04 juin 2017

Le moment captif d'un dimanche : un ourson pour dormir

2017-06"Il faut beaucoup d'amour pour transformer un nounours en meilleur ami" [Pam Brown]

Il est là. Il écoute. Sans rien dire. On le prend. On l'écrase sur notre poitrine. On l'écrabouille sur notre coeur. On lui dit tout. On lui murmure nos secrets. Nos larmes et nos rires. Mais surtout nos larmes. Il écoute. Il se laisse tordre dans tous les sens. Il se cache dans notre cou. Et il écoute.

On le jette dans un coin. Il attend. Puis on le reprend. Et on le chatouille, on le caresse, on le bécote. Puis on le brutalise un peu, il se dandine au bout de notre bras, il a peur pour ses coutures. Il nous pardonne nos humeurs instables. Car il sait qu'on a besoin de lui.

On l'a perdu. On panique. On ne peut vivre sans lui. On pleure, on crie. Il a disparu. Et s'il était parti ? S'il ne voulait plus de nous ? On le retrouve. Il était sous le lit. On l'emprisonne dans nos bras. On ne le laissera plus jamais.

Mais il faut le laisser. Il faut partir. Il reste là. Sans qu'on le voit, il va à la fenêtre. Il nous regarde partir. Il a peur pour nous. Mais il est fier. Il connait tous nos secrets. Il sait qu'on va être fort. Il sait qu'on aura nos faiblesses. Il attend. Et quand on va revenir, on lui racontera nos défaites et nos exploits.

"Un nounours est la seule chose qui protège du noir" [Helen Thompson]

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14 mai 2017

Le moment captif d'un dimanche : et si l'abandon...

2017-05"On est si petit, le monde est si grand. -- Que serait la vie, sans notre Maman" [Mick Michevl]

Quand on est petit, on croit qu'elle sera éternelle. On sait bien qu'elle partira avant nous. C'est logique. Mais elle sera vieille. Très vieille.

J'ai fermé les yeux. Il faisait toujours trop froid. Une cage vide. Une vie passée à travers la fenêtre du salon. Je l'ai laissée seule, un instant. Ce fut suffisant. Elle est partie. Elle a désertée nos vies.

Un entrefilet dans les journaux. Une anecdote banale. La fin du monde pour nous.

Et la vie continue. On oublie ses faiblesses. Son corps torturé. Son tourment fut mon naufrage. Ne reste que le besoin de sa présence. De sa force. De ses bras. De son amour. Quand tout s'écroule autour de moi, où es-tu maman ?

"C'est toi, Maman, la plus belle du monde -- Et lorsque tout s'effondre autour de moi -- Maman, toi tu es là !" [Luis Mariano]

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22 février 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…

12 octobre 2016

Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy

peur1Une nuit, je dormirai seule dans la forêt / Pascale Wilhelmy. — Montréal : Libre Expression, c2015. – 173 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-7648-1128-3

Quatrième de couverture

Depuis ses cinq ans, Emma a peur de tout. Des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns… et des mains poilues. Pourquoi ? Elle a juré de ne rien dire.

Un soir d'orage, paralysée, elle se fait une promesse : vaincre ce qui l'effraie. Briser son grand secret. Une nuit, elle ira dormir seule dans la forêt, au cœur de tous les dangers. Et si elle survit, si un loup ne l'attaque pas, si un ours ne la scalpe pas, elle en reviendra victorieuse. Pour une fois.

Avec la sensibilité et le style qu'on lui connaît, Pascale Wilhelmy nous transporte dans l'univers d'Emma et de cette expédition qui la mènera à l'origine de ses peurs. Et surtout droit devant, vers un avenir plus léger, plein de promesses.

L’auteur

Pascale Wilhelmy est une auteure, journaliste et chroniqueuse québécoise. Elle a travaillé pendant plusieurs années pour la radio à Rythme FM. Elle a également travaillé comme journaliste artistique et culturelle pour le réseau de télévision TQS et pour le bulletin de nouvelles de TVA. Elle a aussi été animatrice pour l'émission Star peur2Académie. Et elle écrit pour divers magazines comme par exemple, le magazine 7 jours. Elle publie son premier roman Où vont les guêpes quand il fait froid ? en 2013, qui a été finaliste pour le Grand Prix littéraire Archambault.

Pascale Wilhelmy a deux enfants et est mariée à l'animateur radio et télé québécois, Denis Lévesque.

