09 juillet 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'étourdir

2017-07-09"La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?" [Anne Hébert]

Elle aurait pu danser toute la journée, toute la nuit. Suivre les oiseaux dans leurs envolées. Elle voulait crier, rire, chanter et surtout danser. Tous les moments de sa vie étaient une occasion de laisser son corps écrire un poème, une chanson unique.

Mais il y avait l'école et les devoirs. Il fallait être sérieuse. Et elle était sérieuse. Elle pratiquait tous les jours, son piano, son ballet. Elle faisait ses devoirs et étudiait consciencieusement. Elle écoutait ses parents, ses professeurs, ses instructeurs. Elle était sage.

Mais les oiseaux lui chantaient une mélodie envoûtante, irrésistible. Elle hésite un moment. Elle n'ose pas s'élancer, les rejoindre. Elle se questionne. Elle entend tout le monde lui dire qu'elle doit être sérieuse. Elle doit être sage. Mais doit-elle être sage ?

"La danse est une poésie muette" [Simonide de Céos]

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11 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : rapidité

093_1977"Age is a case of mind over matter. If you don't mind, it don't matter" [Satchel Paige]

À 6 ans, il me manquait quelques dents et un clown sur une poche. À 46 ans, j'ai quelques cheveux blancs et des rides sur le visages, dans le cou, sur les mains.

Contrairement à beaucoup de gens de mon entourage, j'aime mon âge. Je ne panique pas à l'idée de vieillir. C'est parfois étrange mais pas effrayant. Dans ma tête, je ne sais pas trop quel âge j'ai réellement. Je n'ai pas l'impression d'avoir 46 ans, mais je n'ai pas non plus l'impression d'avoir 20 ans. C'est intemporel dans ma tête. Mon corps lui, il sait bien qu'il n'a pas 20 ans, ni même 35 ans. Mais ça c'est une autre histoire.

Mais il y a parfois des moments que ces années qui passent si rapidement me terrifient. J'ai l'impression que le temps passe trop vite et que je n'en profite pas assez. Bientôt j'aurai 50 ans, puis 90 ans. Et est-ce que j'aurai vraiment profité de mon temps sur cette terre ? Est-ce que j'aurai gaspillé des jours, des heures, des années ? Est-ce que je me pose trop de questions ?

"Don't just count your years, make your years count" [George Meredith]

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04 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : un ourson pour dormir

2017-06"Il faut beaucoup d'amour pour transformer un nounours en meilleur ami" [Pam Brown]

Il est là. Il écoute. Sans rien dire. On le prend. On l'écrase sur notre poitrine. On l'écrabouille sur notre coeur. On lui dit tout. On lui murmure nos secrets. Nos larmes et nos rires. Mais surtout nos larmes. Il écoute. Il se laisse tordre dans tous les sens. Il se cache dans notre cou. Et il écoute.

On le jette dans un coin. Il attend. Puis on le reprend. Et on le chatouille, on le caresse, on le bécote. Puis on le brutalise un peu, il se dandine au bout de notre bras, il a peur pour ses coutures. Il nous pardonne nos humeurs instables. Car il sait qu'on a besoin de lui.

On l'a perdu. On panique. On ne peut vivre sans lui. On pleure, on crie. Il a disparu. Et s'il était parti ? S'il ne voulait plus de nous ? On le retrouve. Il était sous le lit. On l'emprisonne dans nos bras. On ne le laissera plus jamais.

Mais il faut le laisser. Il faut partir. Il reste là. Sans qu'on le voit, il va à la fenêtre. Il nous regarde partir. Il a peur pour nous. Mais il est fier. Il connait tous nos secrets. Il sait qu'on va être fort. Il sait qu'on aura nos faiblesses. Il attend. Et quand on va revenir, on lui racontera nos défaites et nos exploits.

"Un nounours est la seule chose qui protège du noir" [Helen Thompson]

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07 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : mutation

2017 033"Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours." [August Strindberg]

J'ai normalisé l'importance de vivre. Et la beauté des silences est détruite. Je change de peau en un rire invisible. À mes pieds, des poussières de vies.

