20 octobre 2016

Last days d'Adam Nevill

LastDays1

Last days / Adam Nevill. – New York : St. Martin’s Griffin, c2012. – viii, 530 p. ; 21 cm. – ISBN 978-1-250-01818-2

Quatrième de couverture

When guerrilla documentary maker, Kyle Freeman, is asked to shoot a film on the notorious cult known as the Temple of the Last Days, it appears his prayers have been answered. The cult became a worldwide phenomenon in 1975 when there was a massacre including the death of its infamous leader, Sister Katherine. Kyle's brief is to explore the paranormal myths surrounding an organization that became a testament to paranoia, murderous rage, and occult rituals. The shoot's locations take him to the cult's first temple in London, an abandoned farm in France, and a derelict copper mine in the Arizonan desert where The Temple of the Last Days met its bloody end. But when he interviews those involved in the case, those who haven't broken silence in decades, a series of uncanny events plague the shoots. Troubling out-of-body experiences, nocturnal visitations, the sudden demise of their interviewees and the discovery of ghastly artifacts in their room make Kyle question what exactly it is thecult managed to awaken âe" and what is its interest in him?

L’auteur

Adam L. G. Nevill est né en 1969 à Birmingham en Angleterre. Il a vécu en Angleterre et enLastDays2 Nouvelle Zélande. Ces romans ont reçu de nombreux prix.

Bibliographie partielle

  • Banquet for the Damned (2004)
  • Apartment 16 (2010)
  • The Ritual (2011)
  • Last Days (2012)
  • House of Small Shadows (2013)
  • No One Gets Out Alive (2014)
  • Lost Girl (2015)
  • Under a Watchful Eye (2017)

Site web de l'auteur, sa page Facebook, son compte Twitter

Mes commentaires

Hourra ! Quelle lecture parfaite. Finalement, j'ai eu entre les mains un roman fantastique, un roman d'horreur bien construit, cohérent et qui m'a donné quelques frissons. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas autant aimé un roman fantastique.

C'est une histoire classique mais également très moderne. On reprend tous les codes du genre à la sauce d'aujourd'hui. Et l'ensemble est encore une fois très visuel. L'horreur est d'abord à peine perceptible, on la devine petit à petit, on la découvre en même temps que le personnage principal. Et on doute d'abord avec lui, on ne veut pas y croire. Puis, la tension monte de plus en plus pour devenir insoutenable, on sent la peur se transformer en terreur. Jusqu'à la scène finale.

C'est un roman parfaitement construit. Les phénomènes paranormaux, surnaturels sont encadrés d'une histoire bien ancrée dans le réel, dans la vie de tous les jours. Car bien que les personnages sont des habitués des reportages étranges, ils sont pragmatiques, rationnels et terre à terre. Ont des problèmes banaux et normaux.

Mais je n'ai encore rien dit de l'histoire.

Alors, Kyle Freeman est un réalisateur de films indépendants qui touchent des sujets non conventionnels. Il travaille principalement avec son collègue, caméraman et ami Dan. Alors que Kyle est un peu au bord de la faillite, il se fait offrir de réaliser un documentaire sur une secte des années '70, nommée Temple of the Last Days, et ayant pour gourou, une certaine Sister Katherine. En 1975, la secte a connu une fin horrible et sanglante dans un ranch en Arizona.

Kyle accepte ce projet même si rapidement il sent qu'il n'a pas vraiment le contrôle sur son film. Le producteur qui lui a commandé le film lui impose les entrevues - avec d'anciens membres de la secte et lui dicte ce qu'ils doivent faire et ne pas faire. Alors que Kyle et Dan se déplacent de l'Angleterre à la France puis aux États-Unis à la rencontre d'anciens membres et dans les traces de la secte, Kyle commence à vivre des événements d'abord étranges puis de plus en plus dérangeant et inquiétant. Il doute d'abord, essaie de trouver des explications rationnelles, mais plus les jours passent, plus la peur l'envahit. Et plus il enquête sur la secte et sur Soeur Katherine, plus il sait que le rationnel n'a plus sa place dans sa vie.

Le roman culminera dans les lieux qui ont vu le massacre des derniers membres de la secte et qui sera le témoin encore une fois d'un cauchemar terrible. Mais il ne faut pas croire que le texte est lourd, violent ou excessivement sanguinaire. Oui, il y a du sang. Mais l'horreur est amenée doucement, tranquillement, sournoisement subtilement dans le texte. Mais une fois qu'elle est en place, elle est omniprésente, on la sent dans chaque page. Même lorsqu'elle est absente, on l'attend et on l'anticipe. L'auteur nous mène par le bout du nez dans son texte et on le suit. Il maîtrise parfaitement le genre. On a l'impression de vivre avec Kyle sa descente dans l'enfer de la secte, de la folie, du paranormal et du mal.

Mais le roman va au-delà du paranormal, du suspense et de l'horreur. On aborde les sujets de la fascination pour le mal, la mort, l'horreur ainsi que le désir de la reconnaissance médiatique, le besoin narcissique d'être connu et reconnu, d'avoir du pouvoir et de garder ce pouvoir. Et finalement le besoin et désir d'être éternel et de laisser sa trace.

Nevill garde le rythme tout au long du roman et la fin est parfaite - bien qu'elle m'ait tout de même surprise. Bon, on peut lui faire quelques reproches, une certaine reprise facile des thèmes, quelques longueurs... Mais je n'en ai pas envie. Pour moi, ce fut un roman d'horreur tout simplement parfait !

Les mots de l’auteur

Relief sang to him. The dream, a nightmare, faded like a dim and incorrectly remembered photograph. That’s all it was and nothing more. The figures upon the walls of the temple, Gabriel’s terrible accident, half a bottle of spirits, exhaustion, an unfamiliar bed in a pitch-black room, Dan’s snoring, another country, another word... Too much, too much. That’s why he’d had a nightmare.” P.169

« My point, my dear boys, is that there is something demoniac in human nature that we are unable to stop revering Unable to stop ourselves serving. This is our greatest tragedy. A tragedy because it is universal, and it is timeless as all true tragedies are. “ pp.464-465

Pour en savoir un peu plus…

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04 octobre 2016

Conception de Chase Novak

conception1Conception / Chase Novak ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Vincent Guilluy. – [Paris] : Préludes, [2015]. – 472 p. ; 20 cm. – ISBN 978-2-253-19102-5

Quatrième de couverture

Alex et Leslie Twisden mènent une vie radieuse : jobs en or, luxueux hôtel particulier en plein Manhattan et mariage passionnel. Ce qui leur manque en revanche, c’est un enfant, et après l’échec d’innombrables traitements, leur désir de progéniture vire à l’obsession.

Dans une dernière tentative désespérée, le couple se rend en Slovénie afin d’essayer une procédure médicale très particulière. Et là, c’est le miracle…

Dix ans plus tard, couvés et dorlotés mais vivant dans une maison habitée par les secrets, les jumeaux Alice et Adam se retrouvent chaque soir enfermés dans leur chambre, tandis que des bruits de plus en plus perturbants proviennent de celle de leurs parents. Un jour, ils décident de chercher à comprendre la vraie nature de ceux qui les élèvent. Leur découverte aura de quoi les épouvanter…

L’auteur

Scott Spencer est né à Washington aux États-Unis en 1945. Il grandit à Chicago. Après des études à l'University of Illinois et à la Chicago's Roosevelt University, il obtient son BA en Anglais de l'University of Wisconsin.  Il a enseigné dans divers collèges et universités aux États-Unis et a publié plusieurs articles dans diverses publications : The New York Times, Harpers Magazine, GQ, etc.

Il publie son premier roman, Last night at the Brain Thieves Ball, en 1975. En 1979, son roman Endless Love connait un très grand succès et est vendu à plus de deux millions d'exemplaires à travers le monde. Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma (Waking the Dead et Men in Black).

Ces deux derniers romans - qui sont considérés comme des romans d'horreur - ont été publiés sous le pseudonyme de Chase Novak.

