09 juillet 2017

Le moment captif d'un dimanche : savoir s'étourdir

2017-07-09"La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ?" [Anne Hébert]

Elle aurait pu danser toute la journée, toute la nuit. Suivre les oiseaux dans leurs envolées. Elle voulait crier, rire, chanter et surtout danser. Tous les moments de sa vie étaient une occasion de laisser son corps écrire un poème, une chanson unique.

Mais il y avait l'école et les devoirs. Il fallait être sérieuse. Et elle était sérieuse. Elle pratiquait tous les jours, son piano, son ballet. Elle faisait ses devoirs et étudiait consciencieusement. Elle écoutait ses parents, ses professeurs, ses instructeurs. Elle était sage.

Mais les oiseaux lui chantaient une mélodie envoûtante, irrésistible. Elle hésite un moment. Elle n'ose pas s'élancer, les rejoindre. Elle se questionne. Elle entend tout le monde lui dire qu'elle doit être sérieuse. Elle doit être sage. Mais doit-elle être sage ?

"La danse est une poésie muette" [Simonide de Céos]

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05 juillet 2017

Indésirable d'Yrsa Sigurdardóttir

Yrsa Sigurdardóttir 1Indésirable / Yrsa Sigurdardóttir ; roman traduit de l'islandais par Catherine Mercy.  — [Arles] : Actes Sud, [2016] – 318 p. ;  24 cm. – ISBN 978-2-330-05802-9. – (Coll. Actes noirs)

Quatrième de couverture

Employé d’un obscur bureau gouvernemental islandais, Óðinn est chargé d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes dans les années 1970. L’établissement est fermé depuis longtemps, mais des abus mis au jour dans d’autres centres incitent l’État à passer ces foyers au peigne fin pour éviter tout nouveau scandale.
Une chape de silence semble peser sur Krókur, mais peu à peu Óðinn découvre que de sombres secrets entourent les anciens pensionnaires. À l’époque, deux jeunes garçons y avaient mystérieusement trouvé la mort, asphyxiés dans une voiture. Et personne ne sait vraiment ce qui est arrivé au bébé du couple qui gérait le foyer, disparu le jour de sa naissance, et dont le destin macabre semble encore hanter les lieux.
À mesure qu’il creuse l’affaire, Óðinn se met à entendre des voix, comme si les fantômes du passé, réveillés contre leur gré, s’insinuaient dans sa propre vie. La bouche d’ombre susurre à son oreille, et lentement tout bascule. Le doute, frère du malaise, rogne peu à peu les fragiles certitudes de son existence : la mort récente de son ex-femme était-elle vraiment un accident ? Et qu’a vraiment vu sa fille de onze ans ce jour-là ?
Jouant habilement des ressorts du surnaturel, Yrsa Sigurðard-ottir, voix singulière de la littérature policière islandaise, signe un thriller spectral et glaçant.

L’auteur

Vilborg Yrsa Sigurðardóttir est née en 1963 à Reyjavik en Islande. Elle étudie en ingénierie civile  à l’Université d’Islande et obtient son diplôme en 1988. Elle poursuivra ses études à l’Université Concordia à Montréal toujours dans le même domaine et obtient sa maîtrise en 1997.Yrsa Sigurdardóttir

Elle travaille comme ingénieur civile pour la firme Fjarhitun, qui fait maintenant partie de la firme de consultation multidisciplinaire en ingénierie Verkís. En 1998, elle publie son premier livre en littérature jeunesse. Elle continue à écrire pour les enfants et en 2000, elle reçoit un prix du IBBY (International Board on Books for Young People). Elle commence à écrire des romans policiers en 2005. Ses romans ont été traduits dans de nombreuses langues dont le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe, etc. Elle a également reçu de nombreux prix en Islande pour son œuvre, entre autre le Prix Blóðdropinn pour Ég man þig en 2011 et pour DNA en 2015.

Elle vie aujourd’hui à Reyjavik avec sa famille et poursuit en parallèle sa carrière d’ingénieur et d’écrivaine.

