11 octobre 2009

Le moment captif d'un dimanche: passage

0"Vie: passage sur terre. Mort: passage sous terre." [Jicka]

Dehors il y a la vie, le soleil, le passé, le présent et le futur. Et puis, on descend tranquillement sous terre... et un long couloir se présente devant nous. Un passage qui nous ramène à une mémoire perdue.

Concrètement... un cirque romain datant du 1er siècle après JC. Un couloir sous les trottoirs de Tarragona. Des chevaux, des chars, des moments lointains, parfois anodins, festifs, parfois terribles.

Dans ce tunnel souterrain, des souvenirs errent furtivement. Un couloir à visiter. Des centaines, des milliers de touristes, de visiteurs, de voyeurs... à regarder, observer, scruter... la plupart oubliant ce que ce passage signifie, ce qu'il veut nous rappeler, nous raconter.

Il est toujours là. Sous la terre. Chargé d'images. Invisibles. N'apparaissant à la lumière qu'à ceux qui veulent voir. Qui veulent se souvenir.

"Les arcanes de notre mémoire sont comme d'immenses souterrains où la lumière de l'esprit ne pénètre jamais mieux que lorsqu'elle a cessé de briller au-dehors" [Hervey de Saint-Denys]

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04 octobre 2009

Le moment captif d'un dimanche : effeuillement

000automneL'automne est une demeure d'or et de pluie [Jacques Chessex]

Ce n'est un secret pour personne que l'automne a conquis mon coeur. Depuis toujours. Même enfant, alors que l'automne signifiait la fin des vacances, les classes, les devoirs... je ne pouvais m'empêcher d'aimer cette saison haute en couleurs et synonyme dans mes pensées de déguisements.

Les arbres se déguisaient avec des teintes d'or, de rouges, d'oranger... et je préparais mon déguisement pour cette soirée trop courte et déjà un peu froide à courir dans les rues à la recherche des lumières indiquant où se trouvaient les bonbons.

Les sens s'affolent en automne... les couleurs nous aveuglent, les bruits s'étouffent, les odeurs de pluie nous chatouillent. Les journées me semblent toutes splendides, lumineuses ou pluvieuses, douces ou fraîches.

Les feuilles éclatantes finissent par tomber. Une à une, d'abord tranquillement puis à toute vitesse. Elles laissent les arbres dénudés, exposés, fragiles. Les couleurs cachent le sol. Pendant un temps. Puis deviennent ternes et brunes. Et elles disparaissent. On les cherche, mais on ne les trouve plus.

Automne. Saison trop éphémère qui m'emplit de joie, d'excitation, de tendresse et de tristesse.

L'automne raconte à la terre les feuilles qu'elle a prêtées à l'été [Christoph Lichtenberg]

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20 septembre 2009

Le moment captif d'un dimanche : particules rebelles

"La plupart du temps, on ne résout pas les difficultés ; on les déplace, comme la poussière". [Aymond d'Alost]Poussiere

J’ai toujours été convaincu que la poussière était vivante. Une autre espèce, en quelque sorte. Il y a l’espèce humaine, l’espèce animale, l’espèce végétale et l’espèce poussièrale. 

 

Cela expliquerait bien des choses. Et éviterait bien des heures de dépoussiérage épuisant. Il suffirait de s’asseoir et de dialoguer. Tout simplement lui expliquer qu’elle ne peut ainsi envahir le moindre recoin de notre espace vital. Et surtout d’arrêter de réapparaître instantanément aussitôt qu’on a épousseté. Je lui demanderais aussi pourquoi elle est noire ou grise sur les meubles blancs et blanche sur les meubles foncés. 

