10 avril 2009
Crime littéraire : Ajouter des mots
Vous savez parfois, on ne sent pas coupable, même si on est accusé d'un crime littéraire. On a beau savoir que ça ne se fait
pas, qu'il ne faudrait vraiment pas le faire... mais on le fait et on ne sent pas le moindrement coupable !
En fait... c'est même un besoin pour moi... c'est comme une union avec les mots, un peu comme si le livre permettait une discussion...
Il y a évidemment des livres "sacrés" qui vont demeurer vierges de toute conjugaison. Ce sont les livres anciens, les rares, les précieux... Alors je vais m'abstenir de les tatouer, de les marquer... Mais à regret...
Car sinon... mes livres... ils savent que s'ils sont chez moi, ils vont s'illustrer de mes traces. Car je gribouille dans mes livres. Parfois peu... à peine une date ou mon nom au début du livre. Mais parfois les stigmates sont considérables ! Des notes et des réflexions sont peinturlurées dans les marges... parfois des phrases sont soulignées... si le crayon manque, alors des coins en bas de pages sont pliés pour indiquer que cette page en particulier renferme un passage significatif - positif ou négatif, peu importe... il est significatif pour moi. J'avoue que c'est presque de la mutilation. Mes livres présentent de nombreuses cicatrices de lecture. Des mots sont ajoutés, des points d'exclamation ou d'interrogation, des remarques, des explications, des ironisations...
Et je sais que pour beaucoup de lecteurs, c'est un crime impardonnable. J'en suis confuse, mais je ne saurais m'arrêter. Et en plus, j'encourage la mauvaise action. Quand j'achète un livre usagé et que je découvre en cours de lecture, quelques mots disséminés au travers des pages, j'ai l'impression de découvrir une autre lecture... la confession d'un autre lecteur... le partage intime d'une confidence. Évidemment... les mots ajoutés doivent rester simples, discrets, personnels et rares... Une trace sur le livre (et non pas un autre roman, tracé de marqueur jaune, tout de même !)... Parfois, on trouve même une photo, un article de journal, un ticket de métro, une facture, une feuille d'arbre... témoignages de la vie du livre qui viennent amplifier son existence...
Mes livres témoignent de mes lectures et si je les ouvre, je peux retrouver mes questionnements, mes étonnements, mes réflexions, mes doutes... et même mes émotions... Je suis coupable et j'en suis fière !
12 février 2009
Crime littéraire : perdus dans la foule
Comme beaucoup de lecteurs frénétiques et ma foi compulsifs, j'ai une quantité de livres à lire. Et qui attendent bien sagement en petites piles. En règle général, ces piles de livres à lire - qu'on appelle allégrement les PALS - se trouvent dans mes bibliothèques. Bien placées en piles verticales devant les rangées horizontales de livres lus. Il y en a aussi parfois par terre, près de mon lit. Pour la lecture du coucher. Et parfois aussi à côté du sofa.
Mes livres à lire sont donc bien visibles. Et ils attendent. Parfois, la pile diminue. Mais d'autres livres viennent souvent s'y ajouter. Rien de bien extraordinaire. Ils vivent la vie habituelle et commune de bien des piles de livres à lire à travers le monde des lecteurs déraisonnables.
Mais voilà. Il y a les autres. Il y a les oubliés, les perdus... Car il arrive que pour diverses raisons inexcusables, certains livres à lire, certains livres non lus, se retrouvent sur les tablettes de mes bibliothèques parmi les rangées horizontales de livres terminés, de livres lus... Je les ai reçus ou je les ai achetés; ils sont arrivés chez moi. Parfois, ils ont passé un certain temps dans une pile verticale, parfois non. Et ils ont été placés sur une tablette sans avoir été lu ! Sur la photo volontairement floue, on peut voir deux de ces livres jamais ouverts et perdus dans la foule des lus - ainsi qu'un jamais terminé car vraiment ennuyant et un autre jamais terminé pour aucune raison valable puisque très intéressant, mais ça c'est une autre histoire criminelle.
Pourquoi n'ont-ils pas été lus ? Aucune raison, aucune excuse... ce sont des livres voulus, qui me semblent intéressants, que je veux lire, mais que j'oublie de lire. Quand je termine un livre et que je vais me chercher une nouvelle lecture, j'oublie tout simplement ces livres perdus dans la multitude de mes bibliothèques - un peu partout dans la maison ...