Profil Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Þar lágu Danir í því (1998) (Littérature jeunesse)
  • Við viljum jólin í júlí (1999) (Littérature jeunesse)
  • Barnapíubófinn, Búkolla og bókarræninginn (2000) (Littérature jeunesse)
  • B 10 (2001) (Littérature jeunesse)
  • Biobörn (2003) (Littérature jeunesse)
  • Þriðja táknið (2005) (Roman policier : Ultimes rituels)
  • Sér grefur gröf (2006) (Roman policier : Bien mal acquis)
  • Aska (2007) (Roman policier)
  • Auðnin (2008) (Roman policier)
  • Horfðu á mig (2009) (Roman policier)
  • Ég man þig (2010) (Roman policier : Je sais qui tu es)
  • Brakið (2011)
  • Kuldi (2012) (Roman policier : Indésirable)
  • Lygi (2013)
  • DNA (2014)
  • Sogið (2015)
  • Aflausn (2016)

Mes commentaires

J'ai absolument adoré ce roman ! Même la petite touche "fantastique" qui a achalé quelques lecteurs ne m'a pas dérangée. C'était très subtil, et puis, qui n'a pas déjà vécu un peu de surréel dans sa vie... ces moments qu'on ne peut expliquer ! Mais je le répète, cette touche est très petite et le roman est avant tout une superbe histoire qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Bon, certains lecteurs ont vu des inconsistances dans la fin ou encore de trop grosses coïncidences, et vous savez que cela me refroidit habituellement. Mais bon... j'ai adoré ce roman. Et voilà. Et l'histoire ? Hum, voyons voir...

Le roman débute par une scène difficile. Un père et sa fille sont dans une voiture en marche dans un garage. Tout porte à croire que le père cherche à trouver la mort par asphyxie et veut que sa fille le suive dans la mort. Pourquoi ?

Óðinn est un homme de 35 ans, divorcé, qui avait laissé la garde de sa fille à son ex-épouse Lára, fortement aidée de la mère de celle-ci. Son couple était disfonctionnel et il ne se sentait pas l'âme d'un père. Mais la vie d'Óðinn va changer du jour au lendemain. Son ex-épouse a trouvé la mort en tombant de sa fenêtre et il doit maintenant s'occuper seul de leur petite fille, Rún. Il s'ennuie dans son travail de commissaire d'enquête sociale et se voit attribuer un nouveau dossier - sa collègue qui s'en occupait est brutalement décédée - dont il ne veut pas. Plusieurs abus dans des centres et foyers pour jeunes en Islande ont récemment fait surfaces et il doit enquêter sur la mort de deux jeunes adolescents retrouvés morts dans la voiture des propriétaires de leur foyer en 1974. Et alors qu'il avance dans son enquête, Óðinn, commence à se questionner sur la mort de son ex-femme.

Le roman nous propose donc deux histoires : l'enquête sur le drame survenu dans le foyer, il y a plusieurs années auparavent et la recherche de la vérité sur la mort de Lára. Le récit sautera également du passé au présent. Les événements sur lesquels Óðinn enquêtent nous seront racontés par une jeune femme qui travaillait dans le foyer à ce moment. Puis nous suivons Óðinn dans le présent, dans ses enquêtes et dans sa relation avec sa fille.

Et puis, comme d'habitude toutes les histoires finiront par se rejoindre. C'est mon seul bémol avec ce roman que j'ai pourtant adoré. On dirait que dernièrement tous les romans policiers proposent plusieurs histoires qui semblent complètement différentes mais qui finissent toujours par être reliées. Même la scène du début trouvera un sens et un lien. Quoique j'avoue que la fin m'a un peu prise par surprise. Et m'a vraiment secouée. Et, je ne peux résister... non, son ex-femme n'est pas morte accidentellement...

Le roman est oppressant, sombre et glaçant. L'histoire dans le foyer est très intéressante et les retours dans le passé très bien menés. Les problèmes et inquiétudes d'Óðinn sont également très bien racontés. Nous ne pouvons qu'être intrigués par la relation du père et de sa fille et par les interrogations d'Óðinn sur la mort de son ex-femme. Et nous passons d'une époque et d'une histoire à l'autre facilement sans perdre le fil d'aucune histoire. 

J'ai beaucoup aimé ce roman d'une auteur que je ne connaissais pas... même la petite touche fantastique !

