22 décembre 2013

Moment captif d'un dimanche : luminosité

2013-12a"Toute blanche dans la nuit brune - La neige tombe en voletant" [Jean Richepin]

Il neige beaucoup depuis quelques temps. Et il grêle. Et il grésille. Et il verglace... Peut-on dire verglacer ? Je ne crois pas non... on doit plutôt dire qu'il tombe de la pluie verglaçante. Et peut-on dire qu'il grésille ? J'imagine que non mais j'ose croire que oui. Ne peut-on imaginer les mots que l'on veut ?

Et donc, ces derniers jours, il a neigé, il a grêlé, il a grésillé et il a verglacé. Ce qui produit des paysages hivernaux des plus variés et des luminosités étranges. On pourrait penser que c'est un truc de la lentille ou un clin d'oeil d'un certain outil informatique, mais lorsque l'on regarde par la fenêtre, certaines images irréelles se matérialisent vraiment.

On entend le vent frôler le toit. On devine la neige vierevolter. On entend la pluie verlaçante, la grêle ou le grésil sur la fenêtre. On se lève doucement, incapable de dormir. Et on ouvre légèrement les rideaux... Et on sait que Noël sera blanc, peut-être un peu glissant... La lumière des nuits d'hiver envahit ma chambre et illumine mes rêves.

"La neige. C'est de la lumière dont la terre est couverte. Des franges d'écume sur les rochers. Un vol de papillons blancs" [Roger Mondoloni]

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24 novembre 2013

Le moment captif d'un dimanche : qui se ressemble...

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"La culture est un truc qui rassemble les gens, qui abat les différences." [Public Enemy]

Un arrêt imprévu à Sainte-Flavie.  Une vision inattendue. Je ne connais pas. Mais je suis attirée irrémédiablement. Je sais que je vais entrer m'informer, je suis comme ça. Curieuse. Mais pour le moment, je ne veux rien savoir. Je me fous du qui, du quoi, du comment et  du pourquoi. Je regarde. Tout simplement.

Ils arrivent. Ils envahissent. Ils sortent de la mer. Sans raison. Une procession interminable. Un cortège sans fin. Une multitude d'âmes issues de l'eau et se répandant sur la terre.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Je ne peux rien deviner. Leurs visages sont de bois ? Sont de marbre ? Sont de ciment ? Leurs visages sont impassibles. Je ne veux rien deviner. Je me laisse submerger simplement par cette vague de silhouettes. Une foule d'images, de mots, de fantômes inondent mes pensées, mon corps, mon ombre. Je me vois, multipliée. Ils me ressemblent.

Et puis, je me suis retournée. J'ai été apprendre et connaître. Intéressant. Mais je n'oublierai jamais cette première rencontre. Je ne veux pas oublier cet envahissement obsessionnel de mes démons personnels. Et je serai éternellement  hantée par ce rassemblement de mes peurs, de mes joies, de mes rêves et de mes cauchemars.

"La mer est sans routes, la mer est sans explications" [Alessandro Barrico]

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17 novembre 2013

Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

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Moment captif d'un dimanche : provisions provisoires

"Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage" [Christian Bobin]

Vite, vite, le temps file. Tu auras besoin de beaucoup de vivres pour survivre à l'hiver. Il te faut faire des provisions. Il ne suffit pas de cacher ses victuailles, il faut aussi les accumuler sans son gros bedon.

Un chat au loin. Il ne t'a pas vu. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Un raton-laveur t'observe tranquillement de son trou en haut du saule. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Certains paressent, toi, tu manges, d'autres s'amusent, toi, tu manges. Ton ventre devient de plus en plus gros. Il le faut. L'hiver sera sûrement difficile. Tu sais ce que tu dois faire. 

