26 avril 2017

Les Visages de Jesse Kellerman

Visages01Les Visages / Jesse Kellerman ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony. -- [Paris] : Sonatine, 2009. -- 471 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-35584-026-5

Quatrième de couverture

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

L'auteur

Jesse Oren Kellerman est né en 1978 à Los Angeles en Californie aux États-Unis. Ses parents sont deux auteurs Visages2américains très connus : Faye et Jonathan Kellerman. Il a fait des études en psychologie à l'Université de Harvard puis en dramarturgie à l'Université Brandeis. En plus d'écrire et de s'intéresser au théâtre, il a joué de la guitare, pendant un temps, dans le groupe rock, Don't shoot the Dog.

En 1994, il publie conjointement avec son père, un recueil de poésie pour les enfants. En 2004, sa pièce Things Beyond Our Control remporte le Prix Princess Grace. Ce prix lui permet de se consacrer à l'écriture. Son roman The Genius paru en 2008 fut nommé le meilleur thriller de l'année par The Guardian et sa traduction françaises, Les Visages reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010.

Il vit aujourd'hui en Californie avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • Things Beyond Our Control (2004) (théâtre)
  • Sunstroke (2006)
  • Trouble (2007)
  • The Genius (2008) [Les Visages, 2009]
  • The Executor (2010)
  • Potboiler (2012)
  • The Golem of Hollywood (2014) (avec Jonathan Kellerman)
  • The Golem of Paris (2015) (avec Jonathan Kellerman)

Site web de l’auteur : http://jessekellerman.com et page Facebook : https://www.facebook.com/JesseKellermanAuthor

Mes commentaires

Quand je termine la lecture d'un roman, j'écris rarement mon billet immédiatement. Mais je le prépare ; je rédige ce que j'appelle mon canevas : notice, quatrième de couverture, informations sur l'auteur, extraits et sources à consulter. Puis, ça peut prendre un certain temps avant que je n'écrive le billet comme tel. Habituellement, cela varie entre quelques semaines ou quelques mois. Mais parfois, cela peut être des années. Ce qui est le cas ici. Pourquoi ? Pas de raisons particulières... parfois c'est un simple oubli.

Je n'ai habituellement pas de problème à reprendre un canevas et à rédiger mon commentaire, mon avis. L'histoire me revient rapidement ainsi que mon ressenti. Mais parfois, j'ai complètement oublié le roman. Ce qui n'est jamais bon signe. Et c'est le cas ici. Je me souviens vaguement de l'histoire et la lecture d'autres avis me ravive légèrement certains souvenirs. Je me rappelle cependant m'être dit que le roman était loin du suspense annoncé. Je me souviens également que bien que ce ne fut pas un coup de coeur, j'avais tout de même bien aimé le roman, d'où la rédaction du canevas en vue d'un futur billet. Mais en gros, je dois avouer qu'il ne me reste pas grand chose de ma lecture du roman de Jesse Kellerman. Et ça, c'est toujours un peu triste. Bon... voyons voir...

Ethan Muller possède une galerie d'art à New York. Le monde des marchands d'art n'est pas facile. Entre les vernissages essouflants et la concurrence entre galeristes cherchant tous à se démarquer, Ethan cherche à faire sa place. Lorsqu'il découvre dans de vieilles boîtes d'un appartement délabré, d'étranges tableaux comportant des portraits d'enfants, il croit que sa renommée est assurée. De plus, Victor Cracke, le mystérieux artiste ayant réalisé ces tableaux, semble a voir disparu.

Le galeriste décide d'exposer les tableaux tout en faisant des recherches sur l'artiste. L'exposition est un succès mais elle déclenche une enquête lorsqu'un policier à la retraite croit reconnaître les visages d'enfants tués il y a de nombreuses années par un tueur en série qui ne fut jamais arrêté. Est-ce que l'artiste disparu serait un meurtrier ? Y a-t-il un lien entre ces portraits et les enfants tués ? Peut-on exposer ces portraits ? Où tracer la ligne entre l'art et l'horreur ?