 

Mais pour l’instant ce premier contact entre nos deux espèces n’a pas encore été réalisé et il faut encore épousseter. Quotidiennement. Par décence et propreté. Ainsi que par responsabilité civique et sociale. Et surtout par orgueil. Il faut éviter à tout prix qu’on vienne chez moi et qu’on ne voie de la poussière sur les meubles. On pourrait le répéter à ma mère. Et elle devra revenir me hanter. Jusqu’à ce que je fasse disparaître la poussière. Elle détestait la poussière.

 

Cette obsession de la poussière, c’est peut-être un indice de vieillesse. C’est une bien petite marque de vieillesse, à peine digne de mention. Mais, il me faudra quand même faire attention. L’insignifiance et la routine ont tendance à surgir de façon imprévisible et sans annonce préalable. Ils surgissent sans crier gare. Sans avertissement et sans pitié. Elles s’installent rapidement et sans qu’on s’en aperçoive. Et une fois qu’elles sont bien installées, il est bien difficile quoique pas impossible de les déloger. Mais aussi bien s’éviter une telle tâche. C’est épuisant de lutter contre la routine. Je préfère nettement me battre contre la poussière.

"La poussière n'est pas encore le néant: elle doit être dispersée". [François Mauriac]

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06 septembre 2009

Le moment captif d'un dimanche : Immobilité

ChatZ"J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure". [Hippolyte Taine]

Il regarde. Il sait qu'il sait. Il observe sans bouger. Il sait qu'il devrait tout savoir. Évidemment, il ne sait pas qu'il ne sait pas tout. Mais il se concentre et étudie les hommes.

Il sait qu'il ne devrait jamais leur faire confiance. Même ceux qu'il aime... on ne sait jamais. Même ceux qui semblent charmants. Ils peuvent être lâches et cruels.

Il essaie d'être vigilant. Il est prudent. Mais sa méfiance n'est pas toujours assez assidue et il se laisse tromper. Il sait que cela peut arriver. Il n'est pas sans faille. C'est pourquoi, il essaie d'être sage et d'être constamment aux aguets.

Il ne bouge plus et médite sur la nature humaine. Il essaie de ne pas se décourager et parfois il donne une chance à ces êtres indignes de sa tendresse. Me laissera-t-il une chance ? Me laissera-t-il lui prouver que nous ne sommes pas tous des monstres ?

"Le secret de l'immobilité absolue, c'est la concentration absolue". [John Irving]

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30 août 2009

Le moment captif d'un dimanche : le lion qui dort

"N'éveillez pas le lion qui dort!" [Philip Sydney]Lion

Il est là. Il me regarde le prendre en photo. Je crois qu'il n'est pas content. Je l'ai peut-être réveillé. Il ne fallait sûrement. Mais c'était inévitable. Même en m'approchant de l'eau à tout petit pas de souris, je savais bien que je ne pourrais pas échapper à son regard.

Il est silencieux pourtant. Il ne fait pas un bruit. Je suppose que c'est normal. Il entend tout mais lui-même ne laisse échapper aucun son. Il surveille c'est tout. Il surveille ce que je suis, ce que je fais, ce que je tente de faire.

J'aimerais bien savoir ce qu'il en pense. Peut-être rien du tout. Il garde simplement les pensées qui passent près de lui, mais ne les analyse pas. Il n'a pas besoin de faire cet effort... je m'en charge très bien sans lui. Mais il sait qu'il doit entreposer dans sa mémoire toutes mes folies, toutes mes peurs et toutes mes joies. Il ne me les rend qu'une à une, au détour d'une supposition, entre deux essais, alors que je tente d'ébaucher un chemin.

Il est bien conscient de son importance. Il me regarde et je me tais aussi.

"L'humanité suppose, ébauche, essaye, approche,
Elle façonne un marbre, elle taille une roche,
Et fait une statue...
" [Victor Hugo]

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23 août 2009

Le moment captif d'un dimanche : chat perché

chat1"Il suffit de croiser son regard avec celui d'un chat pour mesurer la profondeur des énigmes que chaque paillettes de ses yeux pose aux braves humains que nous sommes" [Jacques Laurent]

Les chats sont partout. Dans nos maisons. Au détour d'une rue ou d'une ruelle. Sous les voitures, près des poubelles. Et dans les arbres.