Tu deviens une petite boule de poils toute ronde. Mais tu t'en fous, toi, tu manges. Tout le temps. Enfin, maintenant. L'hiver approche et tu as si peu de temps pour te préparer. Alors, tu travailles fort pour bien remplir ta panse. Il faut faire des provisions. Et se protéger du froid qui s'annonce. Peut-être la dame de la maison là, t'offrira quelques noix à l'occasion, mais tu ne peux te fier à la générosité occasionnelle des bêtes à deux pattes qui hantent les alentours. Il faut faire tes propres réserves. Et fouiller, sans arrêt,  parmi les feuilles mortes. Alors, tu besognes, tu farfouines partout, et tu grignotes. Petite boule de poils toute ronde et ébouriffée dans le soleil d'automne.

"Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent." [Maurice Carême]

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27 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : sac d'os

001"Fantômes : Signe extérieur évident, d'une frayeur interne." [Ambrose Bierce]

Un "bag of bones" et des fantômes illuminés. Voilà ce qui manquait au décor. Et voilà qui complète la décoration. Un "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones", c'est comme un litanie. C'est plus horrifiant et chantant que "sac d'os".

Je ne peux m'empêcher de le répéter dans ma tête. C'est une obsession. Je place chaque os avec soin. Et puis je les entoure d'une ribambelle de fantômes. Les fantômes éclaireront les os. Toujours en répétant "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones". C'est une obsession, je dis.

Je suis bien fière de mes ossements et de mes fantômes. Ils seront effrayant pour les enfants qui viendront chercher des bonbons. "Bag of bones", "bag of bones", "bag of bones".

Je vais me coucher. Les fantômes encore illuminés. Ils s'éteindront plus tard... le minuteur est bien programmé. Je m'endors doucement. Mes rêves sont remplis de brouillard. Des lumières envahissent le brouillard. Des lumières blanches qui dansent parmi des ossements. C'est une danse macabre euphorique. C'est artistique et horrifique. J'essaie de les chasser, mais je leur ai donné une vie, je dois les accepter. Je les rejoins donc en chantant joyeusement : "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones".

"Les fantasmes sont comme les fantômes : ils n'obsèdent et hantent que celui qui leur donne naissance." [Maxime Chattam]

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20 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : d'os et d'eau fraîche

2013-10-28"Combien de ce que nous sommes est inscrit dans notre chair et nos os, mais caché aux yeux du monde par notre vêture" [Théodore Roszak]

On peut visiter une ville de nombreuses fois et toujours y découvrir de nouvelles choses. C'est ce qui fait qu'une ville est unique et magique.

Mais parfois, on peut être arrogant et dire irrespectueusement qu'on la connait cette ville, que c'est la 6e fois qu'on la visite. Que les musées, on les a fait, que l'Union Square et la Statue de la Liberté, ce n'est pas nécessaire d'y retourner, on connait, mais que bon, on peut bien y retourner encore une fois, juste pour dire.

Et puis, une nouvelle visite est planifiée. Comme on travaille en bibliothèque, on se dit, qu'on va prendre un livre sur la ville, histoire de découvrir de nouveaux restaurants, peut-être. Et puis, au détour d'une page, au détour d'une rue, une découverte.

Il nous appelle dès qu'on approche, cet aimable paquet d'os, reflet de notre vie intérieure. Il nous demande de jeter un coup d'oeil dans la vitrine. Il nous connaît. Étonnement, hésitation, curiosité, on ne peut qu'entrer. Nous ne sommes pas les seuls. Je peux même affirmer que nous ne sommes pas les seuls curieux. Il y a même sûrement plus de voyeurs que d'acheteurs. Mais je suppose que les propriétaires le savent. Comment ne pourrait-il pas y avoir de curieux avec tous ses insectes, animaux naturalisés, squelettes vrais et reproduits, fossiles, reptiles en bocaux et j'en passe. Oh, il y a aussi des bijoux et objets de décorations, mais toujours avec cette touche bien particulière de The Evolution Store.

On ressort de la boutique/musée avec un sentiment d'avoir tout vu... ou presque... On ne peut s'empêcher d'être troublé, de se sentir légèrement indécent d'avoir succombé à cette curiosité morbide et vaguement déçu de n'avoir rien acheté !

En place depuis 1993, à New York,  The Evolution Store continue de présenter et vendre les objets les plus déroutants. 