La page Facebook de l'auteure.

Bibliographie

  • Où vont les guêpes quand il fait froid? (2013)
  • Ces mains sont faites pour aimer (2014)
  • Une nuit, je dormirai seule dans la forêt (2015)

Mon expérience de lecture !

Je ne m'attendais à rien. Je savais que le livre avait eu de bonnes critiques mais qu'il n'avait pas beaucoup de succès à ma bibliothèque. Je ne sais pas pourquoi mais quand nous l'avons reçu en don, je l'ai acheté. Comme ça. Sans raison précise. Nous avions déjà trois copies qui ne sortaient pas beaucoup et donc en bon état. Alors le don s'est retrouvé dans la vente de livres. Et puis, ensuite, il a traîné un peu dans ma pile à lire. Un matin que je devais prendre le train, je l'ai pris distraitement. Et lorsque 30 minutes plus tard je sortais du train, je pleurais presque de devoir interrompre ma lecture. Le roman de Wilhelmy m'a chavirée, étourdie et bouleversée. J'ai eu les larmes aux yeux. Je ne voulais plus le quitter. Et quand j'ai dû le fermer, je n'ai pu qu'en parler à tout le monde autour de moi... et tous ceux qui l'ont lu me disent la même chose : les  mots de Wilhelmy sont magiques, tragiques, inoubliables...

J'exagère ? Peut-être. Mais c'est rare que je suis émue à ce point par un livre. Cela m'arrive parfois mais de plus en plus rarement. Alors avant de dire autre chose... merci Mme Wilhelmy, cela faisait si longtemps que je n'avais pas vécu un moment de lecture si intime et émouvant.

Mes commentaires...

Bon, revenons sur terre... Emma a peur. Elle a peur de presque tout et depuis toujours. Elle a peur de l'avion, des chiens, des ours, des hauteurs, de son sous-sol, des orages, et d'un miliers d'autres choses. Elle passe sa vie à essayer de surmonter certaines peurs et vivre presque normalement, puis à se réfugier chez elle pour se protéger des ours, des orages, des pilules qu'elle pourrait avaler de travers. Depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne, elle a peur. Il lui semble avoir toujours vécu avec ses peurs.

Mais elle essaie de surmonter ses peurs. Tous les jours. À son rythme. Les premières pages nous parlent de toutes ces peurs qu'elle a et comment elle essaie de les surmonter. Puis, au détour d'une page, son petit ami découvre un dessin qu'elle a fait quand elle était une enfant. Et là, le roman bascule. Le dessin est effroyable, révoltant et horriblement triste. Quand j'ai parlé du roman avec des collègues, je me souviens avoir dit "et quand j'ai vu le dessin" au lieu de dire "quand j'ai lu la description du dessin". Car j'ai vu le dessin tant les mots de Wilhelmy sont forts et terriblement vivants.

Emma est blessée, même si elle ne veut pas admettre ces blessures. Petit à petit, au fil des pages, on retourne dans le passé d'Emma, son enfance, son adolescence, sa vie de jeune adulte, ses amours, ses succès, ses échecs... et surtout ses peurs. Ses peurs qu'elle connait, qui font partie de sa vie, qui sont même réconfortantes en quelque sorte, puis ses peurs enfouies, qu'elle veut ignorer et oublier.

Elle finit cependant par vouloir les combattre. Et elle décide de les affronter toutes à la fois, en passant une nuit, seule, dans la forêt. Elle a décidé d'affronter tous ses monstres.

Le roman m'a prise à la gorge. L'auteur m'a bouleversée. J'ai ensuite lu que même si l'histoire n'est pas la sienne, l'auteur a quand même vécu avec la peur, des peurs intenses. Pour avoir moi aussi certaines peurs, pour avoir vécu avec ma mère qui s'est battue contre des peurs intenses, irrationnelles et qui paraissaient insurmontables (mais qu'elle a fini par vaincre), je peux dire que l'auteur a su transmettre toutes ces émotions dans son texte. Comment les peurs peuvent briser des vies. La vie de ceux qui les vivent et des proches qui doivent vivre des peurs qui ne sont les leurs et essayer de les comprendre... et surtout les accepter.

