai pas assez de photos de toi. Et si peu sur lesquelles tu souris. Tu ne souriais pas souvent sur les photos. Parfois un petit sourire. Mais tu disais que cela te faisais des rides. Tu ne serais sûrement pas contente de savoir que je poste des photos de toi sur Internet. Surtout celles où tu souris. Tu te trouverais mille défauts.

Aujourd'hui, tu aurais eu 74 ans. J'aimerais tant que tu sois encore ici avec nous. Mais je sais que tu es heureuse et en santé quelque part dans l'immensité de l'univers. Tu étais belle tu sais. Et tu serais encore si belle, même à 74 ans ! Oui, oui, je te le dis... et arrête de chialer, tu le serais, un point c'est tout. Tu veux un morceau de gâteau. Il est au chocolat.

 

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17 juin 2013

Les archives de Pauline : cherchez la fleur

02Devant ma maison, il y a une multitude de tulipes. Presque toutes rouges, mais certaines roses, d'autres violettes. Et puis, il y a aussi des jonquilles. Toutes jaunes, elles sont les jonquilles, comme toutes les jonquilles.

Il y a presque trois ans, nous revenions d'Espagne. Nous aménagions dans notre nouvelle maison. C'était le mois d'octobre. Et j'ai couru acheter des bulbes de tulipes. C'était pratiquement une obsession. J'ai acheté des sacs et des sacs de tulipes. Il commençait à faire froid et j'ai tout planté très rapidement, découvrant au fil des trous que je creusais d'autres bulbes déjà cachés.

Alors qu'il y avait un million de choses à faire, un million de choses à acheter, je ne pensais qu'au besoin impératif d'acheter des tulipes qui bouillait en moi. Pour le printemps. C'est à peu près tout ce que je savais. Il faut planter les bulbes de tulipes l'automne pour qu'elles fleurissent au printemps. Et au printemps, fleurir, elles le firent. À ma grande surprise. Je n'en revenais tout simplement pas ! J'avais voulu des tulipes, j'avais planté n'importe comment des tulipes et maintenant j'avais des tulipes !

Des tulipes, des tulipes, des tulipes, partout autour de ma maison. Et l'année suivante et encore une fois cette année. Des tulipes, partout des tulipes. Mais il me fallut faire lire un peu aussi. Car des tulipes, je n'en avais jamais fait pousser. C'est relativement simple, quand même. Juste un peu long après la floraison. Vous savez, il faut laisser se faner les feuilles et tout.DSC_0680

Mais c'est si simple. On plante les bulbes à l'automne. Peut-être un peu d'engrais, un peu de farine de sang pour éloigner les écureuils, les ratons laveurs, les mouffettes, les lapins et les marmottes. Et puis, pouf, au printemps on a tout plein de tulipes.

C'est si simple. Trop simple. Et je me demande pourquoi je croyais que c'était si compliqué. Que c'était presque une tâche impossible. Enfin, c'est ce que j'ai toujours cru. Car ma mère a toujours voulu avoir des tulipes. Et jamais elle n'en a eu.

Chaque printemps, mes parents allaient au marché et de belles fleurs annuelles ils achetaient. Malgré son amour des fleurs, ma mère n'était pas trop jardinière. À genoux sur le sol à planter des fleurs, jamais je ne l'ai vue. Même l'entretien des plantes de la maison n'était pas son fort. Ses violettes africaines n'ont jamais fleuri. Pas le pouce vert, ma maman. C'est donc mon père qui s'occupait des fleurs extérieures. Mon père lui ce sont les mains complètes qui sont vertes. Il est incroyable avec le jardinage. Mais mon père, lui, les fleurs, il s'en fout un peu. Tout ce qui l'intéresse, c'est son potager. Tomates, piments, oignons... Alors, les fleurs, c'était une étape vite faite à la fin mai. Hop, on plante les annuelles faciles d'entretien, qui se trouve partout et qui fleurissent tout l'été. Et on les plante toujours au même endroit. On ne se casse pas la tête. Cosmos, bégonias, pourpiers, pétunias... Une année, ma mère a insisté pour des dahlias et des glaïeuls. Elle en a eus. Cet été-là. Car conserver les bulbes tout l'hiver, c'était trop compliqué. On ne savait pas trop comment faire. On nous l'a bien expliqué... mais pour mon père, c'était trop d'ouvrage pour des fleurs. Faire sécher ses graines de piments ou ses tomates, ça, pas de problème. Mais s'occuper de bulbes... ouf, non, trop compliqué. Alors... des tulipes ! On oublie ça.

