07 juin 2015

Le moment captif d'un dimanche : suite

2015-06-07"Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps." [Alphonse Allais]

Demain, il y a 40 ans, j'avais 4 ans. Et j'avais eu le plus bel anniversaire de ma petite et courte vie. Je n'en croyais pas mes yeux et j'avais reçu tout ce que j'avais pointé du doigt dans le catalogue de Distribution aux Consommateurs. C'était impossible. Je savais que c'était impossible mais c'était bien réel... la caravane et la piscine ! Mes barbies pourraient passer un bel été à la campagne. Si je ne souris pas sur la photo c'est que, vraiment, je n'y croyais pas... Ma mère avait même mis une serviette verte pour faire l'herbe... (bon, probablement pour ne pas mouiller le plancher, mais je ne voyais évidemment que de l'herbe).

Aujourd'hui, je pense à l'anniversaire que j'aurai demain, il y a 40 ans... et je souris en me rappelant de la surprise que j'aurai en ouvrant mes cadeaux. Et je souris en me rappelant de la fierté que j'avais d'avoir enfin 4 ans. Mes trois ans étaient terminés et j'avais maintenant 4 ans. J'étais grande. Mais le temps passait si lentement. Cela avait pris une éternité pour passer à travers mes trois ans. Mais ça y était. 4 ans. Et dans un mois, je pourrais dire que j'avais 4 ans et un mois. Et puis, ce serait 4 ans et demi. Jusqu'à mes 5 ans. Tous les jours, j'étais plus vieille. Chaque jour, j'étais différente.

Chaque jour, je suis différente. J'ai 43 ans, demain 44 ans, hier 42 ans, après-demain, j'aurai 26 ans, et puis un matin, 10 ans. Ensuite, peut-être 31 ans et je serai pleine de défis ou encore je me sentirai comme si je n'avais que 14 ans et le monde me semblera noir. Après une dure journée, j'aurai l'impression d'avoir 76 ans et je voudrai simplement dormir, ou encore d'avoir 6 ans et j'aurai besoin de mon ourson préféré. J'aime tous les âges que j'ai eus et tout ceux que j'aurai. Car j'ai tous ces âges en moi. Tous les jours, j'ai 44 ans, j'ai 84 ans et j'ai 4 ans.

"How old would you be if you didn't know how old you are?" [Satchel Paige]

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24 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : une histoire sans fin

2015-03"Donde se termina el arcoiris, ¿en tu alma o en el horizonte? [Pablo Neruda]

Sur une route, je roule. Il pleut. Beaucoup. C'est l'été. Presque l'automne mais encore l'été. Il pleut. Il fait chaud. Je tiens le volant fermement. Il pleut beaucoup.

Puis soudainement, la pluie cesse. Je respire. La route sera plus facile, je me dis. Le soleil perce les nuages violemment. La violence de son apparition est frappante. Il y a quelques secondes, les nuages envahissaient ma vision. Et maintenant, le soleil l'obscurcit.

Je cligne des yeux. Soudainement, elles apparaissent. Un carrousel de couleurs. Un arc-en-ciel est né.

Je soupire, légèrement blasée. J'en ai vu dans ma vie des arcs-en-ciel. Toujours beaux mais anodins. Et puis, je regarde à nouveau. Et je réalise que je vois l'endroit impossible. Le lieu insaississable... où les leprechauns cachent leurs chaudrons remplis d'or... où les rêves se cachent et où ils se réalisent.

J'ai beau accélérer, il s'éloigne sans pitié. C'est la première fois que je vois l'endroit où les couleurs rejoignent le sol et je ne peux que tenter de l'atteindre. Mais je sais qu'il n'existe pas. Ce n'est qu'un conte pour enfant. Une illusion d'optique.

Mais j'aime croire aux berceuses et je suis convaincue que si on ose les chanter, elles se réaliseront... les couleurs nous berceront et nos rêves se matérialiseront.

"Somewhere over the rainbow way up high -- There's a land that I heard of once in a lullaby -- Somewhere over the rainbow skies are blue -- And the dreams that you dare to dream really do come true." [The Wizard of Oz]

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17 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : deuxièmement

2015-05-17"Couple, au sens mécanique : système de forces parallèles et de sens contraires." [Pierre Baillargeon]

Nous avons peur, nous ne touchons presque pas le fond. Nous décidons de nous faire confiance. Et à tour de rôle, nous tenons l'autre. Nous empêchons l'autre de tomber. Et l'autre nous empêche de nous arrêter. Nous décidons d'aller dans la même direction, même si nos chemins sont parfois différents.

