30 juin 2017

La noyade du marchand de parapluies de Francis Malka

parapluie2La noyade du marchand de parapluies / Francis Malka.  — Montréal : Hurtubise, c2010 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89647-201-7. -- (Coll. AmÉrica)

Quatrième de couverture

J'ai autrefois eu en ma possession un livre qui racontait l'histoire de l'Homme. Toute, jusque dans ses détails les plus obscurs. Des cataclysmes naturels à la genèse des grandes guerres, des débuts de l'Inquisition au creux des plus profondes récessions, des plus importantes découvertes jusqu'à la chute des souverains tout-puissants, tout y était.

J'ai, malgré moi, fréquenté ce livre pendant trop longtemps.

En fait, je l'avoue, c'est moi qui l'ai écrit.

Avant même que tous ces événements aient bel et bien lieu.

L’auteur

Francis Malka est né en 1969 à Montréal. Il étudie d'abord en musique au Conservatoire de musique de Montréal puis en génie mécanique à l'École polytechnique.

En 1988, à l'âge de 19 ans, il crée le premier logiciel de correction parapluiesgrammaticale, Hugo plus. En 1995, Microsoft intègrera ses outils de correction du français à la suite Office. L'année suivante, Malka fonde l'entreprise Semantix, spécialisée en linguistique computationnelle. Sept ans plus tard, il vend son entreprise à la société américaine, Convera. Il travaille ensuite à l'élaboration de logiciels de recherche spécialisés pour diverses agences de sécurités, incluant le FBI, la CIA et la NSA.

Il publie son premier roman, Le jardinier de monsieur Chaos, en 2007. En 2011, il reçoit le Prix des écrivains francophones d'Amérique et Le Grand Prix littéraire de la Montérégie pour son roman La noyade du marchand de parapluie.

Les profils LinkedIn et Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Le jardinier de monsieur Chaos (2007)
  • Le violoncelliste sourd (2008)
  • La noyade du marchand de parapluies (2010)
  • Le testament du professeur Zuckerman (2012)

Mes commentaires

Alors je me dois d'avouer qu'encore une fois mon choix fut purement superficiel. Le titre et la couverture ont suffit pour me convaincre de prendre le roman. La quatrième de couverture, quant à elle, ne me disait rien de bien intéressant. En fait s'il avait eu une couverture et un titre différent, je n'aurais jamais emprunté le livre. Et la première phrase du prologue a achevé de me convaincre : "L'histoire que je m'apprête à vous raconter n'est ni celle d'un marchand de parapluies, ni celle d'une noyade.". Je devais lire ce livre !

En fait tout est dit dans ce prologue. Le narrateur, s'adressant à nous, nous dit que nous n'aurons pas non plus droit à son histoire car il n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal est un livre. Un livre qui raconte l'histoire du monde et dans lequel il va figurer. C'est un livre qui est poursuivi par des gens qui veulent écrire l'histoire, leur histoire. Mais le livre ne peut être vendu, acheté ou volé. Il doit être donné. Et c'est un marchand de parapluies qui donnera le livre au narrateur, un cordonnier, en 1039 dans un petit village du Sud de la France.

Nous suivrons alors le narrateur dans sa découverte des pouvoirs du livre. Un livre qui écrit par lui-même des merveilles et des atrocités. Un livre qui interprète à sa guise ce qu'on y écrit soi-même. C'est ainsi que le narrateur devra apprendre à vivre avec le livre, à le protéger, le respecter et comme il le dit lui-même dans ce même prologue : "à survivre à ses ires imprévisibles". Car la "puissance de ce livre ne réside pas dans les mots qui y sont écrits, mais dans ceux qui n'y figurent pas encore."