Bibliographie partielleconception

  • Last Night at the Brain Thieves Ball (1975)
  • Preservation Hall (1976)
  • Endless Love (1979)
  • Waking the Dead (1986)
  • Secret Anniversaries (1990)
  • Father Hood (scénario) (1993)
  • Men In Black (1995)
  • Rich Man's Table (1998)
  • A Ship Made of Paper (2003)
  • Willing (2008)
  • Man in the Woods (2010)
  • Breed (sous le peudonyme de Chase Novak) (Conception) (2012)
  • Brood (sous le peudonyme de Chase Novak) (2014)

La page Facebook de Chase Novak ; la page Facebook de Scott Spencer ;

Mes commentaires…

Depuis quelques années, j'ai beaucoup de difficulté à trouver un "roman d'horreur" que j'aime. C'est que j'en ai beaucoup lu. C'est même un de mes crimes littéraires. Depuis que je travaille en bibliothèque, j'ai recommencé à lire des romans fantastiques, dans l'espoir de retrouver le plaisir des frissions. J'ai peu de succès, je dois l'avouer. Dernièrement, j'ai bien aimé Nous avons tous peur de B.R. Bruss. Cette année, j'ai décidé d'essayer de lire d'autres romans du genre. À commencer par Conception de Chase Novak.

Et alors ? Disons que je n'ai pas détesté. J'ai bien aimé certains aspects et trouvé vraiment longs, plusieurs passages. Mais côté "horreur" et même "suspense", on repassera. Il y a bien un aspect "fantastique", qui flirte légèrement avec la science-fiction. Mais c'est tout. La lecture ne fut pas désagréable mais sans plus. Donc, pas encore un coup de coeur "horreur/fantastique". Et malheureusement pas de frissons.

Mais revenons au roman. Les Twisden ont tout pour être heureux sauf un enfant. Ils désirent ardemment avoir des enfants mais en semblent incapables. Tous les tests et traitements s'avèrent inutiles et ils sont désespérés. Mais des amis qui avaient le même problème leur parlent d'un nouveau traitement expérimental. Ils partent donc pour la Slovénie rencontrer un mystérieux médecin pour suivre ce traitement qui fonctionnera miraculeusement. Et ils ont finalement tout pour être heureux.

Le roman saute ensuite dix plus tard. Et les jumeaux qui ont été conçu grace au traitement reçu en Slovénie vivent une vie bien étrange. Ils sont solitaires, ne parlent à personne et chaque nuit, leurs parents les enferment à clef dans leur chambre. Leurs parents sont également bien étranges. La nuit, d'étranges sons proviennent de leur chambre et le couple, jadis riche et élégant, n'est plus que l'ombre de lui-même. On comprend très rapidement que si les parents enferment leurs enfants la nuit, c'est pour les protéger. Le traitement a eu sur le couple quelques effets secondaires assez terrfiants.

Les enfants se sentent menacés et décident de s'enfuir. Au cours de leur fuite, ils recevront de l'aide d'un de leurs professeurs et rencontreront d'autres enfants qui leur ressemblent : eux aussi sont le résultat des traitements sur leurs parents. Car si tous les parents se transforment petit à petit en monstres (sanguinaires et cannibales) à cause du traitement, les enfants nés à la suite de ce traitement sont également victimes des effets secondaires. Ces enfants tentent de survivre, de se comprendre et surtout d'échapper à leurs parents.

Alors voilà, l'histoire est remplie de potentiel : traitements expérimentaux, parents monstrueux, cannibalisme, enfants férals. Il y a de très bons moments. Et j'ai aimé tout le questionnement sur jusqu'où les gens sont prêts à aller pour avoir des enfants, et les conséquences désastreuses qui peut survenir quand on dépasse certaines limites. Mais j'ai eu l'impression que l'histoire allait dans tous les sens, sans jamais atteindre sa finalité. L'auteur introduit de nombreux personnages et cette surabondance nous éloigne des 4 principaux. Je n'ai pas eu l'impression de les connaître. Et ce saut de 10 ans était une erreur, selon moi. Il aurait été intéressant de voir les débuts de la transformation des parents, de voir les premiers moments des enfants. Et puis, ensuite, il aurait intéressant d'explorer comment les enfants vivent leurs propres transformations. Mais le livre s'égare dans une multitudes de voix et de personnages. Et le tout est incroyablement dilué et on perd toute trace de tension ou d'horreur. 

Donc, malgré quelques bons passages - car l'auteur écrit très bien - ce fut une lecture un peu décevante. Il parait que le roman sera adapté au cinéma. Bizarrement, j'ai l'impression que l'histoire sera mieux transposée en image.

Les mots de l’auteur

« Pourquoi devons-nous être enfermés la nuit ? – Encore ça ? demande sa mère. – On ne veut plus être enfermés. – Ce n’est pas pour toujours. – Je ne comprends pas. – Moi non plus, intervient Alice. – C’est pour qu’on ne vous mange pas », dit Leslie en ébouriffant les cheveux d’Adam.

Elle le dit  en plaisantant, mais cela résonne comme la chose la plus vraie qu’elle leur ait jamais dire. » p. 129

« Alice et Adam se languissent de  leur foyer, avec l’impuissance innocente des enfants. Comme  tous les jeunes mammifères, ils sont génétiquement programmés pour faire confiance à leurs parents et croire que ceux qui leur ont donné la vie sont leur refuge dans un monde sans pitié. Dans leur cerveau, dans leur liquide céphalo-rachidien, dans leur mécanique la plus élémentaire, la plus primitive, il est écrit qu’il doivent croire que leur mère et leur père sont là pour les protéger, et ils s’accrochent à cet  instinct quelle que soit l’irréfutabilité de la preuve du contraire – et même ainsi, même après qu’ils ont renoncé à cette illusion et qu’ils se sont enfuis pour sauver leur peau, le doute suit comme une ombre le moindre de leurs mouvements, parce qu’ils réagissent à une réalité qui est par essence inconcevable, à une vérité qu’ils perçoivent continuellement comme un mensonge fabriqué de toutes pièces par leurs propres échecs ou par les dysfonctionnements de leurs esprits fiévreux. » p.328

Pour en savoir un peu plus…

  • La page Wikipedia en anglais de Scott Spencer
  • Biographie de l'auteur sur Openroadmedia.com
  • Article dans le New York Times
  • Article dans Libération
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Chantal Yvenou sur le blogue Page après page
  • L'avis de Sabrina sur le blogue Les lectures d'Aydora
  • L'avis de Jenni sur le blogue Vie de geek
  • L'avis de sevandthekidz sur le blogue Blablabla mia
  • L'avis d'Audrey sur le blogue Les lectures d'Audrey
  • L'avis de Le Berty sur le blogue Le Bertyblog
  • L'avis de Colette du Net sur le blogue Niftyfifty and the City

 

16 février 2016

L’appel du mal de Lisa Unger

AppelMal2L’appel du mal / Lisa Unger ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Delphine Santos. – Paris : Éditions du Toucan ; 2014. – 413 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-81000-601-4

Quatrième de couverture

Lana Granger est étudiante en psychologie à l’université des Hollows, une petite ville tranquille de l’état de New York. Pour financer ses études mais aussi pour mettre ses connaissances en pratique, elle prend un emploi de baby-sitter auprès de Luke, un jeune garçon à l’esprit perturbé et au comportement étrange. Déjà renvoyé de plusieurs écoles, le jeune adolescent se révèle manipulateur et cruel, prêt à toutes les manœuvres, à tous les mensonges pour contrôler ses semblables.

Un soir, la meilleure amie de Lana disparaît brutalement du foyer universitaire. Les policiers entendent tous les étudiants et arrivent à la conclusion que l’alibi de Lana ne tient pas. Ils savent qu’elle ment. Et ils savent aussi que quelqu’un d’autre connaît ses mensonges…

En matière de dissimulation et de perversité, Luke aurait-il finalement rencontré plus fort que lui ?

L’auteur

Lisa Miscione est née en 1970 à New Haven au Connecticut aux États-Unis. Sa famille vivra aux Pays-Bas puis en Angleterre avant de revenir aux États-Unis et de s'installer au New Jersey. Elle fait ses études à l'Université New School for Social Research. Elle débute sa carrière dans le monde de l'édition à New York. Elle publie son premier roman en 2002. Ses quatre premiers romans sont publiés sous le nom de Lisa Miscione. Elle prendra par la suite le nom de son mari, JeffAppelMal1 Unger. Ses premiers romans sont réédités sous ce nom.