Quand j'ai vieilli, j'ai commencé à planter les fleurs pour ma mère. Même une fois que j'ai quitté la maison, je venais pour l'achat des annuelles. J'ai réussi à diversifier les fleurs qu'ils achetaient. Et ensuite, c'est moi qui les plantais. J'ai même fait une belle rocaille de fleurs sauvages. Ma mère était bien heureuse. Mais pour les tulipes, je ne savais trop comment faire. Mon utilisation d'Internet en était à ses débuts, et bizarrement, je n'ai jamais pensé à prendre un livre sur le sujet. Je savais qu'il fallait les mettre à l'automne mais pour je ne sais quelle raison, cela m'apparaissait très compliqué. Alors ma mère n'a jamais eu de tulipes.

Chaque printemps, je regarde mes tulipes et je m'imagine qu'elle les admire elle aussi... Mes tulipes, maman, elles sont juste pour toi ! Tu me manques, tu sais...

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15 octobre 2011

Les araignées bleues

"ara2Les araignées bleues y'en a pas chez nous [...]

Des fois, j'ai peur un peu, des fois, j'ai peur beaucoup, des fois, j'ai peur un peu mais des fois je n'ai pas peur du tout..."

C'est faux... j'ai toujours peur des araignées peu importe leur couleur. Et je ne comprends pas pourquoi. C'est une peur viscérale. Et même si j'essaie de me raisonner, c'est absolument impossible.

Aujourd'hui à 40 ans, je suis à peine capable de tuer les toutes petites araignées. Vous savez les minuscules, à peine plus grande qu'une puce. Car il y en a certaines petites qui sont méchantes... celles qui sautent, vous savez. Les vilaines.ara1

Mais les plus grosses. Je ne peux pas les tuer. Alors on oublie de les prendre et les remettre dehors. Et j'avoue que je me débarrasse de celles qui sont dehors aussi, si elles sont trop proches de chez moi. J'avoue honteusement que j'appelle PisTout s'il y a une araignée à tuer. Et si je suis seule ? Alors, je prends beaucoup beaucoup beaucoup de papier... parfois, je suis cruelle et je vaporise... n'importe quoi, du moment que c'est toxique, et alors la pauvre tombe et je me sens capable de la tuer. Parfois, j'utilise tout simplement la balayeuse... Ce qui est aussi assez cruel quand on y pense. Pour l'araignée mais pour moi aussi. Car ensuite, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle réussira à sortir du sac et cherchera à se venger.

Oui, je sais, c'est absolument horrible et je me sens bien mal d'être absolument incapable de voir une araignée vivante. Mais je ne peux vivre avec l'idée qu'une de ces bestioles puisse être près de moi.

Et je ne comprends vraiment pas d'où me vient cette peur. Car ma mère n'avait absolument pas peur des araignées. Donc, ce n'est pas de voir ma mère crier à la vue d'une araignée que j'ai développé ma peur de ces bestioles. Quand je criais "maman, une araignée", elle roulait des yeux, se levait et venait l'écraser. Et si elle ne trouvait pas de papier ou chiffon à portée, elle écrasait avec le doigt... ou si elle était trop grosse, elle la prenait dans sa main et la mettait dehors... brrrr... juste de me rappeller de ces images, je frissonne.

Donc... je me questionne... Pourquoi, d'aussi lontemps que je me rappelle, j'ai peur des araignées ? Aucune idée. Et je ne sais trop ce que je crois qu'elles vont me faire, au juste. Bon, il y en a qui mordent mais très peu. Et c'est rarement dangereux. Et bon, je me fais tellement piquer par les insectes qu'une morsure d'araignée ne me dérange pas vraiment. Quand je crie lorsque je vois une araignée, ce n'est pas que j'ai peur qu'elle me morde... J'ai peur d'elle tout simplement. Et je ne sais pas pourquoi.

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27 juin 2011

Il y a dix jours, il y a 9 ans et 10 jours...

Le 17 juin, j'ai décidé de ne pas y penser. Pourtant, habituellement, je mets toujours un petit mot. Il y a 9 ans, tu es partie. OldPics00069 ans et 10 jours en fait. Car c'était un 17 juin, et le 17 juin, c'était il y a 10 jours.