Le roman débute au XIe siècle et se poursuivra pendant des siècles. Nous passons à travers l'Histoire, accompagnés du livre mystérieux et du pauvre cordonnier qui bien semble bien éternel. Le narrateur vit plusieurs grands moments de l'Histoire : construction de la tour de Pise, découverte de l'Amérique, etc. Il en écrit des moments dans son livre, provoque des événements, souvent catastrophiques et réussit tout de même à très bien tirer son épingle du jeu. Mais le poids du livre est tout de même difficile à supporter et il demeure très seul. Lorsqu'il écrit des moments de sa propre histoire, il provoque souvent des désastres mondiaux. Il doit donc garder le livre caché et y écrire avec soin. Est-ce qu'il apprend de ses erreurs ? Un peu. Est-ce qu'il retient quelque chose des différents événements historiques qu'il vit ? Pas vraiment. Mais il apprend que vouloir quelque chose - même insignifiante - peut avoir des conséquences dramatiques et insoupçonnées.

Nous avons ici un heureux mélange de genres... un soupçon de surréalisme et de fantastique, un peu d'aventures et de romance, et beaucoup d'éléments historiques. On a l'impression de lire un roman historique oscillant entre le conte et le roman d'aventures. J'ai tout simplement adoré. L'écriture de Malka est très fluide et on suit aisément l'histoire.

L'auteur prend bien quelques libertés avec les faits et l'histoire - je ne crois pas que le parapluie existait comme tel au XIe siècle - mais cela ne m'a pas dérangée du tout. Quand on parle d'un livre mystérieux qui emporte son propriétaire, auteur et lecteur à travers les siècles, on ne s'attarde pas sur les petites inconsistances historiques. Ce roman traite d'impossibilités, tout simplement. Et c'est très bien comme ça.

Les mots de l’auteur

« Mais n’ayez crainte, car aucun homme – de l’historien le mieux renseigné au chercheur le plus astucieux ou au mercenaire le mieux payé – ne mettra la main sur ce manuscrit. Ce dernier fait en effet partie d’une classe d’objets à part, qu’on ne peut domestiquer, dont on ne peut prendre possession. On ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le voler. Certains vont même lui prêter une volonté, prétendant qu’il a l’étrange faculté d’influer sur son destin et la capacité de choisir son maître. » p. [10]

Pour en savoir un peu plus…


06 août 2015

La corde de Stefan Aus Dem Siepen

corde2La corde / Stefan Aus Dem Siepen ; traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès. – [Paris] : Éd. Écriture, 2014. – 153 p.;  23 cm. – ISBN 978-2-35905-142-1

Quatrième de couverture

Les habitants d’un village situé à l’orée d’une immense forêt mènent une vie simple, rythmée par les saisons. Un jour, l’un d’eux découvre dans un champ une corde qui s’enfonce dans les bois. Comment est-elle apparue ? Où mène-t-elle ? Délaissant leurs familles, les hommes décident de la suivre. D’abord accueillante, la forêt devient peu à peu menaçante, hostile. Les villageois s’obstinent pourtant, quitte à manquer le début de la récolte et à courir au-devant du danger… Comment l’irruption de l’inattendu au sein d’une société bien réglée parvient-elle à en perturber l’équilibre ? Récit d’une quête absurde, ce conte baigné de romantisme sombre offre une réflexion sur les passions humaines.

L’auteur

Stefan Aus Dem Siepen est né en 1964 à Essen en Allemagne. Il étudia à Munich en Droit. Il rejoint le corps diplomatique allemand et sera posté à Bonn, au Luxembourg, à Shanghai et à Moscou.  Il s’établit ensuite à Berlin et travaille au ministère des Affaires étrangères. Il publie son premier roman, Luftschiff, en 2006.

corde1Bibliographie

  • Luftschiff (2006)
  • Die Entzifferung der Schmetterlinge (2008)
  • Das Seil (La corde) 2012
  • Der Riese (2014)

Mes commentaires… (je dis presque tout sur la fin, vous êtes avertis !)

Un village tranquille, sans histoire, anonyme, isolé et sans lieu défini. Nous sommes aujourd’hui ou hier. Cela se passe au siècle dernier ou alors celui d’avant ou encore dans un futur rapproché. On ne le sait pas vraiment. Comme beaucoup de conte, l’histoire racontée par l’auteur n’a pas de lieu précis, pas d’époque définie.

