11 juillet 2017

De la fabrication des fantômes de Franck Manuel

FabFantome1De la fabrication des fantômes / Franck Manuel.  — Toulouse : Anacharsis, [2016] – 121 p. : 20 cm. – ISBN 979-10 -92011-32-6

Quatrième de couverture

Aujourd’hui, il est le roi de la fête. Il a cent ans. Sous ses yeux fatigués s’agite sa descendance. Tous des étrangers. Sauf Lucie, belle, insolente, une lueur de cruauté dans
le regard. Elle n’a jamais eu peur de lui. Elle connaît pourtant la terreur qu’il inspire, cette histoire d’ogre, de passe-muraille, de chats mangés vifs.

Mais il faut qu’elle sache. Alors elle le traîne sur les lieux du drame, survenu trente-sept ans plus tôt. Ce sera son cadeau d’anniversaire.
Dans la petite pièce poussiéreuse, face au mur couvert de mots épars écrits au crayon gris, les fantômes vont prendre corps.
Franck Manuel invente peut-être ici un registre littéraire inédit : le terrible magique.

L’auteur

Franck Manuel est né en 1973 dans le département Le Loiret au sud de Paris. Il étudie en Lettres à Toulouse et travaille comme facteur. Il FabFantome2obtient son doctorat en 2006. Il enseigne le français au lycée. Il publie son premier roman « Le facteur phi » en 2013.

Bibliographie

  • Le Facteur phi (2013)
  • 029-Marie (2014)
  • De la fabrication des fantômes (2016)

Mes commentaires

2073, un homme célèbre ses 100 ans parmi sa famille. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, conjoints, ils ont été le chercher spécialement pour l'occasion. Il ne les écoute pas vraiment, perdu dans ses souvenirs. Sa famille ne s'occupe pas vraiment de lui non plus. À part l'occasionnel "encore un peu de gâteau ?", ils l'évitent autant que possible. Il est vieux et il est probablement fou. Après tout, après la mort de sa femme, il a escaladé des murs, il a erré dans la cour des voisins, envahi la vie des gens à leur insu, s'est réfugié dans une maison abandonnée, a vraisemblement tué et mangé des chats et quoi d'autres... on ne le sait pas. Sa famille en a légèrement peur, sauf son arrière-petite-fille, Lucie.

Lucie n'a pas peur de lui et elle veut savoir ce qui s'est réellement passé. Elle lui prépare donc une surprise pour son anniversaire. Elle va le ramener sur les lieux de ses crimes, dans la maison abandonnée, où les ossements de chats furent retrouvés ainsi que des mots écrits sur les murs. Des mots, des phrases qui semblent sans sens. Elle veut savoir et espère que de ramener le vieillard dans cette pièce le fera parler.

Il ne parlera pas mais nous le suivrons dans ses souvenirs. Pas nécessairement ordonnés mais qui nous amèneront sur les traces de moments de son enfance, de son amour pour son épouse, son désespoir et son inertie face au cancer et à la mort de celle-ci, son voyage par-dessus les murs, chez les autres, sa découverte des mots mystérieux et impénétrables sur un mur, et sa fabrication de fantômes. De fantômes sanguinaires, obsessiifs et affamés.

Lécriture de Manuel est nette, douce et froide en même temps. Le roman est intriguant. Il m'a envoûtée pendant toute ma lecture. J'ai aimé ce soupçon de futur qui ne m'a pas semblé si loin, j'aurais moi-même 102 ans en 2073. J'ai aimé le côté fantastique des fantômes dévoreurs de chats. J'ai aimé ces murs à la fois obstacles, supports et libération. J'ai aimé suivre le cheminement de ce veuf apathique devant la maladie et la mort de son amour. Et pourtant, j'ai refermé le livre avec l'impression qu'il me manquait quelque chose... que je n'avais pas lu tout ce que j'aurais pu lire. Que des mots n'étaient pas là ou que je n'avais pas su les lire. Et pourtant... j'ai bien aimé les secrets, les sensations, les souvenirs, la folie et les fantômes.

Les mots de l’auteur

« La mémoire n’est pas chronologique. Elle est topographique. Une vaste mer. Des failles. Des îlots. Des volcans. Des cendres aériennes. Ce souvenir de gauche. Celui-ci de droite. Même si la notion de droite ou de gauche est relative en pleine mer. Quant à un éventuel centre… Sa conscience flotte et ride la surface sur laquelle, surgie d’on ne sait où, tournoie la robe blanche de Rosalie. » p. 1

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans le webzine SuperFlux : le Toulousain indispensable
  • Avis sur Babelio
  • Avis sur CritiquesLibres


27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

Posté par Laila_Seshat à 08:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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28 octobre 2016

Le Wagon de Philippe Saimbert & Isabelle Muzart

waLe Wagon / Philippe Saimbert & Isabelle Muzart ; d'après un scénario et des dialogues originaux de Philippe Saimbert. -- [Paris?] : [Éditions Asgard], [2011]. -- [22- p.?] ; 24 cm. -- ISBN 978-2-91914012-1. -- (Coll. Nuits d'avril / sous la direction de Franck Goulbert)

Quatrième de couverture

Un train emporte un groupe de voyageurs à la rencontre de mystérieux phénomènes, relatés par la presse locale d'un petit pays d'Europe centrale. En pleine nuit, leur wagon e détache : ils se retrouvent abandonnés au beau milieu d'une vaste forêt recouverte de brume. Dès lors, l'excursion tourne au cauchemar.

