12 février 2018

Rêver d’une chute

Lors de notre retour au Québec en 2010, nous voulions redécouvrir notre région. Depuis, nous avons faits de nombreuses escapades vraiment incroyables. Mais il y avait une chose que nous n’avions pas encore pu faire : un pique-nique digne de ce nom sur le bord d’une rivière.

Oh, nous en avions bien fait plusieurs… mais il est difficile au Québec de trouver un bord de rivière accessible – ou même le bord d’un lac. Ironique, puisqu’il y a tant de plans et cours d’eau au Québec ! Mais à moins de faire des heures et des heures de routes, les cours d’eau sont difficilement accessibles… beaucoup de terrains et propriétés privés ici.645292-gf

À la bibliothèque, il y a un merveilleux livre : Guide des chutes du Québec de Michèle Depeyre et Michel Gauthier, malheureusement épuisé (mais disponible en ligne), et que j’ai emprunté une bonne dizaine de fois – ce qui est un cercle vicieux, puisque si je ne l’avais pas emprunté, nous aurions dû l’élaguer, car il n’avait pas été emprunté depuis longtemps, et j’aurais pu l’acheter… mais là, les statistiques de prêts sont trop bonnes pour l'élaguer ! Enfin, tout ça pour dire que dans ce merveilleux livre, nous avons découvert de superbes chutes.

Mais nous n’avions pas encore trouvé un endroit pour rivaliser avec Beget… Impossible ? Évidemment ! Car Beget est unique. Mais il est possible de trouver un autre endroit unique aussi merveilleux.

Dans le fameux livre, il y avait une chute dans les Cantons de l’Est. Mais un peu loin… Nous allons régulièrement près d’Ayer’s Cliff, c’est « mon coin », le coin de mon enfance. Mais cette chute est près des lignes américaines et donc un peu plus loin. Mais, j’ai finalement convaincue PisTout d’aller jusqu’au Mont Hereford.

Nous roulons et roulons. Le chemin est magnifique même si nous le trouvons interminable. Des champs infinis, beaucoup de vaches et même quelques chevreuils. SAMSUNG CAMERA PICTURESNous trouvons enfin le stationnement. Et nous prenons le sentier pédestre avec, je l’avoue, peu d’espoirs. Mais le chemin arrive près d’une rivière. Le courant est fort. On poursuit notre chemin en suivant les indications. Le chemin est agréable et paisible. Le bruit de la rivière enterre complètement le bruit de la route non loin.

Nous arrivons à un croisement, poursuivre le chemin vers le sommet ou se diriger vers la chute à Donat. Nous arrivons enfin. La randonnée ne fut pas bien longue, à peine 1,5 km. Il y a un petit banc. Nous nous asseyons. Il semble y avoir une petite chute en face de nous. La rivière est très belle, assez large, elle tourbillonne allégrement.

Mais nous sommes déçus. Cette chute est minuscule. Nous décidons d’avancer un peu surSAMSUNG CAMERA PICTURES le bord de la rive même s’il n’y a pas de chemin. Il nous faut trouver un bon endroit pour casser la croûte. Le bord de la rivière est un peu ardu à suivre mais nous continuons. On arrive à une autre petite chute. Nous trouvons un endroit pour nous assoir et manger un peu. La rivière est très belle et le paysage magnifique. Nous sommes tout de même bien contents de nous être déplacés. Mais quand même un peu déçus. Nous ne voyons pas bien pourquoi les auteurs l'ont incluse dans leur livre.

Après le lunch, PisTout décide de poursuivre un peu l’exploration… c’est qu’on entend une eau qui semble encore plus tumultueuse un peu plus loin. Nous continuons à avancer même si c’est un peu difficile et que le risque de tomber dans la rivière est assez grand. Mais il fait chaud et on décide que l’exploration mérite bien de risquer de se mouiller. La rivière n’est pas profonde, il n’y a pas vraiment de danger.

Nous avançons la tête baissée, pour voir où nous mettons les pieds et suivons laSAMSUNG CAMERA PICTURES rivière qui tourne un peu… on avance et levons la tête. Nous nous arrêtons soudainement. Complètement époustouflés. Elle est là. La chute à Donat. La vraie. Celle qui méritait une entrée dans le livre. Et elle est tout simplement incroyable. Haute, majestueuse et complètement déchaînée.