Je n'ai qu'à les retirer des étagères et à les mettre à la verticale dans les piles de livres à lire - comme on se doit de faire - pour me rappeler de les lire, me dira-t-on ! Oui, je le sais. Mais c'est que si je les retire de leur rangée, celle-ci perdra sa cohésion... Il y aura des trous. Ces trous seront comblés et je ne pourrai plus les remettre ensuite. Excuse faible. Oui, je le sais.
Mais je promets que ma prochaine lecture sera un de ces livres perdus... et finalement retrouvé !
30 décembre 2008
Ceux que je ne lis pas : crime littéraire
Il y a des crimes littéraires qui ne le sont vraiment qu'aux yeux de certains. Personnellement, je ne me sens pas vraiment coupable... bon peut-être un peu, mais ce n'est que sporadique comme sentiment. Peut-être uniquement quand je parle à certaines personnes qui pour eux c'est un crime ou encore quand je lis que je serais supposée ne pas commettre ce "crime".
C'est un excellent article chez Allie qui m'a rappelé ce crime. Elle présentait Bonne Année, Charlie Brown. Ce dernier, dans le
film, doit lire Guerre et Paix pendant les vacances... ce qui a amené le sujet de la lecture de ce roman de Tolstoï... qu'elle fera et que je n'ai jamais fait et que je ne ferai possiblement jamais pour des raisons, qui pour certains sont complètement criminelles et que même personnellement, je juge parfois enfantines.
Car voyez-vous il y a des lectures que je ne fais pas parce que je ne veux pas les faire... parce que je ne peux supporter l'auteur même si je n'ai jamais rien lu de ce dernier, parce que je ne peux supporter la mode d'un livre, d'un auteur ou d'un genre, ou parfois parce que j'ai lu des extraits ou un roman qui m'ont laissée de glace et que je ne peux me pousser à lire autres choses de cet auteur, malgré les critiques élogieuses, les avis enthousiasmes.
C'est le cas de Proust, par exemple. Des extraits bien rédigés j'en ai lu, étudié et analysé des masses, et j'ai lu Du côté de chez Swann... je peux vous parler en long et en large de l'auteur, de son oeuvre et de la qualité de son écriture... mais jamais je ne vais relire un autre roman de Proust ! C'est que j'ai cru mourir d'ennui à la lecture de cet auteur reconnu et encensé par tous, depuis toujours... Et ne pas aimer ou lire Proust, c'était un crime pendant mes études littéraires et c'est encore un crime pour une grande majorité de lecteurs !
Mais pendant mes études littéraires, le plus grand crime était de ne pas être complètement gaga sur la littérature russe ! Avoir aimé et lu quelques oeuvres de Tchekhov, Gogol et Dostoïevski, ce n'était pas assez. Il fallait avoir tout lu de tous les auteurs connus et non. Il fallait passer des heures à discuter et rediscuter de la littérature russe. Dans les pauses pendant les cours, il fallait commenter tel ou tel passage ; pendant les vins et fromages, il fallait analyser le contexte socio-politique de telle ou telle oeuvre... et toujours de littérature russe. C'était "in", c'était ce qu'il fallait lire ! Et je dois avouer que je n'en pouvais plus d'en entendre parler. Et quand on me demanda mon opinion sur telle figure dans tel passage de Guerre et Paix, j'ai dit fièrement que je n'avais pas lu et que j'avais bien d'autres choses à lire avant ce roman. Et je suis encore incapable aujourd'hui d'ouvrir le roman... peut-être un jour (et voilà, Allie, le grand mystère ;)).