Elle vit présentement en Floride avec sa famille.

Bibliographie 

  • Angel Fire (2002)
  • The Darkness Gathers (2003)
  • Twice (2004)
  • Smoke (2005)
  • Beautiful Lies (2006)
  • Sliver of Thruth (2007)
  • Black Out (2008)
  • Die for You (2009)
  • Fragile (2010)
  • Darkness, My Old Friend (2011)
  • Heartbroken (2012)
  • In the Blood (L'appel du mal) (2014)
  • The Whispers (2014)
  • The Burning Girl (2014)
  • The Three Sisters (2015)
  • Crazy Love You (2015)
  • Ink and Bone (2016)

Site web de l'auteur, sa page Facebook et son compte Twitter.

Mes commentaires

Quelle belle lecture ! En plein ce dont j'avais besoin. Un bon suspense psychologique qui a su me surprendre. Une intrigue bien menée qui en dévoile juste assez au fil des pages.  Je croyais avoir tout deviné dès le début, mais j'ai été bien surprise des revirements. On finit par comprendre mais au gré des indices dissimés dans le texte. Lisa Unger nous offre un texte serré et intense. Elle dose le suspense parfaitement et elle nous fait découvrir ses personnages tranquillement. Et on arrive à la fin en disant "mais bien sûr j'aurais dû le comprendre". Évidemment, il y a certaines coïncidences un peu trop faciles mais rien de trop "trop".

Le roman débute par un meurtre troublant. Une petite fille, Lana Granger, est le témoin du meurtre de sa mère par son père. Celui-ci sera d'ailleurs arrêté et sera condamné à la peine de mort. Lana ira vivre avec la soeur de sa mère et refuse tout lien avec son père.

Nous retrouvons donc Lana alors qu'elle étudie la psychologie dans une petite université dans la ville des Hollows. C'est une fille un peu étrange qui a peu d'amis. Sur les conseils d'un de ses professeurs qui est un peu son mentor, elle prend un travail de gardiennage pour un garçon de 11 ans, Luke. Celui-ci vit avec sa mère et va dans un institut spécialisé pour enfants troublés. Malgré le fait que Luke soit violent et que sa propre mère semble en avoir peur, Lana décide de rester et d'aider cette famille. Luke, lui rappelle sa propre enfance perturbée et elle semble développer un lien avec Luke. Elle accepte de jouer à un jeu avec lui ; une sorte chasse au trésor. Rapidement cependant, le jeu devient malsain et semble avoir un lien direct avec le passé de Lana. Alors qu'elle se questionne sur les motivations de Luke, sa seule amie, Rebecca, disparaît mystérieusement du campus. Sa relation avec Rebecca a toujours été tumultueuse et avant sa disparition, plusieurs ont été témoins d'une dispute entre les deux amies. La police commence à se questionner sur Lana, surtout qu'il y a près d'un an, une autre fille a été trouvée morte sur le campus et qu'à ce moment, Lana avait été une des dernières personnes à la voir. Lana se sent menacer de toute part et a peur de voir son passé et ses secrets révélés.

Le roman de Lisa Unger m'a vraiment tenu jusqu'à la dernière page. Et l'écriture de Unger est impeccable. L'histoire est racontée selon le point de vue de Lana et nous alternons entre son présent et son passé. Nous suivons ses pensées et ses émotions. Elle n'est pas des plus sympatiques, mais j'ai fini par apprendre à la connaître et m'attacher à elle. Même si elle n'est finalement pas celle que je croyais ! Le texte bascule parfois sur les pages d'un journal intime d'un mère complètement dépassée par la maternité et surtout par son enfant. Le lien entre les deux histoires semble tout d'abord évident, mais ici aussi l'auteur nous réserve des surprises.

Le personnage de Lana est fascinant et déroutant. Mais les personnages secondaires sont aussi très intéressants. Spécialement Luke, enfant perturbé, violent, dérangeant. On parle peu des enfants violents qui sont naturellement méchant, mauvais. Devient-on psychopathe ou nait-on ainsi ?

Le rythme du roman est soutenu et le suspense constant. Mais c'est véritablement l'aspect psychologique du roman qui m'a tenue en haleine et m'a fait dévoré le livre en quelques jours. Je l'aurais bien terminé en une seule soirée si je l'avais pu !  

Les mots de l’auteur

« La proie se rend-elle complice de sa mort ? N’est-on pas séduit’ d’une certaine façon, par la beauté, la grâce, voire l’âme dangereuse du prédateur ? Ne voit-on pas dans ses yeux quelque chose qui titille notre curiosité, qui nous attire, qui va même jusqu’à nous hypnotiser ? Oui, je crois qu’on se laisse sciemment tenter par le danger. Quand on e tient au bord d’un précipice  et qu’on baisse le regard au sol, qui parmi nous n’a jamais imaginé basculer volontairement et faire la chute mortelle qui nous attendrait ? On ne ressent pas uniquement de la terreur à cette pensée, mais aussi un petit frisson d’excitation, non ? Ou bien est-ce que je suis la seule à voir les choses ainsi ? » p. 47

Pour en savoir un peu plus…

Page wikipedia sur l'auteur en français et en anglais

Avis sur Goodreads

Avis sur Babelio

Quelques avis : Cali Rise, Pampoune, Sandra Bonnélie, Marnie, Pierre Faverolle, Hylyirio, Marine Reigner

Posté par Laila_Seshat à 05:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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19 janvier 2016

Personne ne le croira de Patricia MacDonald

personne02Personne ne le croira : roman / Patricia MacDonald. – Paris : Albin Michel, [2015]. – 343 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-226-31469-7

Quatrième de couverture

Nouveau nom, nouvelle ville, nouveau départ... Hannah et Adam n’aspirent qu’à mener une vie paisible et sans histoire aux côtés de leur adorable petite Cindy sur laquelle ils veillent tendrement. Attirant sur eux l’attention des médias, une tragédie inattendue vient bouleverser les plans du couple. Pour échapper au danger qui les menace, ils vont devoir affronter un passé qu’ils tentaient d’oublier. Et qui les a rattrapés.

Patricia MacDonald n’a jamais été aussi loin. Exploration au scalpel d’une famille ordinaire, Personne ne le croira nous plonge au cœur d’un cauchemar insoupçonnable. Dont la première victime est… une petite fille innocente.

L’auteur

Patricia Jean MacDonald est née en 1949 à Greenwich dans le Connecticut aux États-Unis. Elle fait ses études à l’Université de Boston en journalisme. Elle travaille d'abord comme rédactrice pour de nombreux magazines. Elle est également éditrice.

Elle publie son premier roman The Unforgiven en 1981 et débute ainsi sa carrière d'écrivain. Elle écrit principalement des romans de suspense. Auteure renommée mondialement, ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle a reçu de nombreux prix et plusieurs romans ont été adapté à la télévision.

Elle est mariée à Art Bourgeau, libraire et lui-même écrivain. Ils habitent à Cape May près de Philadelphie.

Personne01Bibliographie partielle

  • The Unforgive, (1981)
  • Stranger in the House (1985)
  • Little Sister (1986)
  • No Way Home (1989)
  • Mother's Day (1994)
  • Secret Admirer (1995)
  • Lost Innocents (1997)
  • Safe Haven (2000)
  • Not Guilty (2002)
  • Suspicious Origin (2003)
  • The Girl Next Door (2004)
  • Married to a Stranger (2006)
  • Stolen in the Night (2007)
  • From Cradle to Grave (2009)
  • Cast into Doubt (2010)
  • Missing Child (2011)
  • Sisters (2012)
  • I See You (2014) (Personne ne le croira, 2015)

Mes commentaires

Personne ne le croira mais tout le monde l'a deviné dès les premières pages... C'est ce que je me suis dit au début de ma lecture. Et puis peut-être que je me trompe, que je me suis dit ensuite. Mais non, ai-je dit en refermant le livre, j'avais bien deviné. Peut-être que je lis trop et que je regarde trop la télévision... mais il est difficile pour moi d'être surprise par une intrigue. Je devine assez vite le "punch".

Ce qui ne veut pas dire que la lecture ne fut pas agréable. Juste sans surprise.

