02 octobre 2017

Identité

Peut-être qu’on se surprend sur mon silence sur ce qui se passe en Espagne. En Catalogne. Peut-être pas… Vous vous en foutez sûrement. Enfin...

J’allais dire : sur ce qui se passe dans mon pays. Car l’Espagne est mon pays. Ainsi que le sont la Catalogne et le Québec.192g_Peratallada_26mai

En effet, je n’ai rien dit. Je n’ai pas partagé d’articles. Je n’ai rien dit de mon indignation et je n’ai pas partagé mon opinion.

Vous savez, je suis présentement en larmes. À cause de ce qui se passe. C’est inimaginable. C’est terrible. C’est fou ce qui se passe dans un pays démocratique. Ce n’est pas unique… malheureusement.

Le gouvernement d’Espagne se trompe. Le droit de vote, le droit à l’autodétermination est vital. Ce n’est pas optionnel. Il fallait laisser les catalans décider. Pour ou Contre. Le droit de voter n’est pas une option. Même si ce n’est pas constitutionnel. C’était une erreur du gouvernement espagnol.

Mais. Mais. Je suis espagnole, vous savez. Ma famille a quitté l’Andalousie au milieu du XXe siècle pour adopter Barcelone comme terre d’accueil. Ils aiment la Catalogne. Un père, des grands-parents, des oncles, des tantes. Ils y ont vécu ou ils y vivent présentement. Des cousins, des petits- cousins, des petits-petits cousins y sont nés. Ils parlent catalans. Certains sont pour l’indépendance. D’autres non. Mais tous, aiment leur terre d’accueil ET leurs racines andalouses. Un n’empêche pas l’autre.

On oublie que tous les catalans (d’origine ou d’adoption) ne sont pas indépendantistes. Et que tous les espagnols ne sont pas contre l’auto-détermination.

J’ai visité l’Espagne. J’aime Barcelona, Madrid, Sevilla, Santiago de Compostela, Bilbao, Girona, Toledo, Málaga, Vic, Calafell, Tarragona, Valencia, Zaragoza, San Sebastian, Pamplona, Peratallada, Rupit, Alicante, Logroño, Soria, Nerja, … C’est mon pays. Je l’aime. J’ai un faible pour la Costa brava et pour la région de Soria, je l’avoue. Mon époux a vécu 4 mois à Madrid. Il adore cette ville et ses habitants. Moi, moins… mais on s’accorde pour Peratallada, Beget et les villages blancs des Alpujarras

J’ai vécu près de 7 ans à Barcelone. Ma famille vit dans les environs de cette ville extraordinaire que je considère encore mon chez moi autant que Montréal et Pointe-Claire. Quand l’avion approche de la ville, mon cœur se serre. J’arrive chez moi. Je me suis fait des amis et des connaissances merveilleuses… Joaquim, Núria, Alberto, Carles, Rosa, … Ces gens si ouverts et accueillants.

Mais je n’oublie pas aussi tous ces gens – oui, ces catalans - si fermés, arrogants, intransigeants, que j’ai rencontrés lors de ces années. Ces regards méprisants et ces mots que l’on m’a dit. Je m’en souviens. Je ne peux les oublier. C’est une chose d’être un visiteur, un conférencier, un touriste en Catalogne. C’est autre chose que d’y être un résident étranger. Car oui, j’étais et je suis, une étrangère. Même en ayant ma citoyenneté espagnole. Je n’étais pas une catalane. C’est une chose de voir la région pendant quelques jours et une autre d’y vivre et de venir d’ailleurs. Car bien que j’aie parfois vécu l’accueil chaleureux des gens dans certains endroits, j’ai aussi vécu la fermeture complète à l’étranger – touristes ou pas – dans d’autres endroits. Plus qu’une fermeture, un rejet et un dédain total.

C’est évident pour moi que le gouvernement espagnol se trompe. Il devait laisser aux catalans le droit de tenir ce référendum. De faire leur choix. Mais le gouvernement catalan se trompe aussi s’il déclare l’indépendance après ce vote… tant de gens n’ont pas osé se rendre aux urnes. Beaucoup ont eu peur de la répression policière ou n’ont pas voulu affronter la loi espagnole. D’autres ont voté uniquement pour montrer leur opposition à cette interdiction. D’autres s’en foutent complètement et n’ont pas ressenti le besoin d’aller voter. Car oui, les images sont une chose, la vie quotidienne une autre.

Ce qui se passe présentement dans mon pays est horrible. Les affrontements, la répression policière, … tout ça… La liberté, la démocratie, les cultures distinctes, … c’est important. Primordial.

Mais… tout n’est pas si blanc et noir quand il s’agit d’identité.
Je suis québécoise, catalane, canadienne, espagnole, un peu italienne aussi, je suis de Saint-Michel, Montréal-Nord, Villeray, Barcelone, Calafell et Pointe-Claire… sans oublier Ayer’s Cliff et Alicún… Je suis multiple et je pleure aujourd’hui.

Posté par Laila_Seshat à 10:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

Posté par Laila_Seshat à 08:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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