21 septembre 2016

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Roi02Le roi disait que j'étais diable : roman / Clara Dupont-Monod. — Paris : Grasset, [2014]. – 236 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-246-85385-5

Quatrième de couverture

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…

Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.

Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible. Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

L’auteur

Clara Dupont-Monod est née à Paris en 1973. Elle étudie à la Sorbonne en Lettres et obtient une maîtrise en ancien français. Elle travaille d’abord comme journaliste pour le magazine Cosmopolitan. Elle rejoint ensuite le magazine Marianne et en 2007, elle est nommée rédactrice en chef des pages Cultures. Elle travaille également pour la radio et la télévision dans diverses émissions.Roi01

Elle publie son premier roman Eova Luciole, en 1998. Elle continue à écrire et plusieurs de ses romans sont listés pour des prix littéraires. Elle obtient le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire pour son 4e roman, La passion de Juette ainsi que le prix Point de vue pour Le roi disait que j’étais diable.

Bibliographie partielle

  • Eova Luciole (1998)  
  • La folie du roi Marc (2000)
  • Histoire d'une prostituée (2003)
  • La Passion selon Juette (2007)
  • Bains de nuit (avec Catherine Guetta (2008)
  • Nestor rend les armes (2011)
  • Le roi disait que j’étais diable (2014)

Mes commentaires

Ce roman est tout simplement parfait. Pour moi en tout cas. Pour vous, je ne sais pas. Mais j’adore me plonger dans l’époque médiévale – peu importe l’époque, car le Moyen âge est vaste – et Clara Dupont-Monod excelle à nous raconter cette époque. Dans Le roi disait que j’étais diable, elle nous raconte Aliénor d’Aquitaine. Elle nous fait vivre sa version d’une partie de la vie tumultueuse de cette reine unique.

Aliénor est jeune, libre et l’héritière du duché d’Aquitaine. Elle est cultivée, a une éducation soignée et aime profondément son pays, l’Aquitaine. Après la mort de son père, Guillaume X, duc d’Aquitaine, elle épouse, en 1137, à l’âge de 15 ans, le futur roi de France, Louis VII. Aliénor est belle, elle sait ce qu'elle veut, ce qu'elle aime et ce qu'elle croit. Elle est indépendante, orgeuilleuse, imprévisble et forte. Elle sera aimée mais aussi détestée. On aura peur de cette liberté, cette envie de vivre pleinement. Elle est différente. On dira d'elle qu'elle est une fée maléfique, un diable et qu'elle a ensorcellé le roi. Qui lui l'aimera malgré tout. Et malgré elle. Elle ne voulait pas de ce mariage, elle ne comprend pas ce roi et ce peuple qu'elle trouve rigide, , rustre, froid, pieux, ennuyant. Elle vit pour l'Aquitaine, la passion, l'art, l'amour courtois, la liberté.

L'auteur nous raconte la rencontre entre ces deux personnages si loin l'un de l'autre. Elle imagine leurs pensées, leurs peurs, leurs espoirs, leurs soupirs. On suit ensuite les personnages dans les premières années de cet improbable mariage. Elle reprend les moments connus : arrivée à Paris, conquête de Poitiers, incendie de Vitry-en-Perthois, croisades, ... Et nous offre la vision d'Aliénor puis celle de Louis VII et enfin d'autres personnages.

Le tout est romantisé. Évidemment. Comment savoir ce qu'ils pensaient vraiment, ce qu'ils ressentaient. Mais l'auteur connait bien son "matériel" : l'époque, les personnages historiques, etc. Je suis loin d'être une experte, mais j'ai quand même beaucoup lu sur l'époque. Et j'ai lu quelques ouvrages sur Aliénor d'Aquitaine. Et j'ai vraiment senti que Dupont-Monod avait réussi a faire vivre cette époque. Une époque beaucoup plus vivante que l'on ne le croit souvent. Et Aliénor m'apparait aussi très réaliste, un brin idéalisé, mais pas trop. Elle est plus grande que nature, guerrière, et aime les plaisirs de la vie. Et Louis est un peu malmené mais pas trop. Il est faible, pieux et austère. L'auteur nuance quand même ses personnages même si son idée directrice est claire. Aliénor est la star du roman. Et elle est parfaite même dans ses faiblesses. C'est un personnage mythique. Et comme tout mythe, elle est surtout un symbole. Sa vie, pourtant bien réelle, semble parfois un brin merveilleuse, légendaire, fabuleuse.

Je ne dis pas grand chose de l'histoire. C'est l'histoire d'une jeune fille qui épouse un jeune homme. C'est l'histoire de de deux solitudes qui n'arrivent pas à se rencontrer et à se comprendre. C'est une histoire d'amour à sens unique. Et tout ça sur fond de guerres, croisades, conquêtes, massacres, sang, cris et souffrances, ... Et l'auteur nous présente tout ceci dans un roman doux, léger, fluide et enivrant. Mais qui garde aussi un fond historique, brutal, réaliste et qui oscille entre troubadours, prières et guerre sainte.

J'ai adoré le texte et surtout l'écriture de Clara Dupont-Monod. Et j'ai aimé sa façon de s'approprier l'Histoire pour faire vivre des vies et des histoires.