Conte, parabole, réflexion philosophique, délire littéraire… le roman de Stefan Aus Dem Siepen a été décrit de nombreuses façons. L’auteur avoue lui-même s’être inspiré d’un rêve qu’il a fait. Ce rêve étrange d’une corde mystérieuse dont il ne voyait pas la fin lui a semblé une bonne prémisse pour un roman et lui a paru une belle parabole sur les obsessions qui nous habitent.  Il dit s’être ensuite inspiré des contes de Grimm pour écrire son histoire. Et on ressent très bien les aspects sombre et menaçant de la majorité des contes et fables.

Un villageois découvre un jour, une corde en bordure du village. Un bout à ses pieds, elle s’enfonce dans la forêt noire. Objet anodin dans un lieu incongru, la corde attire la curiosité de tout le village. On découvre bientôt que l’autre bout semble se perdre bien loin dans la forêt. Les villageois s’interrogent tous sur la provenance de la corde et le fait qu’elle soit apparue soudainement : qui l’a mise à cet endroit ? pourquoi ? jusqu’où va-t-elle ? Beaucoup de questions sans réponse. Quelques hommes décident de la suivre pour trouver l’autre extrémité. Mais une première expédition revient bredouille et dans le drame.

La curiosité se transforme en obsession et tous les hommes du village (sauf un qui reste pour garder) partent pour résoudre cette énigme. Mais ce qui devait être une expédition d’une journée se transforme en une quête qui n’aura pas de fin.

Car il n’y aura pas de fin. Et cela, je m’en doutais depuis le début. Parce que comment pourrait-il y avoir une fin ? Enfin, je le savais ou plutôt je l’espérais. Car j’aurais été très déçu par toute fin qu’aurait pu proposer l’auteur. Cela n’aurait pu être que décevant. Soit l’explication aurait été banale, normale et décevante ; soit l’explication aurait relevé du domaine du fantastique et, selon moi, il y aurait eu peu de chance pour qu’on y croie. Donc, nous ne saurons jamais pourquoi la corde a été mise là, ni où elle se termine.

La corde ne se termine probablement pas. Et les villageois n’auront jamais de réponses à leurs questions. Et ne reviendront de toute façon probablement jamais à leur village. Qui sera abandonné comme celui qu’ils ont croisé à un moment.

Bien sûr qu’en quelque part, j’aurais voulu savoir. Mais il est nettement préférable de ne pas le savoir. Et donc nos propres questions n’auront, elles aussi, aucune réponse. On ne peut que suivre cette quête vers l’inconnu amorcée par une curiosité irrépressible. On ne peut que lire sur ce désir incontrôlable de toujours vouloir plus ; sur le danger de rester sédentaire et le danger de vouloir tout changer.

Le récit de l’auteur nous permet de suivre d’un côté, l’expédition  qui part à la recherche de réponses et d’un autre la longue attente de ceux qui sont restés au village. Les deux groupes s’enfoncent dans la noirceur et l’isolement. Ils sont tous poussés à l’extérieur de leur quotidien, de leurs habitudes, de leur confort dans l’inconnu.

On peut analyser le texte de l’auteur de nombreuses façons et les symboles semblent multiples : le village, la corde, les personnages, la forêt, etc. Le texte soulève beaucoup de question, tout comme la corde, et nous oblige à nous questionner sur la nature humaine.  Tout semble avoir une signification. Allégorie philosophique, psychologique, sociale, morale… On y a même vu une métaphore idéologique,  historique et politique. C’est le propre des contes.

Les mots de l’auteur

« Ce petit geste le rendit plus heureux encore, car toujours il fallait qu’il fasse quelque chose, si peu que ce fût, toujours il lui fallait œuvrer à son propre bonheur afin de pouvoir en profiter pleinement ; s’il s’était contenté de contempler le visage endormi, une inquiétude se serait aussitôt éveillée en lui – une peur sournoise, inexplicable, qui surgissait sans cesse, parfois dans les moments de plus grand bonheur, la crainte que la vie douce et paisible qu’il menait avec les siens pût ne pas durer. » p. 13

«La corde arrachait maintenant les paysans à tout cela, éveillant en eux un désir demeuré jusqu’ici caché dans les régions les plus inaccessibles de leur âme : échapper, ne serait-ce qu’une fois, à leur petit univers, couper, dans un moment de joyeuse et folle insouciance, les mille fils qui les enchaînaient à leur chez-eux. » p.62