Alors, voici une petite famille qui semble sans histoire. Un père, une mère, une adorable filette, qui semblent bien ordinaires, sauf qu'ils sont bien discrets et qu'ils ne se mèlent pas trop aux autres. Et puis, un jour la petite fille sauve la vie de sa gardienne. Une belle histoire aussitôt difusée par les médias. Mais un véritable cauchemar pour les parents qui ont maintenant peur. Car ils vivent tous les trois sous de fausses identités et surtout dans la peur d'être reconnus et retrouvés. Par qui ? Par leur propre fille qui est la véritable mère de la fillette.

Des retours en arrière permettent alors de connaître les raisons pour lesquelles ils se sont enfuis et ont kidnappé leur petite-fille.

Ils ont toujours eu une vie normale, ordinaire et heureuse. Couple américain normal avec une fille précoce, brillante, mais un peu rebelle. À 20 ans, leur fille, déjà mère d'une petite fille, étudie en médecine et vit encore avec eux. Malgré ces difficultés, les parents adorent leur fille et leur petite-fille. Et lorsque que leur fille est accusée du meurtre de son petit ami, ils feront tout pour la défendre. Mais petit à petit les façades tombent. Leur fille devient une étrangère à leurs yeux. Et lorsque finalement, ils comprennent la vérité, ils n'ont d'autre choix que de s'enfuir avec la petite pour la protéger de sa mère. Leur propre fille.

Le roman de MacDonald est très puissant. On sent très bien l'amour que les parents ont pour leur fille ainsi que l'incompréhension et le déchirement qui se produisent en eux quand ils se rendent compte que leur enfant est un monstre. Le texte est fort et il est vrai qu'on imagine difficilement qu'une femme peut agir de la sorte avec un enfant, son enfant. Ils se sentent responsables, coupables... Est-ce leur faute si leur fille est ainsi ? Qu'ont-ils fait pour qu'elle devienne un monstre ? L'a-t-elle toujours été ? Comment l'aimer encore, comment cesser de l'aimer ? Peut-on l'aimer mais vouloir la fuir ? Des questions sans réponses. Ils ne peuvent que penser à sauver leur petite fille, la protéger et espérer que leur fille ne les retrouvent jamais.

Le livre se lit rapidement, le texte est fluide et simple. L'intrigue bien menée et serrée. Roman bouleversant. Mais encore une fois, je n'ai pas senti de surprises ou même de suspense. Une histoire tendue, un drame psychologique intense, oui. Mais un suspense rempli de rebondissements et de mystères, non.

Une belle lecture que j'ai apprécié, même si je m'attendais à plus.

Les mots de l’auteur

 “Hannah s’écroula dans le rocking-chair devant la fenêtre. Autrefois, dans leur premier appartement, elle s’était souvent assise dans ce fauteuil, avec son bébé dans les bras. Elle berçait Lisa, elle rêvassait, imaginant la vie future de sa fille. L’université, le mariage, la réussite, des enfants. Jamais, dans ses rêves les plus extravagants, elle n’avait envisagé une accusation de meurtre. À l’époque, c’était inconcevable. Et maintenant, des années plus tard… » p. 78

Pour en savoir un peu plus…

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12 mai 2015

Pièces importantes et effets personnels de la collection Lenore Doolan et Harold Morris, ...

HN2Pièces importantes et effets personnels de la collection Lenore Doolan et Harold Morris, comprenant livres, prêt-à-porter et bijoux : maison de vente Strachan & Quinn, 14 février 2009, 10h et 14h, heure de New York / Leanne Shapton ; traduite de l'anglais (États-Unis) par Jukata Alikavazovic. -- [Paris] : Éditions de l'Olivier, 2009. -- 135 p., principalement des ill. ; 24 cm. -- ISBN 978-2-87929-699-9

Quatrième de couverture

Lenore Doolan et Harold Morris se rencontrent dans une soirée, tombent amoureux, vivent ensemble et se séparent. Fin de leur histoire et début de ce livre. Les objets, vêtements, etc., qui ont accompagné leur liaison et vont être mis aux enchères, sont photographiés et rassemblés dans ce catalogue.

Lenore et Harold se sont prêtés avec talent, sensibilité et humour, à la mise en scène imaginée par Leanne Shapton qui invente ainsi un genre unique : le catalogue-roman entre littérature et art contemporain.

L'auteur

Leanne Shapton est née à Toronto en 1973. Illustratrice, directrice HN1artistique pour de nombreux périodiques (dont The New York Times), et auteure, Shapton a fait des études à l'Université McGill ainsi qu'à l'Institut Pratt.

Son premier ouvrage, Was she pretty?, publié en 2006, fut sélectionné pour le Doug Wright Award, un prix récompensant les BD et romans graphiques. En 2012, elle écrivit une autobiographie sur son passé d'athlète. En effet, elle participa a de nombreuses compétitions en natation. Cette autobiographie, Swimming Studies, remporta le National Book Critics Circle Award.

Elle vit présentement à New York.

Bibliographie partielle (très partielle)

  • Was she pretty? (2006)
  • Important Artifacts and Personal Property From[...] (2009)
  • Swimming Studies (2012)
  • Sunday Night Movies (2013)

Site de l'auteur.

Mes commentaires

Wow. Juste wow... Quel livre ! J'ai absolument tout adoré, autant son improbalité que sa réalité. Autant le fait que je ne savais que penser de cet objet quand je l'ai tenu pour la première fois dans mes mains, que le fait que j'ai été renversé par cette démarche si particulière... et, quand j'y pense, si évidente !

Mais revenons au début. Je reçois un chariot de dons à évaluer. Nous recevons souvent des dons de livres à la bibliothèque. Parmi les livres, il y avait ce document. La couverture me dit que c'est une sorte de catalogue pour une vente aux enchères. Étrange. Je lis la quatrième de couverture qui semble confirmer cette impression. Je feuillette... Des photos d'objets accompagnés d'une description de ceux-ci, de dimensions et de prix. Bizarre. Un catalogue parmi les dons ? Vraiment curieux. Ce n'est pas habituel, disons.

Revenons au titre et à la quatrième de couverture... ceux-ci annoncent la vente aux enchères des objets ayant appartenus à un couple... Un couple célèbre ? Peut-être. Mais honnêtement, je n'ai jamais entendu parler de Lenore Doolan et Harold Morris. Habituellement, les ventes aux enchères d'objets personnels concernent des gens célèbres et connus. Mais c'est probablement moi... je ne connais pas tout le monde, tout de même !

Je commence à lire les premières pages. On semble carrément entrer dans la vie intime d'un couple avec ces objets - souvent insignifiants - ayant marqué leur vie commune. Des objets sans intérêts... des lettres, des courriels, des mots écrits sur des menus, des photos, des vêtements, des tasses, des objets insignifiants - sauf le fait qu'ils aient appartenu à ce couple... Je suis décontenancée, je ne comprends pas. Les objets d'une vie deviennent dans ce catalogue une histoire. Car si parfois la description est vague et générique : "Lot 1030 Parapluie de l'hôtel St.Regis. Parapluie marron et blanc de l'hôtel St. Regis. Bon état,  un peu défraichi. Longueur : 29 in. 10-20$ - Inclus dans le lot, une photographie de Doolan dans sa rue avec le parapluie. 6 x 4 in." ; la plupart des descriptions sont très personnelles et semblent raconter une histoire d'amour : une rencontre, une romance, des conflits, des réconciliations, des doutes et puis une rupture.

Et puis, beaucoup de lettres, de courriels, de notes glissées dans des livres ou dans des poches de manteaux, de mots écrits sur des menus ou des programmes de théâtres. Qui deviennent des dialogues. Leonore et Harold se parlent continuellement : "Lot 1149 Programme de théâtre. Programme des Misérables. Dans la marge, Doolan et Morris ont écrit alternativement : Atroce / Insupportable / Qui nous a invités ? / Costume marron / Sa fille joue Éponime ? / Doublure d'Éponine / Elle n'est même pas dedans ? / Il faut qu'on reste / Tu me revaudras ça / Ok / Ok / Je t'aime. 7 x 5 in. 10 -15 $ ".

J'arrête ma lecture pour internéter mon questionnement... (oui, internéter... c'est un mot..). Quelques clics confirment mon doute : tout ceci est un montage, un roman, un exercice de style, une fiction ! Quelques sites semblent dire le contraire, mais c'est confirmé par l'auteur et voici la page wikipedia de "Leonore", Sheila Heti de son vrai nom !