Je suis seule. J'attends ma transfiguration. Un amoncellement d'apparences à mes pieds. Je suis nue. Je sacrifie ma biographie et je renais mille morts.

Je me transforme et je me dépouille de mes cicatrices. Je perds ma laideur, je perds ma beauté. Je suis dépouillée. Ma vie est courte, puis elle recommence. Elle se transforme, si je la laisse vivre pleinement sa mutation.

"Vouloir transformer c'est d'abord et toujours vouloir supprimer" [Michel Polac]

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16 avril 2017

Le moment captif d'un dimanche : amour et cruauté

2017-07"Le caractère le plus profond du mythe, c'est le pouvoir qu'il prend sur nous, généralement à notre insu." [Denis de Rougemont]

Au début, il y a une activation irraisonnée de croyances émotionnelles. Puis vient la construction des autels. Abandon de liberté pour un pardon artificiel. Droit à la sérénité. Sans questionnement. Douce quiétude.

Besoin de détresse. Croyances épidémiques. Toutes différentes. Idoles cycliques, incroyablement similaires.

Beauté des mots et poésie des gestes. La plupart du temps. Volonté de bons sentiments : amour, compassion, ouverture, entraide... Pour un temps.

Inflexibilité des pensées et rigidité des actes. Trop souvent. Interdiction de la différence. Privation, condamnation, intolérance. Généralement.

Les yeux fermés. Un chant, une prière, un poème, un cri, un espoir pour une mythologie universelle.

"Secte, religion ; foi, superstition, juste un problème de définition." [Antonio Navalhas]

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02 avril 2017

Le moment captif d'un dimanche : fashion lady

2093"Ce qui a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire" [Charles Baudelaire]

"Vous êtes d'un chic, ma chère" que je dis en passant. J'ai dit ça avec un sourire en coin. Je crois bien qu'elle l'a vu. Mais elle ne semble pas se soucier ni de mon commentaire, ni de mon sourire. Elle ne se soucie pas de moi, tout simplement.

Elle sait qu'elle a du style, elle sait qu'elle a du goût et n'a rien à faire de mes bêtises. Mes ennuyeuses paroles sont reçues et tombent immédiatement dans l'oubli.

Elle affiche sa folie comme je trimbale ma conformité. J'essaie péniblement de sauver mes apparences articifielles. Elle balance à tout vent sa fantaisie réelle.  Elle passe la tête haute. Je suis jalouse.

"Le mauvais goût fait passer le temps plus vite" [Andy Warhol]

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19 mars 2017

Le moment captif d'un dimanche : perdre son temps

2017-11"Que le temps passe plus vite, quand l'ennui l'étire" [Philippe Besson]

Il y a de ces journées. On sait qu'on devrait profiter de ces heures juste à nous. Toute la semaine à courir à droite et à gauche. Toute la semaine à ne pas avoir un moment à soi. Et puis, aujourd'hui, enfin, la journée entière juste pour soi. Pas de réunions. Pas de courriels. Pas de courses. Pas d'entrainement. Pas de ménage.

On en rêve toute la semaine. On se prépare, on imagine. On planifie pleins de petites choses douces. Des petites choses juste pour soi. Des petites choses qu'on remet toujours à plus tard. On se dit que la journée sera tranquille mais formidable. On fera de chaque instant un délice. On profitera de chaque minute.

Et puis. Il y a de ces journées. On se lève. On se sent las. On a envie de rien. On commence la journée lentement. On paresse. On laisse les minutes se dérober. On se traîne d'une pièce à l'autre. On se dit qu'il faudrait bien profiter de ce temps que l'on a enfin juste pour nous. Mais on ne fait rien. On se dit qu'on a toute la journée. Mais la journée glisse entre nos doigts. Et on regarde par la fenêtre. On n'arrive pas à se décider. Tout nous ennuie. Rien ne nous dit. On laisse laisse les minutes disparaître. Et la journée est terminée. On n'a rien fait. On n'a pas profité de ces instants. On s'est ennuyé profondément. On a perdu son temps.