Apparitions étranges et surnaturelles, puis morts brutales vont s'enchaîner tout au long du récit. S'agit-il d'une rencontre du troisième type ou de quelque chose de plus incroyable encore ?

Connu pour ses scénarios de B.D., Philippe Saimbert signe ici, avec la complicité d'Isabelle Muzart, un thriller naviguant entre mystère, fantastique et agoisse.

Les auteurs

Philippe Saimbert est né à Pau en France en 1962. Romancier et scénariste, il a écrit depuis 1999, une douzaine de bandes dessinées. Il privilège le fantastique, la science-fiction et le thriller. Il écrit aussi parfois des textes humoristiques dont le plus connu : L'héritage de tata Lucie paru en 2010. Son scénario "Le wagon" a été acheté pour adaptation cinématographique.

Bibliographie partielle

  • Les Processionnaires - BD (2001-2003)
  • Les âmes d'Hélios - BD (2003-2007)
  • Break Point - BD (2004)
  • Les Brumes hurlantes - BD (2005-2006)
  • Blood Academy - BD (2010)
  • Objectif rencontres - BD (2010-     )
  • L'héritage de tata Lucie - roman (2010)
  • Le wagon (2011)

Page Facebook de Philippe Saimbert ; Site de l'auteur

Isabelle Muzart est née dans la ville d'Alençon en 1966. Elle est écrivaine et selon son site elle continue encore à vendre des machines agricoles !

Bibliographie sommaire

  • L'inavouable secret (2009)
  • Le journal d'Anne F. (2010)
  • Neige au paradis
  • Le Wagon (2011)
  • Recherche désespérément Fée clochette
  • Chasse à l'homme
  • Secret de fille
  • Le lotissement

Le site de l'auteur.

Mes commentaires…

Alors, voici une autre lecture sauvetage. Oui, j'ai l'âme charitable !!! :P Encore une fois, un roman qui avait des statistiques pauvres, très pauvres, le pauvre. Lors d'un élagage des romans classés dans la section Science-Fiction, ce roman a attiré mon attention. La quatrième de couverture disait bien "rencontre du troisième type", mais le reste du texte me semblait plus fantastique que science-fiction. Alors hop, à la maison pour une lecture. Et hop, on reclasse le roman, car non, en effet, le roman est définitivement fantastique et n'a pas du tout sa place en Science-Fiction. Voyons voir s'il a plus de chance dans cette deuxième vie !

Le roman nous raconte le périple d'un groupe de voyageurs qui partent pour un voyage un peu spécial. Ils ont en effet réservé une place pour une excursion touristique dans un train qui doit les amener dans un voyage vers un endroit - une forêt en Europe centrale - qui aurait été témoin de manifestations étranges, possiblement extraterrestres. Les premières pages nous présentent chacun des personnages qui prennent place dans ce wagon. Cela peut sembler un peu long mais chaque personnage est important à l'histoire : le père et ses deux enfants, une journaliste, un homme d'affaires, un couple, le conducteur et le narrateur. Tous les passagers sont impatients de vivre l'expérience et espèrent voir quelque chose de surnaturel et surtout quelque chose d'extraterrestre.

Et puis, bizarrement, leur wagon se détache du train et se retrouve isolé, abandonné au milieu de la fameuse forêt. C'est alors que la vie des personnages dérapent et sombrent petit à petit dans le fantastique. On croit, tout d'abord, comme les personnages, que la nuit est peuplée d'êtres venant d'autres mondes. Puis, on finit par comprendre qu'il n'en est rien. Mais le surnaturel et la mort sont bien au rendez-vous.

L'auteur amène son sujet tranquillement. Chaque personnage est présenté et on a l'impression de les connaître peu à peu. Ce préambule peut sembler un peu long mais il est réellement essentiel à ce qui arrive aux personnages. Car ce que sont les personnages est l'explication de ce qui leur arrive. Et chaque personnage a une raison d'être sur ce train.

La tension est palpable et augmente au fur et à mesure que l'histoire avance. Et la fin est très surprenante. J'ai beaucoup aimé l'écriture des auteurs et surtout la façon qu'on croit d'abord à quelque chose mais qu'ensuite tout est différent... j'aimerais beaucoup en dire plus, car je crois que c'est ce qui fait le roman si intéressant, mais c'est aussi le "punch"... et je m'en voudrais de tout révéler... Je dirais simplement... si votre librairie ou votre bibliothèque a classé ce roman en science-fiction... oubliez cette classification. Si vous cherchez un roman de SF, vous serez déçus et si vous passez votre tour car vous pensez qu'il y aura des ET... et bien, vous aurez manqué un très bon roman fantastique qui nous confronte à nos peurs. Ce voyage est unique, effrayant mais terriblement réel.