Ils nous observent. Ils nous analysent. Ils savent tout de nous. Ils savent attirer nos caresses et ils savent les rejeter. Ils nous imaginent et nous définissent chaque fois que leur regard tombe sur nous.

Parfois, j'ai l'impression qu'ils ne font que nous tolérer. Et profiter de nous. Ils nous contemplent tranquillement, les yeux lumineux et rient même parfois de nous.

Ils nous accusent, jugent et condamnent. Puis ils nous pardonnent nos faiblesses et fautes et viennent ronronner sur nos genoux. Ils sont gardiens des lois humaines mais eux-mêmes ne les suivent pas.

Ils sont libres et capricieux. Méfiants, menteurs et mythomanes. Doux mais cruels, les chats veillent constamment sur nos vies. Mais ils n'hésitent à nous abandonner, nous ignorer et nous oublier. Ils possèdent les lieux et les gens.

Les chats n'existent pas vraiment, ce ne sont que des rêves qui nous imaginent chaque jour.

"Chaque fois qu'on observe un animal, on a l'impression qu'il y a là un être humain en train de se foutre de nous" [Elias Canetti]

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09 août 2009

Le moment captif d'un dimanche : refuge

"Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller" [Blaise Pascal]DSC_6132_copy

La mer est étourdissante. Bruyante. Et en août, il y a toujours une multitude de gens bruyants et heureux qui viennent ajouter au bruit assourdissant des vagues sur la plage.

J'ai besoin de douceur. Du calme chuchotement de cette rivière que nous aimons retrouver surtout dans la chaleur brutale des jours d'été espagnols. Découverte au détour d'un voyage imprévu dans les Pyrénnés catalanes, nos pas nous ramènent régulièrement à cette jolie rivière. Nous nous dirigeons d'abord vers le magnifique et minuscule village de Beget, non loin d'Oix et de Camprodon... Perdu dans les montagnes et bien à l'abri des regards, le charmant village a conservé une poésie toute médiévale. La rivière traverse le village et il suffit de la suivre un temps pour la retrouver sauvage dans la forêt qui entoure Beget.

Nous marchons un peu pour nous éloigner de la route et du village... Le chemin est parfois difficile. Mais la rivière nous porte à  à cette roche qui nous accueille toujours en souriant. Et le doux babillage de la rivière, les bruissements des oiseaux nous enveloppent pendant quelques heures... Nous semblons oubliés, seuls... et nous écoutons la voix unique de cette rivière perdue dans sa montagne.

"La mer a partout la même voix grondeuse, grave, solennelle. Nos rivières chantent, murmurent, babillent, et elles ont toutes un accent différent." [Alexandre Pothey]

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02 août 2009

Le moment captif d'un dimanche : angoisse et tranquillité

APlage"Il faut croire aux étoiles
Tes angoisses et tes tourments
Ne sont qu'un qu'un grain de sable
Qu'une larme dans l'océan
"
[Richard Anthony]

Croire aux étoiles est facile. Je lève la tête et je vois les étoiles. Mais les voir dans la lumière du soleil est plus difficile. Je me dis donc que le soleil est une étoile et je n'ai plus alors aucune difficulté à y croire.

Mais bizarrement, les angoisses et les tourments ne se mèlent pas au sable ou à l'eau de la mer... ils semblent se miroiter doucement sur la plage dorée et l'océan lumineux.

C'est sûrement ma mauvaise manie à contempler la mer et à méditer le sable qui font que je ne peux que ruminer sur les problèmes quotidiens et les questionnements existentiaux... L'image s'infiltre dans les pensées et ne les quitte plus. Elle les oblige à approfondir les incertitudes. Elle les contraint à affronter la réalité. Elle impose les chagrins, les peurs, soucis...