Tous les personnages du roman m'ont semblé forts, vivants. En si peu de pages, l'auteur arrive à non seulement les présenter mais à tous les faire vivre. J'ai rarement eu cette impression de connaître autant les personnages, même les personnages secondaires. L'écriture de Wilhelmy est délicate, douce mais on la reçoit en pleine face... elle est aussi trèes brutale, vraie, authentique.

Mais je ne peux en dire plus... Et maintenant, j'ai terriblement envie de lire les autres romans de l'auteur mais j'ai aussi terriblement peur de le faire.

Les mots de l’auteur

« Le ciel n’est ni bleu, ni turquoise. Loin des beaux jours, il est noir. Troublant. Un éclair le traverse. Le feu vient de s’abattre sur la maison. J’en ai même fendu la toiture. Il n’y a ni jardin, ni fleurs. Aucune boule jaune, aucun soleil comme l’ont dessiné les atres élèves. Tous, sans exception. Chez moi, c’est la nuit.

Ma maison n’a pas de porte. Ni même une cheminée, pour s’évader. » p.57

« Se défaire de l’enfance. Impossible. On peut se bercer d’illusions, mais elles marquent, ces premières années. Un fer rouge dans la tête. Dans la mémoire. Parfois sur le corps. On fera des détours, on l’emmaillotera dans une amnésie forcée. Pourtant, elle ne se supprime pas. La ne sera jamais parfaite» p. 99

Pour en savoir un peu plus…

21 août 2016

Le moment captif d'un dimanche : façonner sa vie

2016-09-18"Une seule enfance est supportable : la nôtre" [Pierre-Henri Simon]

L'enfance passe et repasse. Une fois terminée, elle ne nous quitte pourtant pas. Mais quels souvenirs de nos 8 mois, 18 mois, 2 ans, 5 ans ? Des images qui fuient. Des photos jaunies. Aucune importance donc. Mais on dit que l'enfance influence notre vie d'adulte. On dit aussi qu'on oublie tout de notre enfance. On dit tant de choses sur l'enfance.

Des souvenirs inventés. Des souvenirs racontés. Je me souviens de moments dont je n'ai pas de souvenirs. Mais ces images sont fortes, réelles et colorées. On m'a tant raconté ces instants qu'ils ont pris vie dans ma tête. Ils sont réels. Aussi réels que les moments furtifs que je crois me souvenir vraiment. Ces moments que j'ai vécu, seule, sans quelqu'un pour me raconter comment j'ai pleuré, j'ai ri, j'ai aimé ou j'ai eu peur.

Est-ce que ces moments que je me rappelle sont plus importants que ceux que j'ai oubliés ? Peut-être. Je ne sais pas. Je ne suis pas experte en enfance. J'aimerais parfois oublié certains moments et me rappeler d'autres. Je ne choisis pas. Je vie et revie. Et je rêve et cauchemarde. Mais je me souviens d'avoir vieilli. Et d'avoir oublié.

"Il y a des choses de l'enfance que seule l'enfance connaît" [Colum McCann]

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13 août 2016

Les assassins de la 5e B de Kanae Minato

5bb_Les assassins de la 5e B : roman / Kanae Minato ; traduit du japonais par Patrick Honnoré. — Paris : Éditions du Seuil, c2015. – 242 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-02-105627-3. – (Coll. Seuil Policiers)

Quatrième de couverture

Moriguchi Manami, 4 ans, est retrouvée noyée dans la piscine du collège où enseigne sa mère. Un mois plus tard, lors de son discours d'adieu à sa classe de 5e B, Mme Miroguchi accuse deux élèves d’avoir tué sa fille et leur annonce sa vengeance. À cette première intervention succèdent celles de la déléguée de classe, sous forme d'une lettre adressée à l’enseignante ; de la mère de l'un des deux meurtriers, dans son journal intime ; de l’adolescent lui-même, qui a des visions en flash-back de sa petite enfance traumatisante ; de l'autre coupable, qui se vante sur son site Internet de ses géniales inventions scientifiques ; enfin, un coup de téléphone de Mme Moriguchi à ce dernier.

Dans ce roman construit avec virtuosité, le suspense est maintenu jusqu’au bout, quand les différentes pièces s’assemblent pour dévoiler une machination glaçante.

L’auteur

Kanae Minato (湊 かなえ) est née en 1973 5b1à Hinnoshima au Japon. Elle étudie à l'Université des Femmes de Mukogawa.

