11 octobre 2017

L’accident / C. L. Taylor

Accident02L’accident / C. L. Taylor ; traduit de l'anglais par Luce Michel.  — [Paris] : Marabout, 2015 – 355 p. : 23 cm. – ISBN 978-2-501-09631-7

Quatrième de couverture

Sue Jackson mène une parfaite vie de famille. Mais le jour où sa fille Charlotte se jette sous un bus,  tout vole en éclats. Le coma de l'adolescente met Sue face à une sombre réalité qu'elle ne peut ignorer.

Après avoir découvert dans le journal intime de Charlotte une phrase qui la glace d'effroi. Sue n'a d'autre choix que de plonger dans la vie privée de sa fille. Une quête de la vérité qui détruit sa confiance en ses proches et la contraint à fouiller dans les profondeurs troubles de son propre passé.

Sue est prête à tout pour protéger sa fille. Mais si elle-même était la cause du danger que court Charlotte ?

L’auteur

Carol Louise Taylor est née à Worcester en Angleterre en 1973. Elle étudie en psychologie à l'Université de Northumbria à Newcastle-on-Tyne. Elle occupe différents emplois et travaille entre autres comme concepteur graphique et développeur web.

Elle commence à écrire dans sa jeunesse et publie ses premières nouvelles en 2005. Elle publie son premier roman, Heaven Can Wait, en 2009, sous le pseudonyme de Cally Taylor. Ses nouvelles et ses romans ont reçu plusieurs prix. Accident01

Aujourd'hui, elle vit avec sa famille à Bristol.

Bibliographie

  • Heaven Can Wait (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2009)
  • Home For Christmas (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2011)
  • The Accident (2014)
  • The Lie (2015)
  • The Missing (2016)
  • The Escape (2017)
  • The Treatment (2017)

Mes commentaires (attention spoilers)

Quelle belle lecture, je vous le dis. Pas parfaite, oh que non, mais parfaite pour moi, en ce moment où j'ai besoin de me changer les idées et ne pas trop réfléchir. Bien qu'elle ne fut pas sans émotion, oh que non ! 

Le roman de C.L Taylor se divise entre l'enquête désespérée d'une mère pour comprendre pourquoi sa fille a tenté de mettre fin à ses jours et l'histoire d'une relation amoureuse infernale entre une femme et un manipulateur, véritable pervers-narcissique. Ce qui nous donne un excellent suspense couplé d'un très bon roman psychologique. Mais je dois avouer que j'ai légèrement plus aimé le roman psychologique que le suspense. Bien que de toute évidence les deux histoires vont se rejoindre. Bien sûr, parce que sinon, ça servirait à quoi d'avoir deux histoires dans un roman...

La vie de Sue Jackson était parfaite : un mari aimant, une adorable fille adolescente et une vie paisible. Mais un terrible accident va venir tout changer. Sa fille Charlotte se jette intentionnellement devant un autobus et est maintenant à l'hôpital dans un coma. Pourquoi sa fille a-t-elle voulu mettre fin à ses jours ? Sue ne comprend pas. Elle est persuadée que sa fille n'a pas voulu se tuer et que quelqu'un d'autre est responsable. Elle cherche à comprendre, à savoir, et elle commence son enquête. Elle retrace les pas de sa fille, lit son journal, interroge ses amis. Et découvre peu à peu les secrets de sa fille.

La vie de Sue Jackson n'a pas toujours été parfaite. Il y a longtemps, elle est tombée en amour avec un homme qu'elle croyait merveilleux. Mais rapidement sa relation est devenu malsaine. L'amour de sa vie s'est transformé et est devenu de plus en plus contrôlant. Et elle se trouve prise dans une relation avec un homme manipulateur, pervers et violent. Cette partie de la vie de Sue nous est racontée à travers des flashbacks très difficiles à lire tant ils décrivent bien la lente et sournoise descente aux enfers d'une relation avec un pervers-narcissique. Sue a réussi à s'en sortir mais elle vit toujours dans la peur que cet homme ne la retrouve.

Le roman est très prenant. L'auteur réussit à nous captiver jusqu'à la fin. On suit Sue dans sa recherche désespérée de la vérité. Elle se sent seule, personne ne veut la croire, mais elle persévère pour sa fille. Et on suit Sue dans sa relation tragique et son cheminement vers la liberté. Les émotions de Sue sont très bien rendues et on s'attache à son personnage, malgré ses faiblesses et même si je l'ai parfois trouvé exaspérante.