Oh... mais elle laisse tout de même un peu de place pour une tranquille évasion, et les rêveries, les désirs et les châteaux en Espagne... Tout de même !!!

"La mer touche au plus profond de l'homme. Dans la lumière du soleil, n'est-elle pas le miroir de l'âme humaine? " [Philippe Plisson]

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26 juillet 2009

Le moment captif d'un dimanche : suivre les moutons

DSC_2271

"Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton." [Albert Einstein]

Il y a parfois de ces expressions que nous utilisons sans même y penser vraiment. Et si parfois on s'y arrête un instant, au moment où on les prononcent, par exemple, on ne prend pas toujours bien le temps de les comprendre vraiment ou alors de chercher à savoir leur fondement. Pourquoi dit-on ceci ou cela ?

"Suivre comme un mouton". On sait probablement tous ce que cela signifie... suivre les autres sans réfléchir, faire comme les autres... enfin... c'est évident. On sait que suivre comme un mouton n'est pas signe de volonté propre, voire de grande intelligence. Quand on suit comme un mouton... on est un "suiveux" ! On suit la conduite du plus grand nombre, on ne se démarque pas, et on ne se questionne pas... on suit aveuglément !

Je suppose que j'ai toujours supposé qu'un mouton suivait naturellement...et que sa nature était de suivre les autres. Est-ce que le mouton est vraiment un suiveux ? Je ne pouvais pas le dire vraiment. Mais si l'expression existait c'est qu'elle devait bien venir de quelque part... Il y avait bien sûr Rabelais et ses moutons de Panurge dans son Quart Livre... et ce Panurge de jeter un mouton à la mer pour se venger d'un négociant méchant... tous les autres moutons du troupeau suivirent ce mouton et entraînèrent également le négociant qui s'accrocha désespérément au dernier mouton... tous à la mer !

Mais de voir réellement ces moutons qui se suivaient tranquillement un à la suite de l'autre, en une belle file... et bien je dois dire que j'ai trouvé cela touchant. Bizarre non? Pourquoi touchant ? Je ne saurais trop le dire. Je les ai trouvés doux, tranquilles, paisibles. Ils ne se cassaient pas la tête avec des centaines de questions et doutes. À part peut-être le premier de la file... Pourquoi a-t-il décidé de se diriger par ce chemin ? Pourquoi a-t-il choisi d'être le premier, celui qui prend les décisions? Regrette-t-il son choix ? Se sent-il responsable des autres qui le suivent ?

"Quand les brebis vont au champ, la plus sage va devant" [Proverbe français]

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19 juillet 2009

Le moment captif d'un dimanche : Suivre la route

"L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin ; il le croit infini, n'en voyant pas la fin" [Alfred de Musset]DSC_8028

Mais le fait-il vraiment. Je ne sais. Cette petite japonaise à Tokyo, croisée en septembre dernier, me semblait bien seule, bien chargée. Je l'ai observé discrètement pendant un moment. Elle marchait seule. Avec ses gros sacs. Elle semblait si petite.

Marchait-elle joyeusement ? Songeait-elle au chemin ? J'avais surtout le sentiment, qu'elle peinait sur sa route, à suivre cette ligne jaune. Elle semblait trouver ce chemin infini, et ne semblait pas en voir la fin. Je me trompe sûrement.

Elle savait sûrement que la ligne protègerait sa jeunesse et l'entraînerait vers des horizons lumineux. Elle était seule. Forte. Indépendante. Sans besoin d'adulte pour porter ses sacs, ou pour lui indiquer le chemin. Grande impératrice des routes.

Elle connaissait son chemin. Et savait qu'elle devait le connaître. Peu importe ce qu'il lui réserverait un jour. Cette voie était la sienne... sans fin.

"Vouloir écarter de sa route toute souffrance, signifie se soustraire à une part essentielle de la vie humaine". [Konrad Lorenz]

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