16 mars 2014

Le moment captif d'un dimanche : hors saison

2014-09-13«Now when you pick a pawpaw -- Or a prickly pear -- And you prick a raw paw -- Next time beware -- Don't pick the prickly pear by the paw -- When you pick a pear -- Try to use the claw» [Jungle Book]

À l’épicerie, on en trouve ici presque toute l’année. Mais je sais bien que la récole, normalement, se fait de septembre à décembre. Du moins en Espagne. Ailleurs, je ne sais pas, il faudrait que je fasse quelques recherches.

Mais quand je les passe dans leur étalage de mon épicerie, je ne peux que sourire. C’est que je me souviens. Je me souviens la première fois que j'ai vu ces fruits rougeâtres. En fait, je n'en croyais pas mes yeux. Déjà, qu'il y ait des cactus à Barcelone m'émerveillait, mais qu'en plus, ceux-ci produisaient ces boules rouges que je n'avais vu que dans les épiceries, alors là, ça m'a complètement époustouflée ! Il y a des fruits ou des légumes comme ça, qu'on a toujours vu que sur un étalage de commerçant. Je me souviens encore de la première fois que j'ai vu des oranges, des citrons ou des poires dans un arbre. Quelle surprise !

Mais ces fruits de cactus m'apparaissent encore plus étranges qu'une orange ou un citron. Ces bizarres de fruits rouges tout pleins de points noirs - qui bien sûr se trouvent à l'endroit où on a enlevé les épines. Et puis, c'est aussi dans ces moments-là qu'on s'aperçoit de toute l'étendue de notre ignorance. Et du peu de curiosité qu'on a parfois ! Car bien que je voyais dans les épiceries ces fruits à points noirs - je le répète car c'est ce que je voyais - je ne me suis jamais questionnée sur leur provenance. Alors de découvrir qu'ils poussaient sur des cactus, qu'ils avaient des épines (et non seulement des points noirs), et qu'il y en avait un peu partout en Espagne, et bien disons que ça m'a un peu traumatisée ! Et puis, disons aussi que le fait qu'il y en avait partout, poussant à l'état sauvage, sur le bord des autoroutes même, alors qu'à l'épicerie ils les vendaient un prix de fou, alors ça, ça m'a fait bien rire.

Je ne me souvenais pas du nom qu'on leur donnaient dans les épiceries, alors j'ai cherché un peu. J'ai rapidement trouvé le nom de "figue de barbarie". J'ai trouvé cela sympathique et cela a bien éveillé quelques vagues souvenirs. J'ai trouvé aussi le nom de "poires de cactus". Et je me suis sentie un peu triste pour ce pauvre opontia dont les fruits n'avaient pas un nom bien à lui, figue de barbarie, poire de cactus, pfff. Et puis, c'est alors que ça m'a rappelé une chanson d'un vieux film de Walt Disney et un gros ours dansant et expliquant en chantant comment cueillir des poires piquantes sans se piquer ! Je sais pas pourquoi mais ça m'a fait bien rire de m'apercevoir que, finalement, je connaissais ces fruits piquants depuis mon enfance !

« Dans leurs sourires, il y a des cactus -- Dans leurs ventres, il y a des cactus -- Dans leurs bonjours, il y a des cactus -- Dans leurs cactus, il y a des cactus » [Dutronc et Lanzmann]

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23 février 2014

Le moment captif d'un dimanche : rayonnement

2014-02-26"Quelle flamme pourrait égaler le rayon de soleil d'un jour d'hiver." [Henry David Thoreau]

Il fait froid. C'est un hiver froid. Très froid. On a bien eu de la neige à Montréal, mais pas tant que cela. Il neige toujours autour de l'île mais jamais beaucoup sur celle-ci. Ce qui fait le bonheur de la plupart des gens que je connais mais qui me rend un peu triste. J'aime la neige.

J'aime aussi le froid. Mais un peu moins, je l'avoue. Et surtout lorsqu'il persiste. Mais je l'aime bien aussi. Le froid mordant, vivifiant... celui qui donne un nez et des joues rouges, celui qui me secoue le matin et me dit "allez réveille-toi, la journée va être magnifique!"