Elle commence à écrire pour la télévision et la radio. En 2008, elle publie son prenier roman, Kokuhaku, littérallement L'aveu et traduit en France sous le titre de Les assassins de la 5e B. Le roman est un best-sellers et fut adapté en manga et au cinéma.

Bibliographie partielle

  • Kokuhaku (告白) (2008) (L'aveu) (En France : Les Assassins de la 5e B)
  • Shojo (少女) (2009)  (La fillette)
  • Shokuzai (贖罪) (2009) (La rédemption)
  • Enu no Tameni (Nのために) (2010) (Pour N)
  • Yako Kanransha (夜行観覧車)(2010) (La grand roue de nuit)
  • Hana no Kusari (花の鎖) (2011) (manga) (La chaîne de fleurs)
  • Kyogu (境遇) (2011) (La situation)
  • Shirayukihime Satsujin Jiken (白ゆき姫殺人事件) (2012) (Le meurtre Blanche-Neige)
  • Bosei (母性) (2012)(La maternité)
  • Koko Nyushi (高校入試) (2013) (L’examen d'admission du lycée)
  • Mame no Ue de Nemuru (豆の上で眠る) (2014) (Dormir sur un légume sec)
  • Yama Onna Nikki (山女日記) (2014) (Le journal de la femme de la montagne)
  • Monogatari no Owari (物語の終わり) (2014) (La fin du récit)
  • Zessho (絶唱) (2015)
  • Reverse (リバース) (2015)

Mes commentaires (attention quelques spoilers)

On dit de l'auteure qu'elle est la reine des "Iyamisu". D'après mes sources, en japonais, Iyamisu signifie "un thriller à l'arrière goût désagérable", et le mot aurait été inventé par Aio Shimotsuki. Thriller avec un arrière goût désagréable... oui, en effet ! On lit définitivement un roman nous montrant le côté sombre de l'homme... et j'ai terminé ma lecture en me disant... ouf bien fait, mais ouf.. tout ça est malsain. Mais quel roman incroyable !

Je dois avouer cependant que j'ai eu de la difficulté au début. Et je me suis demandée après quelques pages, si je n'abandonnerais pas ma lecture. C'est que c'est foncièrement un roman choral, avec, comme premier narrateur, le professeur qui dialogue avec sa classe... dont on ne lit pas les répliques. Et au début cela m'a semblé lourd et difficile à lire. Mais j'ai persisté et j'en suis fort heureuse car c'est un roman déroutant, choquant, mais très puissant.

Mme Moriguchi est le professeur principal de la classe de 5eB. Alors que c'est la dernière journée de classe, elle fait un discours d'adieu à ses élèves. Elle quitte l'enseignement. Une des raisons de son départ est la mort récente de sa petite fille de 4 ans qui a été retrouvée morte noyée dans la piscine de l'école. Bien que la mort a été classée comme un accident, Mme Moriguchi dit qu'elle sait que c'est un meutre et que les deux meutriers se trouvent parmi les élèves de sa classe. Comme elle sait que puisque ce sont des mineurs ils ne seront jamais accusés et punis comme ils le devraient pour ce meurtre qu'elle déclare prémédité, elle raconte aux élèves comment elle a planifié sa vengeance. Et quelle vengeance !

Ici, je dois faire un aveu... j'ai trouvé parfaite cette vengeance et très légitime. Oui, cela n'a pas réussi - dans un sens - mais le simple fait d'insinuer dans les esprits cette idée de vengeance et le but était atteint. Et puis la vengeance finale est très retorse et géniale.

Et puis, nous changeons de narrateur. Après l'enseignante qui s'adresse à ses élèves, nous avons le récit d'une de ses élèves et la façon dont elle voit les événements. Et même si elle comprend et elle est compatisante, elle voit aussi l'intimidation et l'isolement dont souffrent les deux éléves maintenant. Et c'est elle qui nous annonce une des conséquences du geste du professeur.

Et nous avons ensuite le témoignage de la mère d'un des deux coupables par le biais de son journal intime. Nous entrons dans l'intimité de cette famille et surtout de cette relation mère-fils - assez inconfortable. Et qui se termine par le drame annoncé par la jeune étudiante.

Ensuite, ce sont les mots des deux jeunes garçons qui ont été accusés d'avoir tué cette petite fille de 4 ans. Un après l'autre, ils nous parlent. Nous donnent également leur point de vue.