Les mots des auteurs (Extraits)

"Une aube grise et terne pointait au-dessus de l'immense forêt. Le brouillard ne s'était pas dissipé et enveloppait toujours les lieux d'un couvercle poisseux. La lumière du matin s'immisçait avec difficulté dans le wagon toujours abandonné sur sa voie, au milieu de nulle part. Elle révéla un à un les corps figés des passagers, recroquevillés sur eux-mêmes dans des postures improbables." p.75

"- Vous le connaissiez bien ? demanda madame Richter. - Comme tout le monde ici. Ni plus ni moins. Mais il me rappelait quelqu'un... Une simple impression. Un peu comme un souvenir qui ne parviendrait pas à remonter à la surface. Comment expliquer ? - Inutile, je comprends. J'ai la même sensation que vous. Un peu comme un rêve fait et refait, et aussitôt oublié." p. 223

Pour en savoir un peu plus…

  • Biographie de l'auteur sur le site BDGest's
  • Critiques sur Babelio
  • Un avis sur le blogue Lire ou Mourir
  • L'avis de Liliba sur le blogue Les lectures de Liliba
  • L'avis d'Archessia sur le blogue Les mots d'Archessia
  • L'avis de Loreley sur le blogue Les Ô Troubles
  • L'avis d'Elodie sur le site ActuSF.com

21 septembre 2016

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Roi02Le roi disait que j'étais diable : roman / Clara Dupont-Monod. — Paris : Grasset, [2014]. – 236 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-246-85385-5

Quatrième de couverture

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…

Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.

Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible. Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

L’auteur

Clara Dupont-Monod est née à Paris en 1973. Elle étudie à la Sorbonne en Lettres et obtient une maîtrise en ancien français. Elle travaille d’abord comme journaliste pour le magazine Cosmopolitan. Elle rejoint ensuite le magazine Marianne et en 2007, elle est nommée rédactrice en chef des pages Cultures. Elle travaille également pour la radio et la télévision dans diverses émissions.Roi01

Elle publie son premier roman Eova Luciole, en 1998. Elle continue à écrire et plusieurs de ses romans sont listés pour des prix littéraires. Elle obtient le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire pour son 4e roman, La passion de Juette ainsi que le prix Point de vue pour Le roi disait que j’étais diable.

Bibliographie partielle

  • Eova Luciole (1998)  
  • La folie du roi Marc (2000)
  • Histoire d'une prostituée (2003)
  • La Passion selon Juette (2007)
  • Bains de nuit (avec Catherine Guetta (2008)
  • Nestor rend les armes (2011)
  • Le roi disait que j’étais diable (2014)

Mes commentaires

Ce roman est tout simplement parfait. Pour moi en tout cas. Pour vous, je ne sais pas. Mais j’adore me plonger dans l’époque médiévale – peu importe l’époque, car le Moyen âge est vaste – et Clara Dupont-Monod excelle à nous raconter cette époque. Dans Le roi disait que j’étais diable, elle nous raconte Aliénor d’Aquitaine. Elle nous fait vivre sa version d’une partie de la vie tumultueuse de cette reine unique.

Aliénor est jeune, libre et l’héritière du duché d’Aquitaine. Elle est cultivée, a une éducation soignée et aime profondément son pays, l’Aquitaine. Après la mort de son père, Guillaume X, duc d’Aquitaine, elle épouse, en 1137, à l’âge de 15 ans, le futur roi de France, Louis VII. Aliénor est belle, elle sait ce qu'elle veut, ce qu'elle aime et ce qu'elle croit. Elle est indépendante, orgeuilleuse, imprévisble et forte. Elle sera aimée mais aussi détestée. On aura peur de cette liberté, cette envie de vivre pleinement. Elle est différente. On dira d'elle qu'elle est une fée maléfique, un diable et qu'elle a ensorcellé le roi. Qui lui l'aimera malgré tout. Et malgré elle. Elle ne voulait pas de ce mariage, elle ne comprend pas ce roi et ce peuple qu'elle trouve rigide, , rustre, froid, pieux, ennuyant. Elle vit pour l'Aquitaine, la passion, l'art, l'amour courtois, la liberté.

L'auteur nous raconte la rencontre entre ces deux personnages si loin l'un de l'autre. Elle imagine leurs pensées, leurs peurs, leurs espoirs, leurs soupirs. On suit ensuite les personnages dans les premières années de cet improbable mariage. Elle reprend les moments connus : arrivée à Paris, conquête de Poitiers, incendie de Vitry-en-Perthois, croisades, ... Et nous offre la vision d'Aliénor puis celle de Louis VII et enfin d'autres personnages.

Le tout est romantisé. Évidemment. Comment savoir ce qu'ils pensaient vraiment, ce qu'ils ressentaient. Mais l'auteur connait bien son "matériel" : l'époque, les personnages historiques, etc. Je suis loin d'être une experte, mais j'ai quand même beaucoup lu sur l'époque. Et j'ai lu quelques ouvrages sur Aliénor d'Aquitaine. Et j'ai vraiment senti que Dupont-Monod avait réussi a faire vivre cette époque. Une époque beaucoup plus vivante que l'on ne le croit souvent. Et Aliénor m'apparait aussi très réaliste, un brin idéalisé, mais pas trop. Elle est plus grande que nature, guerrière, et aime les plaisirs de la vie. Et Louis est un peu malmené mais pas trop. Il est faible, pieux et austère. L'auteur nuance quand même ses personnages même si son idée directrice est claire. Aliénor est la star du roman. Et elle est parfaite même dans ses faiblesses. C'est un personnage mythique. Et comme tout mythe, elle est surtout un symbole. Sa vie, pourtant bien réelle, semble parfois un brin merveilleuse, légendaire, fabuleuse.

