11 octobre 2017

L’accident / C. L. Taylor

Accident02L’accident / C. L. Taylor ; traduit de l'anglais par Luce Michel.  — [Paris] : Marabout, 2015 – 355 p. : 23 cm. – ISBN 978-2-501-09631-7

Quatrième de couverture

Sue Jackson mène une parfaite vie de famille. Mais le jour où sa fille Charlotte se jette sous un bus,  tout vole en éclats. Le coma de l'adolescente met Sue face à une sombre réalité qu'elle ne peut ignorer.

Après avoir découvert dans le journal intime de Charlotte une phrase qui la glace d'effroi. Sue n'a d'autre choix que de plonger dans la vie privée de sa fille. Une quête de la vérité qui détruit sa confiance en ses proches et la contraint à fouiller dans les profondeurs troubles de son propre passé.

Sue est prête à tout pour protéger sa fille. Mais si elle-même était la cause du danger que court Charlotte ?

L’auteur

Carol Louise Taylor est née à Worcester en Angleterre en 1973. Elle étudie en psychologie à l'Université de Northumbria à Newcastle-on-Tyne. Elle occupe différents emplois et travaille entre autres comme concepteur graphique et développeur web.

Elle commence à écrire dans sa jeunesse et publie ses premières nouvelles en 2005. Elle publie son premier roman, Heaven Can Wait, en 2009, sous le pseudonyme de Cally Taylor. Ses nouvelles et ses romans ont reçu plusieurs prix. Accident01

Aujourd'hui, elle vit avec sa famille à Bristol.

Bibliographie

  • Heaven Can Wait (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2009)
  • Home For Christmas (sous le pseudonyme de Cally Taylor) (2011)
  • The Accident (2014)
  • The Lie (2015)
  • The Missing (2016)
  • The Escape (2017)
  • The Treatment (2017)

Mes commentaires (attention spoilers)

Quelle belle lecture, je vous le dis. Pas parfaite, oh que non, mais parfaite pour moi, en ce moment où j'ai besoin de me changer les idées et ne pas trop réfléchir. Bien qu'elle ne fut pas sans émotion, oh que non ! 

Le roman de C.L Taylor se divise entre l'enquête désespérée d'une mère pour comprendre pourquoi sa fille a tenté de mettre fin à ses jours et l'histoire d'une relation amoureuse infernale entre une femme et un manipulateur, véritable pervers-narcissique. Ce qui nous donne un excellent suspense couplé d'un très bon roman psychologique. Mais je dois avouer que j'ai légèrement plus aimé le roman psychologique que le suspense. Bien que de toute évidence les deux histoires vont se rejoindre. Bien sûr, parce que sinon, ça servirait à quoi d'avoir deux histoires dans un roman...

La vie de Sue Jackson était parfaite : un mari aimant, une adorable fille adolescente et une vie paisible. Mais un terrible accident va venir tout changer. Sa fille Charlotte se jette intentionnellement devant un autobus et est maintenant à l'hôpital dans un coma. Pourquoi sa fille a-t-elle voulu mettre fin à ses jours ? Sue ne comprend pas. Elle est persuadée que sa fille n'a pas voulu se tuer et que quelqu'un d'autre est responsable. Elle cherche à comprendre, à savoir, et elle commence son enquête. Elle retrace les pas de sa fille, lit son journal, interroge ses amis. Et découvre peu à peu les secrets de sa fille.

La vie de Sue Jackson n'a pas toujours été parfaite. Il y a longtemps, elle est tombée en amour avec un homme qu'elle croyait merveilleux. Mais rapidement sa relation est devenu malsaine. L'amour de sa vie s'est transformé et est devenu de plus en plus contrôlant. Et elle se trouve prise dans une relation avec un homme manipulateur, pervers et violent. Cette partie de la vie de Sue nous est racontée à travers des flashbacks très difficiles à lire tant ils décrivent bien la lente et sournoise descente aux enfers d'une relation avec un pervers-narcissique. Sue a réussi à s'en sortir mais elle vit toujours dans la peur que cet homme ne la retrouve.

Le roman est très prenant. L'auteur réussit à nous captiver jusqu'à la fin. On suit Sue dans sa recherche désespérée de la vérité. Elle se sent seule, personne ne veut la croire, mais elle persévère pour sa fille. Et on suit Sue dans sa relation tragique et son cheminement vers la liberté. Les émotions de Sue sont très bien rendues et on s'attache à son personnage, malgré ses faiblesses et même si je l'ai parfois trouvé exaspérante.

Comme je l'ai dit, c'est la relation de Sue avec son ancien petit ami qui m'a vraiment secouée. J'ai connu quelqu'un proche de moi qui a vécu une relation semblable et c'est incroyablement difficile. L'horreur s'installe sournoisement, sans qu'on ne s'en aperçoive et après elle semble normale. Comme Sue, cette personne a réussi à s'en sortir mais ce fut déchirant et cela l'a changée à jamais. Taylor a réussi à transmettre toutes les émotions d'une telle relation, du début à la fin. C'est une lecture très difficile. Mais l'auteur réussit très bien à exprimer toute la complexité de cette histoire d'amour toxique. 

Oh et l'autre histoire est aussi très intéressante !

Les mots de l’auteur

« Je me suis levée et j’ai enfilé mon manteau. Comment osaient-ils se montrer aussi moralisateurs et plus pieux que tous les saints réunis juste parce que mon mec avait un peu trop bu et l’avait un peu trop ouvert ? – Je vais bien, ai-je insisté. Mieux que bien, même. Je suis plus heureuse que je ne l’ai été depuis un bail. » p. 134

Pour en savoir un peu plus…


08 août 2017

Daddy Love / Joyce Carol Oates

DaddyLove01Daddy Love : roman / Joyce Carol Oates ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban. — Paris : P.Rey, c2016 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-84876-510-5

Quatrième de couverture

Avec Daddy Love, Joyce Carol Oates plonge son lecteur dans l'horreur. Une horreur qui commence au centre commercial où Robbie Whitcomb, cinq ans, est enlevé sous les yeux de sa mère.

Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons sont il se débarrasse dès qu'ils atteignent la puberté. Devenu "Gideon", Robbie va ainsi passer sept ans à obéir à Daddy Love. Mais qui est Daddy Love ? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Église de l'Espoir éternel, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé, un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement d'"éduquer" ses proies.

Approchant de l'âge "limite", alors que Daddy Love est déjà reparti en chasse, que va-t-il advenir de Gideon ? Sera-t-il éliminé comme ses prédécesseurs ? Parviendra-t-il à retrouver sa liberté ? Mais surtout, le souhaite-t-il ? Joyce Carol Oates nous fait vivre toute la complexité de cette captivité, et le lecteur ne manquera pas de se poser la question : que devient-on après des années d'intimité avec un monstre ?

