05 avril 2017

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat

8Le huitième livre de Vésale / Jordi Llobregat ; traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu. — Paris: Cherche Midi, c2015. – 619 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-4508-2. – (Coll. Thrillers). – Titre original : EL secreto de Vasalio.

Quatrième de couverture

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d’Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l’aide d’un journaliste et d’un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d’un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C’est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l’incroyable secret qui hante Barcelone.
 
Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d’énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d’une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l’âme d’une ville, Barcelone avant l’apparition de l’électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral !

L’auteur

Jordi Llobregat est né à Valence, en Espagne en 1971. Il commence à écrire alors qu'il a à peine 12 ans. Il a fait des études8a en commerce à l'Université de Valence et a complété sa formation à l' ESIC - Business & Marketing School, également à Valence. Il fait partie du groupe littéraire El cuaderno rojo.

En 2015, il publie son premier roman, El secreto de Vesalio. Aujourd'hui, il combine sa vie littéraire avec son travail comme dirigeant d'une entreprise qui oeuvre dans le développement communautaire dans les villes. Il est aussi le co-fondateur et directeur du festival de littérature noire de la ville de Valence, Valencia Negra.

Bibliographie

  • El secreto de Vesalio (2015)

Mes commentaires

Est-ce qu'il y a juste moi qui trouve cette couverture magnifique ? Même la cicatrice me semble envoûtante. Et oui, je n'ai emprunté ce roman qu'à cause de sa couverture. Puis, le fait que cela se passait à Barcelone m'a entièrement convaincue. Je suis devenue tellement superficielle comme lectrice !!!

Quel roman ! Plus de 600 pages qui m'ont captivée. Avec une fin un peu tirée par les cheveux mais qui ne gâchent pas tout le reste. L'auteur nous offre un voyage incroyable dans le temps. On a vraiment l'impression de marcher dans les rues de Barcelone à la fin du XIXe siècle. La ville semble vivante et terriblement sombre. Autant hier qu'aujourd'hui, Barcelone a un côté obscur. L'intrigue policière est intéressante mais se retrouve souvent en second plan... Les personnages - même secondaires -, l'époque et la ville sont définitivement au premier plan.

À quelques jours de l'Exposition universelle de 1888, les corps mutilés de jeunes filles sont retrouvés dans les égoûts de Barcelone. Les autorités semblent indifférentes, les barcelonais ont peur et des rumeurs courent que le coupable est le Gos Negre, un chien noir démoniaque, gardien des portes de l'Enfer.

Daniel Amat, jeune professeur à Oxford à l'avenir qui s'annonce brillant doit revenir d'urgence à Barcelone, à l'annonce de la mort de son père, brillant médecin, avec qui il n'avait plus aucun contact. Il découvre à son arrivée que son père soignait maintenant les habitants des quartiers pauvres et enquêtait secrètement sur les meurtres des jeunes filles. Il espère repartir rapidement pour l'Angleterre, mais plusieurs événements et rencontres l'obligent à rester. Il rencontre notamment un journaliste et un jeune étudiant en médecine, assistant de son père. Ensemble, ils vont enquêter sur le meurtre de son père et sur les meurtres horribles qui marquent toujours la ville.

Ça, c'est le côté roman policier. Qui est vraiment intéressant, mais qui est rapidement devenu secondaire à mes yeux. Car en parallèle, le roman nous dresse un portrait historique fascinant de Barcelone et de l'époque : l'Exposition universelle, la naissance de l'électricité, les différents quartiers, la vie universitaire, le monde du journalisme, etc. Et de tous les sujets et intrigues du roman, c'est définitivement le portrait de la médecine en 1888 qui m'a complètement hypnotisée. C'était vraiment intéressant. Retourner dans la réalité de cette époque, être confronté aux connaissances et aux croyances de ce temps.

Ça, c'est le côté roman historique. Qui fut vraiment ce qui m'a le plus ravi dans le livre, mais qui ne doit pas faire oublier l'importance des personnages. Et ça, c'est le côté roman psychologique du livre. Les personnages sont incroyablement bien écrits. L'auteur nous propose des personnages vivants, forts et colorés. Leur passé, leurs émotions, leurs interactions... nous les découvrons petit à petit et c'est passionnant.