Toutes ces questions sont intéressantes mais il me semble qu'au fil des chapitres l'auteur les oublie un peu et mon intérêt a diminué petit à petit. On nous raconte deux histoires. Nous partons d'un côté à la recherche de l'artiste Victor Cracke et nous remontons le temps pour suivre les traces de sa famille. Et d'un autre côté, nous suivons Muller dans son enquête pour faire la lumière sur les meurtres des enfants et la possible connexion avec les tableaux de Cracke. Il ne faut pas oublier les possibles liens avec sa propre famille. Et ici et là, on nous fait découvrir un peu le monde des galeries d'art. Puis finalement, tout va se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Évidemment.

Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus car je n'ai que de vagues souvenirs de toutes les facettes des enquêtes. Les recherches pour Cracke et l'enquête sur les visages n'ont pas retenu beaucoup mon attention. Certains passages m'ont paru longs avec beaucoup de descriptions inutiles.

Je me souviens cependant que j'ai bien aimé découvrir le monde des galeries d'art de New York. C'est un monde qui semble terriblement intéressant, mais aussi dur, impitoyable et même froid. Il y avait dans le roman une réflexion intéressante sur l'art et sur l'exposition de l'art.

Et j'avoue que j'aurais aimé voir l'oeuvre de Victor Cracke, ces milliers de dessins avec des monstres et des anges et ces portraits d'enfants. Les descriptions me semblaient incomplètes mais en fermant les yeux, je pouvais presque voir cette oeuvre inimaginable.

Les mots de l’auteur (Extraits)

" À l'intérieur se trouvait une pile bien rangée de ce qui m'apparut d'abord comme des feuilles de papier vierges, jaunies et écornées. L'espace d'un instant, je crus que Tony se moquait de moi. Puis je ramassai la première page, la retournai, et alors tout le reste s'évanouit.

Les mots me manquent pour vous décrire ce que je vis. J'essaie quand même : une ménagerie étourdissante de formes et de visages ; des abges, des lapins, des poulets, des lutins, des papillons, des bêtes informes, des créatures mythologiques à dix têtes, des machines extravagantes avec des bouts d'organes humains, le tout tracé d'une main précise, minutieux et grouillant sur la feuille, vibrant de mouvement, dansant, courant, jaillissant, dévorant, se dévorant mutuellement, perpétrant des tortures atroces et sanglantes, un carnaval de luxure et d'émotions, toute la sauvagerie et la beauté que la vie peut offrir,m ais en exagéré, délirant, intense, puéril, pervers, avec un côté BD joyeux et hystérique ; et moi, je me sentis assailli, agressé, prix d'un furieux désir à la fois de détourner le regard et de plonger dans la page." pp26-27

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 08:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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12 septembre 2016

Les jeunes mortes de Selva Almada

mortes1Les jeunes mortes / Selva Almada ; traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba. — Paris : Éditions Métailié, 2015. – 139 p. ; 22 cm. – ISBN 979-10-226-0139-9

Titre original : Chicas muertas

Quatrième de couverture

Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l’histoire judiciaire. Des “faits divers”, comme on dit cruellement, qui n’ont jamais fait la une des journaux nationaux.

Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l’école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d’orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.

Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l’après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante… Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l’indifférence d’une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l’entend. En toute impunité.

À l’heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c’est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

L’auteur

Selva Almada est née à Entre Ríos en Argentine en 1973. Elle commence des études en publicité puis mortes2décide d’étudier en littérature à Paraná. Pendant deux ans, elle dirige la revue CAelum Blue.

En 2003, elle publie un recueil de poésie, Mal de muneñas. Elle publie ensuite deux recueils de récits, puis en 2012, elle publie son premier roman El viento que arrasa.

En 2010, elle reçoit une bourse du Fonds national des Arts d’Argentine afin de travailler à un projet sur le féminicide. Elle dirige des ateliers d’écriture à Buenos Aires.