Pour en savoir un peu plus…

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05 février 2013

Le brunissement des baleines blanches de Boucar Diouf

 Balenine2Le brunissement des baleines blanches / Boucar Diouf. -- [Montréal] : Le Intouchables, [c2011]. -- 127 p. : ill ; 23 cm. -- ISBN 978-2-89549-422-5

Quatrième de couverture

Globi, une femelle bélouga qui souhaite sauver sa famille de la pollution du Saint-Laurent, décide de quitter le grand fleuve pour rejoindre les mers du sud. Mais, pendant son escapade, incapable de garder le cap, elle échoue sur une plage de la Nouvelle-Angleterre. Secourue par des biologistes, elle se retrouve quelques jours plus tard nageant dans un aquarium avec un vieux phoque retraité du cirque, nommé Jo Groenland. Le phoque, qui a toujours rêvé de retourner vivre dans la nature, lui propose un stratagème qui leur permettra de prendre le large. Cette mise en scène digne des plus grands spectacles leur redonnera la liberté ! De retour dans l'estuaire, l'artiste réalisera cependant que la vie d'un phoque libre n'est pas aussi simple qu'il l'imaginait.

L'auteur

Boucar Diouf est né au Sénégal en 1965 (certaines sources donnent 1966). Il a étudié à l'Université Cheikh-Anta-Diop de Balenine1Dakar où il a fait une maîtrise et une attestation d'études approfondies à la faculté des sciences. En 1991, il reçoit une bourse pour venir faire des études en océanographie à l'Université du Québec à Rimouski. Il obtient son doctorat en 1998. Après son doctorat, il décide de rester au Québec. Dans ses propres mots: "Finalement, j’ai décidé de faire ma thèse de doctorat sur les adaptations au froid chez les poissons. C'est après avoir soutenu ma thèse, cinq ans plus tard, que je me suis posé la question fatale : « Qu'est-ce que tu vas faire avec une telle spécialisation au Sénégal où il fait quarante degrés à l'ombre ? »"

Il est tout d'abord chargé de cours à l'Université du Québec à Rimouski, où il enseigne la physiologie animale et la biochimie. Rapidement, cependant, ses talents d'humoriste sont remarqués. Il consacre de plus en plus de temps à l'humour. Il participe à divers concours et prépare de nombreux numéros. En 2005, il remporte le Prix de la révélation au festival du Grand Rire de Québec. Sa carrière d'humoriste est lancée. Il monte plusieurs spectacles et se taille rapidement une place sur la scène québécoise. Il devient également un chroniquer et animateur pour plusieurs émissions de télévision dont la très populaire émission Des kiwis et des hommes.

Il vit aujourd'hui dans la ville de Québec avec sa famille. Il poursuit sa carrière d'humoriste, animateur, écrivain. Il continue également de s'impliquer socialement pour l'intégration des communautés culturelles. Il visite régulièrement les écoles et bibliothèques et est invité à différents congrès. Il a reçu de nombreux prix et distictions dont le prix Jacques-Couture pour la promotion du rapprochement interculturel en 2006. Il n'oublie pas la science et continue de s'impliquer dans le monde de l'enseignement et de l'océanographie. Depuis janvier 2013, il anime une nouvelle émission Océania sur la mer, les animaux qui la peuplent et les gens qui vivent par et pour la mer.

Bibliographie partielle

  • Mystérieuse de Kaloua (2005)
  • Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... (2007)
  • La commission Boucar pour un raccommodement raisonnable (2008)
  • Le brunissement des baleines blanches (2011)

Site web de l'auteur

Commentaires personnels

Quel magnifique conte ! Et un conte éducatif, en plus. On peut sans hésitation qualifier son texte de "mélange entre la poésie et la science" comme le fait Alexandre Shields dans son article du Devoir (Le Devoir, 9 mai 2011).

belugaL'auteur aime le fleuve Saint-Laurent. Mais très pollué, celui-ci se porte plus ou moins bien. Pour sensibiliser les gens aux problèmes environnementaux du fleuve, l'océanographe a choisi de mettre au centre de son texte, la baleine blanche du St-Laurent, le béluga.

