29 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : envers du décor

2015-04"Qui voit le ciel dans l'eau voit les poissons dans les arbres." [Proverbe chinois]

Je vois des vérités que vous ne voyez pas. Ce sont des vérités juste pour moi. Je vois le reflet de mon visage dans vos yeux. J'y vois des secrets monstrueux.

Mais ce que vous croyez voir est faux. Ce que je crois voir est beau. La réflexion d'une illusion. L'envers d'une hallucination.

Je me perds dans la contemplation d'un scintillement. Je le fais consciemment. J'aime imaginer des impossibilités. J'improvise même des absurditités.

Qui a dit que dans les arbres les poissons ne pouvaient pas nager ? Que dans l'eau les oiseaux ne pouvaient pas voler ?

L'espace d'un instant, les impossibilités sont majestueuses. Pendant un moment mon reflet est somptueux.

"Les apparences sont belles dans leur vérité momentanée." [Octavio Paz]

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22 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : évasion

2015-02"Le soleil accepte bien de passer par de petites fenêtres." [Frederik van Eeden]

Nous avons passé des nuits dans la noirceur avec les étoiles pour nous guider. Puis nous nous sommes enfermés dans une chambre obscure et avons rêvé de l'horizon.

Cette chambre si sombre enveloppe nos vies. Elle obscurcit notre réalité. Nous ne voyons plus rien. Nous oublions d'ouvrir les yeux. Nous oublions de rire, nous oublions de pleurer, nous oublions de voir la beauté du ciel, des étoiles et du soleil. Les promesses de nos vies.

Une petite fenêtre. Trop petite peut-être. Nous ne la voyons pas. Nous oublions de voir toutes les possibilités promises par cette petite ouverture. Mais la lumière s'infliltre sans pitié par la moindre fissure. Elle nous envahit et nous colore sans pitié. Chaque étincelle de couleur fouette notre regard de folie. La beauté qui transperce de ce trou de soleil nous illumine et nous aveugle. Le monde est notre rêve et nous l'acceptons à bras ouvert.

"Le monde n'est pas moins beau pour n'être vu qu'à travers une fente ou le trou d'une planche." [Henry David Thoreau]

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22 février 2015

Le moment captif d'un dimanche : compréhension

2015-03-05"Pour me libérer de ce que je vis, je vis." [Antonio Porchia]

Laissez-moi vivre ! Laissez-moi courir ! Laissez-moi mourir ! Laissez-moi pleurer ! Laissez-moi rire !

Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je suis libre de vous dire quoi faire et quoi ne pas faire. Mais vous êtes libre de ne pas m'écouter.

Je ne vous dirai pas comment respirer. Mais vous pourrez me reprocher de ne pas l'avoir fait. Si je l'avais fait, vous auriez alors pu me reprocher de l'avoir fait. Je suis libre de ne rien comprendre à ce que je dis. Et je suis libre de ne rien comprendre à ce que vous dites.

Je ne suis pas libre de mes mouvements. Je ne peux pas bouger. Le passé m'enrobe de ses regrets et emprisonne mon désordre. Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je décide de crier mon immobilité. Je piétine ma prison de plâtre et je m'envole vers une cage invisible. Suivez-moi dans cette liberté éphémère et infinie. Nous serons éternellement libres.

"Nul ne peut apprendre aux autres à se libérer s'il n'a pas commencé à se libérer lui-même." [Mariano Picon Salas]

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01 février 2015

Le moment captif d'un dimanche : splendeur

2015-02-10

"Plutôt que de maudire les ténèbres, allumons une chandelle, si petite soit-elle." [Confucius]

Si on regarde directement la lumière, elle crée habituellement la noirceur. On ne voit plus rien que la lumière. Autour tout disparait. On ne voit plus que la lumière. Mais si on se détourne de la lumière, petit à petit, les contours des objets prennent formes. On commence à distinguer ce qui nous entoure.

Doit-on allumer une chandelle lorsqu'il n'y a plus de lumière ? Ou devrait-on se laisser envahir par l'obscurité ? Pourquoi détester la noirceur ? Pourquoi ne pas l'accepter dans toute sa noirceur ? Qu'est-ce que la lumière a que la noirceur n'a pas ? On maltraite l'obscurité. On la déteste, on la combat. Et pourtant, elle est lumineuse et remplie de possibilités. Et la lumière n'existeraient pas sans elle. Sans les ténèbres, les étoiles et les rêves n'existeraient pas.