Car quand il fait froid, le ciel est habituellement si bleu. Le soleil est envahissant. Il est partout. Il s'empare de chaque coin du ciel. Et se répand partout. Il glisse sur la neige et nous oblige à fermer les yeux. Il est absolument éblouissant et résolument aveuglant.

Il fait froid. On dit qu'il fait -14ºC mais avec le facteur vent, on frise les -22ºC. Et pourtant, le soleil est si brillant qu'il s'amuse à faire fondre la neige sur mon toit. Elle vacille et se laisse tomber goutte à goutte. Mais il fait si froid. Elle n'a d'autres choix que de se transformer en longs glaçons scintillants. Le soleil joue avec le froid. Il illumine ma maison, la chauffe et la transforme en château de glace.

"La maison tournée vers le soleil est chauffée la premiere." [Proverbe chinois]

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16 février 2014

Le moment captif d'un dimanche : visionnaire

2014-04-13"Plus on prend de la hauteur et plus on voit loin." [Proverbe chinois]

Si parfois, on oublie de regarder derrière soi, parfois, on ne voit pas plus loin que le bout de son nez. On oublie aussi de mettre ses lunettes et on ne voit clairement que ce qu'il y a tout près de nous. Tout le reste est flou. On ne pense pas à ce qui pourrait se passer plus tard et on ne réfléchit pas aux conséquences du présent.

Il est certain que de ne regarder au loin, on pourrait passer à côté du tout près. Après tout, il faut voir ce qu'il y a juste devant pour commencer à avancer. Si on ne regarde que la route au loin, on pourrait tomber dans le trou qui se trouve juste à nos pieds.

Et donc, il faut balancer un peu notre vision. Se retourner de temps en temps pour évaluer les gestes passés. Regarder sous nos pieds pour analyser le moment présent. Et s'élever pour ragarder devant nous. Regarder ce qui va se passer et ce qui pourrait se passer. Regarder loin et parfois encore plus loin. Et additionner le passé avec le présent pour extrapoler ce que l'avenir pourrait nous offrir. Un rétroviseur, des lunettes d'approche... et une petite dose d'imagination, de rêves et de pragmatisme.

"Pour juger le monde, il faut le voir de loin et l'avoir beaucoup vu de près." [François de la Rochefoucaud]

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09 février 2014

Le moment captif d'un dimanche : réflexion

2014-02"Ne regardez pas le passé, vous ne serez pas en mesure d'y retourner de toute façon."

Ne te retourne pas vers le passé... Ne vis pas dans le passé... Ne vis pas pour le passé... Je suis bien d'accord. Mais si on ne regarde pas une fois de temps en temps en arrière, on risque d'oublier les beaux moments.

On risque aussi d'oublier les moments tristes. Et si on oublie trop, on n'apprend rien. Il est difficile parfois de se souvenir. Et il y a bien sûr des moments qu'on voudrait oublier à tout jamais. Des moments qu'on regrette et qu'on voudrait pouvoir changer. Des moments qui n'auraient jamais dû avoir lieu. Regrets, honte, impuissance,... cela fait partie du passé qui envahit le présent. Et qui doit éclairer l'avenir.

Mais le passé ne doit pas être oublier. Et il ne doit pas nous retenir. Le passé nous enseigne comment  poursuivre notre route. Il est notre histoire, nos histoires. Il y a des larmes dans le passé et il y a des rires. À ne regarder qu'en avant, on oublie le chemin parcouru. Alors, il faut parfois se retourner et surprendre le coucher de soleil qui éclaire notre dos.

"On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arriere ; on ne peut la vivre qu'en regardant en avant." [Sören Kierkegaard]

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26 janvier 2014

Le moment captif d'un dimanche : effeuillée

2013-12b"L'arbre se sauve en faisant tomber ses feuilles." [P.J. Jouve]

Un livre se ferme. Une feuille s'échappe sournoisement. Elle tombe doucement sur le sol. Elle porte l'histoire de nos vies. Chaque nervure est une cicatrice naturelle. Une ride sur ma peau.

J'ai froid. Je regarde la feuille tombée et je sais que je dois me sauver. Je dois quitter cet endroit. Suivre l'autre feuille qui tombe un peu plus loin. C'est une erreur. Je le sais. Je dois récupérer toutes les feuilles. Je me retourne. Je dois retrouver la première page. Je fouille dans la neige. Je ne trouve plus mon chemin. Je ne vois plus la trace de mes pas dans la neige.

