15 février 2009

Le moment captif d'un dimanche - Mon manège à moi

Il est des animaux qui ne se lassent jamais d'entendre de la musique. Par exemple les chevaux de bois.   [Pierre Doris]

A6

Un mois de mai pluvieux. Nuageux. Peu importe. La mer demeure somptueuse. Parfois, nous l'observons de Barcelone, parfois nous filons sur la route pour la retrouver plus loin.


Sur les routes tortueuses de la Costa Brava, nous nous sauvons parfois jusqu'à la frontière. Et de l'autre côté de la frontière, tout près, il y a ce joli petit village, Banyuls-sur-Mer. Quand le temps nous le permet, quand le chemin nous concède ce détour ou parfois pour le simple plaisir de l'effleurer d'un arrêt rapide, nous flânons dans le port de Banyuls...


L'été, la promenade est souvent envahie de gens qui, comme nous, flânent en regardant les bateaux, en prenant une glace ou un croque-monsieur. Mais en ce dimanche pluvieux d'un mois de mai nuageux, il n'y avait que des oiseaux.


Les cris des oiseaux envahissaient chaque coin. Nos pas nous amenèrent tranquillement vers l'autre côté de la promenade. Isolée, calme. Personne sauf nous. Sans oublier les oiseaux... Et quelques chevaux de bois, silencieux. Immobiles. Nous observant de leurs yeux figés. Attendant que la musique commence. Mais il n'y avait que les cris des oiseaux, que le bruit des vagues sur la plage tout près.


J'aurais voulu pouvoir les aider à courir. Trouver le mécanisme qui leur permettrait de tourner, qui allumerait les lumières, qui laisserait la musique couvrir les oiseaux et la mer. Les réveiller de ce sommeil de pluie. Et peut-être même les voir s'évader comme dans mes rêves d'enfant alors que je regardais les chevaux de bois de Mary Poppins. Et que je croyais que mon carrousel libérerait un jour ses chevaux pour que je puisse moi aussi m'envoler. Ces chevaux dormants doucement semblaient me demander de les laisser courir sur la plage. Mais j'étais impuissante. Je ne pouvais même pas les faire tourner. J'ai caressé leur museau et chuchoté à leur oreille mes rêves de fillette. Ils m'ont répondu, et je garde précieusement leurs secrets.


You don't really understand human nature unless you know why a child on a merry-go-round will wave at his parents every time around - and why his parents will always wave back. [William D. Tammeus]


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08 février 2009

Le moment captif d'un dimanche - Un soleil à la fenêtre

Le soleil accepte bien de passer par de petites fenêtres.   [Frederik van Eeden]A5

Conjugaison.Ils croient, vous croyez, il croit et tu crois.Je ne crois pas.

Ce qui ne m'empêche pas de toujours entrer, toute petite, dans ces lieux silencieux. Divinité, démiurge. Je ne vois que dispersion d'illuminations lyriques. Pour être honnête j'y vois aussi l'acquisition d'une croyance fictionnelle qui empêche l'autonomie émotionnelle. Mais ce n'est pas le moment qui fut capturé.


La veille, il y avait eu tempête. Un cyclone en fait. Et nous étions en voyage justement dans une de ces régions... l'Aquitaine. Mer déchaînée, arbres fous, vents et pluies... Mais le lendemain, le ciel bleu et le soleil envahissaient les paysages; ils voulaient se réapproprier la nature.


Un long retour vers Barcelone. Un arrêt de temps en temps. Pour observer ces lieux si délicieux que peut-être nous ne reverrions pas. Quelques pas dans ce petit village coquet. Je ne peux qu'ouvrir la porte de cette église. Modeste mais grandiose. Remplie des espoirs et désespoirs de ces fidèles. J'entre doucement. Il n'y a personne. Que le silence et le soleil.

Un soleil qui semblait conquérir les lieux. Il proclamait son droit d'envoyer ses rayons accaparer les bancs inoccupés. Et je peux que voir ces rayons se transformer en plaintes, en rires, en hurlements silencieux, en sanglots, en sourires... Ces bruissements extérieurs envahissant ces lieux intimes et froids.


Le Soleil extérieur a soif du soleil intérieur.   [Jakob Böhme]

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01 février 2009

Le moment captif d'un dimanche - La petite bicyclette

L'enfance est ce que le monde abandonne pour continuer d'être monde.   [Christian Bobin]A3

Le balcon de ma voisine. Plus grand que le mien. Laissé à l'abandon. Elle n'y va qu'une ou deux fois par année. Une vieille table en fer forgé blanc et quatre chaises, toutes rouillées. Quelques pots et bacs à fleurs. Abandonnés eux aussi. Dans ces pots et bacs poussent librement des cactus, des géraniums, des mauvaises herbes qui viennent de on ne sait trop où, amenées par le vent. Il y a chaque année des graines de mes plantes grimpantes qui tombent dans ces pots et qui réussissent à grandir... Sans eau, sauf celle de la pluie, sans soin, sans engrais.... Certains cactus sont si grand qu'ils pointent le nez sur mon balcon. Je les laisse faire.