Leanne Shapton dit avoir eu l'idée de son oeuvre après avoir vu la vente aux enchères d'objets ayant appartenu à Truman Capote. En feuilletant le catalogue de cette vente, elle réalise qu'elle lit un peu sur la vie de l'auteur. Elle a l'impression d'être un "voyeur", d'entrer dans la vie intime de Capote. Comment une lampe, une tasse, une brosse à dent... comment ces objets peuvent-ils devenir synonymes de ce qu'une personne a été... Les objets de nos vies nous racontent. Ils font partis de nos vies. Que nous soyons matérialistes ou minimalistes, ils reflètent nos vie, notre relation aux autres et aux objets.

Elle décide donc de créer une relation de toute pièce. Deux "acteurs" (deux amis, Sheila Heti, une auteure, et Paul Sahre, un designer graphique), des objets ordinaires, des descriptions et beaucoup d'extraits de lettres et de mots... et nous avons un roman-photo en quelque sorte. L'histoire racontée est classique, banale : un homme et une femme se rencontrent, commencent une relation, apprennent à se connaître, se découvrent, s'exaspèrent, ne se comprennent plus, s'éloignent, se séparent...On se doute bien de toute façon de l'issu de cette relation... cette vente aux enchères en est l'aboutissement.

Mais de découvrir tout cela à travers des objets est fascinant et nous oblige à regarder les objets qui nous entourent d'un autre oeil... Que dirait-on sur notre vie si on observait et analysait les objets qui nous entourent ; les cartes et les lettres que nous avons reçus ou envoyés, les photos que nous conservons, les bibelots que nous exposons dans notre salon, les vêtements que nous portons... Tous ces objets - ou l'absence de ces mêmes objets - nous définissent.

Évidemment, on sent la main de l'auteure, on voit bien que ces amoureux s'écrivent un peu trop... beaucoup de notes trouvées dans les poches de manteaux et qui laissent présager l'évolution de la relation. Rien n'est innoncent dans les objets choisis et décrits. Même les "dommages" et le fait que certains objets ne sont "pas photographiés" ont leur raison d'être. Rien n'est laissé au hasard dans ces descriptions d'objets. On peut même parfois comprendre des choses dans les prix ! Mais ce n'est pas important... on peut oublier ces "efforts".

Car ce roman est tout simplement captivant... et l'implication sociologique tout aussi hallucinante - les objets nous définissent-ils à ce point et que signifie l'idée que nous vendons aux enchères les objets d'une vie ?

J'ai adoré !!!!!!! (je n'étais pas certaine si c'était clair :P ). Ce fut pour moi une rencontre inattendue et incroyable !

Le livre pourrait devenir un film et apparamment que Brad Pitt et Natalie Portman auraient été approché pou tenir les rôles principaux.

Les mots de l'auteur

"Lot 1105 - Liste manuscrite. Liste, écrite par Doolan sur du papier jaune. -- Texte : Pour : drôle, bon au lit, autre monde,  voyages, art / Contre ; dépressif - alcoolique ? obsédé par la célébrité, mauvaise haleine, tout le temps en voyag, ne s'intéresse pas à la nourriture, trop réservé. -- Feuille pliée cinq fois en deux. 14 X 8 1/2 in. -- 10-15 $" p. 47

"Lot 1107 -- Photographie -- Morris et Doolan, déguisés en Dustin Hoffman / Benjamin Braddock et Anne Bancroft / Mrs Robinson. -- Auteur inconnu. Le cliché a été plié. 6 X 4 in. -- 20 - 30$" p. 47

Pour en savoir un peu plus...

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26 mars 2015

Le testament des templiers de Glenn Cooper

TT1Le testament des Templiers / Glenn Cooper ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Danièle Mazingarbe. – [Paris : Le Cherche Midi], 2012. – 422 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-1831-4. – (Coll. Thrillers)

Quatrième de couverture

1129. Lors du Concile de Troyes, Bernard de Clairvaux, directeur de conscience des cisterciens, joue de tout son pouvoir pour faire reconnaître par l’Église l’Ordre des Templiers, avant de militer activement pour la tenue de la deuxième croisade en Terre Sainte.

2010. Ruac dans la région de Sarlat. Par le plus grand des hasards, un étrange manuscrit médiéval est retrouvé, dissimulé dans les murs d’une abbaye cistercienne. C’est la confession d’un moine, le frère Barthomieu, datée de 1307, l’année où, sur ordre de Philippe Le Bel, les Templiers furent arrêtés et emprisonnés. Hugo Pineau, restaurateur de livres anciens, et Luc Simard, archéologue, travaillent activement sur les messages codés contenus dans le texte. Bien vite, leurs recherches les conduisent dans une immense galerie de passages souterrains située sous le village. C’est au cœur de ce labyrinthe, dans une caverne cachée, qu’ils vont tenter de percer les énigmes de Berthomieu et, peut-être, le secret des Templiers. Mais ils ne se doutent pas qu’ils viennent ainsi d'entrer dans un jeu qui va vite s’avérer mortel.

L'auteur

Glenn Cooper est né à New York en 1953. Il fait ses études secondaires au White Plains High School. Il étudie ensuite d’abord à l’Université de Harvard à Cambridge où il obtient en 1974 un diplôme « Bachelor of  Arts in Archaeology ». Puis il se dirigett2 vers la médecine à la Tufts University School of Medicine. Il fait ensuite son stage et sa résidence en médecine interne au Beth Israel Deaconess Medical Center puis poursuit ses études postdoctorales sur les maladies contagieuses au Massachusetts General Hospital à Boston. Il travaille un certain temps comme médecin dans divers endroits, notamment dans des camps de réfugiés en Thaïlande et en Haïti.

Il poursuit ensuite une longue carrière en recherche pharmaceutique pour plusieurs entreprises. Il conduit de nombreuses recherches mais devient rapidement un gestionnaire d’importance en étant PDG de diverses compagnies en biotechnologie, privées et publiques.

Il commence cependant à écrire il y a plus de 20 ans. Il s’intéresse d’abord au cinéma et rédige plusieurs scénarios. Il se découvre une passion pour l’écriture et le cinéma qui le mène à faire des études à l’Université de Boston en production cinématographique. Il devient même le président de Lascaux Media qui produira 3 longs métrages. Il se tourne cependant vers la fiction et écrit son premier roman The Library of the Dead en 2006. Le livre connait un succès mondial et est traduit en plusieurs langues de même que ses romans suivants.

Il vit présentement  à Gilford au New Hampshire.

Site officiel de l’auteur - Sa page Facebook en anglais et en français 

Bibliographie

  • Library of the Dead (2009)
  • Book of Souls (2010)
  • The Tenth Chamber (2010) (Le Testament des Templiers)
  • The Devil Will Come (2011)
  • The Keepers of the Library (2013)

Mes commentaires

Bon, voyons voir. Je vais commencer par répéter à quel point je déteste les mauvaises traductions de titre et de quatrième de couverture. Honnêtement, soit l'éditeur veut nous "fourrer" en nous trompant sur le contenu du livre (parce qu'il croit que ce qu'il nous propose sera plus vendeur que le véritable contenu), ou alors il emploie les pires traducteurs possibles. Parce que franchement... c'est carrément mensonger ! Si on lit le titre et le résumé en anglais, on réalise immédiatement que l'histoire n'a rien à voir avec les Templiers (enfin, très peu). Mais continuons.

J'avais envie de quelque chose de léger, vous savez un bon petit thriller à saveur vaguement ésotérique et qui ne prend pas trop la tête. Donc un peu de furetage sur les rayons de ma bibliothèque. Le titre "Le testament des templiers" me semble prometteur. Je le prends et lis le résumé : Bernard de Clairvaux, Cisterciens, Templiers, Croisades, Manuscrit médiéval, Archéologue, Passages souterrains, et tutti quanti. En plein dans le genre que je voulais. Oui, j'ai lu beaucoup de ce genre de romans mais c'est ce qui me tentait à ce moment. Et oui, j'ai souvent été déçu par ce genre de roman (justement à cause du fait que j'en ai lu beaucoup, particulièrement pendant la "vague" thrillers ésotériques qui a suivi le DaVinci Code), mais pas grave, je décide de tenter ma chance avec Cooper.