Oh, j'oubliais presque le fameux huitième livre de Vésale, un célèbre anatomiste du XVIe siècle. Et bien, vous savez, j'adore les manuscrits. Et les manuscrits cachés et mystérieux encore plus. Vésale a bien écrit sur l'anatomie un ouvrage en sept livres De humani corporis fabrica libri septem (appelé La Fabrica). Ce huitième livre est bien entendu fictif et ma foi très bien caché dans le roman de Llobregat. Il apporte aussi le côté roman légèrement fantastique.

Malgré ses 600 pages, le livre se lit rapidement et le rythme est très rapide. Petit à petit le suspense s'installe. Et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture. Le roman est très bien construit. On se questionne, le suspense augmente et les revirements sont inattendus (jusqu'à la fin, car, comme je l'ai dit, la fin m'a un peu déçue). Cela faisait longtemps que mes nuits n'ont pas été aussi courtes... cela m'apprendra à lire avant de me coucher !

Les mots de l’auteur

« Elle ne ratait rien non plus du marché trépidant de la Boquería, avec ses boutiques bondées et ses cafés bruyants, pleins de lumière. Elle s’imprégnait des odeurs, des couleurs et du mouvement incessant des gens. […] Barcelone était, à ses yeux, un monde fascinant à découvrir.

Cette fois, pourtant, elle n’avait guère envie de flâner. La nuit était tombée et la pluie menaçait. Les commerces et les kiosques avaient baissé le rideau et seuls quelques rares cafés étaient encore éclairés. Elle serra son châle sur ses épaules. Il faisait vraiment un froid glacial.» p. 126

Pour en savoir un peu plus…


10 août 2016

Ce qui n'est pas écrit de Rafael Reig

Écrit02Ce qui n’est pas écrit / Rafael Reig ; traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse. — Paris : Métailié, 2014. – 238 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-86424-943-6. – (Coll. Métailié Noir)

Quatrième de couverture

Carlos emmène son fils Jorge en montagne pour un week-end entre hommes, c’est sa mère qui l’élève et il le voit très peu. Il le trouve étrange, trop rond, trop bébé pour ses quatorze ans, bref il est déçu par cet ado renfermé et maladroit dont il veut faire un homme, un vrai. Mais dès le début de la balade c’est Carlos qui découvre ses limites physiques et son incapacité à communiquer avec son enfant. Le séjour s’annonce difficile, surtout qu’au chalet les attend la nouvelle petite amie de Carlos, qu’il ne l’a pas dit à son fils et qu’elle n’est pas un modèle de discrétion.
Carmen restée en ville tombe sur un manuscrit laissé chez elle par Carlos, un polar scabreux et terriblement efficace ; peu à peu elle y voit de drôles de ressemblances avec la réalité, des prémonitions macabres, des menaces à peine voilées contre elle ou contre son fils. L’angoisse monte, les sous-entendus se multiplient. Elle tente d’appeler Jorge, mais Carlos a confisqué son téléphone. Désespéré et humilié le garçon s’enfuit dans la forêt et disparaît…
On ne lâche plus ce roman parfaitement noir où tout le monde, lecteur inclus, s’échine à lire entre les lignes « ce qui n’est pas écrit », et s’imagine le pire. Thriller psychologique basé sur les rancœurs et les frustrations, se déployant dans une nature inquiétante sur une trame de film d’horreur habilement construite, ce texte confirme la virtuosité stylistique et l’inventivité narrative de son auteur.

L’auteur

Rafael Reig est né en 1963 à Cangas de Onís dans la communauté autonome d’Asturias en Espagne. Il passe son enfance en Colombie puis revient en Espagne pour faire des études en philosophie et en lettres à Madrid. Il termine ses études aux États-Unis et y enseigne la littérature pendant quelques années. Il travaille en édition, écrit pour diverses publications et en 1990, il publie son premier roman Esa oscura gente. Écrit01

Il enseigne présentement la littérature à Madrid à l’école de création littéraire Hotel Kakfa, et continue d’écrire pour divers périodiques. Ses romans ont reçus plusieurs prix et furent traduit en plusieurs langues. Ce qui n’est pas écrit est son premier roman traduit en français.