Nous nous approchons. Elle est vraiment impressionnante. Elle semble avoir plus de 10 mètres de haut avec plusieurs paliers. Elle saute d'une roche à l'autre. On monte un peu. On se sent envahi par les eaux qui s'affolent. Nous ne sommes pas habillés pour poursuivre notre route alors nous rebroussons chemin. De retour sur le sentier de randonnée nous décidons de continuer un peu le chemin qui semble monter. Après quelques minutes, nous sommes en haut de la chute. Ce qui nous permet de la contempler d'un autre angle. La rivière arrive à toute vitesse et se précipite en bas dans un vacarme étourdissant.

Nous retournons à la voiture. Nous sommes vraiment enchantés. Et ensorcelés. Nous savons que nous avons trouvé notre Beget québécois. Complètement différent. Mais le même coup de cœur. Nous sommes amoureux.

Nous avons visité la Chute à Donat des dizaines de fois depuis. Au printemps, en été et en hiver - nous n'osons pas en automne, en raison de la saison de la chasse ! Nous avons même fait un peu de baignade... malgré l'eau, en général, glacée ! Et nous avons fait découvrir l'endroit à sœurette, à des amis... Nous savons maintenant comment se rendre facilement jusqu'à la chute... avec les souliers appropriés ! Et la réaction est toujours la même lorsque nous arrivons au banc à la fin du sentier... "la rivière est bien belle... où est la chute?" puis après la marche dans la rivière... les yeux s'agrandissent devant la magnifique chute à Donat !!!

Chute à Donat :

  • Municipalité : Saint-Herménégilde, près du village d’East Hereford
  • MRC : Coaticook
  • Province : Québec
  • Région administrative : Estrie
  • Région touristique : Cantons de l’Est
  • Montagne : Mont Hereford (sommet 864 m.)
  • Formation : Quatre chutes séparées par des replats rocheux
  • Altitude totale de la chute : 40 m.
  • Altitude de la chute principale : 13 m.
  • Situation : Dans une gorge de 200 m. de longueur avec une profondeur maximale de 50 m.
  • Sentier principal : Neil-Tillotson - Balisé - Sommet à 5,5 km.
  • Sentier pour la chute : Boucle de 3 km, niveau facile, mais l'accès à la chute est difficile
  • Source : Mont Hereford
  • Ruisseau : Ruisseau à Chabot ou Ruisseau sans nom - longueur 1,8 km
  • Embouchure : Ruisseau Goose Neck
  • Coordonnées : 45° 06’ 01’’ N   71° 34’ 44’’ O
  • Forêt : Mixte

Le Mont Hereford propose 12 km de sentiers pédestres. Il est possible de faire de la raquette et du ski de fonds pendant l’hiver. Le stationnement est gratuit.

Un peu d'histoire...

À l'endroit où se trouve présentement le stationnement, il y avait une grande maison et en face (de l'autre côté du chemin) une grange. Cette maison appartenait à Napoléon Beloin qui fut le maire de la municipalité du Canton de Hereford de 1904 à 1906. La maison fut ensuite la propriété de Stalinas Dupuis jusqu'en 1949 et ensuite d'Edouard P. Ducharme. Elle fut alors habitée par le frère d'Edouard, Donat, né en 1909, ainsi que par ses parents.

On dit que Donat parcourait le terrain avec son chien Bonhomme, mais personne ne parle d'une rivière ou d'une chute. Un secret bien gardé ! Donat Ducharme quitte la région en 1958 et décède à Barnston en 1985.

Il ne reste plus aucune trace aujourd'hui de la maison et de la grange. Ne reste plus que des sentiers pour la randonnée, la raquette, le ski de fond ou la motoneige ainsi que la "fameuse" chute à Donat.

Origine et formation :

La chute à Donat est formée de quatre chutes séparées par des replats rocheux. La chute compte en tout 40 mètres et la chute principale a 13 mètres. La chute a été formée par l'érosion fluviale et la gélifraction le long d'axes de fractures dans les schistes ardoisiers appalachiens.

Pour en savoir plus sur la formation du Mont Hereford et de la chute à Donat, on peut lire le panneau d'information situé en haut de la chute. (Cliquer sur la photo pour lire le texte).