Et il y a de ces auteurs que je n'aime pas et ne lis pas, même si je n'ai pas détesté le roman que j'ai lu. Et même que parfois, je n'aime pas et ne lis pas, sans même avoir lu un seul roman de leur plume. Je n'aime pas leur style ou même parfois leur attitude, leur personnalité. Et malgré les commentaires positifs, je ne lirai pas. Ou encore, ils sont tellement à la mode, sur tous les magazines, dans toutes les entrevues, à la radio, à la télévision... partout... que je peux supporter de lire leur oeuvre. Parfois, je vais m'efforcer de lire... je vais aimer ou non. Mais c'est très aléatoire. Et non, je n'aime Nothomb, même si j'ai bien aimé Stupeur et Tremblements, je n'ai pu supporter son deuxième roman, et malgré les bonnes critiques sur certains de ses autres romans, je ne peux me résoudre à lire autre chose d'elle... c'est viscéral, je la vois sur une couverture, les poils me hérissent sur les bras... Et c'est ainsi, pour Jardin, Arcand et plusieurs autres.
Et il a donc des livres que je ne lis pas... que je ne pense pas lire... pour des raisons purement futiles, complètement enfantines, littéralement superficielles, totalement frivoles et entièrement subjectives.
22 décembre 2008
Crime littéraire: ces indésirables
Il y a de ces crimes littéraires qui sont parfois commis par d'autres. Quoique je ne peux être absolument certaine que je n'ai pas moi-même commis ce crime. J'ai toujours fait bien attention, prises toutes mes préoccupations. Mais on ne sait jamais...
Toujours
est-il que je fus, personnellement, victime
à plusieurs reprises de ce crime. Et je dois avouer que c’est ensuite moi qui se sens extrêmement coupable à la fin... envers ces pauvres volumes.
Ces pauvres volumes sont ces livres indésirables. Ces livres qu'on reçoit en cadeaux pour Noël - ou pour toute autre fête ou anniversaire.
On voit son nom sur le paquet, on brasse un peu... on devine un livre... on est très content ! Après tout, on adore lire, on adore les livres. Et on avait fait sa liste ! Les livres que l'on désire ardemment. Vous savez ceux qui font partie de cette liste interminable de livres qu'on aimerait bien un jour lire. Et puis, on a parlé. On a discuté. On a dit à tout le monde qu'on voulait ce dernier livre qui venait de sortir.
Et puis, on déballe le cadeau. Et voilà. Un livre qu'on a déjà! Sourire tout de même. Je suis alors incapable de dire à la personne, que ce lire qu'elle a choisi, qu'elle sait qui me plaira sûrement... je l'ai déjà lu ou que je l'ai déjà dans ma bibliothèque. Je me sens véritablement coupable d'avoir déjà lu ce livre et je suis incapable de gâcher le cadeau... Je sais, je pourrais l'échanger ou la personne pourrait le faire, si j'ouvrais la bouche... Mais c'est plus fort que moi. Je ne peux dire que j'ai déjà le livre. Et je suis incapable de m'en départir... je garde donc le doublon ou alors je donne ou je vend le livre que j'avais déjà... pas le nouveau, non, ça jamais !!! Mais je pardonne cette erreur... La personne ne peut connaître tous les livres que je possède... et peut-être qu'elle n'a pu eu ma liste (je ne la donne tout de même pas à tout le monde que je connais... ). Même si je connais bien la personne et qu'elle a eu ma liste... je soupire intérieurement et je souris tout de même... au moins, elle connait mes goûts...
Mais si je déballe le cadeau et qu'alors le livre est un vrai indésirable... alors là... je souris tout de même ! Oui, je suis incapable de laisser voir que je n'aime pas un cadeau. Mais cela va bien plus loin! Car je garderai ce livre indésirable à tout jamais. Je ne le lirai probablement pas - quoique parfois j'ai même fait l'effort de le lire, si je soupçonnais la personne d'aimer le livre ou de me demander un jour mon opinion - mais je vais le garder et le mettre dans ma bibliothèque. Habituellement dans un endroit discret ou caché.
Mais c'est vraiment difficile de recevoir un livre que je ne veux pas lire, qui ne m'intéresse pas, d'un auteur que je déteste... Si c'est de la part de gens que je connais à peine... je peux pardonner... je ne suis pas sans compassion pour les mauvais choix des autres et après tout, ils ont fait un effort. Mais si c'est quelqu'un que je connais. Alors là vient le vrai crime... Ne connaissent-ils pas un peu mes goûts ? N'ont-ils pas lu ma liste ? Ne savent-ils pas l'importance des livres ? J'espère n'avoir jamais fait le même faux pas... peut-être... mais je fais vraiment attention... Je discute, je fouine, je questionne l'entourage, je demande une liste... J'essaie de ne pas acheter n'importe quoi. Enfin... j'essaie.