Bibliographie

  • Esa oscura gente (1990)
  • Autobiografía de Marilyn Monroe (2005)
  • La fórmula Omega (1998)
  • Sangre a borbotones (2006)
  • Guapa de cara  (2007).
  • Hazañas del capitán Carpeto (2005)
  • Manual de literatura para caníbales (2006)
  • Visto para sentencia (2008)
  • Todo está perdonado (2011)
  • Lo que no está escrito  (Ce qui n’est pas écrit) (2012)
  • Un árbol caído (2015)

Son profil Facebook, son compte Twitter, son blogue sur le site Hotel Kafka,

Mes commentaires

Carlos et Carmen se sont déjà aimés. Mais leur relation s'est terminée dans le drame. Et aujourd'hui, leur fils vit avec sa mère, Carmen, une femme indépendante. Le père, Carlos, n'ayant que quelques droits de visite. Les deux parents semblent avoir leurs défauts mais c'est Carlos, un aspirant écrivain, alcoolique et à tendance violente, qui semble porter tous les torts. Carmen adore son fils, Jorge, et le fait tout pour le protéger. Cependant, elle se sent un peu coupable de l'empêcher de voir son père, alors elle accepte que Carlos amène Jorge, qui a maintenant 14 ans, pour un week-end de camping afin que le père et le fils se rapprochent. Jorge aime son père mais semble terrorisé chaque fois qu'il est seul avec lui. Il a peur de le décevoir, peur de ne pas être à la hauteur. Il ne connaît pas son père et ne sait pas comment agir avec lui.

Et donc, Carlos vient chercher son fils pour un week-end qui, il l'espère, leur permettront de se retrouver, de se connaître mieux. Carlos trouve que Carmen couve trop leur fils et il veut donc que ce temps ensemble lui permettra de faire de son fils "un homme". Après le départ de son fils avec son ex-mari, Carmen découvre un manuscrit que Carlos lui a laissé. Une note lui demande le lire. Carmen commence donc à lire mais au fur et à mesure qu'elle avance dans sa lecture, l'angoisse l'envahit.

Le roman se divise en trois récits. Nous avons tout d'abord le récit du week-end de camping de Carlos et Jorge qui dérape. En parallèle, Carmen lit le manuscrit laissé par Carlos et s'inquiète de plus en plus. Et finalement, nous pouvons lire avec elle, l'histoire écrite par Carlos et qui raconte un vol et un kidnapping. Les trois histoires sont sombres, glauques, lourdes. Et même les lieux sont sordides et sinistres

Le livre est intéressant, la structure intriguante. Mais malheureusement, je n'ai pas réussi à me perdre dans le texte. Les personnages sont trop pénibles. Le fils est énervant, Carmen paranoïaque et Carlos, insignifiant. Les personnages du manuscrit sont légèrement plus intéressants, mais assez conventionnels : le truand, la victime, etc. Le style du manuscrit se démarque aussi du reste du roman, puisqu'il est en principe écrit par Carlos. C'est ce qui m'a en fait le plus intéressé du roman.

Mais je dois avouer que le roman m'a déçue. L'histoire entre Carlos et son fils est ennuyeuse. Ils ne se comprennent pas. Et on sent que l'auteur veut nous faire comprendre qu'un drame se prépare dans cette rencontre manquée entre le père et le fils. Mais au final, je ne cromprends pas trop pourquoi leur relation est présentée comme si désastreuse. À part une relation difficile entre un adolescent et son père qu'il ne connaît pas trop, ce qui est bien normal, je ne vois rien qui laisse anticiper un drame. Et donc, je ne comprends pas le drame final. C'est comme une réaction énorme de la part du fils pour pas grand chose... je sais bien qu'à l'adolescence tout est amplifié, mais j'ai trouvé cela un peu "gros" à digérer.

Et puis surtout, je n'ai pas réussi à comprendre l'angoisse de Carmen. Encore une fois on nous présente Carlos comme un père et un homme manqué. D'accord. Mais je ne vois pas ce que la lecture du manuscrit évoque en elle pour lui faire redouter le pire. Elle semble y voir le présage d'un drame, la concernant, concernant son fils. Elle y lit des menaces à peine voilées. Et si un drame arrive bel et bien, cela n'a rien à voir avec l'histoire du manuscrit. Vraiment je ne vois pas ce qu'elle voit. Alors, soit le personnage de Carmen est paranoïaque ou alors l'auteur n'a pas réussi à me transmettre ce qu'il voulait dire.

Je saisis l'idée de l'auteur et la mise en abyme du roman dans le roman, de la projection de nos peurs, etc. Mais pour moi, la lecture a été manquée et je n'ai vraiment pas vu ce qui n'était pas écrit et qu'on était supposé lire entre les lignes.