"Une suite d'os s'accrochant et s'emboîtant bizarrement les uns dans les autres, une suite de vieux ustensiles grançants et cliquetants, voilà ce qu'était un squelette. " [Claude Simon]

 

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13 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : hululer

2013-10"Sans remuer ils se tiendront -- Jusqu'à l'heure mélancolique -- Où, poussant le soleil oblique, -- Les ténèbres s'établiront." [Baudelaire]

Il est là. Silencieux. Il attend le moment parfait pour se fondre à la nuit. Il surveille le soleil qui se perd de l'autre côté de l'horizon. Il est vigilant mais il ne m'a pas vu. Je suis triste qu'il ait fait cette erreur. Il doit tout savoir, il devrait tout voir.

J'essaie de rester immobile. Je ne fais pas un son. Mais je sais qu'il ne peut pas ne pas m'entendre même s'il semble ne pas se rendre compte de ma présence.

Car il porte en lui la connaissance de la nuit. Il contrôle les ombres des ténèbres. Il est magique et méthodique. Il est lumière sombre, l'étincelle de l'obscurité. Sans lui, la nuit nous envahit. Sans lui nous serions perdus dans le noir.

Il regarde le soleil mourir. Et lorsque le soleil meurt, il commence à chanter. Il nous dit enfin qu'il est vivant, plein de vie, plein de nuit. Il sait tout, il nous protège de nos peurs, des fausses terreurs que la nuit amène. Il chasse le froid et nous dévoile la beauté du ciel sans étoile, du brouillard envoûtant et la nuit noire et sans lumière.

"Quand le hibou chante, la nuit est silence"[Charles de Leusse]

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06 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : volez, volez....

DSC_0887a"Si les singes savaient s'ennuyer, ils pourraient devenir des hommes" [Johann Wolfgang von Goethe]

Ils sont là-haut... Sur le haut de l'édifice le plus haut et ils s'occupent à comploter. Quand vous ne trouvez plus vos clés, quand le lait a tourné, lorsque le temps semble manquer ou lorsque rien ne semble fonctionner, c'est la faute aux singes volants. Simplement la faute de ces singes qui veulent s'envoler.

Mais c'est une erreur de croire qu'ils sont méchants ces singes volants. C'est la faute de la méchante sorcière de l'Est... elle les a ensorcelés, ils n'y peuvent rien.

Ils sont là-haut... sur le haut de cet édifice sur Main Street... bien loin de Oz. Encore une fois, ils n'ont pas eu le choix. De Oz à Burlington, mes pauvres amis, vous n'avez rien pu dire. Le jour, on les voit, on les pointe du doigt, sur le haut de leur station. On rigole, on cite faussement "fly my pretties, fly"... mais ils s'en moquent. Ils vous laissent croire n'importe quoi, ils vous laissent les juger. Car ils complotent, vous voyez. Ils préparent leur évasion. Et ils savent qu'un jour, ils partiront loin, loin... aux pays des singes volants.

"On apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces" [Proverbe français]

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29 septembre 2013

Le moment captif d'un dimanche : seul sur le sable

01"Un mot est un oiseau au milieu d'une page. C'est l'infini" [Antonio Soler]

Il marche sur le soleil. Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l'esprit quand je l'ai vu. Ses pattes laissent une écriture fine sur le sable et il m'a semblé qu'il resterait là pour l'éternité.

Puis il a commencé à courir de plus en plus vite. Arrête ! que je me suis dit, tu vas perdre ton ombre. Mais il ne m'écoutait pas vraiment. Comment pouvait-il m'entendre de toute façon puisque je me parlais à moi-même.

Je le regardais se mouiller du soleil couchant et je sus qu'il partirait à ce moment. Il devait bien finir par partir.  Il ne pouvait rester sur le sable uniquement parce que je voulais le regarder encore un peu. Je n'avais pas vraiment le droit de l'obliger à rester. Il le savait et je le savais. Alors, je l'ai regardé s'envoler. Sur le sable, le soleil illumine encore la trace de son passage. Le soleil se couchera bientôt. Les vagues viendront bientôt effacer ses pas sur le sable. Mais ils ne s'effaceront pas de ma mémoire.

