28 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : étoile entoilée

2014-09-28"Le hasard est une toile d'araignée dans laquelle le destin peut parfois se prendre." [Maxime Fermine]

Levons les yeux vers le ciel. Une immense toile doit nous envahir sous peu. La lune l'illumine d'une lumière jaune et chaude. Quelle araignée démesurée doit l'avoir tissée ! Nous en frissonnons d'effroi. Nous avons l'impression que ce n'est pas le hasard qui a mené nos pas sous cet arbre entoilé.

Nous baissons les yeux. Devons-nous nous résigner à notre destin ? Accepter d'être les victimes d'une mauvaise étoile ? Nous sentons une résignation nous envahir. Nous fermons les yeux.

Un vent doux vient jouer avec nos cheveux. Nous ouvrons les yeux. Nous sommes toujours là. Aucune bestiole n'est venue nous dévorer. Nous levons à nouveau les yeux.

Nous avons fait une erreur. Une illusion a pris forme dans le ciel. La lune n'est qu'un lampadaire et la toile, des centaines de petites branches. Nos yeux nous ont menti. Nous vivrons encore.

"Les illusions viennent du ciel et les erreurs viennent de nous." [Joseph Joubert]

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21 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : entre deux bateaux

2014-09-21"Rester, c'est exister. Mais voyager, c'est vivre." [Georges Brassens]

Prendre la route. Prendre l'air. Prendre le large. Se coincer entre deux bateaux pour mieux s'envoler en couleurs. Qui sont ces voyageurs qui se cachent près des navires immobiles ? Je ne les connais pas. Je  ne veux pas nécessairement les connaître. Je n'ai pas besoin de les connaître.

Je peux très bien m'imaginer leur vie. Je peux inventer les voyages qu'ils ont faits et ceux qu'ils rêvent encore de faire. J'aurai problabement tout faux. Mais ce n'est pas grave. C'est ma fiction. Je peux leur bricoler la vie que je veux. Leur coller des mots dans la tête et des rêves sur leur bouche. Je peux les faire changer d'idées et les laisser parmi ces bateaux pour quelques mois. Ils apprendront à pêcher et partiront sur l'eau pendant des jours. Leurs nuits seront froides mais ils s'enlaceront pour avoir chaud. Et puis, les couleurs les rattraperont et ils repartiront sur la route. Ils partirons peut-être vers des lieux plus chauds. Ou ils retourneront chez eux. Cela n'a pas vraiment d'importance. Ici ou ailleurs. C'est le déplacement qui compte, non ?

"On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." [Hyppolyte Taine]

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14 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : monde souterrain

2014-09-14"Suddenly I stop -- but i know it's too late -- I'm lost in a forest - all alone" [The Cure]

Je marche dans la forêt. Je suis un chemin. Le même que d'habitude. J'ai emprunté ce chemin des dizaine de fois. Je le connais par coeur. Chaque arbre, chaque racine, chaque pierre. Je connais bien cette partie de la forêt. Les pins qui s'attroupent là-bas ; le ruisseau qu'on entend mais qu'on ne voit pas du chemin ; le grand bouleau qui semble sur le point de tomber ; les champignons qui se multiplient à cette époque de l'année ; les petites fleurs qui réussisent à saisir quelques rayons de soleil qui se faufilent entre les branches ; le chant des oiseaux et le cri des insectes.

Et puis, un bruit inattendu. Derrière moi. Je me retourne mais je ne vois rien. Je continue à marcher. Une branche a craqué. Je me retourne vivement et je vois un mouvement du coin de l'oeil. Je ne peux m'empêcher de suivre le mouvement que je vois à peine. Un bruissement de feuille, un frisson du vent sur ma peau. Je poursuis quelques craquements de branches à peine audibles. Puis, il n'y a plus que le silence. La forêt semble s'être s'immobilisée.

Je soupire et décide de revenir sur mes pas pour retourner sur le chemin. Je ne reconnais plus rien. Je me fige. Je suis perdue. Je suis seule. Je ne sais plus que faire. Je ne connais que mon chemin. Je ne sais rien des forêts.

