29 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : orbites

2017-10-29"Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé" [Danse macabre, Charles Baudelaire]

Ils en ont peur. Ils croient qu'ils volent leur âme. S'ils les regardent trop longuement, ils perderont leur humanité. Car ces yeux sont vides, noirs, dépouillés de vie. Ils sont froids et cruels.

C'est une oeuvre d'art. Votre ossature. Sans elle vous n'existez pas. Vous n'êtes qu'une carcasse désertée de toute force. Sans lui, vous n'êtes qu'une enveloppe.

Ils détournent le regard. Ils n'osent le regarder en face. Ce visage les terrorise. Mais ils ne peuvent s'empêcher de le regarder. Il les fascine.

C'est votre mortalité qui vous dévore des yeux. C'est votre vie qui s'échappe. C'est votre passé qui sera oublié et votre furtur qui n'existera jamais. C'est votre présent qui s'efface à jamais.

Il les regarde. Les yeux vides, noirs, dépouillés de vie. Il ne voit rien.

"Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature." [Danse macabre, Charles Baudelaire]

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22 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : écorcher mon âme

2017-10-22"Que tout est fugitif, éphémère ! Ne dure que ce qui nous déchire !" [Michelle Guérin]

Mon âme se déchire. On déchiquette mon coeur. Je ne sais plus que penser. J'oscille entre le vrai et le faux. Ce que je croyais savoir s'évapore. Un voile couvre mes yeux. Et je sombre.

J'essaie d'ouvrir les yeux. Je n'arrive pas à me réveiller. Mes mains se tendent dans le vide. J'essaie de m'agripper à la vie. Je ne trouve rien.

Quelque chose me retient. Les griffes monstrueuses de mains décharnées m'emprisonnent. Ma peau est en lambeau. Mes cris sont silencieux. Mes yeux pleins de noirceur. Je suis paralysée.

Je ne rêve plus.

"La mort : une griffe. Qui refuse de lâcher sa proie." [Henning Mankell]

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15 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : échéance

2017-10-15"Une bonne terreur, de temps en temps, vous remet les idées en perspective." [Elizabeth Vonarburg]

Il s'écoule entre nos doigts et il glisse sur nos vies. Invariablement, il va nous transformer en un vague souvenir. Notre corps s'évanouira, nos rêves se transformeront en cauchemars, nos pensées s'effaceront. On nous oubliera.

Et cela nous terrifie. Nous ne voulons pas disparaître. Nous voulons être éternels. Nous voulons qu'on se souvienne à jamais de nos rires, nos songes, nos espoirs, nos sourires, nos larmes, nos exploits et nos défaites.

Nous essayons alors de ne jamais mourir. Nous laissons nos traces partout. Pour qu'on ne nous oublie jamais. Nous serons éternellement des ombres anonymes.

"Celui qui regarde longtemps les songes devient semblable à son ombre. " [Proverbe indien]

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08 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'égarer

2017-10-08"Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé." [Jean Tétreau]

Tu avances avec précaution. Tu ne sais plus où tu te trouves. Tu avais pourtant suivi la route attentivement. Les yeux rivés sur le chemin. Ne le quittant que pour analyser la carte.

Mais le chemin s'est emparé petit à petit de tes pas. Il a pris possession de ta direction et t'a mené là où il le voulait. Dans un endroit que tu ne reconnais pas. Qui n'existe pas sur ta carte.

Tu regardes autour de toi. Tu ne reconnais pas les arbres. Tu ne reconnais pas le ciel. Tu sais que tu es perdu. Dans un monde qui n'existe pas. Tu laisses la route te guider et la forêt t'avaler doucement. Tu sais qu'on t'observe depuis une éternité. Tu as d'abord cru avoir peur. Mais tu sais que c'est inutile. Tu souris et tu attends.

"La vie est un contes de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons." [Robert Lalonde]

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01 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : mirage

2017-10-02"L'eau, goutte à goutte, creuse le roc." [Théocrite]

Cela prend des années pour s'apercevoir que nos yeux nous jouent des tours. Mais petit à petit les masques s'effritent. La roche se transforme en sable tranquillement. Et les monstres apparaissent enfin. Là où ils ont toujours été.

Ils se cachent parfois. Ils savent comment être invisibles. On ne les voit pas. On ne les voit plus. Mais ils ont toujours été là.  Ce ne sont pas des mirages. Nous n’imaginons pas des fantômes. Ils sont là.

On a ri de nous. On nous a pointés du doigt en disant qu’on inventait des croque-mitaines. Mais les monstres sont réels, il suffit de vouloir les voir.

"Si tout est illusion, nos illusions sont illusoires." [Alain Pontaut]

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27 août 2017

Le moment captif du dimanche : surveillance

2017-08 (3)Observer, c’est perturber.” [Hubert Reeves]

Silence... Ne voyez-vous pas qu'il me regarde ? Il m'observe de ce globe oculaire impassible. Il ondule vers moi. Prêt à me digérer.

Il me semble qu'il chuchote mon nom. Écoutez, il crie mon nom. N'entendez-vous pas ? Il a la mauvaise prononciation car il déclame mon nom à reculons.

Il ne bouge pas. Il me surveille, je suppose. Il m'évalue et capture mes mouvements. Il a saisi toutes mes émotions. Il sait tout de moi. Regardez, il mémorise mon âme.

Son regard me caresse. Je ne suis plus. Je n'existe plus vraiment. Il m'a transformée. Je normalise ainsi l'importance de vivre. Il ne ferme jamais l'oeil. Je vivrai éternellement.

