24 avril 2016

Le moment captif d'un dimanche : des vieilleries

2016-03-02"Le grand public pense que les livres, comme les oeufs, gagnent à être consommés frais. C'est pour cette raison qu'il choisit toujours la nouveauté." [Johann Wolfgang von Goethe]

Chaque semaine, je vois de nouveaux livres naître. Je lis les quatrièmes de couverture de tant de livres qui sont publiés. Et j'en choisis certains qui me semblent intéressants, qui je crois vont plaire aux lecteurs de ma bibliothèque. Petit à petit, ils arrivent. Nous les accueillons, nous les décrivons, nous les recouvrons, nous les préparons pour leur exposition dans la section des nouveautés.

Finalement, ils sont placés sur nos présentoirs. En avant. Et ils seront empruntés. Les gens se dirigeront directement vers le présentoir des nouveautés. C'est merveilleux. Les livres seront empruntés. Ils seront lus. Ils vivront pendant quelques semaines.

Parce que dans quelques jours d'autres livres arriveront. Tout aussi intéressants. Et les premiers iront rejoindre les étagères de la fiction. Ils ne seront plus des nouveautés. Ils seront des romans, des livres. À lire. Mais loin du présentoir des nouveaux livres, les vedettes du moment.

Et ils se perdront. Ils deviendront invisibles. Ils verront les gens passer près d'eux sans les voir. Ils essaieront d'attirer l'attention. Pour se faire lire. Pour que la main s'étende, les prenne, les regarde et décide de les lire ou non. Mais que cette main prenne une décision. La plupart du temps, je pleure car il y a tant de livres invisibles. Ils ont été la vedette pendant quelques temps mais la minute qu'ils ne sont plus à l'avant, ils sont oubliés. Ce sont des vieilleries.

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17 avril 2016

Le moment captif d'un dimanche : potiner

0115"People say believe half of what you see, son. And none of what you hear" [Marvin Gaye]

Madeleine, Madeleine, est-ce que tu as su pour la petite Giguère ? Non, quoi ? Je ne sais pas si je devrais te le dire. C'est pas mon genre de rapporter des oui-dire. Tu peux me faire confiance, je ne le dirai à personne, tu le sais. Et bien, tu le croiras jamais mais imagine-toi donc que bla-bla-bla et bla-bla-bla. NON ! J'en reviens juste pas. Tu es certaine ? Mais oui, je suis certaine. Est-ce que j'inventerais quelque chose comme ça ? C'est pas mon genre. Ça l'a pas de bon sens. Je n'aurais jamais imaginé ça d'elle. Pauvres eux autres. J'en reviens juste pas. Garde-ça pour toi, là. Mais oui, voyons, tu me prends pour qui ? Allez à la semaine prochaine Germaine. À la semaine prochaine Madeleine.

Jacynthe, Jacynthe, tu ne devineras jamais ce que Madeleine vient de me dire !

"Your ears are like radar, for one specific sound. The latest piece of gossip that's been going round" [Kill your idols]

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10 avril 2016

Le moment captif d'un dimanche : diablerie

"Il est utile de penser quelquefois. Pour rester heureux, on ne doit pas trop penser." [Gustave Le Bon]

Écoute. Décider qu'on n'écoute plus. Absence de ciel, absence d'infini. Espace clos. Vide limitatif. Vide bien caché. Création d'un maximum de bêtises. Acquisition de croyance fictionnelle. Structuration d'une naïveté. Pardon artificiel. Tranquilité.

Conjugaison. Ils croient. Elle croit. Elle ne croit pas ce que vous croyez et elle déteste ce que vous croyez être. Elle se perd en prières répétitives et y voit des illuminations lyriques. Elle répéte des mots. Elle construit des autels de mots qui la protègent. Elle ne comprend pas et elle ne veut pas comprendre. Elle ne doute plus. Vraisemblablement.