Je m'assois sur un tronc d'arbre. Et je la vois pour la première fois. Pourtant elle était devant moi. Je sais que je n'ai qu'à fermer les yeux pour y entrer. Je suis trop grande, il est certain, mais je sais que je peux m'y engouffrer. Je n'ai qu'à y croire. Je pourrai alors franchir le seuil et suivre un chemin inconnu, inhabituel. Je sais qu'à l'intérieur il a tant de choses que j'ignore encore et que j'ai un peu peur de découvrir. Je ferme les yeux et j'entre dans un monde inexploré.

"Un antre, une tanière, où il fait bon de s'ensauvager toute une journée." [Frères Goncourt]

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07 septembre 2014

Moment captif d'un dimanche : s'immobiliser

DSC_1870"Le Temps est l'image mobile de l'éternité immobile." [Platon]

Il est parfois nécessaire de s'immobiliser pour pouvoir avancer. Ce qui peut s'avérer très difficile pour ceux qui aiment bouger.

On regarde par la fenêtre et on a l'impression de piétiner sur place. Et même parfois d'être carrément pétrifier dans une position trop confortable.

C'est qu'on était habitué d'aller et venir. Se lever, danser, marcher, partir, voyager, revenir, s'agiter, se déplacer. Ce n'est pas qu'on n'était pas capable de se reposer un peu et même de végéter à l'occasion. Mais cela ne durait que le temps nécessaire pour retrouver l'envie de naviguer sur les routes de la vie.

Le temps passe et les épisodes de nos vies sont parfois bien différents. Les rêves se transforment. Ils demandent parfois de ralentir pour pouvoir les façonner à notre convenance. On ne bouge plus comme avant. Mais on bouge tout de même. Il suffit d'être patient et d'attendre tranquillement les moments plus rares où nos pieds s'évadent. Ils n'en sont que plus précieux.

"Attendre c'est être entre l'immobilité et l'espoir." [Pauline Michel]

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08 juin 2014

Le moment captif d'un dimanche : miroiter les années

DSC_9573"Le plus souvent nous ne pensons pas, nous réfléchissons ; nous reflétons ce qui nous arrive sans le transformer ni le comprendre." [Jean-Luc Marion]

Je suis debout devant l'eau. J'essaie de comprendre ce que je vois. J'ai de la difficulté à distinguer les branches réelles des branches qui ne sont une illusion, un simple reflet.

Mes yeux ne comprennent pas. Sous l'eau semblent flotter des branches fantômatiques. Certaines semblent vouloir s'étirer vers le ciel. D'autres ne sont pas réellement là, elles se trouvent déjà au ciel. Certaines encore se penchent dangereusement pour rejoindre celles qui sont prisonnières de l'eau.

Si je regarde attentivement, je crois comprendre cette danse tranquille. Mais je m'égare et j'oublie ces pensées silencieuses. Je suis troublée. Je me sens trouble. Pourtant l'eau semble si imperturbable. C'est une illusion, je le sais. L'eau claire est en mouvement continuel.

Aujourd'hui, je suis debout devant l'eau. Je regarde une multitude de branches réelles et imaginées. Je vois des rides sur l'eau, des rides sur les branches. Je me penche un peu. Je vois alors aussi des rides sur ma peau. Je suis tranquille. Je suis sereine. J'ai vieilli d'une année aujourd'hui.

"Si la tranquillité de l'eau permet de refléter les choses, que ne peut la tranquillité de l'esprit?" [Tchouang Tseu]

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25 mai 2014

Le moment captif d'un dimanche : tiens la porte

DSC_3946"Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée." [Proverbe français]

Tiens la porte, je dois passer. Ferme la porte, il y a un courant d'air. Ouvre la porte, il y a des secrets à découvrir. Tu as la clef ? Moi non plus. Il faut la trouver. Et quand la porte n'est ni ouverte ni fermée que doit-on faire ?

Ces portes sont vieilles. Elles gardent des souvenirs ancestraux. Ce sont de fausses vieilles portes peut-être. Car les souvenirs sont immortels, intemporels, accidentels. Les vrais souvenirs sont invisibles. Et parfois si volatiles qu'ils résistent aux rêves.