Les mots de l’auteur

« Arrivée au bout de l’aile du dortoir des garçons, elle s’était habituée à l’obscurité. Une demi-lune s’était libérée des nuages, la surface enneigée scintillait de bleu à perte de vue. Seuls les buissons nus projetaient leur ombre sur le paysage. Ils lui rappelaient qu’il faisait encore nuit et qu’elle devrait être en train de dormir et de rêver à quelque chose de beau, impatiente de se réveiller pour profiter de son jour de congé en ville. Mais cette perspective était compromise, désormais. Elle ne serait jamais prête au moment du passage du facteur. Elle n’aurait pas la force d’attendre sur la route qu’une voiture inconnue l’emmène. » p. 160

Pour en savoir un peu plus…

  • Article Wikipedia sur l'auteur
  • Article dans le journal La Presse
  • L'avis de Marc-André Amyot dans la Bible urbaine
  • L'avis de Claude Le Nocher sur le blogue Action-Suspense
  • Avis sur Lecteurs.com
  • Avis sur Babelio

 

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30 juin 2017

La noyade du marchand de parapluies de Francis Malka

parapluie2La noyade du marchand de parapluies / Francis Malka.  — Montréal : Hurtubise, c2010 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89647-201-7. -- (Coll. AmÉrica)

Quatrième de couverture

J'ai autrefois eu en ma possession un livre qui racontait l'histoire de l'Homme. Toute, jusque dans ses détails les plus obscurs. Des cataclysmes naturels à la genèse des grandes guerres, des débuts de l'Inquisition au creux des plus profondes récessions, des plus importantes découvertes jusqu'à la chute des souverains tout-puissants, tout y était.

J'ai, malgré moi, fréquenté ce livre pendant trop longtemps.

En fait, je l'avoue, c'est moi qui l'ai écrit.

Avant même que tous ces événements aient bel et bien lieu.

L’auteur

Francis Malka est né en 1969 à Montréal. Il étudie d'abord en musique au Conservatoire de musique de Montréal puis en génie mécanique à l'École polytechnique.

En 1988, à l'âge de 19 ans, il crée le premier logiciel de correction parapluiesgrammaticale, Hugo plus. En 1995, Microsoft intègrera ses outils de correction du français à la suite Office. L'année suivante, Malka fonde l'entreprise Semantix, spécialisée en linguistique computationnelle. Sept ans plus tard, il vend son entreprise à la société américaine, Convera. Il travaille ensuite à l'élaboration de logiciels de recherche spécialisés pour diverses agences de sécurités, incluant le FBI, la CIA et la NSA.

Il publie son premier roman, Le jardinier de monsieur Chaos, en 2007. En 2011, il reçoit le Prix des écrivains francophones d'Amérique et Le Grand Prix littéraire de la Montérégie pour son roman La noyade du marchand de parapluie.

Les profils LinkedIn et Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Le jardinier de monsieur Chaos (2007)
  • Le violoncelliste sourd (2008)
  • La noyade du marchand de parapluies (2010)
  • Le testament du professeur Zuckerman (2012)

Mes commentaires

Alors je me dois d'avouer qu'encore une fois mon choix fut purement superficiel. Le titre et la couverture ont suffit pour me convaincre de prendre le roman. La quatrième de couverture, quant à elle, ne me disait rien de bien intéressant. En fait s'il avait eu une couverture et un titre différent, je n'aurais jamais emprunté le livre. Et la première phrase du prologue a achevé de me convaincre : "L'histoire que je m'apprête à vous raconter n'est ni celle d'un marchand de parapluies, ni celle d'une noyade.". Je devais lire ce livre !

En fait tout est dit dans ce prologue. Le narrateur, s'adressant à nous, nous dit que nous n'aurons pas non plus droit à son histoire car il n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal est un livre. Un livre qui raconte l'histoire du monde et dans lequel il va figurer. C'est un livre qui est poursuivi par des gens qui veulent écrire l'histoire, leur histoire. Mais le livre ne peut être vendu, acheté ou volé. Il doit être donné. Et c'est un marchand de parapluies qui donnera le livre au narrateur, un cordonnier, en 1039 dans un petit village du Sud de la France.

Nous suivrons alors le narrateur dans sa découverte des pouvoirs du livre. Un livre qui écrit par lui-même des merveilles et des atrocités. Un livre qui interprète à sa guise ce qu'on y écrit soi-même. C'est ainsi que le narrateur devra apprendre à vivre avec le livre, à le protéger, le respecter et comme il le dit lui-même dans ce même prologue : "à survivre à ses ires imprévisibles". Car la "puissance de ce livre ne réside pas dans les mots qui y sont écrits, mais dans ceux qui n'y figurent pas encore."