Et sans les ténèbres, ces chandelles ne seraient pas si jolies.

"On ne pourrait apprécier la lumière, si nous ne connaissions pas les ténèbres." [Mick Deev]

 

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25 janvier 2015

Le moment captif d'un dimanche : vitrée

2015-02-05"Le rire, comme les essuie-glaces, permet d'avancer même s'il n'arrête pas la pluie." [Gérard Jugnot]

Je ne vois rien. Mais j'avance. Je ris et je pleure à ma façon. Mais je ne suis pas une chanson. Même si j'aime bien chantonner.

Souvent, j'ai la sensation que les gens aiment bien fabriquer des obstacles pour le simple plaisir de les contourner. Ou de voir les autres tenter de les éviter. Quand tout va bien, on se sent coupable alors on imagine des montagnes à franchir.

Mais parfois, j'ai l'impression que je moi aussi je m'invente des tempêtes simplement pour pouvoir pelleter la neige. Alors, je ris. Je pousse la neige et je balaie l'envie d'en inventer encore. Les obstacles se créeront sans mon aide. Il y en aura toujours. Et toujours j'avancerai. En riant ou en pleurant. Mais j'avancerai.

"Si la route est aisée, inventons l'obstacle." [Robert Sabatier]

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04 janvier 2015

Le moment captif d'un dimanche : givrures

0534"La pensée se glace en se traduisant en phrases." [Gérard de Nerval]

Qu'est-ce que j'écris ? Il me semble que je n'ai rien à dire. Rien à écrire. C'est la peur, je crois. Je me sens rouillée. Mes doigts sont figés sur le clavier. Et pourtant j'ai plein d'idées. Les mots se bousculent dans ma tête. Mais ils n'arrivent pas à s'ordonner.

J'ai les doigts gelés. Il fait froid dans la maison. Je dois monter le chauffage, que je me dis. Mais je ne bouge pas. J'essaie de rassembler mes pensées pour les faire naître. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas écrit. J'ai trop d'idées. Elles s'éparpillent dans un vide qui me semble infini.

Je suis incapable d'écrire. Je suis glacée. Tout se fissure en moi. Je dois me resaisir et laisser les mots se déposer doucement sur la page lumineuse. Je les prends. Je ferme les yeux. Et j'attends. Un à un, ils se placent et se figent. Ils se forment et se transforment et des phrases se fixent. Et mes idées se cristallisent enfin en phrases... qui peut-être feront du sens ou peut-être pas... on verra !

"Les pensées peuvent vivre longtemps comme les nébuleuses qu'un rien, un jour, cristallise." [Pierre Dehaye]

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05 octobre 2014

Moment captif d'un dimanche : tissage

2014-10-05"Nous tissons notre destin, nous le tirons de nous comme l'araignée sa toile." [François Mauriac]

Elle glisse le long d'une aile ; ses longues pattes caressant la statue. Elle a senti une vibration sur sa toile, mais ce n'était qu'une feuille morte poussée par le vent. Sa toile est dense. Sa toile est solide. Elle peut résister aux débris qui passent. Et attraper son prochain repas. L'araignée sait que sa toile lui permettra de vivre en capturant la vie des autres. Elle enveloppera le destin d'un autre de sa toile et vivra jusqu'à demain.

Elle ignore la peur. Elle ne se questionne pas sur son avenir. Elle ne se tourmente pas avec son futur. Et elle ne médite pas sur ses rêves. Elle ne se chagrine pas lorsque sa toile se brise. Elle repart à zéro ou alors reprend les fils qui tiennent encore et recommence à tisser. Elle tisse et retisse. Elle crée et recrée. Elle continue et persiste. Elle vit aujourd'hui et verra demain.

"On candystripe legs the spiderman comes -- softly through the shadow of the evening sun" [The Cure]

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28 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : étoile entoilée

2014-09-28"Le hasard est une toile d'araignée dans laquelle le destin peut parfois se prendre." [Maxime Fermine]

Levons les yeux vers le ciel. Une immense toile doit nous envahir sous peu. La lune l'illumine d'une lumière jaune et chaude. Quelle araignée démesurée doit l'avoir tissée ! Nous en frissonnons d'effroi. Nous avons l'impression que ce n'est pas le hasard qui a mené nos pas sous cet arbre entoilé.