L’auteur

Joyce Carol Oates est née en 1938 à Lockport dans l'État de New York aux États-Unis. Elle aime la littérature dès l'enfance et commence à écrire vers l'âge de 14 ans. Elle fréquente le Williamsville South High School où elle travaille pour le journal d'école et termine ses études secondaires en 1956. 

Elle poursuit ses études à l'Université de Syracuse où elle continue à écrire. En 1957, elle remporte un prix offert par le magazine Mademoiselle pour une nouvelle. Elle gradue en 1960 et poursuit ses études à l'Université du Wisconsin-DaddyLove02Madison où elle obtient une maîtrise en 1961. La même année, elle épouse Raymond Smith. Elle commence un doctorat à l'Université Rice, mais décide d'abandonner pour écrire et enseigner.

Elle enseigne tout d'abord au Texas puis à l'Université de Détroit puis  elle déménage au Canada pour enseigner à l'Université de Windsor. En 1974, elle fonde et est est co-éditrice avec son époux de la publication The Ontario Review. En 1978, elle revient aux États-Unis et enseigne à l'Université Princeton. Elle prend sa retraite en 2014.

Elle publie son premier roman, With Shuddering Fall en 1967. Elle ne cesse ensuite jamais d'écrire, publiant plus de 40 romans, de nombreuses nouvelles, pièces de théâtres, recueils de poésie et essais. Elle utilise parfois différents pseudonymes pour écrire, tels Rosamond Smith et Lauren Kelly. Elle remporte de nombreux prix littéraires, dont le National Book Award for Fiction, Bram Stoker Award for Novel, Prix Femina Étranger.

Compte Twitter de l'auteure

Bibliographie (incomplète : voir Bibliographie complète sur Wikipedia (anglais) )

Romans (56)

  • With Shuddering Fall (1964)
  • Them (1969)
  • Wonderland (1971)
  • Bellefleur (1980)
  • Lives of the Twins (1987) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • Foxfire : Confessions of a Girl Gang (1993)
  • Zombie (1995)
  • We were the Mulvaneys (1996)
  • Blonde (2000)
  • The Barrens (2001) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • The Tattooed Girl (2003)
  • Take me with you (2003) (sous le nom de Lauren Kelly)
  • The Gravedigger's Daughter (2007)
  • Daddy Love (2013)
  • The Accursed (2013)
  • Jack of Spades (2015)
  • The Man Without a Shadow (2016)
  • A Book of American Martyrs (2017)

De nombreux recueils de nouvelles et poésies, des novellas, des romans pour la jeunesse et pour enfants, des pièces de théâtre, des essais.

Mes commentaires

Lorsque chaque page nous captive mais que chaque mot nous horrifie, cela devient difficile de livrer nos impressions sur notre lecture. La quatrième de couverture semble tout dire. Oui, en quelque sorte. Nous avons bien ici le récit d’un enlèvement d’un jeune garçon par un pédophile qui élève et abuse de ses proies jusqu’à ce qu’ils atteignent la puberté, puis qui les tue lorsqu’il s’en lasse. Pour recommencer. Mais bien que la quatrième de couverture révèle toute l’histoire, nous ne savons rien.

Oui, nous savons que le ravisseur est un pasteur charmant ; oui, nous savons que le temps va passer et que Robbie, devenu Gideon, va grandir auprès de ce monstre ; oui, nous savons que bientôt Gideon sera trop vieux et que Daddy love voudra le remplacer ; oui, nous savons que Gideon aura peut-être la possibilité de retrouver la liberté, mais que ces années de captivité l’empêchera peut-être de la vouloir. Oui, nous savons tout cela juste en lisant le dos du livre.

Mais ne pas lire le livre pour cette raison serait passé à côté de beaucoup de choses. Ce serait ne pas lire un roman intense, abominable, sombre, captivant et terriblement humain.

Le roman nous livre l'amour et le désespoir d'une mère et d'un père. Nous serons témoins de leurs vies complètement brisées. Principalement, celle de la mère qui ne vit plus que pouce ce moment où elle a lâché la main de son fils. Son corps et son esprit ont été fracassés par le kidnappeur.

Mais le roman d'Oates nous livre aussi les pensées et désirs du kidnappeur, Daddy Love aussi connu comme prédicateur au nom de Chet Cash. On découvre un homme qui semble normal aux yeux des autres, un père aimant, pieux, discret. Mais nous connaissons ses secrets, ses méthodes, ses envies qui sont pour lui tout à fait normaux, sensés, justifiés.

Puis, il y a l'enfant. Nous apprendrons à connaître ses souffrances, ses peurs, ses espoirs. Mais surtout nous pouvons voir comment il apprend à vivre avec ce monstre qu'il appelle son père.

Tous ces points de vue se succèdent et nous offrent un roman multiple, dense, riche en émotions. L'auteure nous parle de pédophilie bien sûr, du syndrôme de Stockholm également, du sentiment de culpabilité des parents, mais aussi du puritanisme américain, de l'hypocrisie de la société et de l'aveuglement volontaire des gens qui ne voient pas ce qui est pourtant sous leurs yeux.

Joyce Carol Oates a choisi un sujet difficile qu'elle traite avec froideur et précision. Elle ne nous épargne aucun détail tout en restant subtile dans ses descriptions des traitements que subit Robbie. Ce qui n'empêche pas ces passages d'être extrêmement dérangeants et révoltants.

J'ai commencé mon commentaire en disant que j'avais de la difficulté à livrer me impressions sur ma lecture. On ne dirait pas à voir les paragraphes qui s'accumulent mais j'ai en effet de la difficulté à vous dire si j'ai adoré ou détesté le roman. Les deux je crois. Je lisais puis je m'arrêtais car je trouvais que cela n'avançait pas. Je trouvais mille et uns clichés et émotions convenues. Puis, je ne pouvais plus poser le livre et je lisais et lisais. Puis, je le déposais, dégoûtée par ce que je lisais. Je soupirais parfois car il me semblait avoir déjà lu - et vu - cette histoire des centaines de fois. Puis, je retenais mon souffle pour savoir ce qui allait arriver.

Puis j'ai sauté de joie par ce que je croyais être la fin tout en étant un peu déçue qu'elle soit si conventionnelle, avant de jeter le livre très loin enragée par la fin qui n'était pas celle que je croyais et qui était très décourageante. Lecture conflictuelle, much !