Le roman débute au XIe siècle et se poursuivra pendant des siècles. Nous passons à travers l'Histoire, accompagnés du livre mystérieux et du pauvre cordonnier qui bien semble bien éternel. Le narrateur vit plusieurs grands moments de l'Histoire : construction de la tour de Pise, découverte de l'Amérique, etc. Il en écrit des moments dans son livre, provoque des événements, souvent catastrophiques et réussit tout de même à très bien tirer son épingle du jeu. Mais le poids du livre est tout de même difficile à supporter et il demeure très seul. Lorsqu'il écrit des moments de sa propre histoire, il provoque souvent des désastres mondiaux. Il doit donc garder le livre caché et y écrire avec soin. Est-ce qu'il apprend de ses erreurs ? Un peu. Est-ce qu'il retient quelque chose des différents événements historiques qu'il vit ? Pas vraiment. Mais il apprend que vouloir quelque chose - même insignifiante - peut avoir des conséquences dramatiques et insoupçonnées.

Nous avons ici un heureux mélange de genres... un soupçon de surréalisme et de fantastique, un peu d'aventures et de romance, et beaucoup d'éléments historiques. On a l'impression de lire un roman historique oscillant entre le conte et le roman d'aventures. J'ai tout simplement adoré. L'écriture de Malka est très fluide et on suit aisément l'histoire.

L'auteur prend bien quelques libertés avec les faits et l'histoire - je ne crois pas que le parapluie existait comme tel au XIe siècle - mais cela ne m'a pas dérangée du tout. Quand on parle d'un livre mystérieux qui emporte son propriétaire, auteur et lecteur à travers les siècles, on ne s'attarde pas sur les petites inconsistances historiques. Ce roman traite d'impossibilités, tout simplement. Et c'est très bien comme ça.

Les mots de l’auteur

« Mais n’ayez crainte, car aucun homme – de l’historien le mieux renseigné au chercheur le plus astucieux ou au mercenaire le mieux payé – ne mettra la main sur ce manuscrit. Ce dernier fait en effet partie d’une classe d’objets à part, qu’on ne peut domestiquer, dont on ne peut prendre possession. On ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le voler. Certains vont même lui prêter une volonté, prétendant qu’il a l’étrange faculté d’influer sur son destin et la capacité de choisir son maître. » p. [10]

Pour en savoir un peu plus…

26 juin 2017

Dolmen de la Creu de Falibe

Lorsque nous habitions à Barcelone, nous avons reçu beaucoup de visites. Famille et amis sont venus nous voir et surtout visiter les environs. Nous faisions évidemment le tour des choses à voir à Barcelone. C'était facile. Il y a tant de choses à visiter... églises, musées... en fait chaque rue a quelque chose à voir. Les gens restaient souvent plusieurs semaines et donc, nous sortions aussi souvent de la ville. Habituellement, nous amenions les gens voir des DSCN7696endroits que nous avions "testés" : villes, villages, monastères, abbayes... Nous amenions les gens à des endroits que nous avions visités et aimés.

Parce qu'il y avait toujours une sorte de stress bizarre qui accompagnait nos visites. Pour une raison incertaine et irrationnelle, nous - enfin, surtout moi - avions toujours peur que nos invités soient déçus par ce que nous les amenions visiter. Donc en allant voir des endroits connus et que nous aimions bien, on avait moins de chance de décevoir. Je sais que c'est un peu stupide mais nous voulions vraiment que nos visiteurs aiment leur voyage.

Mais évidemment, nous ne pouvons pas plaire à tout le monde, tout le temps. Et des endroits que nous trouvons extraordinaires peuvent sembler ordinaires à d'autres. En général, nous allions voir nos valeurs sûres et c'était parfait. Parfois les gens sont un peu moins enthousiastes que nous, mais toujours contents de la visite.

566_09 Visite d'AnnikUne amie est venue nous visiter pendant quelques semaines. Comme d'habitude nous avons visité Barcelone qu'elle a adorée. Puis, nous avons fait quelques petites excursions en dehors de la ville. Nous avons visité quelques villages espagnols et aussi fait un saut dans le Languedoc et dans les Pyrénéées-Orientales. Que des endroits que nous avions déjà vu. Tout se passait super bien. On se dirige vers Castelnou, un petit village que nous aimons bien pour prendre le repas du soir avant de retourner à Barcelone. La journée à été longue, chargée mais superbe. Et puis, je vois sur la carte qu'il y a un dolmen pas trop loin. Vous me connaissez... j'adore les dolmens. Je suggère de faire le détour avant d'arriver à Castelnou. Cela ne semble pas loin, mais vous connaissez les petites routes campagnardes dans les montagnes... tout est tortueux et prend un millions de fois plus de temps que la carte ne le laisse entendre.