C'est que parfois, j'ai l'impression que je t'en veux. Je t'en veux de n'être plus là. Et je t'en veux d'avoir abandonné. Et aujourd'hui, je ne peux te dire que tu m'énerves ou que je t'aime. Je ne peux pas te cacher mes émotions. Je ne peux pas faire semblant que tout va bien. Je ne peux venir te voir et juste discuter de tout et de rien. Je ne peux pas me dire que je ne peux pas te dire mes peines parce que je ne veux pas t'énerver avec mes tracas quotidiens. Et je ne peux pas me dire que j'aimerais bien te raconter mais que ce sera pour une autre fois parce qu'aujourd'hui je ne veux te dire que des banalités qui te feront sourire.

Je regarde des photos et j'ai l'impression que je t'oublie. Alors je mets des photos alors que tu étais jeune... avant que je n'existe.

Je te vois sourire et je ne me souviens pas de toi. J'efface ces moments où tu étais toute petite dans ton lit d'hôpital et j'oublie ton visage fatiguée. Je vois ce visage que je ne connais pas et je me souviens de toi.

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21 janvier 2011

Les archives de Pauline: Encore un anniversaire

Une mère c'est l'amour, oui c'est l'amour
C'est un roman à chaque jour
Le roman d'un vie
D'un instant ou d'une seconde

[F. Gignac]


21

Comme chaque année
à cette date, je pense à toi.
Je me lève et je te souhaite silencieusement
un joyeux anniversaire.

Puis soeurette appelle
et me dit:
"tu sais que c'est aujourd'hui?"
Je lui réponds toujours
"oui, c'est aujourd'hui".
Et puis papa m'appelle.
Je ne dis rien...
j'attends qu'il en parle s'il le veut.

Habituellement, il parle de tout et de rien
mais juste avant de raccrocher, il le dit:
"elle aurait eu... ans, aujourd'hui"
et je réponds toujours
"oui, et elle n'aurait pas été contente!"

Tu aurais eu 71 ans
et tu aurais rouspété, encore.
Je sais, je sais...
mais je te souhaite tout de même
un joyeux anniversaire maman...

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17 juin 2010

Les archives de Pauline : Quelques années de trop

Mum5Elle a sa main tendue. Elle ne veut pas se faire prendre en photo. Elle ne voulait jamais se faire prendre en photo. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas... ses cheveux, ses vêtements, ses courbes... Et puis, rapidement, très rapidement, trop rapidement, ce furent ses rides.

Tous les jours à chialer sur sa vieillesse. À 35 ans, à 40 ans, à 50 ans, à 60 ans... elle ne dépassera pas le 62 ans... Parfois, je me dis que c'est aussi bien. Mis à part les maladies qui l'accablaient, je ne crois pas qu'elle aurait pu vivre sa véritable vieillesse! En janvier dernier, elle aurait eu 70 ans. Je n'ose imaginer son angoisse face à cet âge. Je ne crois pas qu'elle aurait très bien accepté d'avoir 70 ans.

Vous pensez que j'exagère. Mais je ne crois pas. Ma mère avait une véritable phobie de la vieillesse. Elle avait littéralement peur des vieilles personnes. Adulte, elle ne parlait pas de cette peur... mais elle m'a raconté...

Quand elle était petite, elle m'a avoué avoir une peur horrible des personnes qu'elle considérait âgées. Elle était petite, donc elle ne sait plus très bien, l'âge des personnes qui l'effrayaient, mais elle savait qu'ils étaient "vieux". Elle se souvient avoir peur de son grand-père. Il était pourtant inoffensif... il n'avait rien fait pour lui faire peur. Mais elle ne pouvait supporter ses rides, ses cheveux blancs et ses dents manquantes. Elle m'a dit, qu'elle ne pouvait supporter de le voir marcher... avec sa canne, en tremblant.

Elle m'a aussi raconté qu'elle se cachait, même jeune fille, lorsque ses vieilles tantes venaient en visite. Elle a avoué à sa mère qu'elle arrivait à peine, enfant, à toucher à ses grands-parents, à ses oncles et tantes vieillisants. Ma grand-mère lui a demandé un jour si elle avait "peur" d'eux, de ses propres parents. Ma mère en riant à dit: "non, pas trop"... mais nous savions tous que cétait à moitié vrai, à moitié faux...