Où se trouve la première page. La première feuille se cache dans un rayon de soleil. J'ai failli la détruire. Je me penche. Je suis incapable de la cueillir. Je dois refaire ma vie et la retranscrire sur d'autres feuilles qui feront de nouveaux livres. Je soupire et je récupère ma vie. Je me souviens des feuilles passées qui sont tombées des arbres qui se sont sauvés trop vite. Je souris. Je poursuis ma route.

"Mes livres ne sont pas des livres, mais des feuilles détachées et tombées presque au hasard sur la route de ma vie." [Chateaubriand]

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12 janvier 2014

Le moment captif d'un dimanche : perspective

2013-12d"Icebergs, icebergs, cathédrales sans religion de l'hiver éternel." [Henri Michaux]

D'immenses falaises de neige ont envahi ma terrasse. Je m'enveloppe de mon manteau et je sors pour déneiger un peu. Il y a tant de neige que je dois sortir par en avant et faire le tour de la maison pour me rendre en arrière.

J'approche des marches en me creusant un chemin. C'est qu'il y a beaucoup de neige dans la cour. J'approche des marches pour monter à la terrasse. Je commence à pelleter les premières marches. Je lève la tête pour regarder la terrasse et j'ai soudainement l'impression de me retrouver dans une chaîne de montagnes enneigées. La neige accumulée sur les rebords ressemble à des falaises immenses entourant une plaine blanche immaculée.

Je me sens devenir minuscule. Je commence à marcher dans l'immensité de ce paysage hivernal. Il fait froid, il y a de la neige à perte de vue. C'est calme. On n'entend que le vent qui soulève des nuages de neige à intervalles irréguliers. Je m'approche d'une falaise. Elle est immense. Elle semble glacée, brutale et si fragile. Je continue à marcher dans la neige. J'essaie d'être le plus légère possible. On ne sait jamais avec la neige. J'ai l'impression que je suis au bout du monde. La vie m'apparaît infinie et si courte. J'entends ma respiration. Je la vois aussi dans le froid qui m'entoure. Je me sens si petite dans ce paysage glacé.

Un mouvement attire mon attention. Mon chat me regarde par la fenêtre. Il semble se demander ce que fait dans les marches, la pelle dans une main, immobile. Je retrouve ma grandeur normale et je commence à détruire les falaises et la plaine enneigées.

"Il faut sans cesse se jeter du haut d'une falaise et se doter d'ailes durant la chute." [Ray Bradbury]

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05 janvier 2014

Le moment captif d'un dimanche : des étoiles dans ma fenêtre

2014-01b"Ce n'est que quand il fait nuit que les étoiles brillent." [Winston Churchill]

Je ne sais pas ce que Churchill voulait dire exactement. Je pourrais bien entendu faire quelques recherches, mettre la citation originale en anglais et tout. Enfin... ce que je veux dire, c'est que, de un,  je ne sais ce qu'il avait en tête ET que, de deux, textuellement, je ne suis pas d'accord.

Les étoiles existent aussi le jour. Et elles brillent tout autant. Elles sont là dans le ciel, invisibles à nos yeux à cause d'une étoile trop brillante. Le soleil les masque mais elles sont là. Il y a toujours des étoiles, qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit. Elles semblent peut-être plus brillantes lors qu'il fait nuit, mais c'est une illusion. Elles brillent tout autant. Nous ne sommes simplement pas capables de le percevoir à l'oeil nu.

Le ciel est rempli d'étoiles. Et il y a des étoiles dans ma fenêtre. Des étoiles dans mes yeux, dans mon coeur et dans mes rêves. Des étoiles dans vos yeux, vos coeurs et vos rêves. Mes étoiles brillent à toute heure du jour et elles me remplissent d'espoir et de lumière. Elles me racontent mes rêves. Et déposent sur moi une poussière magique étincelante.