Les mots de l’auteur

« Ce qui la frappa sembla s'abattre verticalement, d'une hauteur au-dessus de sa tête. Elle crut voir (cela se passait beaucoup plus vite qu'elle ne pouvait l'enregistrer) un grand oiseau battant des ailes, un oiseau féroce, tel l'oiseau dévorant le foie de Prométhée, et aussitôt après elle tombait, les doigts de Robbie étaient arrachés aux siens, et l'enfant hurla : Maman ! » [p. 32]

« Et quand l'enfant obéirait et serait un vrai fils pour Daddy Love, il serait immédiatement récompensé par de la nourriture, de l'eau, le réconfort des bras puissants de Daddy Love et les douces intonations de sa voix. Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » p. 24

Pour en savoir un peu plus…

11 juillet 2017

De la fabrication des fantômes de Franck Manuel

FabFantome1De la fabrication des fantômes / Franck Manuel.  — Toulouse : Anacharsis, [2016] – 121 p. : 20 cm. – ISBN 979-10 -92011-32-6

Quatrième de couverture

Aujourd’hui, il est le roi de la fête. Il a cent ans. Sous ses yeux fatigués s’agite sa descendance. Tous des étrangers. Sauf Lucie, belle, insolente, une lueur de cruauté dans
le regard. Elle n’a jamais eu peur de lui. Elle connaît pourtant la terreur qu’il inspire, cette histoire d’ogre, de passe-muraille, de chats mangés vifs.

Mais il faut qu’elle sache. Alors elle le traîne sur les lieux du drame, survenu trente-sept ans plus tôt. Ce sera son cadeau d’anniversaire.
Dans la petite pièce poussiéreuse, face au mur couvert de mots épars écrits au crayon gris, les fantômes vont prendre corps.
Franck Manuel invente peut-être ici un registre littéraire inédit : le terrible magique.

L’auteur

Franck Manuel est né en 1973 dans le département Le Loiret au sud de Paris. Il étudie en Lettres à Toulouse et travaille comme facteur. Il FabFantome2obtient son doctorat en 2006. Il enseigne le français au lycée. Il publie son premier roman « Le facteur phi » en 2013.

Bibliographie

  • Le Facteur phi (2013)
  • 029-Marie (2014)
  • De la fabrication des fantômes (2016)

Mes commentaires

2073, un homme célèbre ses 100 ans parmi sa famille. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, conjoints, ils ont été le chercher spécialement pour l'occasion. Il ne les écoute pas vraiment, perdu dans ses souvenirs. Sa famille ne s'occupe pas vraiment de lui non plus. À part l'occasionnel "encore un peu de gâteau ?", ils l'évitent autant que possible. Il est vieux et il est probablement fou. Après tout, après la mort de sa femme, il a escaladé des murs, il a erré dans la cour des voisins, envahi la vie des gens à leur insu, s'est réfugié dans une maison abandonnée, a vraisemblement tué et mangé des chats et quoi d'autres... on ne le sait pas. Sa famille en a légèrement peur, sauf son arrière-petite-fille, Lucie.

Lucie n'a pas peur de lui et elle veut savoir ce qui s'est réellement passé. Elle lui prépare donc une surprise pour son anniversaire. Elle va le ramener sur les lieux de ses crimes, dans la maison abandonnée, où les ossements de chats furent retrouvés ainsi que des mots écrits sur les murs. Des mots, des phrases qui semblent sans sens. Elle veut savoir et espère que de ramener le vieillard dans cette pièce le fera parler.

Il ne parlera pas mais nous le suivrons dans ses souvenirs. Pas nécessairement ordonnés mais qui nous amèneront sur les traces de moments de son enfance, de son amour pour son épouse, son désespoir et son inertie face au cancer et à la mort de celle-ci, son voyage par-dessus les murs, chez les autres, sa découverte des mots mystérieux et impénétrables sur un mur, et sa fabrication de fantômes. De fantômes sanguinaires, obsessiifs et affamés.

Lécriture de Manuel est nette, douce et froide en même temps. Le roman est intriguant. Il m'a envoûtée pendant toute ma lecture. J'ai aimé ce soupçon de futur qui ne m'a pas semblé si loin, j'aurais moi-même 102 ans en 2073. J'ai aimé le côté fantastique des fantômes dévoreurs de chats. J'ai aimé ces murs à la fois obstacles, supports et libération. J'ai aimé suivre le cheminement de ce veuf apathique devant la maladie et la mort de son amour. Et pourtant, j'ai refermé le livre avec l'impression qu'il me manquait quelque chose... que je n'avais pas lu tout ce que j'aurais pu lire. Que des mots n'étaient pas là ou que je n'avais pas su les lire. Et pourtant... j'ai bien aimé les secrets, les sensations, les souvenirs, la folie et les fantômes.

Les mots de l’auteur

« La mémoire n’est pas chronologique. Elle est topographique. Une vaste mer. Des failles. Des îlots. Des volcans. Des cendres aériennes. Ce souvenir de gauche. Celui-ci de droite. Même si la notion de droite ou de gauche est relative en pleine mer. Quant à un éventuel centre… Sa conscience flotte et ride la surface sur laquelle, surgie d’on ne sait où, tournoie la robe blanche de Rosalie. » p. 1

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans le webzine SuperFlux : le Toulousain indispensable
  • Avis sur Babelio
  • Avis sur CritiquesLibres

05 juillet 2017

Indésirable d'Yrsa Sigurdardóttir

Yrsa Sigurdardóttir 1Indésirable / Yrsa Sigurdardóttir ; roman traduit de l'islandais par Catherine Mercy.  — [Arles] : Actes Sud, [2016] – 318 p. ;  24 cm. – ISBN 978-2-330-05802-9. – (Coll. Actes noirs)

Quatrième de couverture

Employé d’un obscur bureau gouvernemental islandais, Óðinn est chargé d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes dans les années 1970. L’établissement est fermé depuis longtemps, mais des abus mis au jour dans d’autres centres incitent l’État à passer ces foyers au peigne fin pour éviter tout nouveau scandale.
Une chape de silence semble peser sur Krókur, mais peu à peu Óðinn découvre que de sombres secrets entourent les anciens pensionnaires. À l’époque, deux jeunes garçons y avaient mystérieusement trouvé la mort, asphyxiés dans une voiture. Et personne ne sait vraiment ce qui est arrivé au bébé du couple qui gérait le foyer, disparu le jour de sa naissance, et dont le destin macabre semble encore hanter les lieux.
À mesure qu’il creuse l’affaire, Óðinn se met à entendre des voix, comme si les fantômes du passé, réveillés contre leur gré, s’insinuaient dans sa propre vie. La bouche d’ombre susurre à son oreille, et lentement tout bascule. Le doute, frère du malaise, rogne peu à peu les fragiles certitudes de son existence : la mort récente de son ex-femme était-elle vraiment un accident ? Et qu’a vraiment vu sa fille de onze ans ce jour-là ?
Jouant habilement des ressorts du surnaturel, Yrsa Sigurðard-ottir, voix singulière de la littérature policière islandaise, signe un thriller spectral et glaçant.