Comme je l'ai dit, c'est la relation de Sue avec son ancien petit ami qui m'a vraiment secouée. J'ai connu quelqu'un proche de moi qui a vécu une relation semblable et c'est incroyablement difficile. L'horreur s'installe sournoisement, sans qu'on ne s'en aperçoive et après elle semble normale. Comme Sue, cette personne a réussi à s'en sortir mais ce fut déchirant et cela l'a changée à jamais. Taylor a réussi à transmettre toutes les émotions d'une telle relation, du début à la fin. C'est une lecture très difficile. Mais l'auteur réussit très bien à exprimer toute la complexité de cette histoire d'amour toxique. 

Oh et l'autre histoire est aussi très intéressante !

Les mots de l’auteur

« Je me suis levée et j’ai enfilé mon manteau. Comment osaient-ils se montrer aussi moralisateurs et plus pieux que tous les saints réunis juste parce que mon mec avait un peu trop bu et l’avait un peu trop ouvert ? – Je vais bien, ai-je insisté. Mieux que bien, même. Je suis plus heureuse que je ne l’ai été depuis un bail. » p. 134

Pour en savoir un peu plus…


08 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'égarer

2017-10-08"Les fées nous endorment, nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous sans qu'elles aient pris la précaution de nous en remettre la clé." [Jean Tétreau]

Tu avances avec précaution. Tu ne sais plus où tu te trouves. Tu avais pourtant suivi la route attentivement. Les yeux rivés sur le chemin. Ne le quittant que pour analyser la carte.

Mais le chemin s'est emparé petit à petit de tes pas. Il a pris possession de ta direction et t'a mené là où il le voulait. Dans un endroit que tu ne reconnais pas. Qui n'existe pas sur ta carte.

Tu regardes autour de toi. Tu ne reconnais pas les arbres. Tu ne reconnais pas le ciel. Tu sais que tu es perdu. Dans un monde qui n'existe pas. Tu laisses la route te guider et la forêt t'avaler doucement. Tu sais qu'on t'observe depuis une éternité. Tu as d'abord cru avoir peur. Mais tu sais que c'est inutile. Tu souris et tu attends.

"La vie est un contes de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons." [Robert Lalonde]

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02 octobre 2017

Identité

Peut-être qu’on se surprend sur mon silence sur ce qui se passe en Espagne. En Catalogne. Peut-être pas… Vous vous en foutez sûrement. Enfin...

J’allais dire : sur ce qui se passe dans mon pays. Car l’Espagne est mon pays. Ainsi que le sont la Catalogne et le Québec.192g_Peratallada_26mai

En effet, je n’ai rien dit. Je n’ai pas partagé d’articles. Je n’ai rien dit de mon indignation et je n’ai pas partagé mon opinion.

Vous savez, je suis présentement en larmes. À cause de ce qui se passe. C’est inimaginable. C’est terrible. C’est fou ce qui se passe dans un pays démocratique. Ce n’est pas unique… malheureusement.

Le gouvernement d’Espagne se trompe. Le droit de vote, le droit à l’autodétermination est vital. Ce n’est pas optionnel. Il fallait laisser les catalans décider. Pour ou Contre. Le droit de voter n’est pas une option. Même si ce n’est pas constitutionnel. C’était une erreur du gouvernement espagnol.

Mais. Mais. Je suis espagnole, vous savez. Ma famille a quitté l’Andalousie au milieu du XXe siècle pour adopter Barcelone comme terre d’accueil. Ils aiment la Catalogne. Un père, des grands-parents, des oncles, des tantes. Ils y ont vécu ou ils y vivent présentement. Des cousins, des petits- cousins, des petits-petits cousins y sont nés. Ils parlent catalans. Certains sont pour l’indépendance. D’autres non. Mais tous, aiment leur terre d’accueil ET leurs racines andalouses. Un n’empêche pas l’autre.

On oublie que tous les catalans (d’origine ou d’adoption) ne sont pas indépendantistes. Et que tous les espagnols ne sont pas contre l’auto-détermination.