Les mots de l’auteur

« On parlait de moi. La voici, celle qui possède dix fois le royaume de France. Celle qui donne des ordres, chevauche comme un homme et ne craint pas le désir qu’elle suscite. Qui colore ses robes. N’attache pas ses cheveux. Porte des souliers pointus. Qui donne l’argent du royaume à des poètes venus d’en bas. La petite-fille de ce fou de Guillaume, sorcière qui a grandi en écoutant des textes obscènes, tandis que le roi, ce sage, s’est nourri des phrases sacrées. Je suis le poison, la faute, l’immense faute de Louis.» pp. 58-59

 « Les gens se déguisent, chevauchent des bâtons, conduisent des rondes autour des tombes… Ils font la fête au cimetière ! Ma Dame, est-ce que vous vous rendez compte ? me presse-t-il en écarquillant les yeux. Mais comment lui expliquer que ces farandoles relient les vivants aux morts ? On danse, mais oui l’abbé. On appelle du corps ceux qui n’en ont plus. On rit aussi, et on taquine, en espérant que les morts souriront. Les hommes d’Église voudraient briser ce lien et faire du cimetière un lieu hostile, coupé des vivants.» p. 128

Pour en savoir un peu plus…


18 septembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : tête à tête

2016-09-18Having a sister is like having a best friend you can’t get rid of. You know whatever you do, they’ll still be there.” [Amy Li]

Elles s'aiment mais ne peuvent s'endurer. Hier, elles jouaient ensemble. Aujourd'hui, elles se chamaillent et s'affrontent. Elles se crient après puis elles s'embrassent. Les rivalités, les jalousies, les querelles. Les rires fous, la solidarité, l'amour inconditionnel.

Elles s'aiment à la folie, les petites soeurs. Même si elles ne peuvent se supporter. Elles se poussent, elles veulent de la tranquilité. La plupart du temps, elles ont envie d'arracher la tête de l'autre. Et puis, elles tombent dans les bras l'une de l'autre. Elles pleurent ensemble, se consolent, écoutent les peurs, les joies, les larmes. Elles ne pourraient vivre sans l'autre.

Elles ne se comprennent pas toujours. Et voudraient secouer l'autre, lui faire comprendre les choses. Puis, elles soupirent et se prennent dans les bras. Elles s'aiment comme elles sont. Les petites soeurs. 

If you don’t understand how a woman could both love her sister dearly and want to wring her neck at the same time, then you were probably an only child.” [Linda Sunshine]

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12 septembre 2016

Les jeunes mortes de Selva Almada

mortes1Les jeunes mortes / Selva Almada ; traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba. — Paris : Éditions Métailié, 2015. – 139 p. ; 22 cm. – ISBN 979-10-226-0139-9

Titre original : Chicas muertas

Quatrième de couverture

Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l’histoire judiciaire. Des “faits divers”, comme on dit cruellement, qui n’ont jamais fait la une des journaux nationaux.

Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l’école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d’orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.

Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l’après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante… Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l’indifférence d’une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l’entend. En toute impunité.

À l’heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c’est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

L’auteur

Selva Almada est née à Entre Ríos en Argentine en 1973. Elle commence des études en publicité puis mortes2décide d’étudier en littérature à Paraná. Pendant deux ans, elle dirige la revue CAelum Blue.

En 2003, elle publie un recueil de poésie, Mal de muneñas. Elle publie ensuite deux recueils de récits, puis en 2012, elle publie son premier roman El viento que arrasa.

En 2010, elle reçoit une bourse du Fonds national des Arts d’Argentine afin de travailler à un projet sur le féminicide. Elle dirige des ateliers d’écriture à Buenos Aires.

La page Facebook de l’auteure, blogue de l’auteure : Una chica de provincia.

 Bibliographie partielle

  • Mal de muñeca (poésie) (2003)
  • Niños (récits) (2005)
  • Una chica de provincia (récits) (2007)
  • El viento que arrasa (Après l’orage) (2012)
  • Ladrilleros (2013)
  • Chicas muertas (Les jeunes mortes) (2014)

Mes commentaires

Quel texte percutant. Le livre de Selva Almada n'est pas vraiment un roman. L'auteur nous propose dans son livre, le résultat de ses enquêtes sur trois crimes, trois meutres de femmes ayant eu lieu dans son pays. Et à travers ces enquêtes, elle nous livre ses réflexions sur le problème des crimes et de la violence contre les femmes en Argentine. C'est un livre  sobre mais très touchant et très difficile à lire. Elle nous livre un témoignage sur la position de la femme en Argentine et surtout sur la banalisation des crimes contre la femme. Les trois crimes dont elle a choisi de nous parler n'ont jamais été élucidés et sont devenus des faits divers parmi tant d'autres.

Les trois crimes racontés par Alamada ont eu lieu dans les années 80. L'auteur a choisi de parler principalement de María Luisa, Andrea et Sarita. Elles avaient entre 15 et 20 ans. Les corps des deux premières ont été retrouvés mais on a jamais retrouvé Sarita. Trois histoires parmi des milliers. L'auteur nous parle de ces femmes et de leurs vies. Elle nous raconte ce qu'elles étaient. Entièrement. Même leurs défauts, leurs folies, leurs erreurs. Car rien ne peut justifier que ces femmes ont été violentées et tuées. Ces femmes étaient belles, laides, normales, banales, ordinaires, uniques.

Le but de l'auteur est de tout d'abord faire vivre à nouveau ces femmes, de ne pas les oublier. Et elle part à la rencontre de ces femmes. Elle interroge proches, amis, famille, policiers. Elle enquête. Froidement. Mais on sent le malaise partout. Le silence est assourdissant. Et la mort enveloppe tout. Mais le but d'Almada est aussi de dénoncer les auteurs de ces crimes, les hommes. Le père, le frère, l'oncle, le petit ami, le patron... Jalousie, contrôle, violence, pouvoir, incompréhension... Ce texte est brutal.