Les mots de l’auteur

« Les mariages ne se brisent pas quand on connaît la vérité de l’autre et qu’on découvre qu’il n’est pas comme on espérait. Ils se défont quand on se connaît enfin soi-même et qu’on se retrouve avec ce qu’on redoutait en secret de voir apparaître.» p. 54

« Ça, c’est tout le problème  avec la lecture, vous projetez sur le texte l’ombre de vos désirs ou de vos craintes, votre ombre à vous qui obscurcit la page jusqu’à ce que vous ne lisez plus que ce que vous vous attendez à lire, et tout parle de vous, et s’il y a une femme morte, ça ne peut pas être une simple montagne ni même une autre femme, quelle idée, il faut que ce soit vous, votre cadavre à vous, qui d’autre sinon. Vous lisez ce qui n’est pas écrit et, à partir de là, vous construisez l’auteur à la mesure de votre lecture. Car ce n’est pas l’auteur qui crée le livre, mais le contraire : c’est le livre qui, pour être lu, exige un auteur et qui par conséquent le construit à son image et à sa ressemblance.

Ce qui est écrit est toujours plein de contradictions, de changements de ton, d’impasses, d’omissions alarmantes ou de détails inutiles : seule la foi en l’auteur résout le sens de la lecture, on ne peut lire qu’en croyant qu’il y a un auteur, quelqu’un qui se rend responsable.

L’auteur est dans le livre, pas dehors. C’est le livre qui, pour être lu, nous oblige à imaginer qu’il a un auteur. Nous invitons l’auteur comme nous invitons des dieux.» p. 150

Pour en savoir un peu plus…

  • Article Wikipedia sur l’auteur en espagnol et en anglais
  • Article sur le livre dans le journal 20 minutes
  • Article dans le journal Le Huffington Post
  • Articles de Rafael Reig sur le site web du journal El Diario
  • Avis sur Babelio
  • Présentation du roman par l’auteur sur Youtube
  • L’avis de Yan sur le blogue Encore du noir !
  • L’avis de Velda sur Le Blog du polar de Velda
  • L’avis de Virginie Neufville sur la Cause littéraire
  • L’avis de Sandrine sur le blogue Tête de lecture : chroniques en partage
  • L’avis de Lucie Merval sur le site ZoneLivre.fr : l'Univers du roman policier et fantastique
  • L’avis de Philippe Lemaire sur On l’a lu : site de critiques et d’informations littéraires
  • L’avis de Jean Dewilde sur le blogue Jack is back again
  • L’avis de la Livrophile sur le blogue Conduite en état livresque
  • L’avis de Clarabel sur son blogue
  • Avis sur Cannibales lecteurs

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15 octobre 2013

L'invitation de Pairolí

DSC_4225L'invitation / Miquel Pairolí ; traduit du catalan par Anne Charlon. --[Paris] : Éditions Autrement, [c 2011]. -- 166 p. ; 19 cm. -- ISBN 978-2-7467-1531-8. -- (Coll. Littératures - tinta blava ; créée et dirigée par Llibert Tarragó)

Quatrième de couverture

Nous sommes en 1939. Pour sauver leur fils condamné à mort par les franquistes, M. et Mme Forest sont prêts à tout. D'abord intrigués par l'invitation à dîner du commissaire Carpentier, ils décident de saisir leur chance.

Récital d'opéra, domestiques impassibles, conversations saugrenues : les Forest sont désarçonnés. Vont-ils enfin pouvoir parler de leur fils ? Sans compter cette interminable succession de mets au goût férocement épicé...

L'auteur

Miquel Pairolí i Sarrà est né en 1955 à Quart dans la province de Girona (Gérone) en Espagne. Ses parents sont des agriculteurs. Il fait ses études primaires et secondaires à Gérone. Dans les années '70, il étudie en langue et littérature hispanique (philologie hispanique) en se concentrant sur l'aspect catalan, d'abord au collège universitaire de Gérone puis à l'université autonome de Barcelone. En 1976, il commence à travailler comme journaliste et

mp1collabore à la revue Presència. Les années suivantes, il écrit dans les pages littéraires de Avui et puis dans Punt Diairi. Après son service militaire, il continue dans la voie journalistique mais donne également des cours de catalan aux adultes.

Ce n'est qu'à partir de 1987, qu'il se consacre au journalisme ainsi qu'à son oeuvre littéraire. Il écrit plusieurs romans, ainsi que des essais, des biographies, une pièce pour le théâtre et un scénario pour la télévision. Il fait également quelques traductions. Son oeuvre a été primée à quelques reprises, notamment son roman Cera.