Je ne dis pas grand chose de l'histoire. C'est l'histoire d'une jeune fille qui épouse un jeune homme. C'est l'histoire de de deux solitudes qui n'arrivent pas à se rencontrer et à se comprendre. C'est une histoire d'amour à sens unique. Et tout ça sur fond de guerres, croisades, conquêtes, massacres, sang, cris et souffrances, ... Et l'auteur nous présente tout ceci dans un roman doux, léger, fluide et enivrant. Mais qui garde aussi un fond historique, brutal, réaliste et qui oscille entre troubadours, prières et guerre sainte.

J'ai adoré le texte et surtout l'écriture de Clara Dupont-Monod. Et j'ai aimé sa façon de s'approprier l'Histoire pour faire vivre des vies et des histoires.

Les mots de l’auteur

« On parlait de moi. La voici, celle qui possède dix fois le royaume de France. Celle qui donne des ordres, chevauche comme un homme et ne craint pas le désir qu’elle suscite. Qui colore ses robes. N’attache pas ses cheveux. Porte des souliers pointus. Qui donne l’argent du royaume à des poètes venus d’en bas. La petite-fille de ce fou de Guillaume, sorcière qui a grandi en écoutant des textes obscènes, tandis que le roi, ce sage, s’est nourri des phrases sacrées. Je suis le poison, la faute, l’immense faute de Louis.» pp. 58-59

 « Les gens se déguisent, chevauchent des bâtons, conduisent des rondes autour des tombes… Ils font la fête au cimetière ! Ma Dame, est-ce que vous vous rendez compte ? me presse-t-il en écarquillant les yeux. Mais comment lui expliquer que ces farandoles relient les vivants aux morts ? On danse, mais oui l’abbé. On appelle du corps ceux qui n’en ont plus. On rit aussi, et on taquine, en espérant que les morts souriront. Les hommes d’Église voudraient briser ce lien et faire du cimetière un lieu hostile, coupé des vivants.» p. 128

Pour en savoir un peu plus…

24 août 2016

Maman a tort de Michel Bussi

maman01Maman a tort de Michel : roman /Michel Bussi. — [Paris] : Presses de la Cité, c2005. – 508 p. ; 23 cm. – ISBN978-2-258-11862-1

Quatrième de couverture

Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit.
Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide.
Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple.
Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent.
Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche.
Le compte à rebours a commencé.
Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent.

Qui est Malone ?

L’auteur

Michel Bussi est né à Louviers en France en 1965. Il est professeur de géographie à L'Université de Rouen et directeur du laboratoire commun "Identité et Différenciation des Espaces, de l’Environnement et des Sociétés" (I.D.E.E.S) de l'Université de Rouen, du Havre et de Caen (Unité mixte de recherche du CNRS). Il a publié de nombreux articles et ouvrages dans son domaine, principalement en géographie du politique (géographie électorale, recompositions territoriales, etc.).maman02

Il commence à écrire de la fiction dans les années '90, mais ne parvient pas à se faire publier. En 2006, il publie enfin son premier roman, Code Lupin qui est un grand succès avec plus de 7 000 exemplaires de vendu. Son deuxième roman Omaha crimes paru en 2007 obtient de nombreux prix. Ses romans suivants connaissent tous le succès et il devient un auteur de romans policiers reconnu.

Site Web officiel de l'auteur, sa page Facebook, sa fiche sur le site de l'Université de Rouen,

Bibliographie partielle

  • Éléments de géographie électorale à travers l'exemple (1998)
  • Pour une nouvelle géographie du politique : territoire, démocratie, élection (2004)
  • Code Lupin (2006)
  • Omaha crimes (2007)
  • Mourir sur Seine (2008)
  • Sang famille (2009)
  • Un monde en recompositions. Géographie des coopérations territoriales (2009)
  • Nymphéas noirs (2011)
  • Un avion sans elle (2012)
  • Ne lâche pas ma main (2013)
  • N'oublier jamais (2014)
  • Gravé dans le sable (2014) (réédition revue et corrigée de Omaha crimes)
  • Maman a tort (2015)
  • Le temps est assassin (2016)

Mes commentaires

Parfois, on s'attend à tellement aimer une lecture que je crois qu'on ne peut qu'être déçu. C'est ce qui s'est passé avec ce roman. La quatrième de couverture m'avait immédiatement conquise. J'avais acheté d'autres romans de Michel Bussi pour la bibliothèque mais je n'en avais encore jamais lus. Mais celui-ci, je l'ai tout de suite noté. Et puis, les critiques du roman et de l'auteur étaient en général très bonnes. J'avais donc très très hâte de le lire. Puis j'ai attendu. J'ai attendu que nous le recevions, puis qu'il soit traité, puis qu'il soit disponible. Et j'ai attendu. J'aurais pu le réserver, mais je n'aime pas faire ça... je laisse nos abonnés emprunter les nouveautés. Mais ce fut long. Le livre était toujours emprunté. Ce qui ne faisait qu'augmenter mon envie de le lire. L'histoire me semblait très intriguante. Et j'avais vraiment hâte de me plonger dans ce suspense psychologique.