Nous avons parfois de la difficulté à comprendre l'autre. Parfois, l'autre nous exaspère. Nous lui disons d'avancer, d'arrêter de nous ralentir. Nous voudrions les pousser. Mais nous savons que peut-être demain, nous serons celui qui a peur d'avancer, celui qui voudra s'immobiliser sans raison. Alors nous nous agrippons à l'autre pour l'aider et nous nous lançons ensemble dans le vide.

"Être amoureux, c'est avoir perdu pied complètement" [Anne Barratin]

 

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10 mai 2015

Le moment captif d'un dimanche : protection

2015-07"L'asile le plus sûr est le sein d'une mère." [Jean Pierre Florian]

On est un bébé, un enfant, on se blottit sur notre maman. On grandit petit à petit, on se sauve et on veut montrer qu'on est grand. Mais parfois on ne comprend plus rien, on a peur et on pleure doucement ou même violemment. C'est d'elle qu'on rêve alors secrètement.

Elle n'est pas toujours parfaite. Elle fait pleins d'erreurs et redevient parfois elle-même une fillette. Elle peut bouder et crier, chialer et sembler n'être jamais satisfaite.

Il arrive aussi qu'elle nous a quittés. Depuis un jour, depuis des années. On vit notre vie : on court, on travaille, on aime, on soupire, on haït, on respire, on sanglote, on hurle, on chante, on rit... sans répit, pour l'éternité. Et quand je sens que je vais m'échouer, quand je crois que je vais m'écrouler, je rêve de son sourire, je rêve de sa voix et je m'imagine me perdre dans son infinité.

"Une mère connaît les recettes, celles qui nourrissent, celles qui font grandir." [Pam Brown]

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19 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : ce qui est important

Une rose est une rose est une rose..."La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine, une réalité." [Alfred de Musset]

Les roses, c'est important semble-t-il. Une rose peut tout changer dans une vie. Une rose c'est même une métaphore de la vie.

Il semblerait qu'une rose est une rose est une rose est une rose...

Une rose dans une cour inconnue est-elle plus ou moins importante qu'une rose dans ma cour. Est-ce uniquement le temps que je consacre à mes roses qui les rendent importantes. Cette rose inconnue ne m'appartient pas. Mais elle me semble importante aussi. Peut-être pas pour moi. Mais pour quelqu'un d'autre.

Et si la rose est éphémère, ma vie n'est peut-être pas réelle. Une rose est une rose est une rose est une rose, dit-on.

Et pourtant, la rose n'est pas ma fleur préférée. Elle me semble s'accorder trop d'importance. C'est une illusion pourtant. Chaque rose est une illusion bien réelle. Tranchante et touchante. Douloureuse et voluptueuse.

Chaque rose est une parcelle de vie éphémère. Importante. Car une rose est une rose est une rose est une rose...

"Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain, Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie." [Pierre de Ronsard]

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12 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : c'est la fête

2015-11"Il pleut, il mouille -- C'est la fête à la grenouille."

Elle saute. Elle saute. Je suis incapable de la suivre. Elle aime bien la pluie. Moi aussi. J'aime chaque goutte. S'il n'y en a pas trop.

Trop de gouttes. Il y a parfois trop de gouttes. Trop de gouttes dégoûtent mon jardin. Quand les gouttes gouttelettent trop, elles ont un goût amer pour la terre de mon terrain. La terre de ma cour préfère les gouttes régulières et douces. Qui tombent selon les prédictions des grenouilles de mon district. Ces grenouilles que je n'ai cependant jamais rencontrées. Elles sont timides ces grenouilles, maîtres des gouttes printanières.

Mais ces gouttes suffisent à verdir tranquillement et doucement les brindilles de mon gazon et les bourgeons naissants. Bientôt, tout sera vert. Un vert naissant, un vert bondissant. Un vert sans cesse en mouvement. Le printemps est bientôt là, prédit la grenouille. Je la crois.