Mais quel est le crime ici ? Je ne sais plus. Ces gens qui sont coupables d'offrir des livres indésirables ou moi, qui suis coupable de ne pas l'avouer et de garder ces pauvres bouquins cachés dans un coin ?
14 novembre 2008
Crime littéraire : Préserver l'ennuyeux
On m'a demandé pourquoi je conservais tous ces livres. Mais, de répondre moi-même, c'est que j'aime les livres. J'ai besoin d'être entouré de livres.
Parfait, m'a-t-on répondu, mais tu as lu tous ces livres ? Heu, non..., que je réponds, les joues légèrement rouges, j'en ai oublié... d'ailleurs pour me faire pardonner, je vais bientôt parler de ces oubliés.
Très bien, poursuit l'interrogatoire, et bien entendu, nous devons déduire que tu as aimé tous ces livres que tu gardes précieusement. Hum, et bien la vérité, je me sens obligée d'avouer, c'est qu'il y en a quelques uns que je n'ai pas du tout aimé.
Comme par exemple, accuse la procuration qui semble bien connaître mon cas, ces romans de Kate Mosse que tu critiques ou encore certaines déceptions d'auteurs que tu aimes bien généralement... nous notons, Maxime Chattam ou encore Patricia Cornwell... Oui, c'est vrai, que je rétorque vivement, mais j'ai d'autres romans de ces auteurs, je ne veux pas briser ma collection.
Bon, nous voulons bien, poursuit-on durement, mais ces romans que tu n'as jamais terminé, que tu as trouvé si ennuyeux qu'ils n'ont jamais vu leur dernière page tournée par tes doigts. Pourquoi les conserves-tu dans ta bibliothèque? C'est que je suis incapable de me séparer d'un livre, que je confesse en baissant les yeux, je veux les garder tous... même ceux que je n'ai pas aimé, ceux qui m'ont déplue, qui m'ont enragée, ceux qui m'ont ennuyée, qui m'ont fait perdre mon temps. Ils ont tout de même occupé un espace de mon esprit... ils ont fait partie, un instant, de ma vie, et je ne veux pas les négliger. Je ne leur pardonne pas, mais je ne veux pas les renier...
Et bien, conclut-on, c'est ta bibliothèque. Mais ne viens pas pleurer quand tu n'auras plus de place, ou quand tu devras les déplacer. Je le promets ;-)
15 octobre 2008
Crime littéraire : Quelle horreur!
Évidemment, ce
n'est pas parce que dernièrement, je ne me confesse pas de mes crimes
littéraires que je les ai tous avouer... ou que je n'en commette plus ! Non
malheureusement, je suis toujours aussi criminelle, juste moins encline à me
confesser.
J’aime beaucoup
lire de tous les genres de littérature. J’aime quand le livre me touche, me
fait réfléchir, m’apprend des choses… Mais j’aime aussi, comme beaucoup de
gens, me perdre dans une histoire, oublier le monde qui m’entoure. Et parfois
pour y arriver, je me plonge dans un bon roman policier – ou moins bon, si je ne suis pas chanceuse – ou dans un roman
fantastique communément appelé « roman de terreur ».
Pendant mes
dernières années d’université, j'avais un très profond besoin de déconnecter
complètement. Des lectures, j’en avais des tonnes à faire et j’en avais fait
des tonnes… toutes très « sérieuses ». Je me suis donc enfouie dans
des lectures plus « légères ». Des romans policiers, oui, mais
surtout des romans fantastiques.
Il y a d’excellents
romans fantastiques. Des romans profonds, très bien construits, remplis de
symboles… Et il y a les autres…
Je lis très
rapidement, et j’avais continuellement besoin de romans pour meubler mes
carences en loisirs. Chaque semaine, un petit détour par ma librairie de livres
usagés était nécessaire. De longues minutes devant l’étagère « fantastique »
à lire les quatrièmes de couverture, et à choisir celui qui me semblerait
combler mon insatiable appétit pour des frissons et des peurs. Les livres semblaient
principalement provenir d’une même collection, celle rouge et noire… la
collection Terreur de PressPocket. Le mur rouge et noir parfois coupé de livres
d’autres collections, était complètement révisé toutes les semaines, à la
recherche de nouveaux livres.