Une porte, mille portes. Je ne vois pas ce que vous voyez. Je me trouve dans un enclos fait de portes immuables, implacables, intangibles. Comment ouvrir une porte faisant partie d'une muraille de portes ? Ce mur de portes, ce portail emmuré, énumère mes fantasmes encerclés ; ordures de mes cauchemars mais aussi jardins de mes espoirs insaisissables.

"La porte de l'invisible doit être visible." [René Daumal]

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11 mai 2014

Le moment captif d'un dimanche : transmission

2014-01d

"On a du mal à croire qu'il fut une époque où l'on transmettait vêtements et musique à nous enfants." [Doug Larson]

Il y a quelques jours, une collègue est venue à la bibliothèque, nous présenter son petit bébé qui a à peine 1 mois. Le bébé était magnifique. Tout minuscule et si doux. Ses petits yeux fermés. Tout mignon quoi.

Quand elle fut partie, une autre collègue me regarde et me demande avec un sourire : "tu as combien d'enfants ?" L'éternelle question et l'éternel questionnement sur le visage lorsque je dis que je n'ai pas d'enfant. J'ai 42 ans. Alors, on me regarde un peu comme si je venais d'une autre planète. Certaines personnes prennent alors un air oscillant entre la stupéfaction, la pitié, l'incompréhension et l'encouragement et demandent : "est-ce que tu en veux ?"

Que répondre ? Dire tout simplement la vérité les bouleverse encore plus. Non, je ne veux pas d'enfants. Je ne suis pas une mère dans l'âme. J'aime beaucoup les enfants, mais je n'en veux pas.

Je n'aurai donc pas d'éternité, je ne transmettrai rien à mes enfants. Il n'y aura personne pour dire, "ma mère a vécu ceci et ma grand-mère a fait cela." À ma mort, le souvenir de mon existence disparaîtra avec moi. Il vivra un peu avec PisTout, soeurette, quelques cousins et amis. Peut-être mon filleul se rappelera quelques moments pendant un certain temps, puis je disparaîtrai complètement.

J'ai déjà dit ici et ici que ma mère n'aurait pas dû être mère. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne fut pas une bonne mère. Elle fut merveilleuse. Et je ne suis pas mère. Ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas maternelle à mes heures. Je ne suis simplement pas une mère. Et je ne veux pas être une mère. Mais ça, c'est trop difficile à expliquer quand on me demande pourquoi je n'ai pas d'enfants ou si je veux des enfants. Et beaucoup trop difficile à comprendre. On préfèrerait encore que je dise que je ne peux pas en avoir, au moins on pourrait compatir et afficher un air triste.

"Mais que vas-tu faire quand tu seras vieille", me demande-t-on souvent. M'arranger toute seule, je suppose. Je n'aurai pas d'enfants dans l'unique but qu'ils s'occupent de moi plus tard. Je vois parfois la déception dans les yeux de mon père, de mes beaux-parents ou de quelques oncles et tantes. Pas de petits-enfants ou de neveux pour s'amuser. J'ai parfois l'impression que je dois me justifier ou me sentir coupable. Bien que je suis pas trop certaine de savoir pourquoi... Est-on vraiment obligé d'avoir des enfants ? Doit-on obligatoirement transmettre ses gènes ?

"Nos enfants, c'est notre éternité." [Robert Debré]

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27 avril 2014

Le moment captif d'un dimanche : défilé

2014-04-20"Même quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes." [Antoine Marin Lemierre]

Je les entends... chutttt... nous devons être complètement silencieux si on veut les entendre. De jolis gazouillis et quelques piaillements. Une belle petite famille: papa, maman et dix petits oisillons. Ils semblent figés mais bientôt ils s'envoleront.