Dans son enquête, l'auteur touche aussi à sa propre mortalité. Le texte de Selva Almada est bref, percutant et très personnel. L'auteur livre ses émotions, son questionnement, son incompréhension, sa colère dans son récit de la vie et de la mort de ces trois femmes. Elle ira même voir une voyante pour aller à la rencontre des victimes. Cela peut sembler étrange mais non... l'auteur cherche ses réponses partout. Elle veut comprendre. Et elle espère. 

La conclusion de l'auteur est tranchante. Rien ne peut expliquer ces crimes et surtout le silence et l'indifférence qui les entoure. Et rien n'a changé. Encore aujourd'hui les fémicides sont choses courantes en Argentine - mais aussi dans nombres de pays. Et la façon dont on traite ces crimes n'a également pas changé, que ce soit une agression, un viol, un meutre, les crimes contre les femmes demeurent majoritairement impunis. La corruption des autorités, le pouvoir de l'argent, l'incrédulité des gens, la peur et le silence des populations et même des victimes et de leur famille, rien n'a changé. Cela changera-t-il un jour ?

Les mots de l’auteur

« Je ne savais pas qu’on pouvait tuer une femme seulement parce qu’elle est une femme, mais j’avais entendu des histoires qu’avec le temps j’ai mises bout à bout. Des anecdotes qui n’avaient pas conduit à la mort, mais qui révélaient la misogynie, les abus, le mépris dont les femmes sont victimes. » p. 18

 «Telle est peut-être ta mission : rassembler les os des jeunes filles, les recomposer, leur donner une voix pour les laisser ensuite courir librement quel que soit l’endroit où elles doivent se rendre. » p. 42

Pour en savoir un peu plus…

 

04 septembre 2016

Le moment captif d'un dimanche : arrogance ou humilité

2016-07-19"La fierté et la bêtise sont faites du même bois." [Proverbe allemand]

Il ne sait pas s'il devrait être fier ou s'il est devrait se sentir honteux. Il aime bien pavaner. Mais il sait qu'il n'est pas unique. Il est fort, robuste et ancestral. Il fait parti d'une lignée majestueuse et fière. Il se bat régulièrement pour prouver qu'il est redoutable. Et il se battra jusqu'à son dernier souffle.

Mais il sait qu'il n'est pas exceptionnel. Il y en a d'autres. Tout aussi fiers et magnifiques. Il se sent un peu sot de parader ainsi. Pour qui se prend-il à la fin ? Il n'est pas meilleur que les autres. La vanité n'est pas jolie. Il se sent coupable. Il devrait être humble. Et il pourrait simplement se reposer. Oublier de tenir sa tête haute. Se fondre dans le troupeau. Laisser les autres prendre la place, se battre, protéger et mener.

Il relève la tête. Il ne peut cacher sa fierté. Il s'est battu pour arriver là. Il a travaillé fort. Il est peut-être fou d'avoir fait tout ça, d'avoir tant fait d'efforts, tant de sacrifices, mais il ne regrette rien. Il est fier de sa vie, fier de ses accomplissements, fier d'avoir pu protéger les siens. Il aurait pu avoir une autre vie, mais il est fier de celle qu'il a eu.

"Il y a une dignité à vieillir comme on a vécu." [Pierre-Henri Simon]

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01 septembre 2016

Au péril de la mer de Dominique Fortier

peril2Au péril de la mer / Dominique Fortier. — [Québec (Québec)] : Alto, [2015]. – 171 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-225-1

Quatrième de couverture

Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cents ans plus tard une romancière qui cherche toujours le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie.

Avec ferveur et intelligence, Dominique Fortier grave dans notre esprit un texte en forme de révélation, qui a la solidité du roc et l’ivresse des navires abandonnés. À la fois roman et carnet d’écriture, Au péril de la mer est un fabuleux hommage aux livres et à ceux qui les font. 

L’auteur

Dominique Fortier est née en 1972 à Québec. Elle étudie en littérature française à l’Université McGill de Montréal et y obtient son doctorat. Elle travaille comme réviseuse, traductrice et éditrice. En 2008, elle publie son premier roman, Du bon usage des étoiles, qui sera en sélection pour de nombreux prix. Il remportera le Prix Gens de mer du Festival Étonnants voyageurs en 2011.

Elle poursuit sa carrière de traductrice et d'éditrice tout en continuant d'écrire des romans. Elle vit aujourd'hui à Montréal.

peril1Bibliographie partielle

  • Du bon usage des étoiles (2008)
  • Les larmes du Saint Laurent (2010)
  • La porte du ciel (2011)
  • Révolutions (2014)
  • Au péril de la mer (2015)

Mes commentaire

Et oui, une "lecture sauvetage"... Et pourtant, les autres livres de Dominique Fortier sortent bien. Mais celui-ci... boudé complètement par les abonnés de la bibliothèque. Alors, j'ai dû le lire, surtout qu'on parle ici du Mont-Saint-Michel, endroit où j'ai versé quelques larmes quand je l'ai vu. J'avais tellement hâte et en même peur de le voir. Parfois voir les lieux qui nous appellent depuis des années n'est pas facile et même décevant. Quéribus m'a ensorcelée, mais le Mont-Ségur m'a laissée déçue. Enfin, tout ça pour dire que le Mont-Saint-Michel est dans mon cœur et j'avais très envie de lire le livre de Fortier. Et de le sauver.