Il y avait des auteurs connus, Graham Matheson, Peter Straub, Dean R. Koontz, Shirley Jackson, Marion Zimmer Bradley, quelques titres d’Anne Rice, Stephen King… Mais il y avait beaucoup d’auteurs moins connus, certains que j’ai appris à reconnaître, d’autres un peu moins.
Au début, les
romans m’emballèrent… ils remplissaient parfaitement leur rôle :
permettant de faire le vide, de me changer les idées et de me donner quelques
frissons. Quelques uns ont même réussi à me faire peur ! D’autres étaient
vraiment bien écrits… et puis, les livres se succédèrent et petit à petit, j’ai
commencé à parfois m’ennuyer : cette histoire n’était-elle pas étrangement
semblable à telle autre du même auteur ? cette façon d’aborder le thème n’était-elle
pas exactement pareille à
cet autre roman d’un auteur différent ? n’avais-je
pas déjà lu cette histoire ? C’est qu’il m’a fallu l’admettre… j’ai fini
par avoir l'impression de lire les mêmes romans, les mêmes trames, les mêmes histoires… j’avais l’impression
de lire des romans écrits à la chaîne, selon des canevas définis, … Et même les auteurs connus et reconnus
livraient parfois la même histoire simplement légèrement modifiée.
Mais je
continuais à lire et lire… tellement, que j’oubliais souvent le roman aussitôt
lu… il ne me laissait que peu de souvenirs, à un point que j’ai même racheté
des livres que j’avais déjà lu, pour m’en apercevoir après quelques pages… quelle
horreur ! quelle honte ! Et je cachais alors les doublons pour les
offrir mine de rien.
Et puis, finalement,
je suis devenue presque insensible à l’horreur des pages… j’ai perdu la capacité
de frissonner en lisant même un bon roman fantastique. Et c’est là, à mes yeux le
plus terrifiant crime de cette confession… Car l’expérience n’est plus complète.
Je devine habituellement la fin, je connais la plupart des types d'histoires, je reconnais les ficelles... Je lis aujourd’hui un roman fantastique, et je l’apprécie, - ce qui est bien –
mais j’ai perdu la possibilité de trembler, de sursauter, d'être surprise, de me poser des
questions en lisant ce genre littéraire. Et pour moi, c’est avoir tuer un des
plaisirs de ce genre de lecture.
Je lis encore des
romans fantastiques, mais beaucoup moins. Et je prends mon temps pour choisir
le roman qui me semble valoir la peine. Et quand parfois, très rarement, je
sursaute pendant ma lecture car on a claqué une porte, je souris de soulagement…
j’ai encore un peu la capacité d’avoir peur en lisant un livre.
19 mars 2008
Crime littéraire: Déchirure
Il y a des petites fautes et il y a de graves offenses. Les petites fautes sont faciles à avouer, parfois même cocasses. On en parle en riant et en rougissant un peu pour la forme.
Mais il y a les crimes qu'on ose à peine avouer. Ces moments d'égarement qu'on aimerait mieux ne jamais avoir vécus. Ces moments criminels qu'on se souvient avec honte. Ces actes dont on arrive difficilement à croire que l'on a vraiment accomplis.
Avec les années, on pousse le souvenir de ces actions coupables au plus profond de notre conscience. On ne veut pas se souvenir, on voudrait tellement oublier. Et la plupart du temps, on arrive à ne pas se rappeler.
Mais parfois, alors qu'on s'y attend le moins, au détour d'une allée de bibliothèque, ou encore à l'improviste alors qu'on feuillette un magazine ou une revue, le souvenir de notre crime brutalement surgit dans notre mémoire.
Ces années d'université... pas avant, non je n'aurais jamais osé. Puis, plus jamais, car je savais bien que c'était criminel. Mais ces années d'université... alors que je n'avais pratiquement pas de sous, j'ai fait des choses honteuses... Alors que j'avais des centaines et centaines de pages à photocopier - c'était évidemment avant les ordinateurs portables et les accès rapides et faciles aux ressources en-ligne - et que ces montagnes d'articles et passages de livres coûtaient une petite fortune... j'ai commis l'irréparable. Les limites de prêt étaient si sévères... la plupart des revues ne pouvaient s'emprunter... et ma capacité et endurance à recopier s'affaiblissant rapidement (et croyez-moi, j'ai recopié des articles entiers), il ne restait que la photocopie. On contournait évidemment un paquet d'article sur la le droit à la reprographie, mais on fermait habituellement un oeil sur nos photocopies.