Ils attendent le bon moment. Il faut que tous ces petits oisillons soient prêts à quitter la sécurité de l'étagère. Ils sont un peu hésitants, mais ils savent qu'ils doivent se lancer. Malgré la petite boule de nervosité dans le creux de leur estomac, ils sont joyeux, ils rigolent. Ils ont une chanson dans le coeur. Ils veulent chanter et ils veulent voler. C'est le début de leur vie. Ils quitteront bientôt leurs parents. Mais pas tout de suite. Ils ne sont pas encore tout à fait prêt à s'élancer dans le vide. Alors ils gazouillent et piaillent gaiement. 

"Chante-la ta chanson -- La chanson de ton cœur --La chanson de ta vie -- Chante-la ta chanson -- L´oiseau le fait -- Le vent le fait -- L´enfant le fait aussi" [Jean Lapointe]2014-04-20b

Petite note... Ces jolis oiseaux colorés se trouvaient sur une tablette dans un magasin d'antiquités, je crois. Ou alors dans un magasin général dans un petit village. Je ne me souviens plus exactement. Ils sont un peu kitsch, je sais bien mais tellement mignons. Et puis, ils m'ont rappelé mon petit oiseau bleu et jaune qui un jour a disparu de ma vie pour s'envoler je ne sais trop où... J'imagine qu'il a suivi la chanson de sa vie, la chanson de son coeur...

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20 avril 2014

Le moment captif d'un dimanche : oublier le temps

SAM_0356"I'm late / I'm late / For a very important date / No time to say "Hello, Goodbye" / I'm late, I'm late, I'm late." [White Rabbit, Lewis Carroll]

Mais je ne suis jamais en retard quand il s'agit de lapins, de printemps  ou de Pâques. Comme je ne saurais être en retard pour Noël, Halloween, St-Valentin... Je sais quand décorer et mes lapins sortent de leurs boîtes au moins un mois avant ladite fête que je ne fête pas soit dit en passant. Mais est-ce important ?

 

Je décore donc je fête. Je décore donc je suis. Ouf. Vraiment ? Peut-être bien. Les lapins envahissent, comme à chaque année, chaque coin de ma maison. Quelques poules, quelques oeufs, quelques poussins, mais surtout pleins de lapins.

Et puis cet après-midi, notre lapin sauvage a fait sa première apparition dans ma cour. Donc mes lapins intérieurs se sentent moins seuls. Ils savent que leur roi est au rendez-vous. Je dis n'importe quoi, je le sais, je divague et je fais des fantaisies. Mais n'est-ce pas le but de toutes ces décorations ? Vivre pendant quelques jours, quelques semaines dans un décor fantaisiste, fantastique... Et le temps n'existe plus dans cet univers. On n'est jamais en retard, jamais aujourd'hui, toujours hier ou demain, toujours dans un univers sans boussole, sans horloge...

"La fantaisie est un perpétuel printemps." [Jphann Wolfgang von Schiller]

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30 mars 2014

Le moment captif d'un dimanche : Font des flic(que), flac(que)

2014-03-30"La mer c'est dégueulasse, les poissons baisent dedans." [Renaud]

Ne sont-ils pas magnifiques, ces poissons ? J'aime beaucoup les poissons. Et tout ce qui vie dans les mers, les océans, les lacs, les rivières,... dans l'eau. J'adore aller dans les aquariums et voir tous ces différents poissons. Je les trouve fascinants. Je peux passer des heures à les observer.

Je n'ai pas d'aquarium chez moi et je ne suis pas certaine que j'aurais la patience pour vraiment m'en occuper. Car il faut beaucoup de temps, de patience et d'amour pour bien s'occuper d'un aquarium et s'assurer de son équilibre.

La mer me fascine et j'ai même pensé, il y a très longtemps, étudier en biologie marine. La diversité de la vie est incroyable. Et on ignore encore tant de choses sur cette vie. Dans les profondeurs des étangs, des rivières, des lacs, des mers, des océans... encore tant d'inconnus et de mystères.

Et c'est ce qui fait que j'ai une peur bleue de mettre un pied dans l'eau. C'est sombre, mystérieux et pleins de poissons qui gigotent et qu'on ne voit pas !

"Les poissons gigotent -- Les poissons barbotent -- Les poissons vivent dans l'eau." [Cannelle et Pruneau, Passe-Partout]

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