Selon l'auteur, le béluga est véritablement le symbole du fleuve Saint-Laurent et de ses problèmes. Le béluga est un cétacé qui vit dans les eaux arctiques et subarctiques. Sauf pour une population isolée vivant dans le Saint-Laurent et dans le fjord du Saguenay. On estime que cette population y vit depuis environ 7000 ans. Elle est estimée aujourd'hui à environ 1000 individus. On a longtemps accusé le béluga de détruire les populations de saumon et morue et il fut victime d'une chasse sauvage. Aujourd'hui, c'est la pollution qui menace le cétacé. Les bélugas du Saint-Laurent demeurent à l'année dans le fleuve, ils sont donc particulièrement affectés par la pollution et on note de nombreux cas de cancers.

Boucar Diouf a mis près de huit ans pour écrire son texte. L'idée lui vient alors qu'il est guide pour les enfants à l'école de la mer sur la Côte-Nord. Il aime vulgariser la science pour les enfants et veut les amener à aimer la mer et à la comprendre. Et surtout les sensibiliser aux liens entre l'homme et l'environnement. Il veut alors écrire un conte sur la mer.

"Le brunissement des baleines blanches" nous raconte donc l'histoire d'une jeune femelle béluga, Globi, qui veut sauver sa famille d'une maladie qui menace son espèce. Malgré les dangers, elle quitte son environnement (l'estuaire du Saint-Laurent) et part à l'aventure pour trouver un milieu plus sain. Elle se retrouve cependant dans un aquarium sur la côte américaine. Elle y fait la connaissance d'autres résidents de la mer, dont un phoque du Groenland. Mais Globi doit sauver sa famille et avec l'aide de ses nouveaux amis, elle réussit à s'échapper. Ensemble, ils repartent pour le fleuve Saint-Laurent.

Le conte, par définition, doit distraire et instruire. Et le conte de Diouf suit exactement cette ligne directrice. Son principal défi était de rendre la science qu'il voulait diffuser, poétique. Et je crois qu'il a assez bien réussi. L'aspect philosophie et l'aspect morale, que l'on retrouve aussi souvent dans les contes, sont également présent.

C'est une belle histoire que l'on lit avec plaisir. J'ai beaucoup appris en lisant le conte de Boucar Diouf et j'ai voulu en apprendre plus. Mais il est vraiment important de savoir, quand on ouvre le livre, que c'est un conte jeunesse. Car je dois avouer que dans notre bibliothèque, il était classé avec les livres adultes. Et au début de ma lecture, j'ai eu de la difficulté avec le texte. J'étais un peu surprise, je trouvais les phrases légèrement "enfantines et simples". Et je trouvais l'aspect "vulgarisation scientifique" un peu trop évident. Comme le but est de donner des informations tout en divertissant, le texte devient parfois didactique. J'ai même fait une pause dans ma lecture pour faire quelques recherches sur cette oeuvre de Diouf pour rapidement m'apercevoir que son public cible était les jeunes. Ma lecture a pu ensuite se poursuivre avec plaisir.

Les mots sont doux, le conte puissant et triste. Les personnages sont attachants et les problèmes décrits sont malheureusement trop réels. Et j'espère bien que l'auteur reprendra, comme il le dit, son personnage de Jo Groenland, le phoque philosophe. C'est un superbe personnage, haut en couleurs, sage et drôle.