Mais voilà... les photocopies coûtaient de la monnaie... 5, 6, puis 10 cents la page. Et je n'exagère pas la quantité... des centaines et des centaines de pages... au bout de toutes ces années... des milliers de pages. Je n'avais vraiment que peu d'argent... un petit salaire, un petit prêt, pas de bourses... un appartement, des frais innombrables (bon... habituels mais sans fin...). Et le temps... pas possible de toujours travailler à la bibliothèque. Que faire ? Besoin de ces mots... alors, d'un geste furtif, coupable... quelques pages arrachées et dissimulées dans mon sac. Les sueurs de culpabilité, la honte... surtout que c'était une chose qui me mettait en colère moi-même. Chercher un article dans une revue, tourner les pages, pour arriver aux pages disparues... article manquant, arraché par quelqu'un d'égoïste, qui ne pensait qu'à son travail. Et voilà que je faisais la même chose.
La seule chose que je puisse dire pour ma défense est que j'ai parfois retourné les articles. Retour discret dans l'allée, tourner rapidement les pages et au bon endroit, remettre les pages arrachées. Mais, je ne l'ai pas toujours fait. J'ai encore certains de ces articles. Que je place loin dans ma mémoire et dans mes archives. Ils m'ont été précieux et apporté de l'information essentielle à mes travaux... mais j'aimerais avoir été plus forte et plus honnête... C'est un crime que j'avoue avec difficulté et que j'aimerais pouvoir arracher de mes souvenirs ; arracher quelques pages de ma vie et l'oublier.
21 novembre 2007
Crime littéraire partagé : fermer le livre
Ce n’est pas que je croyais que j’étais la seule à le faire. Mais pour une raison obscure, je n’en parlais jamais. J’avais la vague sensation que même si plusieurs faisaient comme moi, j’étais tout de même coupable d’un crime littéraire. Ou encore plus coupable que les autres. C’est qu’on m’avait dit qu’il fallait terminer ce qu’on commençait. Ma grand-mère était particulièrement ferme sur ce sujet : « Ne commence pas ce que tu ne peux terminer ». Ma mère avait tendance à dire la même chose… « Si tu as commencé quelque chose, finis-le ». Et je crois me souvenir de quelques professeurs disant la même chose.
Donc, je me sentais obligée de terminer les livres que je commençais. C’était une obligation morale. Terminer ce que je commençais. Si j’ouvrais un livre, je me devais de le terminer. C’était aussi un devoir envers le livre. J’avais l’impression qu’il se sentirait abandonné, délaissé… qu’il serait triste de ne pas être lu au complet. Et je me sentais coupable. J’ai donc terminé plusieurs livres que je n’aimais pas. Le livre m’ennuyait ? Je le lisais tout de même jusqu’à la dernière page. Parfois de peine et de misère… de longues soirées ennuyantes à tourner les pages… ou encore de longs mois à lire quelques lignes chaque jour pour essayer de terminer cet interminable livre… relisant parfois 10 fois la même ligne car je n’arrivais pas à m’en souvenir, faute d’intérêt.
Même sentiment horrible de culpabilité, si je n’arrivais pas à aimer un livre ou le style d’un auteur, surtout si c’était un auteur connu, reconnu… ou le pire… un chef d’œuvre de la littérature… enfin considéré comme tel… Je lisais péniblement chaque page, essayant de retenir les phrases, tentant de voir le génie derrière les mots. J’ai bien sûr pu parfois reconnaître comme un bon livre certains ouvrages même si je les avais détestés. Mais je n’arrivais pas à arrêter de lire le livre…
Et puis, bien sûr, l’inévitable arriva… j’ai fermé certains livres avant la fin. Par paresse, me disais-je… parce que j’étais lâcheuse, je me disais honteusement. Et bien sûr, je cachais ces crimes. Et quand je passais devant le livre – que j’étais incapable de vendre ou donner – je baissais honteusement la tête et je me disais que j’en reprendrais la lecture un jour. Je l’ai parfois fait avec divers résultats : habituellement, je le terminais, toujours à cause de cette culpabilité, mais le livre ne m’intéressait pas plus qu’auparavant ; parfois, je le refermais une seconde fois avant de le terminer, me sentant encore plus coupable d’avoir donner de faux espoirs au pauvre livre mal-aimé ; et parfois, je le terminais contente parce que cette fois j’avais aimé le livre.