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Sources à consulter

Posté par Laila_Seshat à 20:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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01 août 2011

Grange Walbridge - Mystic (Cantons-de-l'Est)

Lorsque nous vivions à Barcelone, une des principales choses que nous aimions était que nous pouvions partir facilement le week-end en Catalogne et dans le Languedoc-Rousillon pour visiter les villages et faire des pics-nics près des rivières ou dans les vignobles. Quand nous discutions de notre possible retour au Québec, dans la liste des choses qui nous manqueraient, c'était tout en haut de la liste.

Donc, nous nous sommes dit ,à notre retour, que les petits voyages de villages et rivières ne devaient surtout pas s'arrêter. À vrai dire, nous ne connaissons pas vraiment le Québec ou les alentours. J'ai vu les villes Québec, Toronto, Boston et New York... mais les régions nous ne les connaissons que très peu...

Alors après les travaux, les déménagements et emménagements et le jardinage... nous avons commencé à faire des petites excursions de 2-3 jours, mais souvent d'une simple journée.

La semaine dernière nous sommes allés faire un tour dans les Cantons de l'Est. Je connais les Cantons de l'Est, puisque la grande majorité de la famille de ma mère y habite. Mais, mis à part Ayer's Cliff, Magog et North Hatley, je dois avouer que je ne connais pas tant que ça la région. Les visites de famille consistant à "visiter la famille" !

Nous avons donc ouverts nos livres d'excursions et de choses à visiter au Québec... et avons mis le cap pour la région de Brome-Missisquoi. Après un petit arrêt à Farnham -où l'église est vraiment magnifique mais impossible à visiter - nous nous sommes arrêtés à Mystic.

Même si je n'ai pas visité beaucoup de villages dans la région, beaucoup de noms me sont connus et familiers. Je dois cependant avouer que je ne connaissais pas du tout Mystic. Charmant petit village, connu surtout pour son étrange grange dodécagonale unique au Canada.  

grange2Un peu d'histoire...

Cette grange à douze côtés est en fait située à Saint-Ignace-de-Stanbridge, mais on l'associe habituellement à la petite ville de Mystic, en grande partie à cause de son constructeur Alexander Salomon-Walbridge.

La famille Walbridge quitta le Vermont en 1822 pour venir s'installer à Mystic et a grandement contribué au développement industriel du village, principalement à la fin du XIXe siècle.

La grange dodécagonale fut contruite en 1882. Alexander Salomon-Walbridge, fils du premier Walbridge, était fernier et ingénieur. Il étudia en Europe et ramena plusieurs idées considérées comme révolutionnaires pour l'époque. Il fit construire la grange selon ses plans plutôt fantaisistes

La grange a douze côtés, a une base de 24 mètres et chaque côté a 6,5 mètre de hauteur. La grange a deux étages: le 1er étage servait a entreposé le foin et le rez-de-chaussée était utilisé principalement pour garder les vaches qui fournissaient aussi le "chauffage" pendant l'hiver !

La grande particularité de la grange consistait dans le pont pivotant installé au milieu et attaché au toit. Lorsqu'une charrettegrange1 entrait dans la grange pour y déposer son foin, on pouvait ensuite tout simplement faire pivoter le plancher du pont et positionner ainsi la charrette vis à vis l'endroit où on voulait entreposer le foin. Puis ensuite, il n'était plus nécessaite de faire reculer les chevaux avec la charrette - manoeuvre toujours difficile. Il suffisait de faire à nouveau pivoter le pont et la charrette pouvait repartir droit devant.

Du domaine bâtit par Alexander Salomon-Walbridge, il ne reste plus que la fameuse grange. Mais le domaine comportait originellement, un manoir, un lac artificiel et une petite centrale. La grange fut classée monument historique en 2004 et la société d'histoire de Missisquoi décide alors d'y installer sa collection d'outils agricoles. La grange avec ses douze cotés et son pont pivotant serait unique au monde. On peut donc aujourd'hui visiter la grange, qui est la plus ancienne du Québec, et en apprendre un peu plus sur l'agriculture au Québec.

Quelques sources à consulter...

Posté par Laila_Seshat à 04:01 - Commentaires [5] - Permalien [#]
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