L'important, c'est de savoir ce qu'il faut observer.”  [Edgar Allan Poe]

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06 août 2017

Le moment captif du dimanche : perspectives

2017-08 (2)"Connaîtrions-nous le nom de Madame de Sévigné si elle avait eu le téléphone ?" [Jean Cocteau]

C'était mieux avant non ? Avant, on s'écrivait. On prenait le temps de se dire des choses sur une feuille de papier. On s'envoyait des cartes d'anniversaires qu'on avait soigneusement choisi. On ouvrait sa boîte au lettres et on y trouvait autre chose que des prospectus. Parfois une lettre d'un ami ou une carte postale d'une tante. Aujourd'hui, il n'y a même plus de factures. Juste des publicités.

Dans la lettre, on prenait son temps. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On n'écrivait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à notre écriture. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant. On ne perdait pas notre temps à écrire de longues lettres sans importance. On ne passait pas par quatre chemins pour dire ce que l'on voulait dire et on ne se perdait pas dans les figures de styles et les acrobaties grammaticales. On s'assoyait tout près l'un de l'autre et on se parlait doucement. On se racontait nos bonheurs et nos malheurs.

Dans la conversation, on reconstruisait le monde. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On ne disait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à nos intonations. Oui, c'était mieux avant.

C'était mieux avant non ? On ne s'écrivait pas des textos secs, rapides et tronqués. On prenait le temps de s'appeler, de prendre des nouvelles. On ne s'envoyait pas des messages sur Facebook ou par courriel. On ne prenait pas une simple photo pour dire qu'on était heureux ou malheureux. On ne partageait pas notre vie en un texte de 140 caractères.

Au téléphone, on passait des heures à parler avec nos amis, notre famille. On appelait pour raconter nos vies. On appelait pour parler de la pluie ou du beau temps. On appelait simplement pour entendre la voix de l'être aimé. On appelait pour dire notre façon de penser. On prenait le temps de dire les choses. On ne les résumait pas en une fraction de seconde. On était moins pressé. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant... on avait tellement de plateformes pour exprimer nos pensées. Que quelques clics et tout était dit. On ne perdait pas notre temps à....

C'était mieux avant non ? Oui, c'est toujours mieux avant...

"Une heure de conversation vaut mieux que cinquante lettres" [Madame de Sévigné]

23 juillet 2017

Le moment captif du dimanche : apprendre à ouvrir et à fermer

2017-07"Donnez-leur une clé et laissez les gens ouvrir leurs propres serrures." [Robert R. McCammon]

J'ai un secret. C'est le mien. Tu as un secret. C'est le tien. Je garde précieusement la clé de mon secret. Et tu gardes la tienne. Tu souris, je souris. Nous ne voulons pas laisser nos secrets s'échapper. Nous les gardons jalousement, individuellement.

J'essaie d'ignorer la clé dans ma main. Je ne veux pas laisser mon secret s'évader. Tu trouves la clé dans ta main si belle. Mais tu sais qu'elle peut laisser ton secret s'échapper.

Je ne connais pas ton secret. Tu ne connais pas le mien. J'ai peur de mon secret. Et j'ai peur de connaître le tien.

Je tiens ma clé. Tu tiens ta clé. Nous avons chacun notre clé. Derrière nos portes, se cachent des secrets. Ils nous appartiennent. Ils font partis de nous. C'est à moi de te les dire. C'est à toi de me les dire.

J'ai un secret. J'aimerais le partager. Tu veux l'entendre ?

"Il n'y a rien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre." [Maurice Maeterlinck]

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09 juillet 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'étourdir

2017-07-09"La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?" [Anne Hébert]

Elle aurait pu danser toute la journée, toute la nuit. Suivre les oiseaux dans leurs envolées. Elle voulait crier, rire, chanter et surtout danser. Tous les moments de sa vie étaient une occasion de laisser son corps écrire un poème, une chanson unique.

Mais il y avait l'école et les devoirs. Il fallait être sérieuse. Et elle était sérieuse. Elle pratiquait tous les jours, son piano, son ballet. Elle faisait ses devoirs et étudiait consciencieusement. Elle écoutait ses parents, ses professeurs, ses instructeurs. Elle était sage.

Mais les oiseaux lui chantaient une mélodie envoûtante, irrésistible. Elle hésite un moment. Elle n'ose pas s'élancer, les rejoindre. Elle se questionne. Elle entend tout le monde lui dire qu'elle doit être sérieuse. Elle doit être sage. Mais doit-elle être sage ?

"La danse est une poésie muette" [Simonide de Céos]

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11 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : rapidité

093_1977"Age is a case of mind over matter. If you don't mind, it don't matter" [Satchel Paige]

À 6 ans, il me manquait quelques dents et un clown sur une poche. À 46 ans, j'ai quelques cheveux blancs et des rides sur le visages, dans le cou, sur les mains.

Contrairement à beaucoup de gens de mon entourage, j'aime mon âge. Je ne panique pas à l'idée de vieillir. C'est parfois étrange mais pas effrayant. Dans ma tête, je ne sais pas trop quel âge j'ai réellement. Je n'ai pas l'impression d'avoir 46 ans, mais je n'ai pas non plus l'impression d'avoir 20 ans. C'est intemporel dans ma tête. Mon corps lui, il sait bien qu'il n'a pas 20 ans, ni même 35 ans. Mais ça c'est une autre histoire.

Mais il y a parfois des moments que ces années qui passent si rapidement me terrifient. J'ai l'impression que le temps passe trop vite et que je n'en profite pas assez. Bientôt j'aurai 50 ans, puis 90 ans. Et est-ce que j'aurai vraiment profité de mon temps sur cette terre ? Est-ce que j'aurai gaspillé des jours, des heures, des années ? Est-ce que je me pose trop de questions ?

"Don't just count your years, make your years count" [George Meredith]

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