Une fois ma lecture terminée, j'ai cependant tout de suite fait reclassé le livre dans la section jeunesse. Les adultes peuvent bien entendu se perdre dans le beau texte de Boucar Diouf, mais il reste un conte pour enfants.  Et il doit être abordé comme tel, sinon, la lecture peut être déroutante. Car le livre est finalement: " "C'est une belle et poétique histoire pour enfants, mais elle me semble invraisemblable.[...]" "Tu ne comprends pas. Ce qui est important dans cette histoire, c'est la morale de la fin. Dans un conte, on peut prendre un légume et en faire un super-héros, pour autant que ses actions contribuent à améliorer la société dans laquelle on vit." ". p.103

ExtraitsJaime_la_plumeQ

"Je suis Jo Groenland dit "le Voyageur". Je me suis produit sous tous les chapiteaux de la planète. J'ai dansé et fait tourner des ballons sur les musiques endiablées des Beatles et d'Elvis Presley. J'ai fraternisé avec des éléphants d'Afrique, des tigres du Bengale, des caïmans de l'Onénoque. Bref, je suis la fierté de tous les pinnèedes de la Terre". p. 36

" "Je me demande, fit le Cajun, si Beethoven ou Mozart savaient qu'un jour leur musique serait écoutée par les morues..." "Je suis certain, cracha Joe Groenland, que s'ils l'avaient su, ils n'auraient pas créé une si belle musique [...]"." p. 72

Sources à consulter

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29 décembre 2009

Edward Scissorhands (1990) - Suite

ed1Cinéma: Edward Scissorhands (1990)

Commentaires personnels

Genre: Drame, Fantaisie

Edward Scissorhands est un film multiple, mélangeant le drame, le fantastique et la comédie. Mais le film est avant tout un conte. Et c'est l'aspect le plus important du film. Le film suit les règles d'un conte et c'est ce qui fait qu'on peut adorer le film ou alors le trouver simple et invraisemblable. Dans un conte tout est possible. Les gens peuvent dormir 100 ans, mesurer quelques centimètres, avoir un chat qui porte des bottes ou encore avoir des ciseaux à la place des mains.

Car un conte nous raconte avant tout les péripéties - souvent invraisemblables - vécues par un personnage. Le film nous présente l'histoire d'Edward. Le récit se déroule dans un autre temps. Comme tout conte, il semble avoir lieu dans un passé, non défini... "il était une fois"... Et dans un lieu également non défini... une banlieue... Une banlieue de quelle ville ? On ne sait pas. L'époque est aussi incertaine. Le film nous offre des paramètres provenant de différentes époques, et il est difficile de déterminer si on se trouve dans les années 50 ou 90. Nous sommes, nous le lecteur ou auditeur, séparés du temps et du lieu évoqués dans le conte. Nous sommes donc en dehors du monde actuel et donc les événements, les actions, les personnages peuvent être différents de ce que nous connaissons... être presque irréels !

L'univers du conte est souvent manichéen et caricatural. Les traits des personnages sont exagérés pour bien les cerner. Le bien et le mal sont facilement reconnaissables même s'ils ne se trouvent pas toujours dans les personnages habituels. Les habitants de la banlieue sont bien typés. Nous retrouvons des personnages très stéréotypés à la limite du ridicule... des personnages qui poussent les traits jusqu'à la caricature. Et même s'ils vivent dans une banlieue toute pimpante et aux couleurs pastels, ils ne sont pas nécessairement le côté positif du conte. Et bien qu'Edward, tout de noir vêtu, avec des lames à la place des mains, vit dans un château sombre et "hanté", il est loin d'être le côté négatif de l'histoire. Les rôles semblent inversés, mais ils sont présents. Le mal s'oppose à l'innocence et au bien. Il s'agit de renverser les rôles habituels.

La banlieue et le manoir présentent la même opposition paradoxale. Le réalisateur présente la banlieue comme un endroit propre, aseptisée, remplie de couleurs mais fade. Elle semble parfaite, calme mais sans intérêt. Elle s'oppose dans le film au château sombre et gothique isolé sur la colline mais qui renferme un jardin féerique et un homme marginal mais tendre et innocent.

Tout s'oppose dans le film: Edward, sombre et taciturne et Kim, blonde et vive ; la banlieue et le manoir ; la normalité et la marginalité...

ed2

On dit que les contes finissent généralement bien. Et on a souvent l'impression qu'ils s'adressent aux enfants...surtout à cause de l'aspect merveilleux. Mais le conte propose souvent une histoire crue et violente... on y retrouve de la souffrance, des combats, des larmes, et parfois, il ne finit pas bien du tout... la mort est souvent la conclusion. Edward devra vivre de nombreuses souffrances et il devra fuir pour se protéger. Il aimera mais ne pourra pas vivre son amour. La mort concluera en quelque sorte le conte. Mais l'espoir restera. Et les flocons de neige qui tombent toujours sur la banlieue sont un témoignage de l'amour et de l'espoir qui parsèment le conte.