On arrive enfin à un croisement avec un petit chemin. Un panneau indique "Dolmen". On devrait y arriver bientôt. On quitte la D2 et on prend le petit chemin. Mais c'est encore long... ça prend un temps fou. Evidemment, comme je commence à trouver que cela prend beaucoup plus de temps que prévu, j'ai l'impression que le chemin est interminable. PisTout est habitué à ce que ce soit si long, ça nous arrive souvent de faire des heures de voitures pour voir uniquement un dolmen, une chapelle, une rivière. Mais pas notre amie. Elle ne dit rien mais j'ai peur qu'elle ne soit fatiguée et qu'elle trouve que nous perdons notre temps dans des routes sinueuses pour aller voir un tas de roches. Il commence à se faire tard et nous devrons revenir sur nos pas pour aller à Castelnou qui est encore loin.

Je commence à stresser. Ce dolmen a besoin d'en valoir la peine. Ils sont parfois en piteux états. À mes yeux, ils sont tout aussi fascinants, mais je reconnais qu'ils sont parfois assez ordinaires et à peine visibles. Nous arrivons à un autre croisement avec un plus petit chemin. On s'engage avec la voiture. Et après quelques minutes, il est là, tout près de la route. Je respire.568_09 Visite d'Annik

Il est en bon état. Il semble avoir été restauré. Et il se trouve au centre d'un cairn circulaire (tumulus de pierres). Nous n'en avons pas vu beaucoup ainsi. Je suis très contente. Il est magnifique. Nous en faisons le tour. Il en valait la peine, c'est certain. Et la pierre de couverture est couverte de symboles... Récents, anciens, je ne le sais pas encore, mais je suis toute énervée.

Mon amie semble contente. Mais je la sens fatiguée. Je sais que ce fut beaucoup de routes pour quelques pierres ; même si elles ont été assemblées il y a trois milles ans ; même si elles ont protégé la dépouille d'un ou d'une inconnue. Ce n'est pas tout le monde qui a les larmes aux yeux à la vue d'un tas de pierres. Je pense que mon amie était quand même impressionnée par le site. Mais le soleil tombe rapidement et nous avons un petit village à rejoindre si on veut manger avant que le restaurant ne ferme.

Mais j'ai appris la leçon... finis les détour  interminable  à la tombée du jour, pour aller voir des pierres. Aussi anciennes et remplies d'histoires soient-elles. Hum... vraiment ?

Caractéristiques

  • Nom: Dolmen de la Creu de Falibe
  • Autres noms: La Creu de la Llosa
  • Légende :
  • Situation: Saint-Michel-de-Llotes, Département des Pyrénées-Orientales, France.
  • Coordonnées : Latitude: 42.634216N  Longitude: 2.643614E
  • Altitude : 466 mètres.
  • Axe : Nord-Ouest / Sud-Est
  • Fonction: Tombe mégalithique
  • Type: Dolmen avec cairn (tumulus de pierres)
  • Âge: Néolithique final, fin du IIIe millénaire
  • Découverte : Étudié pour la première fois en 1930 par  Eugène Devaux
  • Restauration : Restauré en 1996 par J-Ph Bocquenet.

Description

Le dolmen se trouve au centre d'un cairn (tumulus de pierres) d'un diamètre d'environ 10 m. délimité par un cercle de grosses pierres. La chambre principale est rectangulaire et a une dimension de 2,5 m. par 1,5 m. Elle est faite de quatre pierres, fermée au Nord par une autre dalle plus petite et est couverte d'une grande dalle de 1,95 m par 1,30 m. gravée de lignes, croix et autres marques et signes. Les croix seraient certainement une christianisation des signes gravés. Elle a une épaisseur variant entre 15 et 25 cm. Une rigole fait le tour, possiblement pour récupérer un liquide. On suppose que la dalle aurait pu être utilisé pour faire des offrandes aux morts ensevelis sous le dolmen.

Le site a été étudié par Eugène Devaux en 1930. Mais il aurait été pillé avant sa découverte officielle. Peu de vestiges a donc été retrouvés : quelques tessons de poteries. Le dolmen et son cairn ont été restaurés en 1996 par J-Ph Bocquenet. Le cairn a été constitué de pierres de shistes de 7 m. de large. Pour toutes les dimensions des dalles ou pour plus d'information sur la datation du site, visitez les sites mentionnés plus bas. Plusieurs indices laissent supposer des destructions ou des déplacements de pierres.

Il y a deux autres dolmens à visiter tout près. Les dolmens sont situés sur un chemin de transhumance utilisé depuis des siècles. On dit que les bergers laissent une marque sur la dalle du dolmen de la Creu de Falibe lors de leurs passages afin de les préserver eux et leurs troupeaux de tout ce qui peut nuire à leur santé.