J’ai visité l’Espagne. J’aime Barcelona, Madrid, Sevilla, Santiago de Compostela, Bilbao, Girona, Toledo, Málaga, Vic, Calafell, Tarragona, Valencia, Zaragoza, San Sebastian, Pamplona, Peratallada, Rupit, Alicante, Logroño, Soria, Nerja, … C’est mon pays. Je l’aime. J’ai un faible pour la Costa brava et pour la région de Soria, je l’avoue. Mon époux a vécu 4 mois à Madrid. Il adore cette ville et ses habitants. Moi, moins… mais on s’accorde pour Peratallada, Beget et les villages blancs des Alpujarras

J’ai vécu près de 7 ans à Barcelone. Ma famille vit dans les environs de cette ville extraordinaire que je considère encore mon chez moi autant que Montréal et Pointe-Claire. Quand l’avion approche de la ville, mon cœur se serre. J’arrive chez moi. Je me suis fait des amis et des connaissances merveilleuses… Joaquim, Núria, Alberto, Carles, Rosa, … Ces gens si ouverts et accueillants.

Mais je n’oublie pas aussi tous ces gens – oui, ces catalans - si fermés, arrogants, intransigeants, que j’ai rencontrés lors de ces années. Ces regards méprisants et ces mots que l’on m’a dit. Je m’en souviens. Je ne peux les oublier. C’est une chose d’être un visiteur, un conférencier, un touriste en Catalogne. C’est autre chose que d’y être un résident étranger. Car oui, j’étais et je suis, une étrangère. Même en ayant ma citoyenneté espagnole. Je n’étais pas une catalane. C’est une chose de voir la région pendant quelques jours et une autre d’y vivre et de venir d’ailleurs. Car bien que j’aie parfois vécu l’accueil chaleureux des gens dans certains endroits, j’ai aussi vécu la fermeture complète à l’étranger – touristes ou pas – dans d’autres endroits. Plus qu’une fermeture, un rejet et un dédain total.

C’est évident pour moi que le gouvernement espagnol se trompe. Il devait laisser aux catalans le droit de tenir ce référendum. De faire leur choix. Mais le gouvernement catalan se trompe aussi s’il déclare l’indépendance après ce vote… tant de gens n’ont pas osé se rendre aux urnes. Beaucoup ont eu peur de la répression policière ou n’ont pas voulu affronter la loi espagnole. D’autres ont voté uniquement pour montrer leur opposition à cette interdiction. D’autres s’en foutent complètement et n’ont pas ressenti le besoin d’aller voter. Car oui, les images sont une chose, la vie quotidienne une autre.

Ce qui se passe présentement dans mon pays est horrible. Les affrontements, la répression policière, … tout ça… La liberté, la démocratie, les cultures distinctes, … c’est important. Primordial.

Mais… tout n’est pas si blanc et noir quand il s’agit d’identité.
Je suis québécoise, catalane, canadienne, espagnole, un peu italienne aussi, je suis de Saint-Michel, Montréal-Nord, Villeray, Barcelone, Calafell et Pointe-Claire… sans oublier Ayer’s Cliff et Alicún… Je suis multiple et je pleure aujourd’hui.

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01 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : mirage

2017-10-02"L'eau, goutte à goutte, creuse le roc." [Théocrite]

Cela prend des années pour s'apercevoir que nos yeux nous jouent des tours. Mais petit à petit les masques s'effritent. La roche se transforme en sable tranquillement. Et les monstres apparaissent enfin. Là où ils ont toujours été.

Ils se cachent parfois. Ils savent comment être invisibles. On ne les voit pas. On ne les voit plus. Mais ils ont toujours été là.  Ce ne sont pas des mirages. Nous n’imaginons pas des fantômes. Ils sont là.

On a ri de nous. On nous a pointés du doigt en disant qu’on inventait des croque-mitaines. Mais les monstres sont réels, il suffit de vouloir les voir.

"Si tout est illusion, nos illusions sont illusoires." [Alain Pontaut]

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27 août 2017

Le moment captif du dimanche : surveillance

2017-08 (3)Observer, c’est perturber.” [Hubert Reeves]

Silence... Ne voyez-vous pas qu'il me regarde ? Il m'observe de ce globe oculaire impassible. Il ondule vers moi. Prêt à me digérer.

Il me semble qu'il chuchote mon nom. Écoutez, il crie mon nom. N'entendez-vous pas ? Il a la mauvaise prononciation car il déclame mon nom à reculons.

Il ne bouge pas. Il me surveille, je suppose. Il m'évalue et capture mes mouvements. Il a saisi toutes mes émotions. Il sait tout de moi. Regardez, il mémorise mon âme.