Il décède le le 6 juillet 2011 à Salt, tout près de Girona.

Le site de l'auteur en catalan.

Bibliographie sommaire (romans)

  • El camp de l'Ombra (1995)
  • El convit (1998) (L'invitation, 2001)
  • El manuscrit de Virgili (2004)
  • Cera (2008)

Bibliographie complète sur le site de l'auteur.

Commentaires personnels

L'invitation de Miquel Pairolí est un roman qui m'a beaucoup troublé. Je l'ai lu d'un seul souffle et même si j'avais partiellement deviné la fin, j'ai tourné la dernière page en tremblant. Comment un roman si bref pouvait-il contenir tant de cruauté sans pourtant en dire beaucoup ?

L'histoire est simple en somme. L'auteur nous raconte l'histoire d'un repas. Un repas rempli d'ambiguïtés, de sous-entendus, de menaces, mais surtout de haine et mépris. Tout le roman se passe en huis clos lors de ce repas. Enfin, sauf une première scène qui nous présente l'exécution d'un prisonnier de guerre.

Nous sommes en Espagne, plus précisément en Catalogne en 1939. La Guerre Civile est officiellement terminée et Franco a gagné. La guerre fut difficile partout. Les franquistes sont au pouvoir et exercent une impitoyable répression. Les émotions sont à fleur de peau. Ceux qui ont gagné, ceux qui ont perdu. La haine, la rancune, la soif de vengeance, le désir de régler de vieux comptes. Certains ont maintenant un nouveau pouvoir qu'ils comptent bien exercer. Il leur est possible de faire payer d'anciennes humiliations, de se venger des affronts dont on ne se souvient même pas, dont on n'est même pas conscients avoir faits.

Le fils adoptif des Forest a été arrêté et emprisonné. C'est un rebelle et il est condamné à mort. Il sera exécuté. Dans un dernier effort pour le sauver, les Forest demande l'aide du nouveau commissaire de police, Carpentier. Devant leur supplication, Carpentier, étrangement, leur envoie une invitation pour un dîner chez lui. Pourquoi les inviter chez lui ? On s'interroge sur ses motivations dès le début. Il aurait pu les rencontrer à son bureau ou même rendre sa décision sans même les rencontrer... On se doute donc qu'il a ses propres motivations. Et on sent déjà la malveillance dans cette invitation.

Le texte nous présente tout d'abord la famille Carpentier. Nous les voyons attendre l'arrivée des Forest. Je ne peux que souligner le texte de Pairolí qui est tout en subtilité mais qui nous enveloppe totalement dans un brouillard malsain. Puis les Forest arrivent et le repas commence. La façon dont le repas se déroule, les propos futiles et l'arrogance du clan Carpentier, les mouvements des serviteurs, la frustation, l'espoir, le désespoir et le dégoût des Forest... tout est malaise. Un malaise qui commence doucement mais qui devient visqueux. On ne peut que voir un danger se propager, mais bizarrement, on sait que les Forest ne sont pas menacés physiquement. Ce sera pire que ça.

On devine tout de suite que Carpentier veut se venger des Forest et qu'il fera payer cher la vie de leur fils. Cette invitation est remplie de mépris. Mais le mépris appelle le mépris et cette invitation n'est pas innocente. Les invitations qui ne furent jamais faites sont aujourd'hui payées. Et le repas ne pourra jamais être digéré. Et j'en dis trop.

Les personnages principaux sont beaucoup plus complexes qu'on ne le croit. Et chaque parole, chaque action, et surtout chaque description est nécessaire et horrible. Les apparences sont parfois trompeuses, les épices cachant la vérité.

Miquel Pairolí est un artiste, il excelle à masquer l'évidence dans le banal... une chanson, une histoire, une fable, un conte. Comme tout conte, on ne peut que se questionner... a-t-on le droit de punir une injustice et un affront par autant de monstruosité... aussi subtile soit-elle.

Les mots de l'auteur sont efficaces et précis. Il y a tant de brutalité dans les phrases mais jamais de vulgarité. Dans ces quelques pages, on sent toute la rancoeur des nouveaux dirigeants, on sent le ressentiment et l'incompréhension entre les classes sociales... mais on ne peut comprendre les moyens incroyables, extrêmes et immoraux qu'on peut prendre pour se venger d'anciennes injustices. Le roman est tout en malaise et humiliation, chaque parole, chaque geste est chargé intensité.