"Les adieux ressemblent à des oiseaux qui apprennent à voler" [Dominique Sampiero]

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04 août 2013

Moment captif d'un dimanche : céphalée migratoire

BeFunky_DSC_8164"C'est que j'ai mal à la tête ce matin -- Ce qui me cause, ce qui me cause -- C'est que j'ai mal à la tête ce matin -- Ce qui me cause bien du chagrin"

Toc toc toc !!!  Chut, silence, pas un bruit... TOC TOC TOC !!! Mais qui est là ? Qui cogne si fort sur ma tête ? Qui cherche à entrer et foutre encore plus le bordel ? Mais c'est moi, ma chérie, celle qui aime bien envahir ta tête et s'y installer confortablement. Je ne veux pas de toi, vilaine. Quand tu viens chez moi, tu prends toute la place, tu ne me laisses plus une minute pour penser. Quand tu es là, je ne comprends plus rien. Je n'ouvrirai pas la porte.

Tu n'as pas le choix ma jolie. Quand tu me sens frapper à ta porte c'est que je suis déjà là. Et je suis là pour rester. Je m'installe et tu n'as rien à dire. Tu peux bien essayer tous tes trucs, toutes tes potions magiques, toutes tes incantations, j'y suis, j'y reste.

Méchante migraine. Sournoise parasite. Je vais te combattre avec toutes les armes possibles. Les conventionnelles, les fantaisistes, les traditionnelles et les nouvelles. Tu partiras car je ne veux pas de toi.

Je partirai. Oui. Parfois, je te laisserai gagner rapidement. Parfois, je te ferai souffrir aussi longtemps que possible. Je fais à ma tête. Et c'est tout. Mais je promets de partir. Mais pour l'instant, je frappe. Je frappe un peu partout... sur les murs de ta tête, sur les parois de ton cerveau, sur les idées de ton imaginaire. Toc, toc, toc.

"La poésie est une maladie du cerveau" [Alfred de Vigny]

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24 juin 2013

Le moment captif d'un dimanche : le souhait du lundi

04"On en vient à aimer son désir et non plus l'objet de son désir." [Friedrich Nietzsche]

J'aime la pluie. J'aime les gouttes qui dégouttent sur mon toit. J'aime les gouttelettes qui tombent doucement sur ma terrasse. J’aime l’odeur de la pluie d’été.

Il y a quelques jours c’était une pluie de printemps. Trop froide. Aujourd’hui, c’est une pluie d’été. Trop humide.

J’aime la pluie. Mais trop de pluie me fait soupirer. Les fleurs brunissent. Les tomates restent désespérément vertes. Et mes yeux s’ensommeillent.

Ma tête est lourde ; mes gestes pesants ; mes idées paresseuses. Je suis sans mouvement.

C’est alors que l’oiseau s’est posé sur mon balcon. Il m’a regardé doucement. Il m’a promis de faire revenir le soleil. Mais il m’a aussi dit de faire attention que le soleil pouvait avoir le même effet.  J’ai répondu que j’en avais assez de la pluie. Je voulais du soleil et de la chaleur. L’oiseau a acquiescé et s’est envolé.

Aujourd’hui, il fait soleil. Un soleil puissant produisant une chaleur étouffante. La pluie de hier a disparu. L’humidité a pris sa place. Il fait beau, il fait chaud. Et le soleil brille.

J’aime le soleil. Mais trop de soleil me fait transpirer. Les fleurs sont molles. Les feuilles jaunissent et ramollissent. Et mes yeux s’ensommeillent.

Ma tête est lourde ; mes gestes pesants ; mes idées paresseuses. Je suis sans mouvement.

L’oiseau me regarde d’une branche à l’ombre. Il me demande si je suis contente, il a tenu sa promesse. Je lui réponds que je suis contente. Il me regarde en soupirant, il sait bien que je lui mens. Il fallait faire attention à ton souhait, me dit-il. Il se moque de moi. Et il a bien raison. La prochaine fois, je prendrai garde à bien réfléchir avant de souhaiter…  

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