Et le roman se termine par une dernière intervention de l'enseignante qui nous révèle sa vengeance ultime.

C'est un roman très fort. Et cette alternance de points de vue est incroyablement efficace. Elle nous permet d'entrer dans l'univers des personnages, de croire comprendre la psychologie de chacun, d'avoir de l'empathie, de la sympathie et finalement de la colère et même de la haine envers ces personnages. Et les bourreaux sont parfois aussi des victimes. Mais parfois, alors qu'on voudrait bien que ces bourreaux soient des victimes, elles ne sont que des tortionnaires et on ne peut les excuser. Et c'est là que cela devient sombre et qu'on retrouve l'arrière goût désagréable. Malsain. Étrange. Car on voudrait bien leur pardonner, les comprendre, mais au final, on ne peut pas. Enfin, je n'ai pas pu.

On parle de critique du Japon, de la culture niponne. Peut-être. Cette critique est en tout cas assez cruelle. On nous présente une culture froide mais passionné et violente, à la recherche de l'excellence et de l'extrême, mais aussi une société en errance. La pression est partout. Sur tout le monde. Mais si certains aspects apparaissent particulièrement japonais... on pourrait transposer ce roman dans beaucoup d'autres lieux. Et c'est ce qui en fait un roman fort, habile, tordu et tortueux.    

Les mots de l’auteur

 « Au lieu de parler de gens qui ont fini par réussir leur vie malgré quelques bêtises de jeunesse, ne devrait-on pas plutôt parler de ceux qui ne sont pas sortis du droit chemin et n’ont pas fait de bêtises ? Est-ce que ce ne sont pas plutôt eux les héros ? Mais la lumière des projecteurs ne tombe jamais sur la vie ordinaire des gens ordinaires. À l’école c’est la même chose. Et voilà comment on en arrive à trouver suspects ces professeurs qui font leur travail sérieusement mais ans passion extravertie, voire à les considérer comme des perdants. » p.16

« Le soir même du jour où l’unique être que j’aimais m’a quitté, en prenant mon bain j’ai trouvé le flacon de shampooing vide. La vie, c’est toujours comme ça. Que pouvais-je faire d’autre ? J’ai ajouté un peu d’eau, j’ai bien remplie de mousse.

Alors j’ai pensé : Voilà, c’est comme moi, un vague fond de bonheur crevé que je dilue pour faire durer et remplir le vide de petites bulles. Des illusions pleines de vide, je le ais, mais tout de même mieux que du vide sans rien. » p. 187

Pour en savoir un peu plus…

19 juin 2016

Le moment captif d'un dimanche : citadine

2016-05-03 « Je suis d’une ruelle comme on est d’un village – entre les hangars de tôle et les pissenlits – j’ai trop le souvenir de la petit cour – où il nous fut autrefois défendu de jouer à la balle – rapport aux vitres des voisins » [Sylvain Lelièvre]

Enfant, je rêvais de fleurs et d'arbres. Tous les étés, j'allais chez mes grands-parents à la campagne ; je courais dans la forêt et je m'amusais sur le bord du lac. Je jouais dans les herbes hautes et je faisais des bouquets de fleurs sauvages. J'avais tant besoin de fleurs et d'arbres que lorsque nous repartions vers la ville, j'imaginais que je ramenais avec moi toutes ces fleurs et tous ces arbres. Ils envahissaient la rue où j'habitais, ils brisaient le ciment, le béton et ils verdissaient mon trottoir, ma ruelle.

Ma mère avait une multitude de plantes - qui survivaient plus ou moins dans notre salon. Mon père avait un petit carré de terre dans le jardin communautaire. Il y passait ses samedis et ses dimanches pour ramener quelques tomates, poivrons et oignons.

Et moi, je jouais sur le béton. On jouait dans la rue, de grandes joutes de cachette. Tous les enfants de la rue y participaient et l'été, le jeu durait jusqu'à ce que le soleil soit presque couché. Nous rentrions alors à la maison, il fallait prendre le bain, se mettre en pyjama et alors nous avions encore quelques minutes. On sortait sur les balcons en pyjama et on se racontait des histoires jusqu'au coucher.