Son regard me caresse. Je ne suis plus. Je n'existe plus vraiment. Il m'a transformée. Je normalise ainsi l'importance de vivre. Il ne ferme jamais l'oeil. Je vivrai éternellement.

L'important, c'est de savoir ce qu'il faut observer.”  [Edgar Allan Poe]

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17 août 2017

Silence

2618Silence.

C'est toujours horrible. Mais là, c'est chez moi. Chez mon ancien chez moi. Là où j'ai marché un millier de fois.

C'est toujours horrible. Incompréhensible. Insoutenable.

Silence.

Mon père, ma famille, mes amis... ils sont tous ok, mais sous le choc. C'est chez nous.

Cela peut être ici, là, chez moi, chez vous, chez nous.

Silence.

Une photo d'un endroit que j'adore. Sans lien avec la tragédie. Juste pour me rappeler.

Silence.

Je n'ai pas peur. Juste triste et silencieuse. Et en colère.

 

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08 août 2017

Daddy Love / Joyce Carol Oates

DaddyLove01Daddy Love : roman / Joyce Carol Oates ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban. — Paris : P.Rey, c2016 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-84876-510-5

Quatrième de couverture

Avec Daddy Love, Joyce Carol Oates plonge son lecteur dans l'horreur. Une horreur qui commence au centre commercial où Robbie Whitcomb, cinq ans, est enlevé sous les yeux de sa mère.

Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons sont il se débarrasse dès qu'ils atteignent la puberté. Devenu "Gideon", Robbie va ainsi passer sept ans à obéir à Daddy Love. Mais qui est Daddy Love ? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Église de l'Espoir éternel, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé, un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement d'"éduquer" ses proies.

Approchant de l'âge "limite", alors que Daddy Love est déjà reparti en chasse, que va-t-il advenir de Gideon ? Sera-t-il éliminé comme ses prédécesseurs ? Parviendra-t-il à retrouver sa liberté ? Mais surtout, le souhaite-t-il ? Joyce Carol Oates nous fait vivre toute la complexité de cette captivité, et le lecteur ne manquera pas de se poser la question : que devient-on après des années d'intimité avec un monstre ?

L’auteur

Joyce Carol Oates est née en 1938 à Lockport dans l'État de New York aux États-Unis. Elle aime la littérature dès l'enfance et commence à écrire vers l'âge de 14 ans. Elle fréquente le Williamsville South High School où elle travaille pour le journal d'école et termine ses études secondaires en 1956. 

Elle poursuit ses études à l'Université de Syracuse où elle continue à écrire. En 1957, elle remporte un prix offert par le magazine Mademoiselle pour une nouvelle. Elle gradue en 1960 et poursuit ses études à l'Université du Wisconsin-DaddyLove02Madison où elle obtient une maîtrise en 1961. La même année, elle épouse Raymond Smith. Elle commence un doctorat à l'Université Rice, mais décide d'abandonner pour écrire et enseigner.

Elle enseigne tout d'abord au Texas puis à l'Université de Détroit puis  elle déménage au Canada pour enseigner à l'Université de Windsor. En 1974, elle fonde et est est co-éditrice avec son époux de la publication The Ontario Review. En 1978, elle revient aux États-Unis et enseigne à l'Université Princeton. Elle prend sa retraite en 2014.

Elle publie son premier roman, With Shuddering Fall en 1967. Elle ne cesse ensuite jamais d'écrire, publiant plus de 40 romans, de nombreuses nouvelles, pièces de théâtres, recueils de poésie et essais. Elle utilise parfois différents pseudonymes pour écrire, tels Rosamond Smith et Lauren Kelly. Elle remporte de nombreux prix littéraires, dont le National Book Award for Fiction, Bram Stoker Award for Novel, Prix Femina Étranger.

Compte Twitter de l'auteure

Bibliographie (incomplète : voir Bibliographie complète sur Wikipedia (anglais) )

Romans (56)

  • With Shuddering Fall (1964)
  • Them (1969)
  • Wonderland (1971)
  • Bellefleur (1980)
  • Lives of the Twins (1987) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • Foxfire : Confessions of a Girl Gang (1993)
  • Zombie (1995)
  • We were the Mulvaneys (1996)
  • Blonde (2000)
  • The Barrens (2001) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • The Tattooed Girl (2003)
  • Take me with you (2003) (sous le nom de Lauren Kelly)
  • The Gravedigger's Daughter (2007)
  • Daddy Love (2013)
  • The Accursed (2013)
  • Jack of Spades (2015)
  • The Man Without a Shadow (2016)
  • A Book of American Martyrs (2017)

De nombreux recueils de nouvelles et poésies, des novellas, des romans pour la jeunesse et pour enfants, des pièces de théâtre, des essais.