J'ai l'impression que je ne fais que souligner l'incroyable densité et intensité du texte de Pairolí. Mais je dois aussi dire à quel point les mots de l'auteur sont précis et efficaces. On lit le texte facilement. On se laisse prendre et envelopper par son style et la lourdeur du propos ne touche jamais le texte. Le suspense reste jusqu'à la fin, même si on devine une partie de la réalité de ce repas. Et on sent que la folie n'est jamais loin.

Oh... et si ce n'est pas clair... c'est un coup de coeur total ! C'est un roman incroyablement troublant...

L'avis de Clara

Extraits

"Le rire de Carpentier se fit alors presque insultant, un rire gras, franc, qui dégénéra en une quinte de toux bronchitique. Rubèn était parfois tellement naïf ! [...] -- Ils ne savent rien ? -- Évidemment ! Qu'est-ce que tu t'imagines ? Tu sais, mon petit, cette soirée promet d'être très, très amusante. Je te recommande donc de prendre tout cela comme un jeu. Si tu le fais, tu vas passer un excellent moment, vraiment excellent." p.16-17.

"Forest hésita un instant. Il aurait voulu ériger un monument à la vérité. Dire d'une voix claire, sur un ton cynique, quelques mots bien sentis, se lever et partir. Mais ils ne pouvaient pas, dans leur situation, s'offrir ce plaisir. C'est pourquoi Forest ravala tout ce qu'il aurait voulu dire, comme il avait avalé tous ces plats qui leur avaient été servis, et il ne put que mâchonner une réponse polie, qu'il voulut stricte et brève." p. 96

À consulter

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07 avril 2009

Shadow of the Wind

Wind1The Shadow of the Wind / Carlos Ruiz Zafón ; Translated by Lucia Graves. -- [London] : Phoenix, [c2004]. -- 506 p. ; 18 cm. -- ISBN 0-75285-954-4

Titre original : La sombra del viento

Quatrième de couverture

Hidden in the heart of the old city of Barcelona is the "Cemetery of Forgotten Books", a labyrinthine library of obscure and forgotten titles. To the library, a man brings his 10-years-old son, Daniel, one cold morning in 1945. Daniel is allowed to choose one book and from the dusty shelves pulls The Shadow of the Wind by Julian Carax. But as Daniel grows up, several people seem inordinately interested in his find. What begins as a case of literary curiosity turns into a race to find out the truth behind the life and death of Julain Carax and to save those left behind.

L'auteur

Carlos Ruiz Zafón est né en 1964 à Barcelone en Espagne. Il commence à écrire très jeune et à l'âge de 14 ans, il écrit Wind2son premier roman. Il deviendra cependant publicitaire pendant quelques temps. Il quittera cette profession pour se consacrer uniquement à l'écriture. Il publie son premier roman en 1993, El principe de la niebla. Il écrit principalement en castillan. Ses premiers romans sont généralement classés dans la littérature jeunesse.

Il connait un grand succès avec son roman, plus "adulte",  La sombra del viento parut en 2001 et traduit entre autres, en catalan, anglais, français, allemand et italien. Il a reçu de nombreux prix pour plusieurs de ses romans.

Depuis 1993, Ruiz réside à Los Angeles aux États-Unis. Il continue d'écrire, principalement des scénarios.

Bibliographie partielle

  • El principe de la niebla (1993)
  • El palacio de la medianoche (1994)
  • Las luces de septiembre (1995)
  • Marina (1999)
  • La sombra del viento (2001)
  • El juego del ángel (2008)

Résumé

À Barcelone, quelques temps après la guerre civile qui a vivement blessée et marquée l'Espagne, un jeune garçon de 10 ans est amené par son père dans un lieu étrange, le Cimetière des Livres Oubliés. Son père lui dit, que pour sa première visite dans ces lieux oubliés, secrets et sacrés, il doit choisir un livre, un seul, et le ramener avec lui. Daniel choisit un roman d'un auteur qu'il ne connait pas, Julian Carax, La sombra del viento (L'ombre du vent). Il ne se doute pas de l'importance et de la place que vont prendre le roman et l'auteur dans sa propre vie.