Ouf, quelle déception. Le roman n'est pas complètement mauvais. Mais ma lecture fut pénible, pénible, pénible. Et si ce n'avait été du fait que j'avais tellement eu envie de le lire et que cela avait pris des mois avant qui je puisse l'emprunter, j'aurais abandonné ma lecture à plusieurs reprises. Mais je me suis poussée à le lire jusqu'au bout.

Bon, commençons par l'histoire. Vasile Dragonman, le psychologue d'une école contacte la police car un élève, Malone, affirme que sa maman n'est pas sa maman. De plus, l’enfant affirme que son toutou lui raconte des histoires qui lui rappellent sa vraie maman et sa vie d’avant. La commandante Marianne Augresse n’accorde pas trop de foi à cette histoire, mais comme elle trouve Vasile de son goût – et que son besoin d’avoir un enfant devient pressant, horloge biologique oblige – elle enquête tout de même un peu. Mais tout semble normal, les parents vivent au même endroit depuis un certain temps, ont plein de photos du petit et les voisins n’ont rien à redire sur cette petite famille. La commandante ne voit pas ce qu’elle peut faire, surtout qu’elle est en charge d’une grande opération  policière sur un vol qui a mal tourné et toute son équipe est à la poursuite des braqueurs qui ont réussi à se sauver. Elle a donc autre chose à faire. Mais le psychologue insiste, Malone ne ment pas et il faut faire vite car il finira par oublier son histoire, la mémoire d’un enfant de 3-4 ans est éphémère.

Le roman entrecroise donc les deux intrigues : la quête de la vérité sur Malone et la poursuite des fugitifs. L’auteur ajoute à ceci les histoires de la peluche de Malone. Bien sûr, les deux intrigues vont finir par se rejoindre. Mais c’est long avant qu’on sache exactement comment et pourquoi. On se doute bien que l’enfant a un rapport avec le braquage, mais ça traîne.

Le petit Malone est un personnage très intéressant et il est au centre du roman. Il est intelligent et on ne peut que s’attendrir devant ses réflexions et son désir de ne pas oublier sa vie d’avant et sa vraie mère. On ne peut s’empêcher de penser que ce sont peut-être juste des histoires d’un enfant imaginatif, mais sa conviction est touchante.

Mais mis à part Malone, les autres personnages m’ont soit énervée, agacée ou laissée complètement indifférente. La plupart était des clichés ambulants : la policière en charge, femme forte, mais qui cherche désespérément un homme pour avoir un enfant, le beau psychologue à moto, la meilleure amie compatissante, les collègues machos ou vieillissant, le braqueur en chef cruel et sanglant, et j’en passe… Et je ne peux passer sous silence les noms des personnages : la commandante (avec un e, on le souligne à toutes les deux lignes) Marianne Augresse – car c’est une femme forte ; Vasile Dragonman – parce qu’il est roumain ; et puis Malone Moulin, Lieutenant Jibé Lechevalier, Lieutenant Pasdeloup,… c’est insupportable. Et comme, on répète sans arrêt les noms complets des personnages, je ne pouvais les ignorer. Cela enlevait à mes yeux toute crédibilité aux personnages. Il arrive que des gens aient des noms étranges – j’ai connu une Peggy Latortue – ou qui ressemblent à leur caractère ou travail – on peut penser à Pierre Plouffe, champion de ski nautique – mais là c’est comme juste trop !

Et puis, j’ai aussi trouvé insupportable les extraits du site enviedetuer.com. Non seulement, ils semblent insignifiants et sans aucun rapport avec l’histoire, mais quand on sait pourquoi on nous avait parlé de ce site, on ne comprend toujours pas pourquoi on s’est tapé tous ces extraits sans intérêt. Finalement, l’histoire est remplie d’invraisemblances et de coïncidences beaucoup trop faciles. Tout finit par s’emboîter et c’est trop simple.

L’auteur écrit bien mais je n’ai tout simplement pas accroché à son style et ses histoires.

Les mots de l’auteur

« - Qu'est-ce qu'elle te disait ta maman ? - Que tout ce qu'il y a dans ma tête va partir, comme les rêves que je fais la nuit. Mais qu'il faut que je me force à penser à elle. Et puis à notre maison aussi. À la plage. Au beateau de pirates. Au château. Elle me disait juste ça, que les images dans ma tête vont partir. J'avais du mal à la croire mais elle répétait toujours la même chose. Les images dans ta tête vont s'en aller. Elles vont s'envoler si tu ne penses pas à elles dans ton lit. Comme les feuilles sur les branches des arbres.» p. 27

Pour en savoir un peu plus…

  • Page Wikipedia sur l'auteur
  • Entretien avec l'auteur dans la revue EchoGéo
  • Critiques sur Critiques Libres
  • Avis sur Sens critique
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Serial Lectrice
  • L'avis de Léa TouchBook
  • Les avis de Lucie Merval et Sophie Peugnez sur le site ZoneLivre.fr : l'Univers du romanpolicier et fantastique
  • L'avis de Caroline sur le blogue Carobookine
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04 août 2016

L'ascendant d'Alexandre Postel

Ascendant02L’ascendant : roman /Alexandre Postel. — [Paris] : Gallimard, 2015. – 124 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-07-014908-7

Quatrième de couverture

Le narrateur, à la demande d’une psychiatre, raconte les événements qui, en l’espace de cinq jours, ont dévasté sa vie.