Mes commentaires

Lorsque chaque page nous captive mais que chaque mot nous horrifie, cela devient difficile de livrer nos impressions sur notre lecture. La quatrième de couverture semble tout dire. Oui, en quelque sorte. Nous avons bien ici le récit d’un enlèvement d’un jeune garçon par un pédophile qui élève et abuse de ses proies jusqu’à ce qu’ils atteignent la puberté, puis qui les tue lorsqu’il s’en lasse. Pour recommencer. Mais bien que la quatrième de couverture révèle toute l’histoire, nous ne savons rien.

Oui, nous savons que le ravisseur est un pasteur charmant ; oui, nous savons que le temps va passer et que Robbie, devenu Gideon, va grandir auprès de ce monstre ; oui, nous savons que bientôt Gideon sera trop vieux et que Daddy love voudra le remplacer ; oui, nous savons que Gideon aura peut-être la possibilité de retrouver la liberté, mais que ces années de captivité l’empêchera peut-être de la vouloir. Oui, nous savons tout cela juste en lisant le dos du livre.

Mais ne pas lire le livre pour cette raison serait passé à côté de beaucoup de choses. Ce serait ne pas lire un roman intense, abominable, sombre, captivant et terriblement humain.

Le roman nous livre l'amour et le désespoir d'une mère et d'un père. Nous serons témoins de leurs vies complètement brisées. Principalement, celle de la mère qui ne vit plus que pouce ce moment où elle a lâché la main de son fils. Son corps et son esprit ont été fracassés par le kidnappeur.

Mais le roman d'Oates nous livre aussi les pensées et désirs du kidnappeur, Daddy Love aussi connu comme prédicateur au nom de Chet Cash. On découvre un homme qui semble normal aux yeux des autres, un père aimant, pieux, discret. Mais nous connaissons ses secrets, ses méthodes, ses envies qui sont pour lui tout à fait normaux, sensés, justifiés.

Puis, il y a l'enfant. Nous apprendrons à connaître ses souffrances, ses peurs, ses espoirs. Mais surtout nous pouvons voir comment il apprend à vivre avec ce monstre qu'il appelle son père.

Tous ces points de vue se succèdent et nous offrent un roman multiple, dense, riche en émotions. L'auteure nous parle de pédophilie bien sûr, du syndrôme de Stockholm également, du sentiment de culpabilité des parents, mais aussi du puritanisme américain, de l'hypocrisie de la société et de l'aveuglement volontaire des gens qui ne voient pas ce qui est pourtant sous leurs yeux.

Joyce Carol Oates a choisi un sujet difficile qu'elle traite avec froideur et précision. Elle ne nous épargne aucun détail tout en restant subtile dans ses descriptions des traitements que subit Robbie. Ce qui n'empêche pas ces passages d'être extrêmement dérangeants et révoltants.

J'ai commencé mon commentaire en disant que j'avais de la difficulté à livrer me impressions sur ma lecture. On ne dirait pas à voir les paragraphes qui s'accumulent mais j'ai en effet de la difficulté à vous dire si j'ai adoré ou détesté le roman. Les deux je crois. Je lisais puis je m'arrêtais car je trouvais que cela n'avançait pas. Je trouvais mille et uns clichés et émotions convenues. Puis, je ne pouvais plus poser le livre et je lisais et lisais. Puis, je le déposais, dégoûtée par ce que je lisais. Je soupirais parfois car il me semblait avoir déjà lu - et vu - cette histoire des centaines de fois. Puis, je retenais mon souffle pour savoir ce qui allait arriver.

Puis j'ai sauté de joie par ce que je croyais être la fin tout en étant un peu déçue qu'elle soit si conventionnelle, avant de jeter le livre très loin enragée par la fin qui n'était pas celle que je croyais et qui était très décourageante. Lecture conflictuelle, much !