Et puis ? Et bien comme je l'ai dit, une chance que je ne tenais pas mordicus à une histoire de Templiers parce que j'aurais été déçue en bibittes ! On commence plutôt par une histoire ancrée dans la préhistoire avec des peintures dans une grotte. On a ensuite, le côté médiéval et manuscrit ancien. Puis on a le côté recherche contemporaine sur un secret ancestral. On qualifie le roman de thriller historique et archéalogique.

Le tout est une belle soupe parfois incohérente, difficile à suivre et souvent prévisible mais qui se lit très bien. Oui. Bon. Que dire de plus. Ça ne révolutionne pas le genre mais j'ai passé un bon moment. J'ai soupiré à de nombreuses reprises mais j'ai continué à tourner les pages.

L'histoire ? Hum, voyons voir... On découvre un manuscrit qui mène à une grotte avec des peintures préhistoriques inconnues à ce jour. Certains tentent d'explorer, d'autres veulent protéger à tout prix. Car ces peintures cachent un secret incroyable sur l'immortalité - ou tout comme. Et on saute d'une époque à l'autre - assez habilement sur ce coup quand même. On passe des hommes préhistoriques à l'époque médiévale puis enfin notre époque. Ces allers-retours sont assez bien menés mais je dois avouer que certains retours en arrière sont plus intéressants et pertinents que d'autres - spécialement les moments préhistoriques. On sent un peu la surabondance de références : Héloïse et Abélard, Bernard de Clairvaux, Croisades, Seconde Guerre Mondiale, etc. etc. etc. C'est un peu beaucoup. Mais l'auteur sait au moins de quoi il parle et ça se sent dans son texte.

L'élément le plus intéressant demeure ce fameux secret de longévité, mais... mais c'est aussi le plus loufoque et absurde. Je veux dire que l'idée est intéressante mais l'auteur y a été un peu fort et a poussé un peu trop.

C'est un thriller et l'action est quand même très bien menée. Il y a un bon rythme et l'auteur écrit bien. On ne s'ennuie pas. On rit parfois mais on ne s'ennuie pas. Je sais, je ne dis rien de l'histoire, mais je ne crois pas que ce soit nécessaire. J'ai passé un bon moment de lecture et c'est ce dont j'avais besoin.

C'était assez suffisant en tout cas pour que je lise un autre roman de l'auteur, La Prophétie des papes. Mais ne vous attendez pas à lire ma critique sur ce roman parce que là, c'était franchement insupportable... des lémures, ben voyons donc !

L'avis de Nymeria, d'Arale, d'Amandine,

Les mots de l'auteur (Extrait)

« Le temps se mit à lui jouer des tours. Parfois, il s’arrêtait brutalement et puis il reprenait sa marche à la vitesse de la lumière. Cette nuit-là était à la fois la plus longue et la plus courte de sa vie. » p. 65

Pour en savoir un peu plus …

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05 février 2015

La fille de l'hiver d'Eowyn Ivey - Commentaires personnels

FH2La fille de l'hiver / Eowyn Ivey ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Chapman. -- [Paris] : Fleuve Noir, [2012]. -- 430 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-265-09410-9

Quatrième de couverture

L'Alaska, ses forêts impénétrables, ses étendues enneigées. Son silence. Sa solitude.
Depuis la mort de leur bébé, le mariage de Mabel et Jack n'a plus jamais été le même. Partir vivre sur ces terres inhospitalières paraissait alors une bonne idée. Seulement, le chagrin et le désir d'enfant les ont suivis là-bas et la rudesse du climat, le travail éreintant aux champs les enferment chacun dans leur douleur.
Jusqu'à ce soir de début d'hiver où, dans un moment d'insouciance, le couple sculpte un bonhomme de neige à qui ils donnent les traits d'une petite fille. Le lendemain matin, celui-ci a fondu et de minuscules empreintes de pas partent en direction de la forêt… Peu de temps après, une petite fille apparaît près de leur cabane, parfois suivie d'un renard roux tout aussi farouche qu'elle. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Est-elle une hallucination ou un miracle ? Et si cette petite fille était la clé de ce bonheur qu'ils n'attendaient plus ?

Inspiré d'un conte traditionnel russe, La Fille de l'hiver est un roman à la fois moderne et intemporel où le réalisme des descriptions n'enlève rien à la poésie d'une histoire merveilleuse… dans tous les sens du terme.

Commentaires personnels

Ce roman respire le froid. Un froid inhumain mais qui étrangement ramène la douceur et la joie dans la vie de Mabel et Jack. Car il est personnifié par la petite fille de neige. Qui vit l'hiver et disparaît au printemps.

Eowyn Ivey s'est inspiré d'un conte russe, Snégourotchka pour écrire son roman. Et non seulement l'auteur s'est inspiré du conte, mais elle l'intègre dans son histoire. Mabel connait l'histoire et veut croire que le conte est devenu réalité. Une petite fille est vraiment née du bonhomme de neige qu'elle et Jack ont construit ensemble. Ils ont donné naissance à une enfant.

Le texte balance entre le conte et le roman historique. D'un côté nous avons l'histoire de Mabel et Jack, couple meurtri, qui revit avec l'arrivée d'une petite fille née de la neige. Et de l'autre nous avons le récit du quotidien des habitants d'une région aride et froide au début du XXe siècle. On pourrait croire que ces deux histoires sont irréconciliables, mais pas du tout. On se laisse bercer d'un univers à l'autre. On a parfois l'impression de lire un conte fantastique, d'autres fois, de lire un roman historique. On se plonge dans la vie brisée d'un couple qui renaît plus fort, dans les vies de pionniers qui ont choisi de braver les conditions difficiles d'un monde qui semble hostile et dans le mystère d'une petite fille rêvée mais finalement bien réelle.

J'essaie de ne rien dire pour ne pas trop dévoiler l'histoire. Mais j'ai l'impression de ne pas en dire assez. Ce n'est pas un conte fantastique, mais c'est un doux récit onirique. Ce n'est pas un roman rural, mais c'est un hommage à la vie dans ses contrées blanches, vastes, ardues et magnifiques. Ce n'est pas un roman psychologique, mais c'est un plongeon dans des émotions difficiles... la tristesse, la détresse, la solitude, le désespoir, l'isolement, la fragilité, l'espoir, l'endurance, la détermination, le désir, l'amour, l'amitié...

Je dois tout de même dire que certains passages m'ont un peu déçus. J'aurais aimé que l'auteur assume davantage le côté mystérieux et le lyrisme de son histoire. Et d'un autre côté, une fois ce côté onirique oublié, j'ai regretté que le roman ne laisse pas la réalité prendre plus place. Mais, ce sont des déceptions passagères. Et les deux déceptions font parties de ce qui m'a complètement enchantée.

Je passe pleins de moments et surtout pleins de personnages sous silence. Et surtout les deux personnages principaux : l'Alaska et l'hiver. Les mots de l'auteur pour décrire ce "pays" envoûtent. Et l'hiver est plus qu'une saison, c'est un état d'âme. Le texte est magnifique. Tout simplement. Et on doit laisser les mots de l'auteur nous bercer doucement.

(Ouf, j'ai très mal exprimé ce que le roman m'a offert... Et malgré le froid actuel, je ne peux que vouloir me replonger dans cet hiver et dans ce faux conte si réconfortant...).