L’auteur

Vilborg Yrsa Sigurðardóttir est née en 1963 à Reyjavik en Islande. Elle étudie en ingénierie civile  à l’Université d’Islande et obtient son diplôme en 1988. Elle poursuivra ses études à l’Université Concordia à Montréal toujours dans le même domaine et obtient sa maîtrise en 1997.Yrsa Sigurdardóttir

Elle travaille comme ingénieur civile pour la firme Fjarhitun, qui fait maintenant partie de la firme de consultation multidisciplinaire en ingénierie Verkís. En 1998, elle publie son premier livre en littérature jeunesse. Elle continue à écrire pour les enfants et en 2000, elle reçoit un prix du IBBY (International Board on Books for Young People). Elle commence à écrire des romans policiers en 2005. Ses romans ont été traduits dans de nombreuses langues dont le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe, etc. Elle a également reçu de nombreux prix en Islande pour son œuvre, entre autre le Prix Blóðdropinn pour Ég man þig en 2011 et pour DNA en 2015.

Elle vie aujourd’hui à Reyjavik avec sa famille et poursuit en parallèle sa carrière d’ingénieur et d’écrivaine.

Profil Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Þar lágu Danir í því (1998) (Littérature jeunesse)
  • Við viljum jólin í júlí (1999) (Littérature jeunesse)
  • Barnapíubófinn, Búkolla og bókarræninginn (2000) (Littérature jeunesse)
  • B 10 (2001) (Littérature jeunesse)
  • Biobörn (2003) (Littérature jeunesse)
  • Þriðja táknið (2005) (Roman policier : Ultimes rituels)
  • Sér grefur gröf (2006) (Roman policier : Bien mal acquis)
  • Aska (2007) (Roman policier)
  • Auðnin (2008) (Roman policier)
  • Horfðu á mig (2009) (Roman policier)
  • Ég man þig (2010) (Roman policier : Je sais qui tu es)
  • Brakið (2011)
  • Kuldi (2012) (Roman policier : Indésirable)
  • Lygi (2013)
  • DNA (2014)
  • Sogið (2015)
  • Aflausn (2016)

Mes commentaires

J'ai absolument adoré ce roman ! Même la petite touche "fantastique" qui a achalé quelques lecteurs ne m'a pas dérangée. C'était très subtil, et puis, qui n'a pas déjà vécu un peu de surréel dans sa vie... ces moments qu'on ne peut expliquer ! Mais je le répète, cette touche est très petite et le roman est avant tout une superbe histoire qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Bon, certains lecteurs ont vu des inconsistances dans la fin ou encore de trop grosses coïncidences, et vous savez que cela me refroidit habituellement. Mais bon... j'ai adoré ce roman. Et voilà. Et l'histoire ? Hum, voyons voir...

Le roman débute par une scène difficile. Un père et sa fille sont dans une voiture en marche dans un garage. Tout porte à croire que le père cherche à trouver la mort par asphyxie et veut que sa fille le suive dans la mort. Pourquoi ?

Óðinn est un homme de 35 ans, divorcé, qui avait laissé la garde de sa fille à son ex-épouse Lára, fortement aidée de la mère de celle-ci. Son couple était disfonctionnel et il ne se sentait pas l'âme d'un père. Mais la vie d'Óðinn va changer du jour au lendemain. Son ex-épouse a trouvé la mort en tombant de sa fenêtre et il doit maintenant s'occuper seul de leur petite fille, Rún. Il s'ennuie dans son travail de commissaire d'enquête sociale et se voit attribuer un nouveau dossier - sa collègue qui s'en occupait est brutalement décédée - dont il ne veut pas. Plusieurs abus dans des centres et foyers pour jeunes en Islande ont récemment fait surfaces et il doit enquêter sur la mort de deux jeunes adolescents retrouvés morts dans la voiture des propriétaires de leur foyer en 1974. Et alors qu'il avance dans son enquête, Óðinn, commence à se questionner sur la mort de son ex-femme.

Le roman nous propose donc deux histoires : l'enquête sur le drame survenu dans le foyer, il y a plusieurs années auparavent et la recherche de la vérité sur la mort de Lára. Le récit sautera également du passé au présent. Les événements sur lesquels Óðinn enquêtent nous seront racontés par une jeune femme qui travaillait dans le foyer à ce moment. Puis nous suivons Óðinn dans le présent, dans ses enquêtes et dans sa relation avec sa fille.

Et puis, comme d'habitude toutes les histoires finiront par se rejoindre. C'est mon seul bémol avec ce roman que j'ai pourtant adoré. On dirait que dernièrement tous les romans policiers proposent plusieurs histoires qui semblent complètement différentes mais qui finissent toujours par être reliées. Même la scène du début trouvera un sens et un lien. Quoique j'avoue que la fin m'a un peu prise par surprise. Et m'a vraiment secouée. Et, je ne peux résister... non, son ex-femme n'est pas morte accidentellement...

Le roman est oppressant, sombre et glaçant. L'histoire dans le foyer est très intéressante et les retours dans le passé très bien menés. Les problèmes et inquiétudes d'Óðinn sont également très bien racontés. Nous ne pouvons qu'être intrigués par la relation du père et de sa fille et par les interrogations d'Óðinn sur la mort de son ex-femme. Et nous passons d'une époque et d'une histoire à l'autre facilement sans perdre le fil d'aucune histoire. 

J'ai beaucoup aimé ce roman d'une auteur que je ne connaissais pas... même la petite touche fantastique !

Les mots de l’auteur

« Arrivée au bout de l’aile du dortoir des garçons, elle s’était habituée à l’obscurité. Une demi-lune s’était libérée des nuages, la surface enneigée scintillait de bleu à perte de vue. Seuls les buissons nus projetaient leur ombre sur le paysage. Ils lui rappelaient qu’il faisait encore nuit et qu’elle devrait être en train de dormir et de rêver à quelque chose de beau, impatiente de se réveiller pour profiter de son jour de congé en ville. Mais cette perspective était compromise, désormais. Elle ne serait jamais prête au moment du passage du facteur. Elle n’aurait pas la force d’attendre sur la route qu’une voiture inconnue l’emmène. » p. 160

Pour en savoir un peu plus…

  • Article Wikipedia sur l'auteur
  • Article dans le journal La Presse
  • L'avis de Marc-André Amyot dans la Bible urbaine
  • L'avis de Claude Le Nocher sur le blogue Action-Suspense
  • Avis sur Lecteurs.com
  • Avis sur Babelio

 

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30 juin 2017

La noyade du marchand de parapluies de Francis Malka

parapluie2La noyade du marchand de parapluies / Francis Malka.  — Montréal : Hurtubise, c2010 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89647-201-7. -- (Coll. AmÉrica)

Quatrième de couverture

J'ai autrefois eu en ma possession un livre qui racontait l'histoire de l'Homme. Toute, jusque dans ses détails les plus obscurs. Des cataclysmes naturels à la genèse des grandes guerres, des débuts de l'Inquisition au creux des plus profondes récessions, des plus importantes découvertes jusqu'à la chute des souverains tout-puissants, tout y était.

J'ai, malgré moi, fréquenté ce livre pendant trop longtemps.

En fait, je l'avoue, c'est moi qui l'ai écrit.

Avant même que tous ces événements aient bel et bien lieu.