Tout commence lorsque ce vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec lequel il entretenait des rapports très lointains. Afin d’organiser les obsèques, le jeune homme se rend dans la petite ville où vivait le défunt et s’installe dans la maison paternelle. Il fait alors une découverte terrifiante qui le plonge, au fil d’un enchaînement insidieux de faux pas, dans une situation cauchemardesque.

On retrouve ici ce qui faisait la force du premier roman d’Alexandre Postel : une narration implacable et ironique, qui donne au récit la forme d’une tragédie. Le sentiment de culpabilité, au centre du texte, génère une atmosphère trouble et inquiétante : jusqu’à la dernière ligne, le lecteur hésite entre l’empathie, la révolte et l’effroi.

L’auteur

Alexandre Postel est né en 1982 à Colombes en France. Il fait ses études à Lyon et reçoit un diplôme en Lettres modernes. Il enseigne à Paris la littérature française en classes préparatoires. En 2013, il publie son premier roman, Un homme effacé, qui reçoit le Prix Goncourt du 1er roman, le Prix Ascendant01Landerneau Découvertes  ainsi que le Prix Québec-France Marie-Claire Blais.

Bibliographie

  • Un homme effacé (2013)
  • L'ascendant (2015)
  • Les deux pigeons (2016)

Mes commentaires [attention spoilers.... vous saurez tout ou presque]

Oh la la. Je vous jure que je voulais vraiment, mais alors là vraiment aimé ce roman. Et j'aurais voulu faire des commentaires positifs. Malheureusement, ce fut une lecture aussi rapide que difficile. Difficile d'aimer quand on n'arrive pas à croire à l'histoire.

Résumons un peu l'histoire et je vous avertis de nouveau, je dis presque tout. Un homme ordinaire, vendeur de téléphone de cellulaire, apprend que son père est mort. Il doit donc se rendre chez son père pour la succession et tout le tra la la qui accompagne le décès d'un parent. Cet homme banal nous raconte comment s'est déroulé ce voyage chez son père avec qui il n'avait plus que très peu de contacts. Son père était un homme solitaire, surtout depuis la mort de son épouse, et il gardait la porte du sous-sol fermée à clef. Et donc, une des premières choses que voulut faire le narrateur à son arrivée dans la maison de son père est évidemment de descendre dans le sous-sol - histoire de voir pourquoi, il ne pouvait jamais y aller - en pensant naïvement découvrir une cave à vin. Évidemment, le lecteur se doute bien que ce ne sont pas des bouteilles de vin qu'il va trouver. La quatrième de couverture nous a bien préparé : "Il fait alors une découverte terrifiante qui le plonge, au fil d’un enchaînement insidieux de faux pas, dans une situation cauchemardesque".

Et donc, on se doute tout de suite du genre de découverte qu'il fera. Ce n'est pas bien difficile à deviner et donc, je ne me sens pas coupable d'annoncer qu'il découvre une cage avec à l'intérieur une jeune femme. Il est évidemment horrifié, tente d'appeler la police, est incapable d'avoir une connexion, est pris d'un malaise, remonte, perd son téléphone, ne se sent pas la force de redescendre le chercher, décider de prendre des pilules et se couche. Il appelera demain. Et voilà. Bien sûr, le lendemain il est déjà trop tard et il hésite. Décide de la libérer lui-même, mais en attendant de la libérer - car il ne trouve pas la clef - il continue à la nourrir. Et le voilà pris dans l'engrenage. Il n'est pas seulement le complice de son père, il prend sa place.

Bien sûr, il se questionne. Il cherche à comprendre comment son père a pu faire cela, qui est la jeune femme, depuis combien de temps est-elle là. Il essaie de fouiller les souvenirs qu'il a de son père et sa relation avec lui. Il se sent coupable de l'avoir négligé. Il se dit que c'est peut-être sa faute, s'il s'était occupé plus de lui, il n'aurait peut-être pas séquestré une femme dans sa cave. Puis, il se rend compte du ridicule de son raisonnement. Et il continue d'avaler alcool, pilules et à chercher la clef pour sortir la pauvre victime de sa cage. D'ailleurs, elle semble bien s'y trouver dans sa cage, la victime. Et puis, peut-être son père voulait-il lui laisser en héritage la cage et son contenu. À la fin, il la libère, s'y prend très mal, la tue et l'enterre. Et oui, bon, ça ne pouvait que mal finir, non. Pas très surprenant comme dénouement... oh... et elle n'était pas la première occupante, non plus... pas non plus une grande surprise.