Complètement envoûté par le livre, il tente de trouver d'autres oeuvres du même auteur. Mais il ne peut trouver aucun autres romans de Julian Carax et il peine à trouver des renseignement sur cet auteur mystérieux - dont on semble vouloir détruire tous les romans qu'il a écrit. Dans sa quête pour découvrir qui était Julian Carax, il se trouve plongé (lui et ses proches) dans des histoires de plus en plus complexes et étroitement liées au roman qu'il a choisi par hasard et à l'histoire de son pays.

Commentaires personnels et expérience de lecture

Premier roman "pour adultes" de l'auteur, La sombra del viento nous plonge directement dans l'Espagne d'après la Guerre civile. Le roman est sombre, froid, venteux, humide... Un roman presque "gothique"... Un Barcelone vivant mais dur et glacial. Les gens sont brisés, mais tentent de vivre tout de même. Les rues sont remplies de dangers, d'angoisses, mais aussi de promesses et d'espoirs. Le pays se relève tranquillement et tente de revivre et reprendre sa vie quotidienne.

Dans cet Espagne meurtrie, Daniel, petit garçon de 10 ans qui a perdu sa mère, tente de trouver sa place à côté de son père. Dans un lieu mystérieux, il doit choisir un livre et le ramener avec lui. Le livre doit devenir le sien. Et le livre deviendra son obsession. On suit alors Daniel tout au long de sa vie. On le voit vieillir - suivant son obsession pour le livre et son auteur. Sa quête pour découvrir qui était l'auteur devient une quête pour sa propre identité. Il découvre peu à peu qu'il est intimement lié à ce roman et à cet auteur mystérieux. Au travers sa recherche de renseignements, à travers son enquête pour trouver Julain Carz, l'auteur de La sombra del viento, on assiste à la vie de Daniel, on le voit grandir, rire et pleurer. On assiste à sa vie, à la vie de son père et de ses proches. Enquête vaguement policière, le roman est surtout une enquête sur la vie de Daniel. Les personnages prennent beaucoup de place, les décors sont également très vivants, mais servent surtout à mettre en évidence les sentiments des protagonistes. 
 

La sombra del viento fut publié en 2001. L'auteur, d'origine catalane, a choisit d'écrire son roman en castillan et non en catalan. Il fut très critiqué pour ce choix. On critiqua également le fait qu'on ne parle pas de l'interdiction de parler catalan en Catalogne pendant cette période.

Le roman El juego del ángel parut en 2008, est un "prequel" au roman La sombra del viento et se déroule pendant les années 20 et 30.

Diffile d'en dire plus... sans dévoiler l'intrigue. Je dois cependant avouer que le quatrième de couverture m'avait séduit et a ainsi fait de mon début de lecture une déception... car du Cimetière des Livres Oubliés, on ne parle pas beaucoup... Ce n'est qu'un instant (ou deux). Et j'aurais voulu en savoir plus sur ces lieux ! Mais une fois cette déception passée, la vraie histoire - celle de Daniel, son père, Julian... - prend toute sa place et on se laisse emporter docilement dans ces pages sombres et poétiques. Des histoires où enquête policière, littéraire, mystique, initiatique et personnelle s'entremêlent de façon fantastique et vividement réelle !

On est plongé dans une Barcelone d'après-guerre... une Barcelone personnelle... On apprend un peu sur l'histoire, mais surtout sur les émotions liées à l'histoire. J'ai retrouvé des bribes des sentiments racontés par mon père sur cet époque... quelques moments...

Et j'ai retrouvé Barcelone... J'ai lu quelque part, qu'on ne retrouvait pas dans ce roman, la Barcelone qu'on connait, la festive, chaude et agitée... Et bien Barcelone est aussi, froide, pluvieuse etsombre... Barcelone a plusieurs visages et je les ai retrouvés dans ce roman... le côté sauvage, effacé, glacial, brûlant, le visage tourné vers l'avenir mais marqué par le passé... rebelle et soumis... 

Tout le monde en a déjà parlé... quelques avis: Karine, Allie, Sassenach, Charlie Bobine, Grominou, Alain, Yueyin, Joan, So, Sylvie, Louis, Kesalul, et tant d'autres...

Citations

"This is a place of mystery, Daniel, a sanctuary. Every book, every volume you see here, has a soul. The soul of the person who wrote it and of those who read it and lived and dreamed of it. Every time a book changes hands, every time someone runs his eyes down its pages, its spirit grows and strengthens." p. 3-4

Sources

 

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