Bizarrement, tout ceci c’est poursuivi sur des années et des années… et ce n’est que lorsque j’ai lu sur certains carnets, des textes de lecteurs et lectrices qui se permettent de ne pas terminer un livre et qui le disent ouvertement, que je me suis sentie moins coupable.
Le temps passe vite… tant de choses à faire, tant de livres
à lire… droit de ne pas finir un livre, et droit de ne pas aimer un livre... Et il y a donc des livres qui furent fermer sans être entièrement lu: Portrait of a Lady de Henry James ; Lost Souls de Micheal Collins ; Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, pour en nommer quelques uns.
J'en ferai peut-être une liste un jour... expliquer pourquoi j'ai fermé le livre sans l'avoir lu au complet, pourquoi il m'a ennuyé au point tel que je me suis sentie incapable de le terminer, pourquoi les mots, l'histoire, le style ne m'ont pas plu...
Évidemment, je réalise que ce serait tout de même une façon de ne pas les abandonner complètement...
30 août 2007
Crime littéraire: des menaces éclatantes
La citation tirée de l'Avalée des avalés est très belle.
Et très impliquante. Lire un livre prêtré nous lie à la personne qui
nous a prêté le livre. Lorsqu'on le rend cette personne, on devra lui
dire ce qu'on en a pensé. Notre avis sur le livre. Si la personne le
possédait, cela implique presque toujours quelle l'aimait - mais
évidemment, pas nécessairement - et donc elle voudra savoir ce que nous
avons pensé du livre qu'elle nous a prêté. Nous sommes donc liés de par
ce livre.
Mais ça, c'est quand le livre emprunté est retourné.
J'ai toujours eu de la difficulté à prêter mes livres. Enfin, à prêter mes choses en général, mais mes livres en particulier. Mais bien sûr... "prête tes choses" que ma mère me disait... "ne sois pas égoïste" que ma mère me disait...
Ce fut rarement une expérience agréable. Les livres étaient retournés avec des souvenirs non sollicités... des coins de pages tournées, des couvertures endommagées, et même des morceaux perdus. J'hésitais donc à prêter mes livres. Et quand on disait "j'aimerais bien lire tel livre"... je tournais la tête, faisais semblant de ne pas avoir le livre en question. Et quand on savait que j'avais, toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas prêter. Je l,oubliais à la maison... je ne le trouvais pas dans ma bibliothèque...
Mais évidemment, c'est difficile de ne pas prêter, surtout aux gens que tu connais. On ne comprend pas. Et dire carrément "non" très délicat.
Et puis, un jour... au cégep... dans un cours de littérature... Nous devions lire "Le Torrent" d'Anne Hébert. Ma tante venait de me donner plusieurs livres de sa bibliothèque dont ce recueil. Je m'exclamais donc innocemment, sans y réfléchir :"je l'ai ! je n'aurai pas besoin de l'acheter !" et une connaissance à côté de moi - que je connaissais à peine, mais avec qui je parlais dans les cours et entre les cours - de dire: "super ! tu me le prêtes quand tu as fini?".
L'horreur totale ! Que faire ? Trop gênée pour dire non, je lui ai prêté. Et je n'ai jamais revu le livre. Jamais. Tous les cours, elle oubliait de la ramener. La session a terminé, elle a quitté le collège et plus de livre. Ce n'était pas le premier livre que je perdais de la sorte, mais celui-ci m'a blessée, plus qu'à l'habitude. Non seulement car il est excellent, mais parce que c'était un cadeau de ma tante.