Voir mon billet précédent sur l'auteur et l'histoire : La fille de l'hiver d'Eowyn Ivey - L'histoire

L'avis de

Extraits

"Mabel ne pouvait s'empêcher, chaque fois qu'elle pensait à l'enfant, de se rappeler le soir où il l'avaient modelée dans la neige. Jack avait sculpté ses lèvres et ses yeux. Mabel lui avait donné des moufles et coloré la bouche en rouge. Cette nuit-là, une enfant leur était née, d'une poignée de glace et de neige, et de beaucoup d'amour." p233

À consulter

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04 février 2015

La fille de l'hiver d'Eowyn Ivey - L'histoire

FH2La fille de l'hiver / Eowyn Ivey ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Chapman. -- [Paris] : Fleuve Noir, [2012]. -- 430 p. ; 23 cm. -- ISBN 978-2-265-09410-9

Quatrième de couverture

L'Alaska, ses forêts impénétrables, ses étendues enneigées. Son silence. Sa solitude.
Depuis la mort de leur bébé, le mariage de Mabel et Jack n'a plus jamais été le même. Partir vivre sur ces terres inhospitalières paraissait alors une bonne idée. Seulement, le chagrin et le désir d'enfant les ont suivis là-bas et la rudesse du climat, le travail éreintant aux champs les enferment chacun dans leur douleur.
Jusqu'à ce soir de début d'hiver où, dans un moment d'insouciance, le couple sculpte un bonhomme de neige à qui ils donnent les traits d'une petite fille. Le lendemain matin, celui-ci a fondu et de minuscules empreintes de pas partent en direction de la forêt… Peu de temps après, une petite fille apparaît près de leur cabane, parfois suivie d'un renard roux tout aussi farouche qu'elle. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Est-elle une hallucination ou un miracle ? Et si cette petite fille était la clé de ce bonheur qu'ils n'attendaient plus ?

Inspiré d'un conte traditionnel russe, La Fille de l'hiver est un roman à la fois moderne et intemporel où le réalisme des descriptions n'enlève rien à la poésie d'une histoire merveilleuse… dans tous les sens du terme.

L'auteur

Eowyn LeMay Ivey est né en Alaska. Elle étudie d'abord à la Western Washington University en journalisme et création littéraire. Puis elle étudie laFH1nonfiction romancé à la University of Alaska Anchorage. Elle travaille pendant près de 10 ans comme journaliste pour le journal Frontiersman et remporte plusieurs prix pour ses textes. Elle publie plusieurs nouvelles et essais dans différents journaux et magazines.

Elle écrit son premier roman, The Snow Child en 2012. En 2013, son roman est sélectionné pour le Pulitzer Prize pour la fiction.

Elle vit toujours en Alaska avec sa famille.

L'histoire...

La perte d'un enfant est une tragédie dont plusieurs couples ne se remettent jamais. Jack et Mabel désiraient beaucoup d'enfants, mais leur premier enfant est mort-né, et ils ne purent jamais en avoir d'autres. Pour essayer de surmonter leur peine, et pour donner une chance à leur couple, Jack et Mabel décident de laisser derrière eux leur vie confortable et de tout recommencer en Alaska.

Nous sommes dans les années 20. La vie est difficile partout. Mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle soit si difficile en Alaska. Le couple n'est pas bien préparé. Ils sont pleins de bonne volonté, mais les saisons sont dures et coriaces. Le froid les enferment, les isolent. Ils s'aiment, mais sont remplis de silence et de tristesse. Changer d'environnement n'efface pas les blessures, les cicatrices. Ils se parlent peu. On sent dans le texte une solitude immense et une noirceur intolérable, malgré la blancheur de la neige.

Et puis, un jour, ils se laissent envahir par un moment de joie. Sous la neige, ils se retrouvent comme avant. Ils rient et dansent sous les flocons avec insouciance. Ils se lancent des boules de neige comme des enfants et ils commencent à faire un bonhomme de neige. Qui prend rapidement la forme d'une petite fille de neige. Ils façonnent son visage, ses cheveux, la vêtissent d'un manteau et de gants. Pour un moment, ils sont heureux. Puis, ils vont se coucher.

Le lendemain, la petite fille de neige semble avoir fondue. Il ne reste rien, même pas les vêtements et sur la neige, ils voient des traces de pas.

Une petite fille serait-elle née de la neige ? Petit à petit, ils commencent à y croire. Car une petite fille, souvent accompagnée d'un renard roux, rôde autour de leur maison. Tout d'abord insaisisable, elle s'approche de plus en plus de Mabel et Jack. Qui est-elle ? Que fait-elle seule dans la forêt ? Est-elle réelle ? Alors que Mabel ne cherche pas à le savoir,  Jack, lui, veut des réponses. Les deux, cependant, se laisseront envoûter par la petite fille, qui quant à elle se laisse peu à peu apprivoiser par le couple.

Mais la vie doit continuer. Une vie difficile remplie d'épreuves saisonnières. Cet hiver est particulièrement dur pour ce couple qui n'a pas encore pu emmagasiner assez de vivres et qui vit dans l'isolement. Mais petit à petit, ils vont s'ouvrir aux autres habitants de la région. Et l'histoire nous entraîne vers le récit du quotidien de ces gens qui peuplent l'Alaska : les printemps et étés trop brefs où il faut semer et travailler au champ, les automnes où il faut récolter, les hivers où il faut survivre. Mais l'histoire nous raconte aussi l'entraide entre les habitants et les amitiés qui naissent petit à petit.

Et donc la vie continue pour Mabel et Jack. Ils travaillent forts, se lient d'amitié avec les voisins. Et chaque hiver retrouvent la petite fille qui maintenant les a acceptés mais qui disparaît à tous les printemps.

Commentaires à suivre...

Extraits

"Mabel ne pouvait s'empêcher, chaque fois qu'elle pensait à l'enfant, de se rappeler le soir où il l'avaient modelée dans la neige. Jack avait sculpté ses lèvres et ses yeux. Mabel lui avait donné des moufles et coloré la bouche en rouge. Cette nuit-là, une enfant leur était née, d'une poignée de glace et de neige, et de beaucoup d'amour." p233

À consulter

 

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10 avril 2014

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka - Suite

certaines1Certaines n'avaient jamais vu la mer / Julie Otsuka ; traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau. -- [Paris] : Phébus, c2012. -- 139 p. : 21 c. -- ISBN 978-2-7529-0670-0

Quatrième de couverture

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.

C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation venue des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

Commentaires personnels (suite)

Mais revenons au roman de Julie Otsuka. Dans ses deux romans, l'auteur a choisi de parler de la vie des immigrés japonais du début du 20e siècle. Dans son premier roman, elle nous présentait les camps d'internement américains où plus de 120 000 Japonais durent vivre pendant et après la 2e Guerre Mondiale. Elle s'était en grande partie inspirée de l'histoire de sa propre famille ; sa mère, son oncle et ses grands-parents maternels ayant dû vivre dans un camp de l'Utah pendant plusieurs années. Dans son 2e roman, Otsuka reprend se sujet mais commence son histoire bien avant. Elle nous parle de ses jeunes Japonaises qui ont traversé l'océan Pacifique pour venir rejoindre en Amérique des maris qu'elles n'avaient jamais vus qu'en photographie. Ce sont les "picture brides", de jeunes femmes, souvent jeunes, vierges, naïves, venant de la campagne, pauvres (pas toutes, évidemment, mais la plupart). Elles cherchent une vie meilleure et se laissent séduire par ces hommes qui les courtisent par lettres et photographies leur promettant richesse et bonheur. Elles font donc des mariages par correspondance et embarquent dans des bateaux en direction des États-Unis et de leur mari qui les attendent.

Le roman nous raconte donc en 8 chapitres le parcours de ces femmes : la traversée en bateau, alors qu'elles sont remplies d'espoirs et de craintes ; l'arrivée et la rencontre avec ce mari inconnu, les mensonges, la première nuit trop souvent difficile et triste, la violence ou l'indifférence ; la rencontre avec les Américains, les incompréhensions et préjugés, le travail et la vie dure, le désenchantement et la résignation ; la naissance des enfants ; la vie de leurs enfants, les petites joies et le détachement des jeunes ; le début de la guerre, la méfiance, les peurs, la stigmatisation, la solitude, la suspicion qui pèse sur eux tous, les traitres ; l'annonce des départs pour les camps d'internement, le dernier jour, le déchirement, la peur, la souffrance, la séparation ; et puis la disparition, où sont les Japonais se demandent les Américains qui les côtoyaient souvent dans l'indifférence. Nous avons les voix des femmes, puis des Japonais en général pour terminer avec la voix des Américains. Est-ce un roman historique ? Sûrement... Julie Otsuka nous raconte l'histoire des premiers immigrés japonais. Une histoire peu connue. La vie de ses femmes - et de leurs maris et familles - est difficile, remplie de sacrifices, souvent triste. Elles travaillent durement, sans relâche. Elles ont perdus tous les rêves, illusions, espoirs qu'elles avaient sur le bateau qui les a amenées vers cette nouvelle vie. On pourrait avoir l'impression que le roman ne nous parle que des malheurs et des déceptions de ces femmes, mais on peut aussi trouver ici et là des traces de moments doux et joyeux. Toutes n'ont pas eu la même vie, certaines furent malheureuses, certaines furent heureuses.