Est-ce que ce fut une rencontre heureuse ? Oh que oui ! Un roman ensorcelant, et terriblement personnel pour l'auteure qui a laissé un peu d'elle-même dans les pages de son livre et au Mont-Saint-Michel. Car elle aussi elle a un attachement particulier avec le Mont.

Le livre a pour point central le Mont-Saint-Michel, parfois au XVe siècle et parfois aujourd'hui. Au XVe siècle, nous retrouvons Éloi, un peintre, qui survit tant bien que mal à une peine d'amour tragique et qui cherche refuge au Mont. L'histoire d'Éloi est triste, douce et fort prenante. Nous découvrons le Mont au XVe siècle à travers les yeux de cet homme rongé par le chagrin. Les mots de l'auteur sont poétiques et envoûtants. Les émotions d'Éloi semblent réelles et l'époque nous apparaît vivante. On se laisse envahir par l’atmosphère du Mont et par la peinture et les livres.

L'histoire d'Éloi est entrecoupée des réflexions personnelles de l'auteur. Elle nous parle du Mont, bien sûr, mais aussi de mots, d'écriture, de livres, de sa vie, de sa famille, de ses souvenirs, ses espoirs et ses peurs. Certains ont trouvé ces passages trop personnels et brisant le rythme du récit principal. Je ne suis pas d'accord. Oui, l'auteur semble nous livrer des pages d'un journal intime. Elle expose sa vie, ses réflexions. Mais je n'ai jamais senti que j'étais une voyeuse ou que l'auteure était une exhibitionniste. Ses réflexions m’ont semblé se coller doucement à l’histoire d’Éloi ; les souligner et les compléter.

Ce roman est une ode au Mont-Saint-Michel, à l’art et à la vie. C’est un peu kétaine comme phrase, je le sais et je l’assume, mais cela résume bien ce que j’ai ressenti à la lecture du roman de Fortier.

Les mots de l’auteur

« J’ai passé vingt-cinq ans sans le revoir. Quand le temps est venu d’y retourner, j’ai commencé par suggérer que nous n’y allions pas : nous avions peu de temps avant de rentrer à Paris ; on annonçait de la pluie il y aurait sans doute des hordes de touristes. En vérité, j’avais peur, comme chaque fois qu’on revient sur les lieux de son enfance, de les trouver diminués, ce qui signifie deux choses l’une : ou bien ils ne nous étaient apparus grands que parce que nos yeux étaient petits, ou bien nous avions perdu en route la faculté d’être ébloui, deux contestations également accablantes. Mais il n’avait pas changé, et moi non plus.» p. 7

«Plus que des maisons de pierre et de bois, nous habitons d’abord des cabanes de mots, tremblantes et pleines de jours. On dit je t’aime pour se réchauffer ; on dit orange, et l’on se sent les doigts ; on dit il pleut pour le plaisir de rester à l’intérieur, pelotonné près de la lumière du mot livre. (Livre, qui vient de liber : la partie vivante de l’écorce d’un arbre, mais aussi liberté.)

Bien sûr le monde est là, les choses existent, mais on peut toujours les changer ou les faire disparaître en un claquement de doigts ; en disant je ne t’aime plus. Ou, je crois » p. 43

« Tu ne feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.

Que reste-t-il donc une fois cette liste écartée, si ce ne sont les créatures fabuleuses dont Anna peuplait ses tapisseries ? Elles n’appartenaient ni au royaume des cieux, ni à la terre, la plupart étaient tissues de son imagination. Ainsi, seuls ces monstres ne seraient pas une offense à Dieu ? » p.125

Pour en savoir un peu plus…

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29 août 2016

Suspendre le temps

2016-08-29bLe temps s'étire. Il semble interminable. Mais il passe à toute vitesse en même temps. Qui a dit que le temps était logique ? Et enfin, les vacances approchent. Enfin. Nous prenons habituellement nos vacances en automne. On a l'habitude. Mais cette année, je dois avouer que j'ai particulièrement hâte à ces vacances.

Car en principe, ce seront de vraies vacances. Et pas un long voyage. Vous savez des vacances où on se repose vraiment. Car même si j'adore voyager, je reviens toujours émerveillée mais épuisée. Complètement vidée. Oui, j'ai fait le vide, j'ai oublié les tracas quotidiens, les petits soucis du travail, j'arrive même à oublier parfois mes mots de passe. Mais je reviens aussi complètement vidée d'énergie. Et alors, je retourne au travail la tête pleine de souvenirs mais vraiment fatiguée.

Doc, j'ai réussi à obtenir une année sans grand voyage. Ce fut difficile, une tâche quasiment 2016-08-29impossible. Mais mon PisTout a finalement accepté. Pas de voyage cette année. Deux semaines ici à la maison. Non seulement ça, mais on ne fera que deux petits séjours à l'extérieur de la maison. Un trois jours au Saguenay et un deux jours à Portsmouth au États-Unis. Et puis, des petites visites de quelques heures autour de la maison. C'est un miracle. Et je sais que c'est très difficile pour PisTout.

Et il ne peut s'empêcher d'essayer de me faire changer d'idée... "on peut faire une semaine ici..." "on peut avoir des billets d'avion pas cher pour là-bas...". Mais je résiste. Je suis forte... même si moi aussi, ça me titille... surtout avec les superbes articles de Karine:) qui nous raconte son séjour en France. Je m'ennuie tellement de pouvoir faire un saut à Quéribus, Céret ou Castelnou, le temps d'une journée... ou de prendre l'avion pour Berlin, Stockholm ou Prague, le temps d'un week-end.