Les mots de l’auteur

« Ce qui la frappa sembla s'abattre verticalement, d'une hauteur au-dessus de sa tête. Elle crut voir (cela se passait beaucoup plus vite qu'elle ne pouvait l'enregistrer) un grand oiseau battant des ailes, un oiseau féroce, tel l'oiseau dévorant le foie de Prométhée, et aussitôt après elle tombait, les doigts de Robbie étaient arrachés aux siens, et l'enfant hurla : Maman ! » [p. 32]

« Et quand l'enfant obéirait et serait un vrai fils pour Daddy Love, il serait immédiatement récompensé par de la nourriture, de l'eau, le réconfort des bras puissants de Daddy Love et les douces intonations de sa voix. Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » p. 24

Pour en savoir un peu plus…

06 août 2017

Le moment captif du dimanche : perspectives

2017-08 (2)"Connaîtrions-nous le nom de Madame de Sévigné si elle avait eu le téléphone ?" [Jean Cocteau]

C'était mieux avant non ? Avant, on s'écrivait. On prenait le temps de se dire des choses sur une feuille de papier. On s'envoyait des cartes d'anniversaires qu'on avait soigneusement choisi. On ouvrait sa boîte au lettres et on y trouvait autre chose que des prospectus. Parfois une lettre d'un ami ou une carte postale d'une tante. Aujourd'hui, il n'y a même plus de factures. Juste des publicités.

Dans la lettre, on prenait son temps. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On n'écrivait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à notre écriture. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant. On ne perdait pas notre temps à écrire de longues lettres sans importance. On ne passait pas par quatre chemins pour dire ce que l'on voulait dire et on ne se perdait pas dans les figures de styles et les acrobaties grammaticales. On s'assoyait tout près l'un de l'autre et on se parlait doucement. On se racontait nos bonheurs et nos malheurs.

Dans la conversation, on reconstruisait le monde. On disait des choses importantes. Ou parfois moins importantes. Mais on prenait le temps d'y réfléchir. On ne disait pas n'importe quoi. Et on faisait attention à nos mots, à nos intonations. Oui, c'était mieux avant.

C'était mieux avant non ? On ne s'écrivait pas des textos secs, rapides et tronqués. On prenait le temps de s'appeler, de prendre des nouvelles. On ne s'envoyait pas des messages sur Facebook ou par courriel. On ne prenait pas une simple photo pour dire qu'on était heureux ou malheureux. On ne partageait pas notre vie en un texte de 140 caractères.

Au téléphone, on passait des heures à parler avec nos amis, notre famille. On appelait pour raconter nos vies. On appelait pour parler de la pluie ou du beau temps. On appelait simplement pour entendre la voix de l'être aimé. On appelait pour dire notre façon de penser. On prenait le temps de dire les choses. On ne les résumait pas en une fraction de seconde. On était moins pressé. C'était mieux avant non ?

Oui, c'était mieux avant... on avait tellement de plateformes pour exprimer nos pensées. Que quelques clics et tout était dit. On ne perdait pas notre temps à....

C'était mieux avant non ? Oui, c'est toujours mieux avant...

"Une heure de conversation vaut mieux que cinquante lettres" [Madame de Sévigné]

23 juillet 2017

Le moment captif du dimanche : apprendre à ouvrir et à fermer

2017-07"Donnez-leur une clé et laissez les gens ouvrir leurs propres serrures." [Robert R. McCammon]

J'ai un secret. C'est le mien. Tu as un secret. C'est le tien. Je garde précieusement la clé de mon secret. Et tu gardes la tienne. Tu souris, je souris. Nous ne voulons pas laisser nos secrets s'échapper. Nous les gardons jalousement, individuellement.

J'essaie d'ignorer la clé dans ma main. Je ne veux pas laisser mon secret s'évader. Tu trouves la clé dans ta main si belle. Mais tu sais qu'elle peut laisser ton secret s'échapper.

Je ne connais pas ton secret. Tu ne connais pas le mien. J'ai peur de mon secret. Et j'ai peur de connaître le tien.

Je tiens ma clé. Tu tiens ta clé. Nous avons chacun notre clé. Derrière nos portes, se cachent des secrets. Ils nous appartiennent. Ils font partis de nous. C'est à moi de te les dire. C'est à toi de me les dire.

J'ai un secret. J'aimerais le partager. Tu veux l'entendre ?