Alors, je relis l'histoire et je me dis qu'il y avait là matière à faire un bon roman. Mais j'ai été totalement incapable de croire à l'histoire. Tout d'abord, - et ça c'est la faute de l'éditeur - je me doutais avant même de commencer ma lecture de ce qui se trouvait à la cave. Ok, pas grave, je me dis, comme on nous révèle le "punch", c'est que le roman nous offrira autre chose. On plongera dans la vie du père, les questions du fils pour le comprendre, pour vivre avec l'horreur de ce que le père a fait, etc. On lira un peu ça, mais à peine. On ne saura rien du père. On n'a que le fils qui se prends dans un engrenage de procrastination. Et je ne suis pas arrivée à y croire. Il découvre une femme dans une cage dans la cave de son père mort et il n'appelle pas la police mais va plutôt se coucher en se disant qu'il appelera quand il se sera reposé et plus calme. Ben voyons donc ! Ce n'est pas tant qu'il n'a pas appelé immédiatement qui m'achale mais toutes les raisons qu'on nous donne. Il est facile de deviner pourquoi il n'a pas appelé tout de suite : parce qu'il ne veut pas dénoncer son père - même après sa mort ; il veut protéger sa propre vie, il ne veut pas subir l'enquête qui va suivre, les accusations sur son père et sur lui (on l'accusera de savoir, d'avoir été complice, etc.). Peut-être même qu'il a les mêmes travers que son père. Ça aurait été intéressant, ça.

Bon, on va me dire que c'est le but de l'auteur... de nous faire comprendre que le narrateur se ment à lui-même... peut-être mais alors, il a très mal construit son roman car je n'ai pas du tout senti ça. J'ai juste eu l'impression de lire la relation de cinq jours de procrastination interminable et peu plausible. On s'entend, je suis moi-même une procrastinatrice irrécupérable, mais je n'y aie pas cru une minute. Y'a quand même une limite à mettre ça sur le dos de la procrastination... et puis l'excuse de "je vais la sauver quand j'aurai trouvé la clef..." pas très crédible non plus. Si le personnage est supposé être aussi stupide et naïf c'est un peu trop gros pour moi. Je comprends bien que le personnage est lâche, et qu'il n'arrive pas à accepter ce que son père a fait, mais soit que le roman est trop court pour que l'auteur m'amène à croire que c'est pour ça qu'il ne passe pas cet appel, soit il manque quelque chose dans le texte. Roman sur la filiation, la culpabilité, etc.... oui, peut-être, mais en surface, vraiment en surface.

Et puis, il y a la narration. Le personnage raconte tout ça à un psychiatre - ou psychologue ou policier, je ne me rappelle plus trop. Il s'adresse à nous. On a donc des "vous le savez", et autres adresses directes. J'ai déjà lu des romans avec ce procédé narratif, mais ici, j'ai trouvé cela un peu lourd et que cela permettait d'escamoter bien des détails. Dans les critiques que j'ai lu, j'ai noté beaucoup de "glacer le sang", "rebondissements" "roman puissant, troublant, dérangeant" "effet de surprise", etc.  Et bien zéro pour moi. J'ai bien compris l'ascendant du père et du fils, mais cela ne m'a pas paru ni troublant, ni froid, ni crédible.

Le roman est vraiment court. On reste en surface, on n'approfondit rien, on ne sait rien. Certains disent que c'est le but de l'auteur... moi, je dis que c'est trop facile... On compare l'auteur à Camus, Poe... heu non...

Bon, je me trouve bien sévère... disons que ce fut une rencontre manquée.

Les mots de l’auteur

 « Ouvrir la porte de la cage, c’était tout ce qu’il y avait à faire. Encore fallait-il trouver la clef. L’obscurité de la cave ne facilitait pas mes recherches. Je me suis promis de régler au plus vite ce problème d’éclairage, mais il était plus urgent de trouver la clef. Partout, je l’ai cherché partout, dans la jarre où étaient rangées les cuillères, au-dessus du micro-ondes, à l’intérieur du frigidaire, sur les quelques étagères fixées aux murs – en vain.

J’ai écarté les bras en signe d’impuissance. J’aurais pu pourtant prévenir immédiatement la police. Il était encore temps de faire cesser la situation – terme commode, discret, sur lequel je m’appuyais pour désigner le crime dont je commençais à devenir le complice. Mais je n’ai pas prévenu la police, vous le savez, ni à ce moment ni plus tard, les faits sont connus. » p. 32

« Pour la première fois je prenais conscience de l’importance que j’avais eue, peut-être, dans la vie de mon père. Je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait avoir besoin de moi, sans doute est-ce une chose que tout enfant a du mal à concevoir. Si je m’étais comporté autrement, si j’étais resté auprès de lui, si seulement j’étais venu le voir plus souvent, y aurait-il eu la cage ? Absurde. Ils étaient nombreux les hommes seuls, les veufs, les vieillards brouillés avec leurs enfants : ils prenaient un chien. » p. 66

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05 juillet 2016

Le reste de sa vie d'Isabelle Marrier

ResteVie01Le reste de sa vie : roman / Isabelle Marrier. — [Paris] : Flammarion , c2014. – 141 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-0813-1417-7

Quatrième de couverture

« Voici son dernier jour à la Xenon. Fin du charivari de biberons et de rapports, de trains de banlieue, de fêtes d'école, de mots d'excuse, de contrôles techniques et de vaccins en retard, et les gros chagrins à six ans et six heures du soir quand le frigo est vide et que le téléphone sonne. Désormais, elle prendra la mesure des choses. L'une après l'autre. Elle vivra une seconde enfance auprès des petites, goûtant à nouveau la naïve plénitude des choses minuscules, gommettes et gouttes de pluie. »

Délia aurait voulu que cette journée, la dernière avant son congé parental, soit réglée comme du papier à musique. Elle avait tout prévu, sauf de se laisser déborder par elle-même. Jusqu'à commettre l'irréparable. Ce court roman nous entraîne dans vingt-quatre heures de la vie d'une femme et nous fait assister, impuissants, à son destin qui bascule. En distillant subtilement tous les signaux d'alerte, ResteVie02Isabelle Marrier campe une inoubliable Délia et écrit une tragédie aussi parfaite qu'un crime.