Mais, il y a beaucoup à voir ici aussi... Et j'ai vraiment besoin de ces jours plus relax... et même quelques jours juste à la maison, dans ma cour ou dans mon salon avec un bon livre. Se lever le matin, dans mon lit, à l'heure qui me plait, faire mon café et non pas me réveiller dans un lit que je ne connais pas, à l'heure prescrite par le check-out ou le petit déjeuner obligatoire et programmé et un café inconnu. Décider le jour même si on reste à la maison pour paresser au jardin ou si on saute en voiture pour aller visiter le fort de Chambly, faire du vélo dans les Cantons de l'Est ou du kayak dans les Îles de Boucherville. Ou peut-être un saut au centre-ville, sur la Plaza St-Hubert ou dans le Mile-End. On verra le moment venu.

Encore quelques semaines... le temps semble se suspendre et me narguer... il me dit de patienter... Et puis une fois là, il filera à toute vitesse. C'est un taquin ce temps !

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24 août 2016

Maman a tort de Michel Bussi

maman01Maman a tort de Michel : roman /Michel Bussi. — [Paris] : Presses de la Cité, c2005. – 508 p. ; 23 cm. – ISBN978-2-258-11862-1

Quatrième de couverture

Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit.
Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide.
Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple.
Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent.
Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche.
Le compte à rebours a commencé.
Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent.

Qui est Malone ?

L’auteur

Michel Bussi est né à Louviers en France en 1965. Il est professeur de géographie à L'Université de Rouen et directeur du laboratoire commun "Identité et Différenciation des Espaces, de l’Environnement et des Sociétés" (I.D.E.E.S) de l'Université de Rouen, du Havre et de Caen (Unité mixte de recherche du CNRS). Il a publié de nombreux articles et ouvrages dans son domaine, principalement en géographie du politique (géographie électorale, recompositions territoriales, etc.).maman02

Il commence à écrire de la fiction dans les années '90, mais ne parvient pas à se faire publier. En 2006, il publie enfin son premier roman, Code Lupin qui est un grand succès avec plus de 7 000 exemplaires de vendu. Son deuxième roman Omaha crimes paru en 2007 obtient de nombreux prix. Ses romans suivants connaissent tous le succès et il devient un auteur de romans policiers reconnu.

Site Web officiel de l'auteur, sa page Facebook, sa fiche sur le site de l'Université de Rouen,

Bibliographie partielle

  • Éléments de géographie électorale à travers l'exemple (1998)
  • Pour une nouvelle géographie du politique : territoire, démocratie, élection (2004)
  • Code Lupin (2006)
  • Omaha crimes (2007)
  • Mourir sur Seine (2008)
  • Sang famille (2009)
  • Un monde en recompositions. Géographie des coopérations territoriales (2009)
  • Nymphéas noirs (2011)
  • Un avion sans elle (2012)
  • Ne lâche pas ma main (2013)
  • N'oublier jamais (2014)
  • Gravé dans le sable (2014) (réédition revue et corrigée de Omaha crimes)
  • Maman a tort (2015)
  • Le temps est assassin (2016)

Mes commentaires

Parfois, on s'attend à tellement aimer une lecture que je crois qu'on ne peut qu'être déçu. C'est ce qui s'est passé avec ce roman. La quatrième de couverture m'avait immédiatement conquise. J'avais acheté d'autres romans de Michel Bussi pour la bibliothèque mais je n'en avais encore jamais lus. Mais celui-ci, je l'ai tout de suite noté. Et puis, les critiques du roman et de l'auteur étaient en général très bonnes. J'avais donc très très hâte de le lire. Puis j'ai attendu. J'ai attendu que nous le recevions, puis qu'il soit traité, puis qu'il soit disponible. Et j'ai attendu. J'aurais pu le réserver, mais je n'aime pas faire ça... je laisse nos abonnés emprunter les nouveautés. Mais ce fut long. Le livre était toujours emprunté. Ce qui ne faisait qu'augmenter mon envie de le lire. L'histoire me semblait très intriguante. Et j'avais vraiment hâte de me plonger dans ce suspense psychologique.

Ouf, quelle déception. Le roman n'est pas complètement mauvais. Mais ma lecture fut pénible, pénible, pénible. Et si ce n'avait été du fait que j'avais tellement eu envie de le lire et que cela avait pris des mois avant qui je puisse l'emprunter, j'aurais abandonné ma lecture à plusieurs reprises. Mais je me suis poussée à le lire jusqu'au bout.

Bon, commençons par l'histoire. Vasile Dragonman, le psychologue d'une école contacte la police car un élève, Malone, affirme que sa maman n'est pas sa maman. De plus, l’enfant affirme que son toutou lui raconte des histoires qui lui rappellent sa vraie maman et sa vie d’avant. La commandante Marianne Augresse n’accorde pas trop de foi à cette histoire, mais comme elle trouve Vasile de son goût – et que son besoin d’avoir un enfant devient pressant, horloge biologique oblige – elle enquête tout de même un peu. Mais tout semble normal, les parents vivent au même endroit depuis un certain temps, ont plein de photos du petit et les voisins n’ont rien à redire sur cette petite famille. La commandante ne voit pas ce qu’elle peut faire, surtout qu’elle est en charge d’une grande opération  policière sur un vol qui a mal tourné et toute son équipe est à la poursuite des braqueurs qui ont réussi à se sauver. Elle a donc autre chose à faire. Mais le psychologue insiste, Malone ne ment pas et il faut faire vite car il finira par oublier son histoire, la mémoire d’un enfant de 3-4 ans est éphémère.