Évidemment, comme tout conte, le film comporte également un aspect moralisateur ; à la limite du didactique. Chaque aspect du conte - les personnages, les lieux, les épreuves - cherchent à transmettre à l'auditeur une idée ou une morale. On nous transmet un message... une morale... Ici, la banalité et le conformisme sont les dangers. Il est aussi important d'arriver à voir au-delà des apparences. Ce qui apparaît menaçant cache en fait l'innocence et ce qui apparaît normal cache peut-être un monstre. On voit de la laideur dans le normal et de la beauté dans la marginalité.

Le film est aussi unique en grande partie à cause de la collaboration de Burton avec le compositeur Danny Elfman qui a su créé une musique féerique et unique. Chaque morceau souligne la magie du moment et lors de la scène où Edward sculpte la glace, la musique semble accompagnée chaque flocons de neige qui tombent doucement.  Les deux artistes ont su combiner leurs visions et talents pour créer un univers unique.

Le jeu des acteurs est également fantastique. La chimie entre les acteurs principaux est palpable. Johnny Depp semble vivre le rôle de Edward Scissorhands, et malgré le fait qu'il n'a que très peu de lignes à dire, il réussit facilement à transmettre les émotions du personnage. Tous les personnages, même secondaires, sont parfaitement rendus. La relation maternelle entre Peg Boggs et Edward (Dianne Wiest est comme toujours parfaite dans son rôle), la relation amoureuse entre Kim et Edward, l'antagonisme entre Jim et Edward, etc... jusqu'à la performance de Vincent Price comme créateur/père d'Edward... chaque acteur vit son personnage et nous le présente intensément.

Le film peut sembler difficile, voire triste. Mais il ne faut pas oublier qu'un conte demeure un divertissement, une activité ludique pour le lecteur/spectateur qui lui permet de s'évader de son quotidien. Et plusieurs scènes du film sont drôles et plaisantes. On sourit aux gaffes qu'Edward peut parfois faire ou aux absurdités des voisins...

On peut analyser le film à divers niveaux et plusieurs études et articles ont été consacré aux nombreuses lectures possibles de l'oeuvre. Il est très intéressant d'étudier le film et ses différents aspects et thèmes... très intéressant de faire des comparaisons avec différents contes et autres oeuvres, comme par exemple, Frankenstein... Mais Edward Scissorhand devrait tout d'abord être vu comme un conte unique qui nous raconte une fable iréelle remplie de magie.

Voir premier billet ici.

Sources à consulter

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16 décembre 2009

Edward Scissorhands (1990)

ed1Cinéma: Edward Scissorhands (1990)

Fiche technique

Langue: Anglais (VO)
Année: 1990
Durée: 105 min.
Pays: États-Unis
Réalisateur: Tim Burton
Producteurs: Tim Burton, Denise Di Novi, Richard Hashimoto, Caroline Thompson
Scénario: Tim Burton et Caroline Thompson
Cinématographie: Stefan Czapsky
Musique originale: Danny Elfman

Distribution: Johhny Depp (Edward Scissorhands); Winona Rider (Kim Boggs); Dianne Wiest (Peg Boggs); Anthony Micheal Hall (Jim); Vincent Price (The inventor)

Synopsis (attention spoilers)

La première scène du film nous présente une vieille femme qui raconte à sa petite-fille l'histoire de l'homme aux mains d'argent qui fut créé par un inventeur habitant un vieux château gothique au sommet d'une colline. L'inventeur aimait sa création mais il mourut avant de l'avoir complété. Et il laissa Edward avec des ciseaux à la place des mains.

Edward se retrouva seul dans le château jusqu'au jour où une vendeuse de produits Avon, Peg Boggs, décida d'aller sonner à la porte de cette étrange maison que personne n'avait jamais osé approcher. Elle découvre alors Edward et le prenant en pitié, elle décide de le ramener chez elle dans la banlieue au pied du château.