Il y a trois ans, au début novembre, la voisine est sortie sur son balcon et a posé dans le coin, sur ces bacs abandonnés, une petite bicyclette. Bien enveloppée dans du plastique. Petite bicyclette d'enfant entreposée pour l'hiver, je me suis dis. Pourtant au printemps, la petite bicyclette demeura sur le balcon. Les mois ont passés. Le vent, la pluie, les orages, les plantes folles et sauvages, ont peu à peu fait tombé le plastique qui la protégeait.

Et la rouille est venue l'envahir, comme elle a envahi la table et les chaises. Et les plantes ont commencé à reprendre l'espace occupé par la petite bicyclette. Les tiges l'entourant, l'emprisonnant tout doucement... La bicyclette n'a plus quitté le balcon. Abandonnée elle aussi. L'enfant qui la conduisait fougeusement avant, devenu sûrement trop grand. Et la petite bicyclette toute seule, négligée, résignée, fait maintenant partie de ce balcon déserté. S'ennuie-t-elle de l'enfant qui l'avait pourtant aimée mais qui l'a oubliée ? Songe-t-elle aux courses folles qu'elle faisait il n'y a pas si longtemps ?

Elle semble triste mais pourtant, elle me semble aujourd'hui parfaitement s'intégrer dans cet environnement sauvage. Les fleurs de géranium la caressent délicatement, les cactus la protègent des intempéries, les tiges l'enlacent calmement...

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25 janvier 2009

Le moment captif d'un dimanche - Une certaine dame

1AIl y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l'air de pleurer de joie. [Jean-Paul Toulet]

Et pourtant ici, malgré le parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - de la jeune dame, le soleil nous criait de rire aux éclats.

Lors d'une promenade dans ce minuscule village médiéval non loin de la Costa Brava, au nom si catalan de Pals, nous nous sommes arrêtés devant cette grille.

De douces courbes de fer légèrement rouillées nous empêchèrent d'aller plus loin. Mais ne nous empêchèrent pas de capturer cette gracieuse dame au parapluie illuminée d'un soleil éblouissant d'avril.

Elle nous a semblé si loin. Impossible de la toucher, de voir ce qu'elle semble chercher sur le sol. Entourée d'un tranquille vert chatoyant, elle n'arrivera probablement jamais jusqu'à la grille. Éternellement cachée sous ce parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - elle nous soupire des souvenirs de pluies et de soleils passés.

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18 janvier 2009

Le moment captif d'un dimanche

"On photographie les objets pour les chasser de son esprit."  Franz Kafka


"La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie."  Milan Kundera


Moment1J'aime prendre des photographies. Depuis toujours. Mais évidemment, ce ne fut jamais qu'un passe-temps. Je n'aurais même pas pu imaginer autre chose.


Et bien sûr, il y a quelques années... pas si longtemps en fait. Prendre des photos étaient "importants". On prenait des photos des moments importants. Des événements. Des voyages. Parfois des moments futiles... mais rarement. Et quand on allait faire développer nos photos... les erreurs, les photos sous ou sur exposées, les "mauvaises" photos... étaient de tristes échecs. Sur 24 photos, quand seulement 21 photos étaient dévoloppées, et que sur ces 21 photos, 3 n'étaient pas très bien... on soupirait... tristes.


Mais le numérique a changé beaucoup de chose pour moi. Pour beaucoup de gens. Des essais, des erreurs... on efface. On prend une photographie de choses qu'on aurait pas osé prendre auparavant. Et on prend 10 poses d'un même monument, d'un même objet, d'un même sourire... sans culpabiliser, sans avoir peur...


Et pour moi, cela a changé vraiment beaucoup de chose... j'aime arrêter, saisir le moment, le soupir, la brise... regarder le ciel se transformer... saisir la fleur qui remue doucement... capter le silence de l'objet... la plainte du monument...


Et je me promène et attrape tous les moments que je peux saisir. Et parfois, j'ai envie de le raconter... je crois que je vais commencer à emprisonner ces moments et à vous les présenter. Pourquoi pas...


"A mon avis, vous ne pouvez pas dire que vous avez vu quelque chose à fond si vous n'en avez pas pris une photographie." Emile Zola

Posté par Laila_Seshat à 23:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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