Pour en savoir plus

  • Article sur Wikipedia
  • Informations sur le site Lieux insolites en France et ailleurs
  • Informations sur le site Les Pyrénées-Orientales
  • Fiche sur The Magalithic Portal
  • Fiche sur le site Mégalithes du monde

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17 juin 2017

Te laisser partir...

391_1999"Il y a des moments où elle est là tout entière, réceptive aux allées et venues dans la chambre, aux présences autour de son lit. Il y a des moments où l'étau de la morphine se desserre et où elle voudrait se redresser, participer, être ce qu'elle a toujours été, vivante, présente, pleine de mots et d'attentions. Tu lui parles, ses doigts bougent. Tu lui caresses le front, tu lui dis qu'elle est belle. Elle fronce légèrement les sourcils et ce mouvement te fait sourire : elle pense encore que tu as de drôles d'idées.

Il y a des moments où elle s'en va, où tu la regardes s'éloigner, où tu ne sais plus comment l'atteindre. Tu as peur qu'elle n'ai plus la force de rester et tu t'accroches à sa respiration, tu scrutes son visage." p. 99

"Il y aura d'autres matins où tu lui diras que tu l'aimes et que ce sera toujours comme ça. Mais ce jour là, en prenant ton élan du plus loin de l'enfance, que tu peux la laisser s'en aller." p. 102

[Vingt-quatre mille baisers - Françoise de Luca]

Merci Madame de Luca pour ces mots qui me rappelle ma mère. Mais même si je me disais prête, on ne l'est jamais vraiment... Je ne l'étais pas. Nous ne l'étions pas. 15 ans sans toi... une éternité. Je t'aime maman.

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11 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : rapidité

093_1977"Age is a case of mind over matter. If you don't mind, it don't matter" [Satchel Paige]

À 6 ans, il me manquait quelques dents et un clown sur une poche. À 46 ans, j'ai quelques cheveux blancs et des rides sur le visages, dans le cou, sur les mains.

Contrairement à beaucoup de gens de mon entourage, j'aime mon âge. Je ne panique pas à l'idée de vieillir. C'est parfois étrange mais pas effrayant. Dans ma tête, je ne sais pas trop quel âge j'ai réellement. Je n'ai pas l'impression d'avoir 46 ans, mais je n'ai pas non plus l'impression d'avoir 20 ans. C'est intemporel dans ma tête. Mon corps lui, il sait bien qu'il n'a pas 20 ans, ni même 35 ans. Mais ça c'est une autre histoire.

Mais il y a parfois des moments que ces années qui passent si rapidement me terrifient. J'ai l'impression que le temps passe trop vite et que je n'en profite pas assez. Bientôt j'aurai 50 ans, puis 90 ans. Et est-ce que j'aurai vraiment profité de mon temps sur cette terre ? Est-ce que j'aurai gaspillé des jours, des heures, des années ? Est-ce que je me pose trop de questions ?

"Don't just count your years, make your years count" [George Meredith]

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04 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : un ourson pour dormir

2017-06"Il faut beaucoup d'amour pour transformer un nounours en meilleur ami" [Pam Brown]

Il est là. Il écoute. Sans rien dire. On le prend. On l'écrase sur notre poitrine. On l'écrabouille sur notre coeur. On lui dit tout. On lui murmure nos secrets. Nos larmes et nos rires. Mais surtout nos larmes. Il écoute. Il se laisse tordre dans tous les sens. Il se cache dans notre cou. Et il écoute.

On le jette dans un coin. Il attend. Puis on le reprend. Et on le chatouille, on le caresse, on le bécote. Puis on le brutalise un peu, il se dandine au bout de notre bras, il a peur pour ses coutures. Il nous pardonne nos humeurs instables. Car il sait qu'on a besoin de lui.

On l'a perdu. On panique. On ne peut vivre sans lui. On pleure, on crie. Il a disparu. Et s'il était parti ? S'il ne voulait plus de nous ? On le retrouve. Il était sous le lit. On l'emprisonne dans nos bras. On ne le laissera plus jamais.

Mais il faut le laisser. Il faut partir. Il reste là. Sans qu'on le voit, il va à la fenêtre. Il nous regarde partir. Il a peur pour nous. Mais il est fier. Il connait tous nos secrets. Il sait qu'on va être fort. Il sait qu'on aura nos faiblesses. Il attend. Et quand on va revenir, on lui racontera nos défaites et nos exploits.