"La religion commence peut-être au bord de la détresse." [Monique Corriveau]

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27 mars 2016

Le moment captif d'un dimanche : craquer mon coco

2016-03-27« Les paroles sont comme des œufs, à peine écloses, elles ont des ailes » [Proverbe malgache]

Les mots s'envolent. Ils s'évadent. Les paroles, non, elles ne s'envolent pas toujours. Elles restent. Elle s'ancrent dans l'âme. Elles encrent l'esprit. Elles peuvent nous bercer ou nous battre. Moi, j'en fais des omelettes.

De la couleur sur nos souvenirs. Nous voyons le présent en noir et blanc. Les jours qui arrivent sont en sépia. Mais la vieille couleur se fendille. Le soleil se lève aujourd'hui. Et demain est rempli de promesses multicolores. Moi, j'aime les nuances.

Un jour on a espéré naître. On s'aligne, on s'enligne et on s'uniformise dans une suite de voyelles et de consonnes qui ne semblent plus rien dire. On veut tout mettre dans un panier. Et puis, on craque. On brise tout en mille morceaux. Et puis, on recolle les morceaux qui nous semblent importants et on jette le reste. Moi, je fais du bricolage.

« Le passé est un œuf cassé, l'avenir est un œuf couvé » [Paul Éluard]

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20 mars 2016

Le moment captif d'un dimanche : printemps en folie

2016-03-20"Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps." [Théophile Gautier]

Les écureuils sont fous aujourd'hui. Le soleil leur donne la bougeotte. Pourtant le mercure est encore sous zéro et on annonce de la neige dans les prochains jours. Mais c'est aujourd'hui le printemps et ils le savent.

Ils batifolent sous le saule, se poursuivent et se chamaillent. Ils sont insousciants pour quelques instants. Ils célèbrent cet événement. Ils tentent d'attraper chaque rayon de soleil. Ils se roulent dans la terre qui qui semble un peu plus chaude aujourd'hui. Dans quelques jours, il y aura peut-être de la neige, mais en ce moment c'est le printemps !

"Je mêle mon souffle à la chaleur du printemps
Je m’imprègne de chaque odeur
" [Gatien LAPOINTE]

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06 mars 2016

Le moment captif d'un dimanche : dans la confusion

2016-04-21« On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête » [Stephen King]

Insondable et incompréhensible. Tu marches dans la tourmente. Tu devrais te cacher mais tu veux avancer. Tu as l'impression d'affronter une immensité glaciale. Tu cherches le calme. Tu as peur. Mais tu marches.

Tu te poses tant de questions. Tu cherches les réponses mais elles t'échappent. Tu te questionnes sur tout. Et rien. Tu ne cesses jamais de te torturer avec des pourquoi, des si, des peut-être. Tu imagines des passés différents, tu essaies de modifier tes souvenirs, tu cherches des futurs possibles.

Et tu marches dans l'incertitude. Mais tu marches. Tu ne cesses de marcher. Dans la brise, dans la tempête. Tu crois que les réponses viendront dans cette marche contre tes doutes. Et tes réponses surgiront des profondeurs. Un jour.

« La mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête » [John Donne]

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28 février 2016

Le moment captif d'un dimanche : égratignure

2016-02-07"La parenté est comme un manteau d'épines" [Proverbe africain]

Qui a dit que c'était facile d'aimer sa famille ?

Parfois on ne l'aime pas du tout. Et c'est ok. On peut avoir de parfaitement bonnes raisons de ne pas aimer sa famille.

Mais très souvent on aime notre famille. On l'adore même et on ne pourrait s'imaginer vivre dans eux. Mais même si on l'aime, on se demande souvent pourquoi. On a parfois l'impression que c'est un travail douloureux et sans fin. Qu'il faut y travailler sans arrêt. Et que ce sont toujours les mêmes qui font les efforts. On tend la main, on écoute, on console, on conseille, on supporte et on prend dans nos bras... mais parfois on a l'impression qu'on ne reçoit en retour que des égratignures. Elle ne veut pas de notre écoute, de nos conseils. Elle supporte à peine nos bras et nos mots.