Nous baissons les yeux. Devons-nous nous résigner à notre destin ? Accepter d'être les victimes d'une mauvaise étoile ? Nous sentons une résignation nous envahir. Nous fermons les yeux.

Un vent doux vient jouer avec nos cheveux. Nous ouvrons les yeux. Nous sommes toujours là. Aucune bestiole n'est venue nous dévorer. Nous levons à nouveau les yeux.

Nous avons fait une erreur. Une illusion a pris forme dans le ciel. La lune n'est qu'un lampadaire et la toile, des centaines de petites branches. Nos yeux nous ont menti. Nous vivrons encore.

"Les illusions viennent du ciel et les erreurs viennent de nous." [Joseph Joubert]

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21 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : entre deux bateaux

2014-09-21"Rester, c'est exister. Mais voyager, c'est vivre." [Georges Brassens]

Prendre la route. Prendre l'air. Prendre le large. Se coincer entre deux bateaux pour mieux s'envoler en couleurs. Qui sont ces voyageurs qui se cachent près des navires immobiles ? Je ne les connais pas. Je  ne veux pas nécessairement les connaître. Je n'ai pas besoin de les connaître.

Je peux très bien m'imaginer leur vie. Je peux inventer les voyages qu'ils ont faits et ceux qu'ils rêvent encore de faire. J'aurai problabement tout faux. Mais ce n'est pas grave. C'est ma fiction. Je peux leur bricoler la vie que je veux. Leur coller des mots dans la tête et des rêves sur leur bouche. Je peux les faire changer d'idées et les laisser parmi ces bateaux pour quelques mois. Ils apprendront à pêcher et partiront sur l'eau pendant des jours. Leurs nuits seront froides mais ils s'enlaceront pour avoir chaud. Et puis, les couleurs les rattraperont et ils repartiront sur la route. Ils partirons peut-être vers des lieux plus chauds. Ou ils retourneront chez eux. Cela n'a pas vraiment d'importance. Ici ou ailleurs. C'est le déplacement qui compte, non ?

"On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." [Hyppolyte Taine]

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14 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : monde souterrain

2014-09-14"Suddenly I stop -- but i know it's too late -- I'm lost in a forest - all alone" [The Cure]

Je marche dans la forêt. Je suis un chemin. Le même que d'habitude. J'ai emprunté ce chemin des dizaine de fois. Je le connais par coeur. Chaque arbre, chaque racine, chaque pierre. Je connais bien cette partie de la forêt. Les pins qui s'attroupent là-bas ; le ruisseau qu'on entend mais qu'on ne voit pas du chemin ; le grand bouleau qui semble sur le point de tomber ; les champignons qui se multiplient à cette époque de l'année ; les petites fleurs qui réussisent à saisir quelques rayons de soleil qui se faufilent entre les branches ; le chant des oiseaux et le cri des insectes.

Et puis, un bruit inattendu. Derrière moi. Je me retourne mais je ne vois rien. Je continue à marcher. Une branche a craqué. Je me retourne vivement et je vois un mouvement du coin de l'oeil. Je ne peux m'empêcher de suivre le mouvement que je vois à peine. Un bruissement de feuille, un frisson du vent sur ma peau. Je poursuis quelques craquements de branches à peine audibles. Puis, il n'y a plus que le silence. La forêt semble s'être s'immobilisée.

Je soupire et décide de revenir sur mes pas pour retourner sur le chemin. Je ne reconnais plus rien. Je me fige. Je suis perdue. Je suis seule. Je ne sais plus que faire. Je ne connais que mon chemin. Je ne sais rien des forêts.

Je m'assois sur un tronc d'arbre. Et je la vois pour la première fois. Pourtant elle était devant moi. Je sais que je n'ai qu'à fermer les yeux pour y entrer. Je suis trop grande, il est certain, mais je sais que je peux m'y engouffrer. Je n'ai qu'à y croire. Je pourrai alors franchir le seuil et suivre un chemin inconnu, inhabituel. Je sais qu'à l'intérieur il a tant de choses que j'ignore encore et que j'ai un peu peur de découvrir. Je ferme les yeux et j'entre dans un monde inexploré.

"Un antre, une tanière, où il fait bon de s'ensauvager toute une journée." [Frères Goncourt]

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