"La grenouille en sait plus sur la pluie que l'almanach." [Proverbe créole]

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05 avril 2015

Le moment captif d'un dimanche : faire un saut

2015-04"La vie ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, c'est d'apprendre à danser sous la pluie." [Sénèque]

Hop, hop. On sautille d'un pied à l'autre. Et lorsqu'on a simplement envie de pleurer, il suffit de danser. Et si on ne sait pas danser, ce n'est pas de notre faute !

Hop, hop. On s'élance. Sous le soleil et sous la pluie. Avec ou sans parapluie. Avec ou sans élégance.

Hop, hop. On se fout de la pluie, on se fout de l'orage. On se laisse envahir par le rire, on se laisse envahir par la rage.

Hop, hop. Petit lapin nous entraîne dans une farandole. Petit lapin nous fait faire des cabrioles.

Hop, hop. On oublie la pluie.  On s'enveloppe de nuages. On danse peu importe le temps qu'il fait, peu importe notre âge. Et on aime la vie, avec tous ses orages.

"L'élan fait partie du saut." [Halil Sarkis]

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29 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : envers du décor

2015-04"Qui voit le ciel dans l'eau voit les poissons dans les arbres." [Proverbe chinois]

Je vois des vérités que vous ne voyez pas. Ce sont des vérités juste pour moi. Je vois le reflet de mon visage dans vos yeux. J'y vois des secrets monstrueux.

Mais ce que vous croyez voir est faux. Ce que je crois voir est beau. La réflexion d'une illusion. L'envers d'une hallucination.

Je me perds dans la contemplation d'un scintillement. Je le fais consciemment. J'aime imaginer des impossibilités. J'improvise même des absurditités.

Qui a dit que dans les arbres les poissons ne pouvaient pas nager ? Que dans l'eau les oiseaux ne pouvaient pas voler ?

L'espace d'un instant, les impossibilités sont majestueuses. Pendant un moment mon reflet est somptueux.

"Les apparences sont belles dans leur vérité momentanée." [Octavio Paz]

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22 mars 2015

Le moment captif d'un dimanche : évasion

2015-02"Le soleil accepte bien de passer par de petites fenêtres." [Frederik van Eeden]

Nous avons passé des nuits dans la noirceur avec les étoiles pour nous guider. Puis nous nous sommes enfermés dans une chambre obscure et avons rêvé de l'horizon.

Cette chambre si sombre enveloppe nos vies. Elle obscurcit notre réalité. Nous ne voyons plus rien. Nous oublions d'ouvrir les yeux. Nous oublions de rire, nous oublions de pleurer, nous oublions de voir la beauté du ciel, des étoiles et du soleil. Les promesses de nos vies.

Une petite fenêtre. Trop petite peut-être. Nous ne la voyons pas. Nous oublions de voir toutes les possibilités promises par cette petite ouverture. Mais la lumière s'infliltre sans pitié par la moindre fissure. Elle nous envahit et nous colore sans pitié. Chaque étincelle de couleur fouette notre regard de folie. La beauté qui transperce de ce trou de soleil nous illumine et nous aveugle. Le monde est notre rêve et nous l'acceptons à bras ouvert.

"Le monde n'est pas moins beau pour n'être vu qu'à travers une fente ou le trou d'une planche." [Henry David Thoreau]

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22 février 2015

Le moment captif d'un dimanche : compréhension

2015-03-05"Pour me libérer de ce que je vis, je vis." [Antonio Porchia]

Laissez-moi vivre ! Laissez-moi courir ! Laissez-moi mourir ! Laissez-moi pleurer ! Laissez-moi rire !

Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je suis libre de vous dire quoi faire et quoi ne pas faire. Mais vous êtes libre de ne pas m'écouter.

Je ne vous dirai pas comment respirer. Mais vous pourrez me reprocher de ne pas l'avoir fait. Si je l'avais fait, vous auriez alors pu me reprocher de l'avoir fait. Je suis libre de ne rien comprendre à ce que je dis. Et je suis libre de ne rien comprendre à ce que vous dites.

Je ne suis pas libre de mes mouvements. Je ne peux pas bouger. Le passé m'enrobe de ses regrets et emprisonne mon désordre. Je suis libre de crier et je suis libre de me taire. Je décide de crier mon immobilité. Je piétine ma prison de plâtre et je m'envole vers une cage invisible. Suivez-moi dans cette liberté éphémère et infinie. Nous serons éternellement libres.

"Nul ne peut apprendre aux autres à se libérer s'il n'a pas commencé à se libérer lui-même." [Mariano Picon Salas]

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