"Il n'y a rien de plus beau qu'une clef, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre." [Maurice Maeterlinck]

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11 juillet 2017

De la fabrication des fantômes de Franck Manuel

FabFantome1De la fabrication des fantômes / Franck Manuel.  — Toulouse : Anacharsis, [2016] – 121 p. : 20 cm. – ISBN 979-10 -92011-32-6

Quatrième de couverture

Aujourd’hui, il est le roi de la fête. Il a cent ans. Sous ses yeux fatigués s’agite sa descendance. Tous des étrangers. Sauf Lucie, belle, insolente, une lueur de cruauté dans
le regard. Elle n’a jamais eu peur de lui. Elle connaît pourtant la terreur qu’il inspire, cette histoire d’ogre, de passe-muraille, de chats mangés vifs.

Mais il faut qu’elle sache. Alors elle le traîne sur les lieux du drame, survenu trente-sept ans plus tôt. Ce sera son cadeau d’anniversaire.
Dans la petite pièce poussiéreuse, face au mur couvert de mots épars écrits au crayon gris, les fantômes vont prendre corps.
Franck Manuel invente peut-être ici un registre littéraire inédit : le terrible magique.

L’auteur

Franck Manuel est né en 1973 dans le département Le Loiret au sud de Paris. Il étudie en Lettres à Toulouse et travaille comme facteur. Il FabFantome2obtient son doctorat en 2006. Il enseigne le français au lycée. Il publie son premier roman « Le facteur phi » en 2013.

Bibliographie

  • Le Facteur phi (2013)
  • 029-Marie (2014)
  • De la fabrication des fantômes (2016)

Mes commentaires

2073, un homme célèbre ses 100 ans parmi sa famille. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, conjoints, ils ont été le chercher spécialement pour l'occasion. Il ne les écoute pas vraiment, perdu dans ses souvenirs. Sa famille ne s'occupe pas vraiment de lui non plus. À part l'occasionnel "encore un peu de gâteau ?", ils l'évitent autant que possible. Il est vieux et il est probablement fou. Après tout, après la mort de sa femme, il a escaladé des murs, il a erré dans la cour des voisins, envahi la vie des gens à leur insu, s'est réfugié dans une maison abandonnée, a vraisemblement tué et mangé des chats et quoi d'autres... on ne le sait pas. Sa famille en a légèrement peur, sauf son arrière-petite-fille, Lucie.

Lucie n'a pas peur de lui et elle veut savoir ce qui s'est réellement passé. Elle lui prépare donc une surprise pour son anniversaire. Elle va le ramener sur les lieux de ses crimes, dans la maison abandonnée, où les ossements de chats furent retrouvés ainsi que des mots écrits sur les murs. Des mots, des phrases qui semblent sans sens. Elle veut savoir et espère que de ramener le vieillard dans cette pièce le fera parler.

Il ne parlera pas mais nous le suivrons dans ses souvenirs. Pas nécessairement ordonnés mais qui nous amèneront sur les traces de moments de son enfance, de son amour pour son épouse, son désespoir et son inertie face au cancer et à la mort de celle-ci, son voyage par-dessus les murs, chez les autres, sa découverte des mots mystérieux et impénétrables sur un mur, et sa fabrication de fantômes. De fantômes sanguinaires, obsessiifs et affamés.

Lécriture de Manuel est nette, douce et froide en même temps. Le roman est intriguant. Il m'a envoûtée pendant toute ma lecture. J'ai aimé ce soupçon de futur qui ne m'a pas semblé si loin, j'aurais moi-même 102 ans en 2073. J'ai aimé le côté fantastique des fantômes dévoreurs de chats. J'ai aimé ces murs à la fois obstacles, supports et libération. J'ai aimé suivre le cheminement de ce veuf apathique devant la maladie et la mort de son amour. Et pourtant, j'ai refermé le livre avec l'impression qu'il me manquait quelque chose... que je n'avais pas lu tout ce que j'aurais pu lire. Que des mots n'étaient pas là ou que je n'avais pas su les lire. Et pourtant... j'ai bien aimé les secrets, les sensations, les souvenirs, la folie et les fantômes.

Les mots de l’auteur

« La mémoire n’est pas chronologique. Elle est topographique. Une vaste mer. Des failles. Des îlots. Des volcans. Des cendres aériennes. Ce souvenir de gauche. Celui-ci de droite. Même si la notion de droite ou de gauche est relative en pleine mer. Quant à un éventuel centre… Sa conscience flotte et ride la surface sur laquelle, surgie d’on ne sait où, tournoie la robe blanche de Rosalie. » p. 1

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans le webzine SuperFlux : le Toulousain indispensable
  • Avis sur Babelio
  • Avis sur CritiquesLibres