Le roman entrecroise donc les deux intrigues : la quête de la vérité sur Malone et la poursuite des fugitifs. L’auteur ajoute à ceci les histoires de la peluche de Malone. Bien sûr, les deux intrigues vont finir par se rejoindre. Mais c’est long avant qu’on sache exactement comment et pourquoi. On se doute bien que l’enfant a un rapport avec le braquage, mais ça traîne.

Le petit Malone est un personnage très intéressant et il est au centre du roman. Il est intelligent et on ne peut que s’attendrir devant ses réflexions et son désir de ne pas oublier sa vie d’avant et sa vraie mère. On ne peut s’empêcher de penser que ce sont peut-être juste des histoires d’un enfant imaginatif, mais sa conviction est touchante.

Mais mis à part Malone, les autres personnages m’ont soit énervée, agacée ou laissée complètement indifférente. La plupart était des clichés ambulants : la policière en charge, femme forte, mais qui cherche désespérément un homme pour avoir un enfant, le beau psychologue à moto, la meilleure amie compatissante, les collègues machos ou vieillissant, le braqueur en chef cruel et sanglant, et j’en passe… Et je ne peux passer sous silence les noms des personnages : la commandante (avec un e, on le souligne à toutes les deux lignes) Marianne Augresse – car c’est une femme forte ; Vasile Dragonman – parce qu’il est roumain ; et puis Malone Moulin, Lieutenant Jibé Lechevalier, Lieutenant Pasdeloup,… c’est insupportable. Et comme, on répète sans arrêt les noms complets des personnages, je ne pouvais les ignorer. Cela enlevait à mes yeux toute crédibilité aux personnages. Il arrive que des gens aient des noms étranges – j’ai connu une Peggy Latortue – ou qui ressemblent à leur caractère ou travail – on peut penser à Pierre Plouffe, champion de ski nautique – mais là c’est comme juste trop !

Et puis, j’ai aussi trouvé insupportable les extraits du site enviedetuer.com. Non seulement, ils semblent insignifiants et sans aucun rapport avec l’histoire, mais quand on sait pourquoi on nous avait parlé de ce site, on ne comprend toujours pas pourquoi on s’est tapé tous ces extraits sans intérêt. Finalement, l’histoire est remplie d’invraisemblances et de coïncidences beaucoup trop faciles. Tout finit par s’emboîter et c’est trop simple.

L’auteur écrit bien mais je n’ai tout simplement pas accroché à son style et ses histoires.

Les mots de l’auteur

« - Qu'est-ce qu'elle te disait ta maman ? - Que tout ce qu'il y a dans ma tête va partir, comme les rêves que je fais la nuit. Mais qu'il faut que je me force à penser à elle. Et puis à notre maison aussi. À la plage. Au beateau de pirates. Au château. Elle me disait juste ça, que les images dans ma tête vont partir. J'avais du mal à la croire mais elle répétait toujours la même chose. Les images dans ta tête vont s'en aller. Elles vont s'envoler si tu ne penses pas à elles dans ton lit. Comme les feuilles sur les branches des arbres.» p. 27

Pour en savoir un peu plus…

  • Page Wikipedia sur l'auteur
  • Entretien avec l'auteur dans la revue EchoGéo
  • Critiques sur Critiques Libres
  • Avis sur Sens critique
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Serial Lectrice
  • L'avis de Léa TouchBook
  • Les avis de Lucie Merval et Sophie Peugnez sur le site ZoneLivre.fr : l'Univers du romanpolicier et fantastique
  • L'avis de Caroline sur le blogue Carobookine
  • L' avis de Johanne sur le blogue Livresse des mots
  • L'avis de Audrey891 sur le blogue Songe d'une nuit d'été
  • L'avis de La Livrophile
  • L'avis de Manou sur le blogue La Bulle de Manou
  • L'avis d'Exuline sur le blogue Exulire

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21 août 2016

Le moment captif d'un dimanche : façonner sa vie

2016-09-18"Une seule enfance est supportable : la nôtre" [Pierre-Henri Simon]

L'enfance passe et repasse. Une fois terminée, elle ne nous quitte pourtant pas. Mais quels souvenirs de nos 8 mois, 18 mois, 2 ans, 5 ans ? Des images qui fuient. Des photos jaunies. Aucune importance donc. Mais on dit que l'enfance influence notre vie d'adulte. On dit aussi qu'on oublie tout de notre enfance. On dit tant de choses sur l'enfance.

Des souvenirs inventés. Des souvenirs racontés. Je me souviens de moments dont je n'ai pas de souvenirs. Mais ces images sont fortes, réelles et colorées. On m'a tant raconté ces instants qu'ils ont pris vie dans ma tête. Ils sont réels. Aussi réels que les moments furtifs que je crois me souvenir vraiment. Ces moments que j'ai vécu, seule, sans quelqu'un pour me raconter comment j'ai pleuré, j'ai ri, j'ai aimé ou j'ai eu peur.

Est-ce que ces moments que je me rappelle sont plus importants que ceux que j'ai oubliés ? Peut-être. Je ne sais pas. Je ne suis pas experte en enfance. J'aimerais parfois oublié certains moments et me rappeler d'autres. Je ne choisis pas. Je vie et revie. Et je rêve et cauchemarde. Mais je me souviens d'avoir vieilli. Et d'avoir oublié.