L’auteur

Francis Malka est né en 1969 à Montréal. Il étudie d'abord en musique au Conservatoire de musique de Montréal puis en génie mécanique à l'École polytechnique.

En 1988, à l'âge de 19 ans, il crée le premier logiciel de correction parapluiesgrammaticale, Hugo plus. En 1995, Microsoft intègrera ses outils de correction du français à la suite Office. L'année suivante, Malka fonde l'entreprise Semantix, spécialisée en linguistique computationnelle. Sept ans plus tard, il vend son entreprise à la société américaine, Convera. Il travaille ensuite à l'élaboration de logiciels de recherche spécialisés pour diverses agences de sécurités, incluant le FBI, la CIA et la NSA.

Il publie son premier roman, Le jardinier de monsieur Chaos, en 2007. En 2011, il reçoit le Prix des écrivains francophones d'Amérique et Le Grand Prix littéraire de la Montérégie pour son roman La noyade du marchand de parapluie.

Les profils LinkedIn et Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Le jardinier de monsieur Chaos (2007)
  • Le violoncelliste sourd (2008)
  • La noyade du marchand de parapluies (2010)
  • Le testament du professeur Zuckerman (2012)

Mes commentaires

Alors je me dois d'avouer qu'encore une fois mon choix fut purement superficiel. Le titre et la couverture ont suffit pour me convaincre de prendre le roman. La quatrième de couverture, quant à elle, ne me disait rien de bien intéressant. En fait s'il avait eu une couverture et un titre différent, je n'aurais jamais emprunté le livre. Et la première phrase du prologue a achevé de me convaincre : "L'histoire que je m'apprête à vous raconter n'est ni celle d'un marchand de parapluies, ni celle d'une noyade.". Je devais lire ce livre !

En fait tout est dit dans ce prologue. Le narrateur, s'adressant à nous, nous dit que nous n'aurons pas non plus droit à son histoire car il n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal est un livre. Un livre qui raconte l'histoire du monde et dans lequel il va figurer. C'est un livre qui est poursuivi par des gens qui veulent écrire l'histoire, leur histoire. Mais le livre ne peut être vendu, acheté ou volé. Il doit être donné. Et c'est un marchand de parapluies qui donnera le livre au narrateur, un cordonnier, en 1039 dans un petit village du Sud de la France.

Nous suivrons alors le narrateur dans sa découverte des pouvoirs du livre. Un livre qui écrit par lui-même des merveilles et des atrocités. Un livre qui interprète à sa guise ce qu'on y écrit soi-même. C'est ainsi que le narrateur devra apprendre à vivre avec le livre, à le protéger, le respecter et comme il le dit lui-même dans ce même prologue : "à survivre à ses ires imprévisibles". Car la "puissance de ce livre ne réside pas dans les mots qui y sont écrits, mais dans ceux qui n'y figurent pas encore."

Le roman débute au XIe siècle et se poursuivra pendant des siècles. Nous passons à travers l'Histoire, accompagnés du livre mystérieux et du pauvre cordonnier qui bien semble bien éternel. Le narrateur vit plusieurs grands moments de l'Histoire : construction de la tour de Pise, découverte de l'Amérique, etc. Il en écrit des moments dans son livre, provoque des événements, souvent catastrophiques et réussit tout de même à très bien tirer son épingle du jeu. Mais le poids du livre est tout de même difficile à supporter et il demeure très seul. Lorsqu'il écrit des moments de sa propre histoire, il provoque souvent des désastres mondiaux. Il doit donc garder le livre caché et y écrire avec soin. Est-ce qu'il apprend de ses erreurs ? Un peu. Est-ce qu'il retient quelque chose des différents événements historiques qu'il vit ? Pas vraiment. Mais il apprend que vouloir quelque chose - même insignifiante - peut avoir des conséquences dramatiques et insoupçonnées.

Nous avons ici un heureux mélange de genres... un soupçon de surréalisme et de fantastique, un peu d'aventures et de romance, et beaucoup d'éléments historiques. On a l'impression de lire un roman historique oscillant entre le conte et le roman d'aventures. J'ai tout simplement adoré. L'écriture de Malka est très fluide et on suit aisément l'histoire.

L'auteur prend bien quelques libertés avec les faits et l'histoire - je ne crois pas que le parapluie existait comme tel au XIe siècle - mais cela ne m'a pas dérangée du tout. Quand on parle d'un livre mystérieux qui emporte son propriétaire, auteur et lecteur à travers les siècles, on ne s'attarde pas sur les petites inconsistances historiques. Ce roman traite d'impossibilités, tout simplement. Et c'est très bien comme ça.

Les mots de l’auteur

« Mais n’ayez crainte, car aucun homme – de l’historien le mieux renseigné au chercheur le plus astucieux ou au mercenaire le mieux payé – ne mettra la main sur ce manuscrit. Ce dernier fait en effet partie d’une classe d’objets à part, qu’on ne peut domestiquer, dont on ne peut prendre possession. On ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le voler. Certains vont même lui prêter une volonté, prétendant qu’il a l’étrange faculté d’influer sur son destin et la capacité de choisir son maître. » p. [10]

Pour en savoir un peu plus…


26 avril 2017

Les Visages de Jesse Kellerman

Visages01Les Visages / Jesse Kellerman ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony. -- [Paris] : Sonatine, 2009. -- 471 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-35584-026-5

Quatrième de couverture

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

L'auteur

Jesse Oren Kellerman est né en 1978 à Los Angeles en Californie aux États-Unis. Ses parents sont deux auteurs Visages2américains très connus : Faye et Jonathan Kellerman. Il a fait des études en psychologie à l'Université de Harvard puis en dramarturgie à l'Université Brandeis. En plus d'écrire et de s'intéresser au théâtre, il a joué de la guitare, pendant un temps, dans le groupe rock, Don't shoot the Dog.

En 1994, il publie conjointement avec son père, un recueil de poésie pour les enfants. En 2004, sa pièce Things Beyond Our Control remporte le Prix Princess Grace. Ce prix lui permet de se consacrer à l'écriture. Son roman The Genius paru en 2008 fut nommé le meilleur thriller de l'année par The Guardian et sa traduction françaises, Les Visages reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010.

Il vit aujourd'hui en Californie avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • Things Beyond Our Control (2004) (théâtre)
  • Sunstroke (2006)
  • Trouble (2007)
  • The Genius (2008) [Les Visages, 2009]
  • The Executor (2010)
  • Potboiler (2012)
  • The Golem of Hollywood (2014) (avec Jonathan Kellerman)
  • The Golem of Paris (2015) (avec Jonathan Kellerman)

Site web de l’auteur : http://jessekellerman.com et page Facebook : https://www.facebook.com/JesseKellermanAuthor

Mes commentaires

Quand je termine la lecture d'un roman, j'écris rarement mon billet immédiatement. Mais je le prépare ; je rédige ce que j'appelle mon canevas : notice, quatrième de couverture, informations sur l'auteur, extraits et sources à consulter. Puis, ça peut prendre un certain temps avant que je n'écrive le billet comme tel. Habituellement, cela varie entre quelques semaines ou quelques mois. Mais parfois, cela peut être des années. Ce qui est le cas ici. Pourquoi ? Pas de raisons particulières... parfois c'est un simple oubli.