"Un nounours est la seule chose qui protège du noir" [Helen Thompson]

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27 mai 2017

Dolmen de la Devesa

DSC_9249En 2012, lorsque nous avons fait notre premier retour en Espagne pour visiter mon père, nous n'avons pas pu résister à la tentation de ressortir notre carte de l'Alt Empordà avec tous ces merveilleux sites mégalithiques à explorer.

Un trajet nous semblait particulièrement intéressant. Situé près de Palau Saverdera, il permettait de voir trois sites : le Dolmen del mas Bofill, le Dolmen de la Devesa et le village néolithique de Ca n'Isach. Les trois endroits semblaient près de la route, ce qui faisait notre affaire. On se rappelait trop bien nos péripéties lors de notre visite au Dolmen de la Vinya del Rei.

Et donc direction Palau Saverdera. Nous commençons par le village néolithique, assez bien conservé, bien présenté et mis en valeur et surtout très intéressant. Puis nous allons voir le Domen del mas Bofill. Le dolmen est tout près de la route et carrément à côté d'une habitation. Toujours étrange de voir comment les gens se sont bâtis autour de vestiges anciens ; sans vraiment s'en soucier mais en ne les abîmant pas trop non plus. Le dolmen est très bien. Nous voulons ensuite voir le troisième site, le Dolmen de la Devesa. Selon notre carte, celui-ci est un peu éloigné de la route mais tout près du Dolmen del mas Bofill. Il faut passer derrière ladite habitation et suivre un chemin en terre. Tout est bien indiqué, cela ne semble pas bien loin (selon la carte) mais il est 18 h. Il commence à se faire tard. On hésite un instant. Mais selon la carte, c'est tout près ... et puis même si nous sommes au début d'octobre, 18 h c'est encore tôt... et il fait un soleil resplendisant. DSC_9262

On s'engage sur le sentier. Le soleil brille. Le sentier est superbe. On avance. La carte nous rappelle que le dolmen est proche. On avance et on monte. La vue est magnifique. Et on monte. Et on monte. Le sentier n'arrête plus de monter. Et s'il est très bien défini, il traverse une flore, qui est non seulement dense, mais ma foi, assez piquante ! Et on monte, monte, monte. La carte nous montrait-elle la distance à vol d'oiseau ? Car nous n'arrêtons pas de tourner et tourner dans le sentier qui est tout sauf droit. Malgré nos tentatives pour nous protéger, nos bras sont complètement couverts d'égratignures. Et le soleil commence à se coucher.... le paresseux. Je fais un arrêt et je questionne : on rebrousse chemin ou on continue ? C'est que le chemin a beau être assez bien défini, dans le noir - et noir il fera quand le soleil aura disparu - je ne suis pas certaine que nous pourrons le retrouver. Après une petite discussion, on décide de continuer (je veux absolument voir le dolmen et c'est si proche et PisTout m'assure qu'il saura retrouver son chemin... oui, je sais, on se dit n'importe quoi !).

DSC_9295Alors, on continue. Le dolmen ne devrait pas être loin. On accélère le pas. Le coucher de soleil est époustoufflant mais assez inquiétant. Je commence à être à bout de souffle et les bras et les mollets en sang. PisTout marche un peu plus vite et je prends un peu peur... je passe devant lui, je ne veux pas le perdre. Car j'ai zéro sens de l'orientation ! Et on monte, on monte, on monte. Je crois voir le dolmen. Oui, je le vois. Sous un olivier. Je cours presque. Il est là. Je fais signe à PisTout : "il est ici, dépêche-toi !".

Et il est formidable. On le contourne, l'examine, le touche... Et on cherche les mouchoirs pour le sang qui couvre nos bras. Mais on est émerveillé. On prend une tonne de photos. On se fond dans la pierre. Et on se perd dans la vue incroyable. Le dolmen se fond dans l'infini. On s'enlise dans le passé. On se sent seul dans un silence absolu. Mais le soleil s'enfuit. Il se fout de nos rêves et de nos peurs. Et on doit rebrousser chemin. Évidemment, le temps ne nous attend pas et il fait de plus en plus noir. On a faitDSC_9307 nos adieux au Dolmen de la Devesa en un instant. C'est un peu rapide et sec mais il comprendra. Et on redescend. À toute vitesse. On connait un peu le chemin et on évite la plupart des épines qui se dressent toujours menaçantes et sanguinaires. Mais descendre est toujours difficile pour moi et je n'y vois plus rien. Mais c'est quoi cette idée de se mettre dans des situations ridicules pour des dolmens, que je me dis en grommelant, même si je sais que ce ne sera pas la dernière fois...