"Il y a des choses de l'enfance que seule l'enfance connaît" [Colum McCann]

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19 août 2016

Nancy croit qu’on lui prépare une fête de Simon Boulerice

Boulerice02Nancy croit qu’on lui prépare une fête / Simon Boulerice. — Montréal : Poètes de brousse, c2011. – 66 p. ; 22 cm. – ISBN 9782923338491

Quatrième de couverture

Nancy renouvelle aux six mois les piles
du détecteur de fumée et de son vibrateur
simultanément
l'un lui fait penser à l'autre
projet de causalité
activité de survie

Nancy calme son feu comme elle le peut

L’auteur

Simon Boulerice est né en 1982 sur la rive-sud de Montréal. Il  étudie d’abord en  littérature au Cégep de Saint-Laurent puis à L’UQAM. Il étudie ensuite en interprétation théâtrale au Collège Lionel-Groulx. En 2005, il co-fonde la compagnie de théâtre Abat-jour. Il obtient son diplôme en 2007. Il est acteur, metteur en scène et auteur. Il a écrit des pièces de théâtre, de la poésie ainsi que des romans pour enfants, ados et pour enfants. En tant qu’acteur, en plus de jouer au théâtre, on peut également le voir au cinéma et à la télévision.

En 2007, sa pièce Simon a toujours aimé danser a remporté le prix de la création Fringe. Sa pièce fut présentée dans de nombreux pays. Ses œuvres ont remporté de nombreux prix.Boulerice01

En 2016, son recueil de poésie Nancy croit qu’on lui prépare une fête a été adapté au théâtre par le comédien et metteur en scène François Hamel.

Bibliographie partielle

  • La condition triviale (théâtre) (2005)
  • Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella ? (théâtre-jeunesse) (2009)
  • Les Jérémiades (roman) (2009)
  • Poèmes du lendemain 18 (poésie) (2009)
  • Nancy croit qu’on lui prépare une fête (poésie) (2011)
  • Écric n’est pas beau (théâtre-jeunesse) (2011)
  • Les mains dans la gravelle (théâtre-jeunesse) (2012)
  • Martine à la plage (bamde-dessinée) (2012)
  • Javotte (roman) (2012)
  • La sueur des airs climatisés (poésie) (2013)
  • Jeanne Moreau a le sourire à l'envers (roman jeunesse) (2013)
  • Un verger dans le ventre (album illustré) (2013)
  • M'as-tu vu ? (01) Hors champ (roman jeunesse) (2013)
  • Les Monstres en dessous (roman jeunesse) (2013)
  • Le premier qui rira  (roman) (2014)
  • Pig (théâtre) (2014)
  • Peroxyde (théâtre) (2014)
  • Edgar paillettes (roman jeunesse) (2014)
  • Les garçons courent plus vite (roman jeunesse) (2014)

Mes commentaires

"Nancy fait" "Nancy a" "Nancy..." Nous suivons dans une sorte d'odyssée poétique, la pauvre Nancy qui semble seule, maladroite, fade et triste. On ne la remarque pas. Elle est gauche, asociale, mésadaptée... jeune mais déjà vieille.

Elle aime les tulipes, n'a jamais compris comment les faire pousser, plante ses dents de sagesse dans l'espoir qu'elles se transforment en tulipes... et entre marguerites et jonquilles, une tulipe pousse. J'ai souri.

Le texte de Boulerice est un long poème qui nous raconte la vie de Nancy. Mais chaque page peut être lu comme un seul poème. Et chaque poème est une partie de Nancy. Ses peurs, ses échecs, ses espoirs et son désespoir... sa vie tout simplement. Elle est banale et unique. Il n'y a pas de fête, on s'en doute, mais il y a de l'espoir.

Les poèmes sont des tranches de vie. Et nous n'avons pas de difficulté à voir défiler la vie de Nancy. Et j'aurais aimé voir la transposition du texte au théâtre.

Il faut lire ce recueil de poésie... ce poème qui raconte une histoire. Ce ne sera pas long, même pas une heure ne sera nécessaire pour lire ce livre. Ce qui fait qu'on peut le relire tout de suite, histoire de bien vivre la vie de Nancy. Et le relire ensuite... j'aime relire les poèmes pour qu'ils nous livrent tous leurs secrets.

J'ai lu des moments, des situations, une vie, des vies. Nancy m'a touchée et m'a énervée. Et j'ai vu Nancy dans ma vie, dans la vie de gens que je connais... Nancy est une fiction poétique beaucoup trop réaliste et réelle.

Les mots de l’auteur

« Nancy n’a pas la patience requise pour démêler

le fil de ses écouteurs

elle se prive de musique

ne va pas jogger

s’achète des tulipes de plastique

elle n’a jamais réussi à en faire pousser des vraies » p. 12

 

« […] rendue dans l’allée des salles de bains

elle pleure

mais c’est juste parce que la canelle de sa gomme

lui pique la gorge

comme si toutes les abeilles qui sommeillaient en elle

se réveillaient » p. 15

 

« Nancy rentre chez elle

certaine que Santa Fe est la ville des fées de dents

confrérie de sorcières douces

de mairesses aux coffres pleins

de dents de lait

mêlées aux caries

de mauvaise augure » p.39

Pour en savoir un peu plus…

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16 août 2016

La logique du sang de Martin Buysse

logique_02La logique du sang /Martin Buysse. — Léchelle : Zellige, c2013. – 121 p. ; 21 cm. – ISBN978-2-914773-56-0. -- (Coll. Vents du Nord)

Quatrième de couverture

François, architecte divorcé, tombe sous le charme de Sana, jeune Palestinienne venue poursuivre ses études à Bruxelles. Ils s’installent ensemble et ont une fille, Farah. Mais petit à petit, le couple se délite. Viennent la séparation et les gardes alternées.