Je n'ai habituellement pas de problème à reprendre un canevas et à rédiger mon commentaire, mon avis. L'histoire me revient rapidement ainsi que mon ressenti. Mais parfois, j'ai complètement oublié le roman. Ce qui n'est jamais bon signe. Et c'est le cas ici. Je me souviens vaguement de l'histoire et la lecture d'autres avis me ravive légèrement certains souvenirs. Je me rappelle cependant m'être dit que le roman était loin du suspense annoncé. Je me souviens également que bien que ce ne fut pas un coup de coeur, j'avais tout de même bien aimé le roman, d'où la rédaction du canevas en vue d'un futur billet. Mais en gros, je dois avouer qu'il ne me reste pas grand chose de ma lecture du roman de Jesse Kellerman. Et ça, c'est toujours un peu triste. Bon... voyons voir...

Ethan Muller possède une galerie d'art à New York. Le monde des marchands d'art n'est pas facile. Entre les vernissages essouflants et la concurrence entre galeristes cherchant tous à se démarquer, Ethan cherche à faire sa place. Lorsqu'il découvre dans de vieilles boîtes d'un appartement délabré, d'étranges tableaux comportant des portraits d'enfants, il croit que sa renommée est assurée. De plus, Victor Cracke, le mystérieux artiste ayant réalisé ces tableaux, semble a voir disparu.

Le galeriste décide d'exposer les tableaux tout en faisant des recherches sur l'artiste. L'exposition est un succès mais elle déclenche une enquête lorsqu'un policier à la retraite croit reconnaître les visages d'enfants tués il y a de nombreuses années par un tueur en série qui ne fut jamais arrêté. Est-ce que l'artiste disparu serait un meurtrier ? Y a-t-il un lien entre ces portraits et les enfants tués ? Peut-on exposer ces portraits ? Où tracer la ligne entre l'art et l'horreur ?

Toutes ces questions sont intéressantes mais il me semble qu'au fil des chapitres l'auteur les oublie un peu et mon intérêt a diminué petit à petit. On nous raconte deux histoires. Nous partons d'un côté à la recherche de l'artiste Victor Cracke et nous remontons le temps pour suivre les traces de sa famille. Et d'un autre côté, nous suivons Muller dans son enquête pour faire la lumière sur les meurtres des enfants et la possible connexion avec les tableaux de Cracke. Il ne faut pas oublier les possibles liens avec sa propre famille. Et ici et là, on nous fait découvrir un peu le monde des galeries d'art. Puis finalement, tout va se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Évidemment.

Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus car je n'ai que de vagues souvenirs de toutes les facettes des enquêtes. Les recherches pour Cracke et l'enquête sur les visages n'ont pas retenu beaucoup mon attention. Certains passages m'ont paru longs avec beaucoup de descriptions inutiles.

Je me souviens cependant que j'ai bien aimé découvrir le monde des galeries d'art de New York. C'est un monde qui semble terriblement intéressant, mais aussi dur, impitoyable et même froid. Il y avait dans le roman une réflexion intéressante sur l'art et sur l'exposition de l'art.

Et j'avoue que j'aurais aimé voir l'oeuvre de Victor Cracke, ces milliers de dessins avec des monstres et des anges et ces portraits d'enfants. Les descriptions me semblaient incomplètes mais en fermant les yeux, je pouvais presque voir cette oeuvre inimaginable.

Les mots de l’auteur (Extraits)

" À l'intérieur se trouvait une pile bien rangée de ce qui m'apparut d'abord comme des feuilles de papier vierges, jaunies et écornées. L'espace d'un instant, je crus que Tony se moquait de moi. Puis je ramassai la première page, la retournai, et alors tout le reste s'évanouit.

Les mots me manquent pour vous décrire ce que je vis. J'essaie quand même : une ménagerie étourdissante de formes et de visages ; des abges, des lapins, des poulets, des lutins, des papillons, des bêtes informes, des créatures mythologiques à dix têtes, des machines extravagantes avec des bouts d'organes humains, le tout tracé d'une main précise, minutieux et grouillant sur la feuille, vibrant de mouvement, dansant, courant, jaillissant, dévorant, se dévorant mutuellement, perpétrant des tortures atroces et sanglantes, un carnaval de luxure et d'émotions, toute la sauvagerie et la beauté que la vie peut offrir,m ais en exagéré, délirant, intense, puéril, pervers, avec un côté BD joyeux et hystérique ; et moi, je me sentis assailli, agressé, prix d'un furieux désir à la fois de détourner le regard et de plonger dans la page." pp26-27

Pour en savoir un peu plus…

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14 avril 2017

Trois fois la bête de Zhanie Roy

3aTrois fois la bête / Zhanie Roy. — Montréal : À l’étage, [2015]. – 215 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-924568-06-4

Quatrième de couverture

Été 1935, dans un village du Québec. Une bête rôde.

En pleine canicule, des enfants sont retrouvés morts, éventrés près de la rivière. Le cimetière de la paroisse, plein à craquer, ne peut plus accueillir de dépouilles. Le curé souhaite établir un nouveau cimetière sur une terre inondable, mais tous ne sont pas du même avis...

Les querelles se multiplient et la panique s'installe au village. Et si le loup n'était pas responsable de ces disparitions...

Trois fois la bête se situe entre la comptine et le refrain des morts. C'est une fable intrigante qui, sous ses relents d'horreur, évoque l'amour et la solidarité.

L’auteur

Zhanie Roy est né en 1977 à Repentigny au Québec. Elle fait des études en cinéma et en théâtre. Elle habite à Montréal.3b

Bibliographie

  • Trois fois la bête (2015)

(Note : La biographie de l'auteur sur la quatrième de couverture mentionne que ce roman est le deuxième de l'auteur. Malheureusement, je n'ai pas réussi à trouver le titre du premier roman de l'auteur. Si vous le connaissez, n'hésitez pas à me le dire.)

Profil Facebook de l'auteur

Mes commentaires

L'histoire se déroule pendant l'été de 1935 dans un petit village du Québec. Des enfants sont sauvagement assassinés. Les villageois ont peur, ils suspectent un animal, une bête, mais plusieurs ont des doutes. Et d'autres tentent de profiter de la situation, comme par exemple, le curé qui cherche à laisser sa trace dans la communauté et veut construire un nouveau cimetière pour ces pauvres enfants morts. Les villageois se chicanent sur ce futur cimetière, certains se rebellent férocement contre celui-ci avec en tête, l'enfant prodigue revenu au village après un séjour aux États-Unis. Et puis, petit à petit la panique s'empare du village alors que les morts horribles des enfants demeurent inexpliqués.