Nous arrivons enfin à la voiture. PisTout toujours prévenant et prévoyant sort la trousse de premiers soins... Ai-je dis que nous étions égratignés de toute part ? Je n'exagère rien. Mais cela en valait encore une fois la peine. Cela en vaut toujours la peine. Et puis, je me questionne immédiatement... La Devesa... je ne connais pas ce mot. Le lendemain, mon dictionnaire catalan-français me dit que devesa signifie pâturage... Vraiment ?

(Selon les descriptions trouvées, il se situe à environ 100 m. du dolmen del mas Bofill mais qui peuvent sembler interminables avec une végétation dense... vraiment ?!?!)

DSC_9272Caractéristiques

  • Nom: Dolmen de la Devesa
  • Situation: Palau Savardera (près de Roses), Mas Isaac, province de Gérone, comarque d'Alt Empordà, Communauté autonome de Catalogne, Espagne.
  • Coordonnées : Latitude: 42.315389N  Longitude: 3.138418E
  • Altitude : 190 m.
  • Axe : Sud-ouest
  • Fonction: Tombe mégalithique
  • Type: Dolmen
  • Âge: Néolithique moyen - 3500 - 2700 av. J.-C.

Description

Tombeau corridor formé d'une chambre de forme trapézoïdale avec huit grandes pierres. L'intérieur est assez grand mais l'entrée trèes étroite. Ses dimensions générales sont de 3,4 m. de longueur par 2,4 m. de largeur et 2,05 d'hauteur. La dalle qui ferme le fond du dolmen a 2,80 m. de largeur et 1,95 m. d'hauteur. La plus grande dalle située du côté Est fait 3,20 m. par 1,90 m.

Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des ossements humains, quelques morceaux de céramiques et un morceau de collier.

Pour en savoir plus

  • Informations sur Wikiloc
  • Fiche sur le site Guía de monumentos megalíticos de España du Ministerio de educación, cultura y deporte

16 mai 2017

Nous sommes époustouflés

« On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner » [François de La Rochefoucaud]2017-05-17

Sans vouloir trop en faire un plat, nous sommes quand même un peu étourdis ce matin. Car hier, cela faisait bien 25 ans. Et demain, cela fera 14 ans. C'est incroyable, tout de même. Le 25 ans, je veux dire. 25 ans. C'est long 25 ans. C'est interminable. Et pourtant cela se passait hier, il me semble. 

Nous hésitons entre l'émerveillement et la stupéfaction. Nous sommes aussi confus. Doit-on faire quelque chose de vraiment spécial ? Oui, chaque année, nous soulignons ce moment, mais là, 25 ans, il nous semble qu'il faudrait insister un peu plus, non ?

Mais ce n'est pas comme si c'était un accomplissement incroyable ou extraordinaire. C'est juste la vie qui passe. Et nous l'avons simplement vu passer ensemble.

Mais nous n'en revenons pas. Ces 25 années nous surprennent alors que nous ne nous y attendions pas. Elles furent étonnantes et incroyablement banales. Souvent bien ordinaires, parfois inconcevables, parfois magnifiques. Mais elles ont passé si rapidement  que ce matin, elles nous étonnent tout simplement.

 

 

Posté par Laila_Seshat à 05:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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14 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : et si l'abandon...

2017-05"On est si petit, le monde est si grand. -- Que serait la vie, sans notre Maman" [Mick Michevl]

Quand on est petit, on croit qu'elle sera éternelle. On sait bien qu'elle partira avant nous. C'est logique. Mais elle sera vieille. Très vieille.

J'ai fermé les yeux. Il faisait toujours trop froid. Une cage vide. Une vie passée à travers la fenêtre du salon. Je l'ai laissée seule, un instant. Ce fut suffisant. Elle est partie. Elle a désertée nos vies.

Un entrefilet dans les journaux. Une anecdote banale. La fin du monde pour nous.

Et la vie continue. On oublie ses faiblesses. Son corps torturé. Son tourment fut mon naufrage. Ne reste que le besoin de sa présence. De sa force. De ses bras. De son amour. Quand tout s'écroule autour de moi, où es-tu maman ?

"C'est toi, Maman, la plus belle du monde -- Et lorsque tout s'effondre autour de moi -- Maman, toi tu es là !" [Luis Mariano]

Posté par Laila_Seshat à 07:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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