01 février 2009

Le moment captif d'un dimanche - La petite bicyclette

L'enfance est ce que le monde abandonne pour continuer d'être monde.   [Christian Bobin]A3

Le balcon de ma voisine. Plus grand que le mien. Laissé à l'abandon. Elle n'y va qu'une ou deux fois par année. Une vieille table en fer forgé blanc et quatre chaises, toutes rouillées. Quelques pots et bacs à fleurs. Abandonnés eux aussi. Dans ces pots et bacs poussent librement des cactus, des géraniums, des mauvaises herbes qui viennent de on ne sait trop où, amenées par le vent. Il y a chaque année des graines de mes plantes grimpantes qui tombent dans ces pots et qui réussissent à grandir... Sans eau, sauf celle de la pluie, sans soin, sans engrais.... Certains cactus sont si grand qu'ils pointent le nez sur mon balcon. Je les laisse faire.

Il y a trois ans, au début novembre, la voisine est sortie sur son balcon et a posé dans le coin, sur ces bacs abandonnés, une petite bicyclette. Bien enveloppée dans du plastique. Petite bicyclette d'enfant entreposée pour l'hiver, je me suis dis. Pourtant au printemps, la petite bicyclette demeura sur le balcon. Les mois ont passés. Le vent, la pluie, les orages, les plantes folles et sauvages, ont peu à peu fait tombé le plastique qui la protégeait.

Et la rouille est venue l'envahir, comme elle a envahi la table et les chaises. Et les plantes ont commencé à reprendre l'espace occupé par la petite bicyclette. Les tiges l'entourant, l'emprisonnant tout doucement... La bicyclette n'a plus quitté le balcon. Abandonnée elle aussi. L'enfant qui la conduisait fougeusement avant, devenu sûrement trop grand. Et la petite bicyclette toute seule, négligée, résignée, fait maintenant partie de ce balcon déserté. S'ennuie-t-elle de l'enfant qui l'avait pourtant aimée mais qui l'a oubliée ? Songe-t-elle aux courses folles qu'elle faisait il n'y a pas si longtemps ?

Elle semble triste mais pourtant, elle me semble aujourd'hui parfaitement s'intégrer dans cet environnement sauvage. Les fleurs de géranium la caressent délicatement, les cactus la protègent des intempéries, les tiges l'enlacent calmement...

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25 janvier 2009

Le moment captif d'un dimanche - Une certaine dame

1AIl y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l'air de pleurer de joie. [Jean-Paul Toulet]

Et pourtant ici, malgré le parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - de la jeune dame, le soleil nous criait de rire aux éclats.

Lors d'une promenade dans ce minuscule village médiéval non loin de la Costa Brava, au nom si catalan de Pals, nous nous sommes arrêtés devant cette grille.

De douces courbes de fer légèrement rouillées nous empêchèrent d'aller plus loin. Mais ne nous empêchèrent pas de capturer cette gracieuse dame au parapluie illuminée d'un soleil éblouissant d'avril.

Elle nous a semblé si loin. Impossible de la toucher, de voir ce qu'elle semble chercher sur le sol. Entourée d'un tranquille vert chatoyant, elle n'arrivera probablement jamais jusqu'à la grille. Éternellement cachée sous ce parapluie - mais peut-être est-ce une ombrelle - elle nous soupire des souvenirs de pluies et de soleils passés.

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18 janvier 2009

Le moment captif d'un dimanche

"On photographie les objets pour les chasser de son esprit."  Franz Kafka


"La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie."  Milan Kundera


Moment1J'aime prendre des photographies. Depuis toujours. Mais évidemment, ce ne fut jamais qu'un passe-temps. Je n'aurais même pas pu imaginer autre chose.


Et bien sûr, il y a quelques années... pas si longtemps en fait. Prendre des photos étaient "importants". On prenait des photos des moments importants. Des événements. Des voyages. Parfois des moments futiles... mais rarement. Et quand on allait faire développer nos photos... les erreurs, les photos sous ou sur exposées, les "mauvaises" photos... étaient de tristes échecs. Sur 24 photos, quand seulement 21 photos étaient dévoloppées, et que sur ces 21 photos, 3 n'étaient pas très bien... on soupirait... tristes.


Mais le numérique a changé beaucoup de chose pour moi. Pour beaucoup de gens. Des essais, des erreurs... on efface. On prend une photographie de choses qu'on aurait pas osé prendre auparavant. Et on prend 10 poses d'un même monument, d'un même objet, d'un même sourire... sans culpabiliser, sans avoir peur...


Et pour moi, cela a changé vraiment beaucoup de chose... j'aime arrêter, saisir le moment, le soupir, la brise... regarder le ciel se transformer... saisir la fleur qui remue doucement... capter le silence de l'objet... la plainte du monument...


Et je me promène et attrape tous les moments que je peux saisir. Et parfois, j'ai envie de le raconter... je crois que je vais commencer à emprisonner ces moments et à vous les présenter. Pourquoi pas...


"A mon avis, vous ne pouvez pas dire que vous avez vu quelque chose à fond si vous n'en avez pas pris une photographie." Emile Zola

Posté par Laila_Seshat à 23:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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