Le livre de Zhanie Roy est beaucoup plus qu'un roman policier. En fait, même si je voulais savoir qui avait tué ces pauvres enfants, c'est plutôt les côtés historique, sociologique et psychologique qui m'ont fascinée. C'est bizarre, car cette lecture a suivi la lecture de Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat. Et pour les deux romans, ce sont vraiment la psychologie des personnages et l'aspect historique de l'époque qui m'ont paru le plus intéressant.

Mais j'avoue que contrairement au roman de Jordi Lllobregat, j'ai non seulement aimé la conclusion, mais elle m'a prise un peu par surprise (même si j'avais un peu deviné... ça fait du sens ?). Et même si elle était aussi un peu incroyable.

J'ai beaucoup aimé le roman de Roy. Elle a su reproduire la vie de l'époque, les peurs et les superstitions, la vie quotidienne, les espoirs et les souffrances. Les personnages sont très vivants et terriblement humains. Si je peux le dire ainsi. Il y a bien sûr une atmosphère très noire, mais la vie m'a paru vouloir éclore un peu partout. Et puis, nous sentons une transformation en devenir d'une société traditionnelle.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Zhanie Roy et j'aimerais bien lire ce mytérieux premier roman !

Les mots de l’auteur

« Le ventre tendu par l'enfant qu'elle porte alourdit la femme, ralentit son rythme naturel. Il fait une chaleur torride dans cette petite pièce annexée à la maison. Des perles de sueur gouttent sur son front et s'emmêlent à sa tignasse noire. De longues mèches folles s'échappent du lourd chignon de la paysanne noué bas sur son cou fort et solide. Rose-Délina pétrit on pain. Il en faut beaucoup pour nourrir son clan. Et elle masse la boule de pâte blanche, enfonçant ses mains rugueuses dans la matière élastique. [...] La femme pétrit avec vigueur. De toutes les tâches ménagères, celle-ci demeure sa préférée. L'effort et la répétition du geste qui v=berce son corps de l'avant à l'arrière font en sorte qu'elle perd la notion du temps » p. 23

« Le loup avance ventre à terre. Son coeur bat la chamade. Ses pas sont empêchés par le foin sec qui n'a pas été coupé. Il voit une lumière qui vacille sur l'horizon, à la heuteur des herbes. Partout, ses narines découvrent l'odeur des hommes qui l'encerclent. Ce soir, le sang coulera. S'il ne veut pas que ce soit le sien, il lui faudra se battre. Il jette la tête en arriêre et hurle à la lune qu'il saura se défendre. » p. 183

Pour en savoir un peu plus…

05 avril 2017

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat

8Le huitième livre de Vésale / Jordi Llobregat ; traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu. — Paris: Cherche Midi, c2015. – 619 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-4508-2. – (Coll. Thrillers). – Titre original : EL secreto de Vasalio.

Quatrième de couverture

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d’Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l’aide d’un journaliste et d’un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d’un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C’est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l’incroyable secret qui hante Barcelone.
 
Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d’énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d’une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l’âme d’une ville, Barcelone avant l’apparition de l’électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral !

L’auteur

Jordi Llobregat est né à Valence, en Espagne en 1971. Il commence à écrire alors qu'il a à peine 12 ans. Il a fait des études8a en commerce à l'Université de Valence et a complété sa formation à l' ESIC - Business & Marketing School, également à Valence. Il fait partie du groupe littéraire El cuaderno rojo.

En 2015, il publie son premier roman, El secreto de Vesalio. Aujourd'hui, il combine sa vie littéraire avec son travail comme dirigeant d'une entreprise qui oeuvre dans le développement communautaire dans les villes. Il est aussi le co-fondateur et directeur du festival de littérature noire de la ville de Valence, Valencia Negra.

Bibliographie

  • El secreto de Vesalio (2015)

Mes commentaires

Est-ce qu'il y a juste moi qui trouve cette couverture magnifique ? Même la cicatrice me semble envoûtante. Et oui, je n'ai emprunté ce roman qu'à cause de sa couverture. Puis, le fait que cela se passait à Barcelone m'a entièrement convaincue. Je suis devenue tellement superficielle comme lectrice !!!

Quel roman ! Plus de 600 pages qui m'ont captivée. Avec une fin un peu tirée par les cheveux mais qui ne gâchent pas tout le reste. L'auteur nous offre un voyage incroyable dans le temps. On a vraiment l'impression de marcher dans les rues de Barcelone à la fin du XIXe siècle. La ville semble vivante et terriblement sombre. Autant hier qu'aujourd'hui, Barcelone a un côté obscur. L'intrigue policière est intéressante mais se retrouve souvent en second plan... Les personnages - même secondaires -, l'époque et la ville sont définitivement au premier plan.

À quelques jours de l'Exposition universelle de 1888, les corps mutilés de jeunes filles sont retrouvés dans les égoûts de Barcelone. Les autorités semblent indifférentes, les barcelonais ont peur et des rumeurs courent que le coupable est le Gos Negre, un chien noir démoniaque, gardien des portes de l'Enfer.

Daniel Amat, jeune professeur à Oxford à l'avenir qui s'annonce brillant doit revenir d'urgence à Barcelone, à l'annonce de la mort de son père, brillant médecin, avec qui il n'avait plus aucun contact. Il découvre à son arrivée que son père soignait maintenant les habitants des quartiers pauvres et enquêtait secrètement sur les meurtres des jeunes filles. Il espère repartir rapidement pour l'Angleterre, mais plusieurs événements et rencontres l'obligent à rester. Il rencontre notamment un journaliste et un jeune étudiant en médecine, assistant de son père. Ensemble, ils vont enquêter sur le meurtre de son père et sur les meurtres horribles qui marquent toujours la ville.

Ça, c'est le côté roman policier. Qui est vraiment intéressant, mais qui est rapidement devenu secondaire à mes yeux. Car en parallèle, le roman nous dresse un portrait historique fascinant de Barcelone et de l'époque : l'Exposition universelle, la naissance de l'électricité, les différents quartiers, la vie universitaire, le monde du journalisme, etc. Et de tous les sujets et intrigues du roman, c'est définitivement le portrait de la médecine en 1888 qui m'a complètement hypnotisée. C'était vraiment intéressant. Retourner dans la réalité de cette époque, être confronté aux connaissances et aux croyances de ce temps.

Ça, c'est le côté roman historique. Qui fut vraiment ce qui m'a le plus ravi dans le livre, mais qui ne doit pas faire oublier l'importance des personnages. Et ça, c'est le côté roman psychologique du livre. Les personnages sont incroyablement bien écrits. L'auteur nous propose des personnages vivants, forts et colorés. Leur passé, leurs émotions, leurs interactions... nous les découvrons petit à petit et c'est passionnant.