"Le ciel remplit d'étoiles est l'endroit où vit la magie et les rêves les plus fous." [Catherine Janssens]

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22 décembre 2013

Moment captif d'un dimanche : luminosité

2013-12a"Toute blanche dans la nuit brune - La neige tombe en voletant" [Jean Richepin]

Il neige beaucoup depuis quelques temps. Et il grêle. Et il grésille. Et il verglace... Peut-on dire verglacer ? Je ne crois pas non... on doit plutôt dire qu'il tombe de la pluie verglaçante. Et peut-on dire qu'il grésille ? J'imagine que non mais j'ose croire que oui. Ne peut-on imaginer les mots que l'on veut ?

Et donc, ces derniers jours, il a neigé, il a grêlé, il a grésillé et il a verglacé. Ce qui produit des paysages hivernaux des plus variés et des luminosités étranges. On pourrait penser que c'est un truc de la lentille ou un clin d'oeil d'un certain outil informatique, mais lorsque l'on regarde par la fenêtre, certaines images irréelles se matérialisent vraiment.

On entend le vent frôler le toit. On devine la neige vierevolter. On entend la pluie verlaçante, la grêle ou le grésil sur la fenêtre. On se lève doucement, incapable de dormir. Et on ouvre légèrement les rideaux... Et on sait que Noël sera blanc, peut-être un peu glissant... La lumière des nuits d'hiver envahit ma chambre et illumine mes rêves.

"La neige. C'est de la lumière dont la terre est couverte. Des franges d'écume sur les rochers. Un vol de papillons blancs" [Roger Mondoloni]

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24 novembre 2013

Le moment captif d'un dimanche : qui se ressemble...

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"La culture est un truc qui rassemble les gens, qui abat les différences." [Public Enemy]

Un arrêt imprévu à Sainte-Flavie.  Une vision inattendue. Je ne connais pas. Mais je suis attirée irrémédiablement. Je sais que je vais entrer m'informer, je suis comme ça. Curieuse. Mais pour le moment, je ne veux rien savoir. Je me fous du qui, du quoi, du comment et  du pourquoi. Je regarde. Tout simplement.

Ils arrivent. Ils envahissent. Ils sortent de la mer. Sans raison. Une procession interminable. Un cortège sans fin. Une multitude d'âmes issues de l'eau et se répandant sur la terre.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Je ne peux rien deviner. Leurs visages sont de bois ? Sont de marbre ? Sont de ciment ? Leurs visages sont impassibles. Je ne veux rien deviner. Je me laisse submerger simplement par cette vague de silhouettes. Une foule d'images, de mots, de fantômes inondent mes pensées, mon corps, mon ombre. Je me vois, multipliée. Ils me ressemblent.

Et puis, je me suis retournée. J'ai été apprendre et connaître. Intéressant. Mais je n'oublierai jamais cette première rencontre. Je ne veux pas oublier cet envahissement obsessionnel de mes démons personnels. Et je serai éternellement  hantée par ce rassemblement de mes peurs, de mes joies, de mes rêves et de mes cauchemars.

"La mer est sans routes, la mer est sans explications" [Alessandro Barrico]

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17 novembre 2013

Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

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Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

"Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage" [Christian Bobin]

Vite, vite, le temps file. Tu auras besoin de beaucoup de vivres pour survivre à l'hiver. Il te faut faire des provisions. Il ne suffit pas de cacher ses victuailles, il faut aussi les accumuler sans son gros bedon.

Un chat au loin. Il ne t'a pas vu. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Un raton-laveur t'observe tranquillement de son trou en haut du saule. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Certains paressent, toi, tu manges, d'autres s'amusent, toi, tu manges. Ton ventre devient de plus en plus gros. Il le faut. L'hiver sera sûrement difficile. Tu sais ce que tu dois faire. 

Tu deviens une petite boule de poils toute ronde. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Tout le temps. Enfin, maintenant. L'hiver approche et tu as si peu de temps pour te préparer. Alors, tu travailles fort pour bien remplir ta panse. Il faut faire des provisions. Et se protéger du froid qui s'annonce. Peut-être la dame de la maison là, t'offrira quelques noix à l'occasion, mais tu ne peux te fier à la générosité occasionnelle des bêtes à deux pattes qui hantent les alentours. Il faut faire tes propres réserves. Et fouiller, sans arrêt,  parmi les feuilles mortes. Alors, tu besognes, tu farfouines partout, et tu grignotes. Petite boule de poils toute ronde et ébouriffée dans le soleil d'automne.

"Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent." [Maurice Carême]

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