La page Facebook de l’auteure, blogue de l’auteure : Una chica de provincia.

 Bibliographie partielle

  • Mal de muñeca (poésie) (2003)
  • Niños (récits) (2005)
  • Una chica de provincia (récits) (2007)
  • El viento que arrasa (Après l’orage) (2012)
  • Ladrilleros (2013)
  • Chicas muertas (Les jeunes mortes) (2014)

Mes commentaires

Quel texte percutant. Le livre de Selva Almada n'est pas vraiment un roman. L'auteur nous propose dans son livre, le résultat de ses enquêtes sur trois crimes, trois meutres de femmes ayant eu lieu dans son pays. Et à travers ces enquêtes, elle nous livre ses réflexions sur le problème des crimes et de la violence contre les femmes en Argentine. C'est un livre  sobre mais très touchant et très difficile à lire. Elle nous livre un témoignage sur la position de la femme en Argentine et surtout sur la banalisation des crimes contre la femme. Les trois crimes dont elle a choisi de nous parler n'ont jamais été élucidés et sont devenus des faits divers parmi tant d'autres.

Les trois crimes racontés par Alamada ont eu lieu dans les années 80. L'auteur a choisi de parler principalement de María Luisa, Andrea et Sarita. Elles avaient entre 15 et 20 ans. Les corps des deux premières ont été retrouvés mais on a jamais retrouvé Sarita. Trois histoires parmi des milliers. L'auteur nous parle de ces femmes et de leurs vies. Elle nous raconte ce qu'elles étaient. Entièrement. Même leurs défauts, leurs folies, leurs erreurs. Car rien ne peut justifier que ces femmes ont été violentées et tuées. Ces femmes étaient belles, laides, normales, banales, ordinaires, uniques.

Le but de l'auteur est de tout d'abord faire vivre à nouveau ces femmes, de ne pas les oublier. Et elle part à la rencontre de ces femmes. Elle interroge proches, amis, famille, policiers. Elle enquête. Froidement. Mais on sent le malaise partout. Le silence est assourdissant. Et la mort enveloppe tout. Mais le but d'Almada est aussi de dénoncer les auteurs de ces crimes, les hommes. Le père, le frère, l'oncle, le petit ami, le patron... Jalousie, contrôle, violence, pouvoir, incompréhension... Ce texte est brutal.

Dans son enquête, l'auteur touche aussi à sa propre mortalité. Le texte de Selva Almada est bref, percutant et très personnel. L'auteur livre ses émotions, son questionnement, son incompréhension, sa colère dans son récit de la vie et de la mort de ces trois femmes. Elle ira même voir une voyante pour aller à la rencontre des victimes. Cela peut sembler étrange mais non... l'auteur cherche ses réponses partout. Elle veut comprendre. Et elle espère. 

La conclusion de l'auteur est tranchante. Rien ne peut expliquer ces crimes et surtout le silence et l'indifférence qui les entoure. Et rien n'a changé. Encore aujourd'hui les fémicides sont choses courantes en Argentine - mais aussi dans nombres de pays. Et la façon dont on traite ces crimes n'a également pas changé, que ce soit une agression, un viol, un meutre, les crimes contre les femmes demeurent majoritairement impunis. La corruption des autorités, le pouvoir de l'argent, l'incrédulité des gens, la peur et le silence des populations et même des victimes et de leur famille, rien n'a changé. Cela changera-t-il un jour ?

Les mots de l’auteur

« Je ne savais pas qu’on pouvait tuer une femme seulement parce qu’elle est une femme, mais j’avais entendu des histoires qu’avec le temps j’ai mises bout à bout. Des anecdotes qui n’avaient pas conduit à la mort, mais qui révélaient la misogynie, les abus, le mépris dont les femmes sont victimes. » p. 18

 «Telle est peut-être ta mission : rassembler les os des jeunes filles, les recomposer, leur donner une voix pour les laisser ensuite courir librement quel que soit l’endroit où elles doivent se rendre. » p. 42

Pour en savoir un peu plus…