Oh, j'oubliais presque le fameux huitième livre de Vésale, un célèbre anatomiste du XVIe siècle. Et bien, vous savez, j'adore les manuscrits. Et les manuscrits cachés et mystérieux encore plus. Vésale a bien écrit sur l'anatomie un ouvrage en sept livres De humani corporis fabrica libri septem (appelé La Fabrica). Ce huitième livre est bien entendu fictif et ma foi très bien caché dans le roman de Llobregat. Il apporte aussi le côté roman légèrement fantastique.

Malgré ses 600 pages, le livre se lit rapidement et le rythme est très rapide. Petit à petit le suspense s'installe. Et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture. Le roman est très bien construit. On se questionne, le suspense augmente et les revirements sont inattendus (jusqu'à la fin, car, comme je l'ai dit, la fin m'a un peu déçue). Cela faisait longtemps que mes nuits n'ont pas été aussi courtes... cela m'apprendra à lire avant de me coucher !

Les mots de l’auteur

« Elle ne ratait rien non plus du marché trépidant de la Boquería, avec ses boutiques bondées et ses cafés bruyants, pleins de lumière. Elle s’imprégnait des odeurs, des couleurs et du mouvement incessant des gens. […] Barcelone était, à ses yeux, un monde fascinant à découvrir.

Cette fois, pourtant, elle n’avait guère envie de flâner. La nuit était tombée et la pluie menaçait. Les commerces et les kiosques avaient baissé le rideau et seuls quelques rares cafés étaient encore éclairés. Elle serra son châle sur ses épaules. Il faisait vraiment un froid glacial.» p. 126

Pour en savoir un peu plus…

02 mars 2017

Le gars des pogos d'Éric Godin

pogosLe gars des pogos : roman /Éric Godin. — Rosemère (Québec): Éritions Pierre Tisseyre, [2014]. – 143 p. ; 20 cm. – ISBN 9782896333004

Quatrième de couverture

Que tous ceux qui ont lu Si j’étais une baleine lèvent la main! Personne… Pour Stéphane, c’en est trop! Trois ans pour écrire un chef-d’oeuvre. Des milliers d’heures pour en sculpter chaque phrase. Tout ça pour… trois cents exemplaires vendus! Entre son ami George qui peine à lire l’arrière des boîtes de céréales et son éditeur qui ferait tout aussi bien de vendre des plats Tupperware, Stéphane se demande où sont passés les lecteurs du temps jadis. À son grand dam, il les découvre au rayon des livres de cuisine… Voilà donc à quoi doit s’abaisser un auteur pour se faire connaître. Rédiger des recettes! Ah! et pourquoi pas? Après tout, ça ne peut pas être bien compliqué… Suffit de trouver un thème facile. Les pogos par exemple… Ainsi débute pour Stéphane une aventure unique, celle d’un canular qui s’avérera on ne peut plus indigeste!

L’auteur

Éric Godin est né en 1982. Il est originaire du village Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier aupogos2Québec. Il publie son premier roman en 2009.

Bibliographie

  • Personne n’aime Robin (2009)
  • Apprendre à compter (2013)
  • La brute et la belle (2014)
  • Le gars des pogos (2014)
  • Le sac d’arachides ; Le flâneur (nouvelles) (2016)

Mes commentaires

J'avais envie de lire quelque chose de léger et rapide. J'étais en général pas mal fatiguée et les vacances semblaient loin. Il fallait que je relaxe mon cerveau et que je lise léger. J'ai donc pris un livre qui avait retenu mon attention lors de son arrivé à la bibliothèque il y a quelques années. Le titre m'avait fait sourire, j'avais fait une grimace à la vue de la couverture et la quatrième de couverture m'avait intéressée. Et génial, il ne faisait que 143 pages.

La quatrième de couverture résume assez bien le livre. Le roman nous présente donc un écrivain dont le livre ne se vend pas en librairie et qui se sent incompris. On ne reconnaît pas immense talent, son génie littéraire. Il est découragé mas surtout en colère. Les gens ne semblent plus lire de la "vraie" littérature - même son meilleur ami n'a pas lu son roman. Qu'est-ce que les gens lisent ? Quels sont les meilleurs vendeurs en librairie ? Les livres de cuisine.

(Et en fait, je dois vraiment confirmer la chose... la quantité de livres de cuisine que nous achetons par mois est incroyable et désespérant ... Et les gens empruntent, empruntent, empruntent. Ce que je trouve vraiment extraordinaire et bizarre, car qu'aujourd'hui, on n'a qu'à entrer quelques ingérdients sur Google et hop, on a la recette. Enfin.)

Et bien merde, se dit-il, je vais en écrire un, livre de cuisine, et n'importe comment en plus ! Et c'est ce qu'il fait, en quelques heures, il pond différentes recettes avec le pogo comme ingrédient principal. Il s'amuse ferme. Et puis, il envoie son manuscrit à son éditeur. Et là, coup de théâtre... on veut le publier ! On lui demande d'autres recettes. Évidemment qu'on va découvrir que c'est du n'importe quoi, qu'il se dit. Mais non. Le livre est publié, a un immense succès. Il est invité partout. Il ne peut croire qu'on croit que c'est un vrai livre de recettes. Il est au désespoir, encore plus découragé et au bord de la dépression. Vive la littérature ! Et les pogos !

Le livre est amusant. Et j'ai souri à plusieurs reprises. Spécialement à la lecture des recettes de pogos que l'on retrouve à la fin. Car ouf... c'est en effet assez drôle et les recettes sont littéralement ridicules. Et j'ose espérer qu'un tel livre n'aurait pas été vraiment publié. J'espère vraiment beaucoup.

Il est bien sûr évident de comprendre ce que le roman de Godin dénonce : le milieu de l'édition, le lectorat et les auteurs. Le milieu de l'édition si brutal, difficile, cruel, mais qui a des règles, des impératifs impitoyables à suivre. Le lectorat qui aime ou n'aime pas, sans pitié et avec intransigeance. Et les auteurs qui versent leur coeur, âme, leur vie dans leur oeuvre et qui espèrent, croient, sont convaincus que tout le monde va comprendre et adorer leurs mots. Et ceux qui se prennent trop au sérieux. 

Le roman est facile à lire, simple et sans surprises. Mais c'est agréable à lire. Et c'est ce que je voulais. Et j'ai même failli acheter des pogos à l'épicerie.

Les mots de l’auteur

« Son pari étant qu’un livre de recettes ne lui rapporterait pas beaucoup, mais le ferait probablement connaître un peu plus, il décide d’y investir le moins de temps possible. Aussi choisit-il de consacrer son ouvrage au mets le plus ridicule qui soit. Si ridicule que, bientôt, le projet qui devait l’aider à se faire connaître devient une pure séance de défoulement et de dérision seyant beaucoup mieux à l’écrivain que de basses manœuvres publicitaires. » p.[50]

Pour en savoir un peu plus…

27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

Posté par Laila_Seshat à 08:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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