Et donc, ma réticence initiale s'est transformée en un refus total. Je ne prête plus mes livres. Et les rares fois que cela m'est arrivé, ce fut par obligation et avec des menaces. Littéralement des menaces, dont on se souvient. Un ami - oui, un ami que je connais bien - se souvient encore du mot que j'avais laissé dans le livre, signifiant que je voulais ravoir le livre et qu'il avait besoin de le rendre intact dans un délai relativement bref. Et ce, en plus, des recommandations que j'avais fait au moment où le livre avait changer de mains.
Ce ne sont pas les seules menaces que j'ai proférées aux rares personnes auxquelles j'ai prêté, dans les dernières années, des livres (et autres cossins). Et quand je prête, je note - j'ai parfois aussi tendance à oublier que j'ai prêté, surtout quand il s'agit de la famille. Qui soit-dit en passant, n'est souvent pas plus "fiable" dans le domaine du retour !!! Donc, je note. Et je fais des rappels - en bonne bibliothécaire que je suis...
Et donc, je suis consciente que la littérature se partage, mais si je suis prête à conseiller, à suggérer... je ne prête qu'à coup de menaces... très réelles. J'aimerais être plus généreuse de mes livres... mais pour ma défense, je suis généreuse de mes lectures et toujours prête à offrir en cadeau un beau livre neuf !
24 août 2007
Mutilation particulière: encore un crime littéraire
J’aime les mots. J’aime la langue française… j’aime les langues… j’aime la grammaire, l’orthographe, la syntaxe. J’essaie de ne pas faire de fautes, et quand j’en fais cela me gène. Même si je sais que c’est naturel…
Et j’aime les dictionnaires, grammaires, ouvrages de
référence de toutes sortes. Quand j’étais jeune, petite fille au primaire, je
n’avais pas de dictionnaire à la maison. C’est que ces ouvrages sont
dispendieux. Il y avait bien une encyclopédie – mais elle avait été donnée à ma
mère, elle n’avait pas été achetée.
Mes premières années d’école primaire, les dictionnaires étaient dans la classe. Il y avait une rangée de dictionnaires Larousse dans la classe qu’on utilisait au besoin. Et puis, une année – je ne me rappelle plus exactement laquelle, 3e ou 4e, peut-être – on nous avait permis de les garder dans nos pupitres et même de les amener à la maison. J’adorais mon dictionnaire… non seulement, je le consultais pour répondre à mes interrogations d’orthographe ou de définitions – à l’école ou à la maison; mais je l’ouvrais souvent uniquement pour le feuilleter, lire les définitions, apprendre les nombreuses significations d’un mot, son étymologie, son histoire…
Un jour, à la fin de ma 5e année de primaire, ma tante qui était également professeur au primaire, m’a donné deux dictionnaires de sa classe. Ils étaient un peu vieux – mais encore superbe. Son école avait reçu un budget pour mettre à jour tous les ouvrages (quand cela arrivait encore…) et elle m’avait donc offert un dictionnaire Petit Robert 1 pour les noms communs et un dictionnaire Petit Robert 2 pour les noms propres. À moi. Ils m’appartenaient. Je les avais chez moi… pour toujours. Comme je les ai utilisé ces dictionnaires. Plus le Robert 1 que le 2, il faut avouer… le contenu du 2 devenant plus rapidement désuet que le contenu du 1…
Mais malheureusement… malgré tout l’amour que j’ai pour les dictionnaires, je me dois d’avouer que mes dictionnaires ont eu la vie difficile. Et sont aujourd’hui en piteux état. J’aimerais souligner tout de même que je ne suis pas l’unique responsable de cette mutilation de dictionnaire… mon Petit Robert 2 a d’ailleurs été la victime de la vengeance de ma soeurette – armée d’un crayon feutre noir - qui n’avait pas apprécié que je l’ignore un certain samedi de mes 15 ans…
Et puis, les années furent très sans merci sur la couverture de mon Petit Robert 1. Mais pourtant, j’ai aimé mes dictionnaires… je les ai utilisés, consultés et j’ai essayé de les ménager. Mais si aujourd’hui, ils sont encore dans une de mes bibliothèques – cachés derrières des portes – ils sont complètement mutilés. J’ai acheté d’autres dictionnaires depuis… mais j’ai l’impression qu’ils ne sont pas pareils… ils demeurent propres. Utilisés mais propres.