Et puis, je jouais dans la ruelle. On jouait aux élastiques, on sautait à la corde, on s'entretuait au ballon. On attendait la venue du camion de fruits et légumes, la cloche du monsieur qui aiguisait les couteaux et même parfois un vendeur de ballons et peluches. On courait même derrière le camion des éboueurs. Nous avons perdu des ballons dans la cour du voisin qui refusaient de nous les redonner. Nous avons vandalisé la porte du même voisin. Il ne l'a jamais dit à nos parents.

Puis les années ont passé. Et j'ai passé des soirées sur le balcon (avant ou arrière) à papoter avec mes amies des garçons du quartier... Il y a eu des soirées bien arrosées dans les cours voisines, des chicanes de balcons, du commérages et du linge étendu sur les cordes à linges.

Je rêvais de fleurs et d'arbre. Mais je rêve aujourd'hui de mon enfance rempli de ruelles, balcons et cordes à linge.

« J’habite au cœur des cordes à linge – où les oiseaux viennent quand même chanter – malgré l’absence d’arbres – je suis du quartier des fils électriques » [Sylvain Lelièvre]

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29 mai 2016

Le moment captif d'un dimanche : toujours plus haut

00g1« Onze ans, on questionne tout, les réponses n'arrivent pas à hauteur des doutes. » [Pierre Filion]

Nous avons toute la vie. Rien ne presse. Nous laissons passer les minutes. En attendant. Mais parfois alors que les moments semblent éternels, nous regardons plus loin, plus haut. Nous voulons nous envoler vers l'infini. Là-bas. Là-haut.

Tout semble trop long. Les minutes sont des éternités. Nous ne voulons plus attendre. Nous voulons vivre tout de suite. Tous les moments que vous nous interdisez. Tous les instants qui semblent nous échapper.

Vous avez tort. Vous vous trompez. Vous ne comprenez rien. Vous n'écoutez pas.

Nous regardons le ciel. Nous créerons de nouvelles étoiles. Nous inventerons de nouvelles réponses. Nous ne voulons pas d'excuses. Nous n'accepterons pas de justifications. Nous voulons de la démesure. Nous espérons l'absolu.

Mais pour l'instant, nous attendons. Nous n'avons pas le choix. Nous n'avons rien à faire. Sauf attendre. Et regarder là-bas, là-haut.

« Change de ciel, tu changeras d’étoile. » [Proverbe corse]

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08 mai 2016

Le moment captif d'un dimanche : patient amour

2016-05-09"Le véritable amour d'une mère, c'est d'aider l'enfant à couper le cordon ombilical" [Jean Gastaldi]

Il veut jouer. Et encore jouer. Mais elle est fatiguée. Elle est vidée.

Elle n'en peut plus. Elle aimerait dormir. Elle veut s'enfuir. Elle a l'impression de s'être perdue.

Un jour, il ne voudra plus jouer. Un jour, il s'en ira. Il ne voudra plus l'écouter. Et il l'ignorera.

Et elle regrettera sa fatigue passée. Elle l'aura oubliée. Elle se sentira seule et âgée. Elle regardera des images usées.

Elle attendra. Il reviendra. Ils se retrouveront. Et ils riront.

"L'amour et la patience vont obligatoirement ensemble" [André Pronovost]

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02 août 2015

Le moment captif d'un dimanche : s'envoler

2015-08-16"Tout le monde peut rester jeune, à condition de s'y entraîner de bonne heure". [Paul Fort]

Je suis vieille. Je ne suis plus capable de me déplacer comme avant. C'est très frustrant. Et certains jours, je rouspète toute seule comme une mémère. Ce n'est pas facile d'accepter que je peux plus me lever et aller.

C'est que j'étais très indépendante. Personne pour me dire "fais ceci" "ne fais pas cela" et surtout personne pour me dire "attends, je vais le faire pour toi". C'est le "je vais le faire pour toi" qui m'énerve. Mais je suis vieille. Et je dois accepter ce corps usé.

Et pourtant, je me sens si jeune dans ma tête. J'ai l'impression que je pourrais m'envoler comme ces oiseaux. Que je pourrais courir sur la place, manger dix glaces et puis danser toute la nuit. Ça sert à quoi de vivre si longtemps si on ne peut plus gambader comme avant.

Mais je suis vieille. Et je veux vivre longtemps. Alors, je mange ma glace et je regarde courir les enfants. Je suis peut-être vieille mais moi je sais que je suis toujours la même.

"Vieillir est encore le seul moyen qu'on ait trouvé de vivre longtemps." [Charles-Augustin Sainte-Beuve]

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