Lors d’un voyage à Gaza, Sana et Farah rendent visite à une parente. L’immeuble est fréquenté par un dignitaire palestinien manifestement impliqué dans la lutte armée. Dans le cadre d’une opération ciblée, un avion israélien largue une bombe sur le bâtiment. Il n’y a pas un seul survivant.

François est effondré. Confronté à la réalité d’un conflit qui lui était jusqu’alors indifférent, il n’a plus qu’une obsession : venger la mort de son enfant. Son objectif : le général qui a commandé l’opération. Il sait qu’il ne pourra pas l’atteindre en Israël, sa seule chance réside dans un hypothétique voyage à l’étranger du général. Les années passent, jusqu’à ce qu’il reçoive un message codé de Saïd, le frère de Sana : le général doit se rendre à titre privé au Portugal.

Avec ce premier roman, l’auteur nous livre l’histoire d’un homme paisible qui, brisé par la perte d’un enfant, se mue en prédateur.

L’auteur

Martin Buysse obtient son doctorat en physique des hautes énergies en 2003 à l'Université catholique de Louvain. Il enseigne à l'Université logique_01catholique de Bukavu (République démocratique du Congo) pendant quelques temps puis il enseigne la géométrie et la physique à l'Institut Supérieur d'Architecture (ISA) Saint-Luc de Tournai. Il dispense des cours dans d'autres maisons d'enseignement, puis en 2010 il devient le directeur de l'ISA Saint-Luc de Tournai. Il y reste pour un mandat de 3 ans. Il continue aujourd'hui à enseigner.

Il a toujours voulu écrire et il publie finalement en 2013 son premier roman, La logique du sang.

Page Facebook de l'auteur, sa fiche à l'Université Louvain. Si vous voulez lire sa dissertation "Vers une réduction du nombre de paramètres libres dans le Modèle Standard" présentée en 2002.

Bibliographie

  • La logique du sang (2013)

Mes commentaires

Une autre lecture sauvetage ! Peu de prêts, ignorer lorsque mis en présentoir... Je ne comprends pas.  Et vous le savez, quand une couverture vient me chercher, quand la quatrième de couverture me semble intéressante, je ne comprends pas et je veux comprendre. Alors, j'ai emprunté. Bon, le titre n'est pas des plus inspirants, rien ne n'explique le non-emprunt.

Et donc, j'ai lu. En une soirée. Quel roman différent, froid, dur et réaliste et collé à la réalité de hier et d'aujourd'hui. J'ai vraiment beaucou aimé.

Le roman nous raconte l'histoire de François, un homme ordinaire, divorcé, père d'un jeune garçon. Il rencontre une jeune femme. Sana, une jeune Palestinienne, et en tombe éperdument amoureux. Les premiers temps sont merveilleux, ils s'aiment. Ils ont ensemble une petite fille, Farah. Mais au fil du temps, la relation entre François et Sana se termine. Tout simplement.

Lors d'un voyage dans sa famille à Gaza, Sara et Farah sont tuées lorsque l'immeuble où elles se trouvent est la cible d'un attentat militaire. Un dignitaire palestinien s'y trouvait à ce moment. Elles sont les victimes collatérales de cette opération isralienne.

François est dévasté. Et il n'a plus qu'un but dans la vie. Se venger de celui qu'on lui a désigné comme celui qui a commandé cette opération. Il doit cependant attendre que cet homme soit à l'extérieur d'Israël pour pouvoir l'attendre. Ce qui lui laisse tout le temps de préparer sa vengeance.

Toute sa vie n'est plus dirigée que vers cette volonté froide de tuer cet homme. Il continue à vivre, mais n'est plus que l'ombre de lui-même. Il s'entraîne à tirer, et avec l'aide du frère de son ancienne femme, planifie, planifie, planifie. Il attend. Jusqu'au moment où l'occasion se présente enfin. Et il va jusqu'au bout. Sans morale, sans regret.

Le roman est une longue planification. Un texte logique, calculateur, froid, sec, méthodique. On suit le personnage principal dans ses plans. Pas à pas. Cette planification est fascinante. Le texte peut semble un peu drabe. Mais il est très direct et efficace. On sent le scientifique derrière l'auteur.

Malgré cette froideur et sécheresse du texte, on resent très bien la détresse du personnage. C'est un homme mort à l'intérieur. Il vivote pour son fils, sa mère, son partenaire... mais il n'a plus de vie. Il souffre énormément.

Son plan est  minutieux. Et il a tout prévu. Le roman est très actuel. Bien que l'auteur se serait inspiré d'un fait divers qui a eu lieu au début du XXIe siècle, il pourrait avoir lieu aujourd'hui. C'est terriblement triste.

Les mots de l’auteur

« Avec Louis, je parlais de Farah. Il n'étais pas naïf. Il savait ce qu'étaient les bombes et avions de chasse. Il en avait, d'ailleurs, en modèle réduit. Il y avait aussi les jeux vidéo. Un jour il m'a invité à venir constater les dégâts qu'il avait infligés à l'ennemi à bord de son F-16. J'ai regardé sans ciller. Puis il a demandé : "Farah, c'est comme ça qu'elle est morte ?" Il s'est levé, je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré contre moi.»

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 09:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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