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05 mars 2017

Le moment captif d'un dimanche : oublier de dormir

2017-01-15"Avec les insomnies, on peut faire des bouquets noirs de grandes fleurs friables et crissantes comme le sable sous les dents." [Jean-Claude Pirotte]

Elle revient toujours cette vieille amie. Mon insomnie chérie.

Elle me quitte parfois pour quelques nuits. Elle se cache, fait semblant de m'oublier. Elle me donne tous les espoirs, mais jamais pour longtemps. Elle revient toujours celle qui sans cesse me poursuit. Mon insomnie chérie.

Elle revient blanchir mes nuits. Elle égratigne mes pensées ; les torture et les déforme. Elle les peint en noir. Elle les transforme en pantins difformes et grimaçants. Encore une fois elle est revenue cette cruelle ennemie. Mon insomnie chérie.

Elle me rejoint tranquillement chaque nuit. Elle devient une habitude. Elle est confortable. Je la connais. Je connais sa noirceur, sa fragilité, sa monstruosité. C'est une vieille connaissance. Elle reviendra toujours celle qui épuise ma vie. Mon insomnie chérie.

" Elles sont bien noires, les pensées des nuits blanches." [Edmond et Jules de Goncourt]

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19 février 2017

Le moment captif d'un dimanche : réalité

2017-01« Regarder un atome le change, regarder un homme le transforme, regarder l'avenir le bouleverse. » [Gaston Berger]

Ne rien vouloir voir. Ne pas vouloir regarder l'avenir. Faire semblant de ne plus voir le passé. Vouloir l'effacer. Dire qu'on l'a oublié. Puis baisser la tête et se retourner. Se laisser envahir par les images. Des instants importants, des moments anodins. Voir des mirages, des illusions, des rêves brisés, des chutes et des mensonges, des excuses et des échecs.

Baisser à nouveau la tête. Fermer les yeux. Ne plus vouloir voir. Puis soupirer et relever la tête. Se retourner et regarder une autre fois derrière soi. Et puis voir aussi les succès, les victoires, les espoirs, les conquêtes, les idées, les efforts, les plans. Sourire. Les échecs, les succès, tous ces moments sont importants.

Et donc, on se retourne vers le futur. On est prêt à le regarder. On se sent la force de l'affronter. Et peut-être de le changer. Sourire même si on a peur. Mettre son chapeau, son manteau, prendre ses lunettes et regarder le plus loin qu'on peut. Et on avance.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. » [Winston Churchill]

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05 février 2017

Le moment captif d'un dimanche : simplement s'entortiller

2017-06« Dans la nature, rien n'est parfait et tout est parfait: un arbre peut être tordu et ses branches tourmentées, il est toujours beau.» [Alice Walker]

Tu te sens tout croche. Tu te crois difforme, tu te sais différent. Chaque jour, tu aimerais être semblable aux autres. Mais tu sais que cela ne sera jamais possible.

Tu baisses la tête. Tu te courbes. Tu n'oses pas lever la tête. Pourtant, on t'a toujours dit que tu étais magnifique. Que peu importe tes imperfections, tes bosses, tes difformités, tu étais unique et exceptionnel.

Mais c'est difficile. Tu ne sais plus. Tu ne sais pas. Tu doutes. On t'a menti. On t'a sûrement menti. Parce que pourquoi on devrait te trouver beau. Tu es courbé, tu es cassé. Tu ne te sens pas à la hauteur. Tu penses être trop différent pour qu'on t'aime.

On te dit que tu es beau. Tu es unique. Tu doutes. Mais tu regardes autour de toi. Et quand tu ouvres tes yeux, tu vois finalement toutes les imperfections. Toutes ces imperfections. Et tu te sens moins seul. Tu te dis que tu aimes. Et qu'on peut bien t'aimer.

« Il n'y a point de forêt sans arbres tordus ». [Proverbe Bulgare]

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