Tant d'histoires à raconter. L'auteur aurait pu ne choisir que de parler d'une ou de quelques unes de ces histoires. Mais elle a choisi de nous les raconter toutes ! Je trouve cette décision absolument géniale. Car malgré les 139 pages, l'auteur arrive à nous raconter toutes les histoires, toutes les possibilités, tous les rêves, toutes les déceptions, toutes les blessures, toutes les petites joies. Elles nous présentent donc des bribes, des fragments, des portions de vies. Pour certains lecteurs, c'était trop peu, trop bref, trop rapide, trop sec, trop énumératif, trop répétitif, ... J'ai trouvé ce procédé imaginatif, inspirant... j'ai pris les bribes et j'ai imaginé le reste de leur vie. J'ai pu ainsi apprendre et comprendre ces différentes vies... Je ne lis pas uniquement sur la vie d'une ou deux ou trois de ces femmes, mais sur des milliers ! Qui se ressemblent et qui sont toutes différentes les unes des autres.

Je me suis perdue parmi toutes ces voix. J'ai tendu l'oreille et il m'a semblé les entendre chuchoter doucement juste pour moi, leurs rêves, leurs peurs, leurs tristesses, leurs déceptions et leurs espoirs. Elles parlaient toutes en même temps mais elles me parlaient une après l'autre, pour être certaines que je comprenne bien leur histoire. Elles parlaient ensemble, comme un chœur antique, et semblaient réciter un poème, une litanie, une incantation...

L'auteur a choisi un style narratif qui en a rebuté plusieurs et qui surprend au début. Je dois avouer qu'on aime ou on déteste. Certains ont aimé au début puis s'en sont lassé. J'ai ADORÉ ! Il n'y a pas de narrateur, car les femmes sont toutes les narratrices, toutes à la fois, une à une. Elles nous parlent directement, par un "nous" collectif qui semble parfois devenir inclusif. Nous faisons partie des histoires, de l'Histoire. Chaque fragment de ces vies peut nous rejoindre, peut être un fragment de notre vie. Et à la toute fin, ce nous appartient aux autres, aux Américains. Et nous sommes encore une fois inclus dans ce nous.

Pour moi, ce roman a été un long chant poétique. J'ai été envoûté, charmé et bercé par les mots de Julie Otsuka et surtout par les moments emprisonnés par ces mots... Peut-être que vous n'avez pas aimé, peut-être que vous n'aimerez pas... moi, j'ai encore un frisson qui me parcoure quand je pense à ce roman. Je ferme les yeux et la couverture me hante ; j'entends les chants de ces femmes - ces hommes, ces enfants,... tous ces gens - qui me rappellent qu'elles -ils- ont existé.

L'avis d'Hélène, Vermicélia, Les Écrits Vains, L'Oeil qui fume, Achille 49, George, Colette sur Mediapart, et les 287 avis sur Babelio !

Mon premier billet sur l'auteur et quelques premiers commentaires ici...

Extraits

"Au début nous nous posions sans cesse des questions. Pourquoi montaient-ils sur leurs chevaux par la gauche et non la droite ? Comment parvenaient-ils à se différencier les uns des autres ?[...] À quoi rêvaient-ils ? Qui priaient-ils ? Combien de dieux avaient-ils ? Était-ce vrai qu'ils voyaient un homme dans la lune au lieu d'un lapin ?" p. 35

"Nous avons accouché en silence, comme nos mères, qui n'avaient jamais émis ni cri, ni plainte. [...] Nous avons accouché en pleurant, comme Nogiku, qui a attrapé les fièvres et n'a pas pu se lever pendant trois mois. Nous avons accouché facilement, en deux heures et puis nous avons eu la migraine pendant cinq ans. [...] Nous avons accouché en secret, dans les bois, d'un enfant dont notre mari savait qu'il n'était pas de lui." p.67

Sources à consulter

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09 avril 2014

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

certaines1Certaines n'avaient jamais vu la mer / Julie Otsuka ; traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau. -- [Paris] : Phébus, c2012. -- 139 p. : 21 c. -- ISBN 978-2-7529-0670-0

Quatrième de couverture

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.

C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation venue des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

L'auteur

certaines2Julie Otsuka est né en Californie aux États-Unis en 1962 dans une famille d'origine japonaise. Elle étudie la peinture et la sculpture à l'Université Yale et obtient son diplôme en Arts en 1984. Elle poursuit ses études l'Université de Columbia où elle obtient une Maîtrise en Arts en 1999. Elle commence sa carrière en tant qu'artiste peintre mais commence à écrire vers ses 30 ans. Elle publie son premier roman When the Emperor Was Divine en 2002. Il remportera de nombreux prix. Son second roman, The Buddha in the Attic, est publié en 2011. Il remportera également de nombreux prix. La traduction française, Certaines n'avaient jamais vu la mer, a remporté le Prix Femina étranger en 2012.

Elle continue d'écrire et vit aujourd'hui à New York.

Bibliographie

  • When the Emperor Was Divine (2002) (Quand l'empereur était un dieu, 2004)
  • The Buddha in the Attic (2011) (Certaines n'avaient jamais vu la mer, 2012)

Site de l'auteur en anglais.

Commentaires personnels

Comment ce petit livre de 139 pages peut-il contenir autant d'émotions et de poésie ? Je suis littéralement tombée en amour avec le "roman" de Julie Otsuka. Ce fut un coup de coeur renversant.

Et je suis vraiment heureuse de l'avoir lu en français. Je suis certaine qu'il est aussi magnifique en anglais, après tout, il a été écrit en anglais. Mais je trouve le titre en français beaucoup plus joli que celui en anglais. "The Buddha in the Attic" me semble sec, impersonnel, froid, matériel. "Certaines n'avaient jamais vu la mer" me rappelle une chanson, un vers. Il m'enveloppe et m'intrigue : qui sont-elles ? pourquoi n'avaient-elles jamais vu la mer ? pourquoi la voyaient-elles maintenant ? Et la couverture de la traduction française est magnifique, les couleurs sont douces. Oh, la couverture du roman en anglais est bien aussi... mais un simple coup d'oeil à la couverture française et l'image et le titre m'avaient conquise. Je n'ai même pas lu le quatrième de couverture, c'est tout dire. Ce pourquoi, je ne savais pas que le roman était une traduction (le nom de l'auteur ne me donnant aucun indice). Et je suis bien heureuse de ne pas avoir lu ce quatrième de couverture, car j'aurais sûrement pris la version originale puisque je préfère habituellement lire, si possible, un roman dans sa langue d'origine. Encore une fois, j'aurais peut-être beaucoup aimé... mais je m'imagine mal, en anglais, la même poésie, la même musicalité du texte traduit.

Mais revenons au roman... commentaires à suivre !

Extraits

"Sur le bateau chaque nuit nous nous pressions dans le lit les unes des autres et passions des heures à discuter du continent inconnu où nous nous rendions. Les gens là-bas, disait-on, ne se nourrissaient que de viande et leur corps était couvert de poils [...]. Les arbres étaient énormes. Les plaines immenses. Les femmes, bruyantes et grandes - une bonne tête de plus, avions-nous appris, que les plus grands de nos hommes. Leur langue était dix fois plus compliquée que la nôtre et les coutumes incroyablement étranges. Les livres se lisaient de la fin vers le début et on utilisait du savon au bain. On se mouchait dans des morceaux de tissu crasseux que l'on repliait ensuite pour les ranger dans une poche, afin de les utiliser encore et encore. Le contraire du blanc n'était pas le rouge mais le noir. Qu'allions-nous devenir, nous demandions-nous, dans un pays aussi différent ?" p. 15

"Certains des nôtres sont partis en pleurant. Et certains en chantant. L'une avait la main plaquée sur la bouche parce qu'elle avait le fou rire. Certains étaient ivres. D'autres sont partis en silence, tête baissée, pleins de gêne et de honte." p.116

Sources à consulter

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