Edward tente comme il peut de s'adapter à la vie dans cette banlieue ordinaire où tout et tous lui semblent étranges. Peg et sa famille tentent de le protéger contre leur entourage qui sont d'abord curieux et méfiants puis qui, fascinés par ses ciseaux, tentent de l'utiliser pour toutes sortes de raisons. Edward a un grand coeur, est innocent, et se laisse trop facilement manipuler par les gens. Il tombe amoureux de Kim, la fille de Peg, qui finira par aussi s'attacher à Edward.

Mais petit à petit, les incidents s'accumulant, la méfiance des gens à l'égard d'Edward revient. La famille Boggs réalise petit à petit qu'Edward ne peut rester avec eux dans leur banlieue et devrait peut-être retourner se cacher dans son château. Alors que les Boggs tentent de célébrer Noël, Edward blesse accidentellement Kim puis Kevin, son jeune frère. La population se tourne contre lui. Edward tente de se réfugier au château mais les gens le poursuive. Kim le suit pour tenter de le protéger. Mais son petit ami, Jim, les suit également et tente de tuer Edward. Ce dernier arrive à se défendre mais tue Jim. Kim avoue à Edward qu'elle l'aime mais qu'elle doit le ed6laisser pour le protéger de la population. Elle le quitte et annonce aux gens qui arrivent que Jim et Edward se sont entretués. Les gens retournent dans la banlieue, laissant Edward à nouveau seul dans son château.

La dernière scène nous présente à nouveau la vieille dame qui termine son récit à sa petite-fille.

À propos

Titre original: Edward aux mains d'argent

Tim Burton a travaillé de nombreuses années sur ce film. On dit qu'il travaillait sur cette idée et ce personnage depuis son adolescence. Pendant la réalisation du film Beetlejuice, il engagea Caroline Thompson pour adapter son idée en scénario. Le succès de Batman permit ensuite à Burton de travailler rapidement sur ce projet qu'il avait tant à coeur.

Tim Burton basa son personnage principal sur l'apparence du chanteur de The Cure dans les années 80, Robert Smith. On dit qu'il s'inspira de sa propre coiffure pour celle d'Edward. Plusieurs acteurs furent proposés ou manifestèrent leur intérêt pour le rôle d'Edward: Tom Cruise, Tom Hanks, William Hurts, Robert Downey Jr et même Micheal Jackson. Tim Burton opta finalement pour Johnny Depp. Ce film marqua le début d'une longue collaboration entre les deux artistes qui dure encore aujourd'hui.

Le personnage principal est prénommé Edward en l'honneur du réalisateur et acteur, Ed Wood, que Burton admire beaucoup. Il réalisera un film sur sa vie quelques années plus tard. Quelques critiques placent d'ailleurs Edward Scissorhands et Ed Wood dans une trilogie qui comprend aussi Big Fish (avec son personnage principal d'Ed Bloom). Ces trois personnages au prénom de "Ed" sont trois versions différentes d'un même personnage rêveur que Burton présente dans ses films.

On peut aussi noter que le film est la dernière apparition de l'acteur Vincent Price, célèbre pour sa contribution au cinéma fantastique. Il meurt en 1993. Le rôle de l'inventeur fut d'ailleurs écrit pour lui. 

La banlieue présentée dans le film serait une critique par Burton de sa ville natale, Burbank en Californie. Il la présente comme un endroit qui semble parfait, mais qui est fade et sans intérêt. Burton aurait créé une caricature de la banlieue typique des années 70-80 où les gens semblent tous pareils. Le village de Land O'Lakes en Floride fut choisi pour le tournage.

La collaboration entre Burton et le compositeur Danny Elfman est également notable. Cette 4e collaboration est remarquable et la musique fait partie intégrante du film. Edward Scissorhands reçut plusieurs nominations et prix.

Commentaires personnels à suivre...

Citations

Granma: "Before he came down here, it never snowed. And afterwards, it did. If he weren't up there now, I don't think it would be snowing. Sometimes you can still catch me dancing in it"

Sources à consulter

 

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