Ma mère aurait-elle pu voir sa mère aujourd'hui ? Ma grand-mère a eu 96 ans, en mai dernier. Elle est espiègle, riante, alerte, mais fatiguée, courbée, ridée. Elle oublie des choses parfois, et il arrive qu'elle s'endorme au milieu d'une conversation. Je crois que malgré tout l'amour de ma mère pour sa mère... elle aurait eu du mal à l'accepter dans sa vieillesse. Elle aurait sûrement évité de la regarder... Elle aurait tout fait pour elle, mais elle aurait hésité à la regarder et même à la toucher.

Et les miroirs... elle les briserait tous. Elle aurait peur de se regarder. Elle aimait la vie. Mais elle aimait la vie, sans vieillesse et sans maladie. Nous, nous l'aurions aimée comme elle était. Et aujourd'hui 8 ans après son départ, je l'aime pour ce qu'elle était, incluant ses peurs.

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06 janvier 2010

Les archives de Pauline : Remue-ménage

J'aime voyager. J'aime les changements. Mais j'aime mon chez-moi. J'aime avoir un endroit que je peux appeler "chez-moi". AvecSalon_de_la_terrasse4 les années j'ai découvert que cet endroit pouvait se situer n'importe où, dans n'importe quel pays... en autant que je sois entourée des objets que j'aime et qui me sont familiers. Je n'oublie pas les gens non, évidemment. Mais mon logis est important. L'endroit où je me sens en sécurité, où je me sens bien.

Mais autant j'aime les repères de mon foyer, autant j'aime les changements. La routine s'empare rapidement de nous, si on la laisse faire. La routine est rassurante, elle est ce qui me permet de lire un livre engloutie confortablement dans mon sofa préféré. Mais la routine me pèse rapidement. Et alors les choses changent autour de moi... le travail, le pays... changement d'emploi, voyages, changement de pays... Mais pas les gens, pas les objets.

Et parfois, le temps passe et il n'y a pas de changement... le travail continue, le logis demeure au même endroit, et les voyages se font rares. Je me sens alors soupirer. Et la crainte que le quotidien ne devienne routine m'envahit. Et alors, je ressens un immense besoin de tout bousculer dans la maison. Cela m'a pris des années à comprendre ce besoin de chambarder mon logis. De changer d'endroit ce vase bleu, de trouver un nouvel emplacement pour ce miroir, de carrément culbuter les meubles d'un côté à l'autre. De perdre mes repères dimensionnels pour me retrouver dans un nouvel univers entre les mêmes murs et avec les mêmes objets.

Et je me rappelle ma mère. Il arrivait fréquemment que nous revenions de l'école pour trouver le salon complètement transformé. Les meubles avaient changés de place, les plantes envahissaient un nouveau coin et il y avait un cadre en moins, puisqu'il se trouvait maintenant dans le corridor. Trois mois plus tard, la cuisine avait de nouveaux rideaux, la table était à l'autre bout de la pièce et le comptoir présentait le rangement pour épices qui la veille était sur le mur. Et puis, 6 mois plus tard tout changeait à nouveau. Régulièrement, elle venait dans nos chambres et nous demandait ce qu'on voulait changer: le lit sur le mur opposé ? l'armoire en biais ? changer de tapis avec soeurette ?

Je ne me suis jamais questionnée. C'était normal. On changeait la disposition de la maison et c'est tout. Mais pourquoi ? Nous avons longtemps demeuré au même endroit. La même maison. La même rue. Le même quartier. La même ville. Ma mère a peu travaillé. Une grande partie de sa vie fut à la maison. Nous faisions peu de voyages. Puis elle fut de plus en plus incapable de sortir. Ma mère vivait dans son logis. C'était son chez soi.

Mais ma mère aimait sortir et voyager. Elle aurait voulu aller dans des soirées, voir le monde. Parcourir les rues, les villes, les pays. Elle aurait aimé rencontrer des gens, dévaliser les magasins des grandes villes, découvrir les cuisines nouvelles et étranges. Elle rêvait de voyages et d'aventures.

Nous allions visiter la famille, nous allions au parc, au cinéma, au centre d'achat, à la bibliothèque. Et quand son intérieur bouillonnait et cherchait à s'enfuir, elle chambardait sa demeure. Quand son regard s'évadait par la fenêtre, elle déplaçait les objets de son chez-soi. Et un autre intérieur existait pour un moment.

Quand j'ai l'âme qui soupire, je pense à la citation de Vivane Chocas, et à ma mère... et je me réinvente et me recompose en chahutant un peu ces objets qui m'entourent...

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