Mais on l'aime tout de même. Et on sait bien qu'elle nous aime aussi. Comme elle le peut. De sa manière à elle. 

"Prend-on la vie autrement que par les épines ?" [René Char]

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14 février 2016

Le moment captif d'un dimanche : Laissez-nous danser

2016-02-14"En amour, il n'y a pas de plus affreux désastre que la mort de l'imagination." [Georges Meredith]

 "Écoute la musique et laisse-toi aller. N'aie pas peur." "Je ne sais pas danser." "Ferme les yeux et imagine-toi des ailes, imagine-toi valser sur un nuage." "Si je m'envole, je vais tomber." "Mais non, tu ne tomberas pas." "Oui, je vais tomber." "Si tu tombes, je vais te rattraper." "Tu n'en seras pas capable." "Alors, je tomberai avec toi." "Tu dis n'importe quoi." "Alors arrête d'avoir peur et danse avec moi." "Mais je n'entends pas de musique." "Mais oui, écoute bien." "Je n'entends rien." "Ferme les yeux, écoute les étoiles qui chantent. Écoute nos rêves. Est-ce que tu entends l'histoire de nos vies ?" "Regarde, je danse. Je danse avec toi. Nous danserons ensemble sur une musique inventée que personne ne connait. Une musique pour toi et moi."

"Au deuxième temps de la valse -- On est deux, tu es dans mes bras -- Au deuxième temps de la valse -- Nous comptons tous les deux un-deux-trois" [Jacques Brel]

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07 février 2016

Le moment captif d'un dimanche : fixé

2016-03-08"Si les astres étaient immobiles, le temps et l'espace n'existeraient plus" [Maurice Maeterlinck]

La pluie a tombé et a figé les branches dans une immobilité glacée.  J'ai fermé les yeux. Je me suis alors imaginée perdue dans un univers étoilée. J'ai froid. Je glisse de branche en branche. Je tombe. Je me relève et je grelotte. Je vis.

J'entends une musique glaciale. Elle veut envelopper mon corps, envoûter mes rêves. Elle joue doucement. Ma tête est lourde, mes pensées deviennent confuses. J'ai l'impression que le temps s'arrête. Je semble flotter dans un vide éternel. J'essaie d'ouvrir les yeux. 

J'ouvre les yeux. Je bouge et je grelotte. Par la fenêtre, je vois la vie. 

                                                                   

 

 

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31 janvier 2016

Le moment captif d'un dimanche : en cheminant

2016-01-24"Je trouverai un chemin, ou j'en ferai un" [William Cecil Burleigh]

Dans ce boisé que je traverse les soirs pour revenir chez moi, il y a un chemin. Un chemin large, précis et bien tracé. Il parcoure le boisé et offre plusieurs sorties. Il est facile à suivre. Il est réconfortant. Nos pieds le suivent sans même s'en rendre compte.

Il est charmant mais un peu long. Alors parfois, nous quittons ce chemin que nous connaissons si bien pour prendre une autre voie. Ce chemin est plus petit, plus accidenté. Parfois, nous avons l'impression de ne plus le voir. Nous le traçons alors au fur et à mesure que nous avançons. Nous improvisons son tracé. Nous l'imaginons au gré de nos pas, selon l'inspiration du moment. Il nous mène toujours au bon endroit. Mais chaque trajet est différent, rempli de surprises et de découvertes. Il n'est pas sans danger, il faut bien l'avouer. Et parfois, une racine bien cachée nous a fait tomber. Mais nous nous relevons et continuons notre chemin. Et nous arrivons à la maison.

Parfois, nous prenons le chemin facile et parfois le chemin plus exigeant. Le plus facile n'étant pas nécessairement le moins exigeant. Mais peu importe le chemin, nous traversons le boisé.

"À chaque chemin ses embûches, chaque humain un jour trébuche" [Daniel Desbiens]

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