L’auteur

Isabelle Pestre est née en 1965 en France. Après avoir dirigé pendant une quinzaine d'année une entreprise spécialisée dans la surveillance des médias, elle publie son premier roman La onzième heure en 2011. En 2012, elle publie son deuxième roman, La rencontre. En 2014, elle publie son troisième roman sous le nom d'Isabelle Marrier. Elle vie aujourd'hui à Versailles où elle continue d'écrire, tout en se consacrant à ses cinq enfants. 

Bibliographie

  • La onzième heure (2011)
  • La rencontre (2012)
  • Le reste de sa vie (2014)

Mes commentaires

Ce roman est court et terriblement efficace. Il semble tout d'abord assez inoffensif. On semble errer dans un quotidien banal. Une jeune femme, Délia, a décidé de prendre un congé parental pour s'occuper de ses trois enfants, principalement de la petite dernière, un bébé encore. Son mari, Jérôme, quoique peu enthousiaste à l'idée, peut supporter financièrement sa famille.

Le roman débute donc sur le matin de la dernière journée de travail de Délia. On suit la routine matinale de ce couple, de cette famille. Une routine ordinaire, quotidienne, anodine. Mais sous les apparences de la petite famille parfaite, il y a des fissures partout. Délia est épuisée, maladroite, oublieuse ; Jérôme est tyrannique, froid, à la limite du pervers-narcissique. Délia n'a qu'un souhait, passer à travers cette dernière journée pour se retrouver dans le calme de sa maison avec ses trois enfants. Ce matin qui débute le reste de sa vie est difficile à lire tant il est banal et tant chaque instant est décrit minutieusement et douloureusement. Chaque détail souligne la tension entre Délia et Jérôme. Chaque geste est difficile pour Délia. Et elle a peur, peur de déplaire à son mari, de faire un mauvais geste, de se tromper, de même demander la voiture pour cette dernière journée... cette peur est palpable. Tout comme l'arrogance de Jérôme, son dégoût, son mépris, son impatience, ses reproches, sa froideur. Ces premières pages sont pesantes, et pour moi, à la limite de l'insoutenable.

Une dernière journée, un dernier matin et elle sera libre. Elle doit passer à travers ces quelques heures, courir encore un peu : préparer le petit déjeuner pour toute la famille, préparer les lunchs pour les enfants, les préparer pour l'école. Tout en évitant de déplaire à son mari. Mais tout va mal, elle oublie tout. Elle finit par avoir le courage de demander la voiture à Jérôme car elle doit aller déposer les enfants à l'école et le bébé chez la nounou. Il est furieux. Elle part tout de même en voiture pour cette dernière journée de travail. Il fait chaud et elle court après le temps. Elle va porter les enfants, arrive en retard au bureau, parle aux collègues, songe à ce que sa vie sera maintenant. Ce que sera le reste de sa vie. Elle pourra se consacrer à sa famille et être la femme et la mère parfaite qu'espère Jérôme. Elle ne sera plus maladroite, oublieuse, elle ne fera plus d'erreurs. Mais rien ne se passera comme elle le veut et un oubli changera tout. Et le reste de sa vie ne sera jamais comme elle l'espèrait.

Un roman intense, dérangeant et horrible où on voudrait pouvoir tout changer. J'ai détesté Jérôme à en vouloir le tuer. Quel personnage détestable. Et Délia m'a exaspérée même si j'aurais voulu la bercer doucement. Le début lent et routinier est parsemé d'indices qui annoncent la tragédie de la fin. Je dois avouer que dès les premières pages, j'avais deviné l'irréparable annoncé dans la quatrième de couverture. Chaque mot amenait Délia a faire un ultime oubli. L'histoire d'une journée. Et quand on sait finalement, quand les appels se font,que les gens s'aperçoivent de tout, quand la chaleur est insoutenable, il est trop tard. Tout bascule.

L'auteur nous offre un roman triste, humain, angoissant, et enrageant. Je l'ai lu en quelques heures. Je l'ai aimé et détesté. Il m'a secoué et choqué, il m'a mise en colère. Beaucoup d'émotions. Trop peut-être. Une petite erreur peut faire basculer une vie. Le texte est bref, direct, délicat et efficace. Et j'ai lu le roman en criant presque que c'était trop évident, qu'elle devait se réveiller, que personne ne pourrait faire un oubli de ce gene... que... mais malheureusement, des vies ordinaires basculent parfois dans l'insoutenable à cause d'un instant.

Les mots de l’auteur

 « Telle est la  maison, ce lieu désarmé, d’où l’on entend tomber la pluie et venir le soir. Éloïse et Flore se blottissent, avec des bruits de moineaux, sur le canapé, face à la fenêtre ouverte sur le couchant. Elles sont petites filles en majuscule, claires et roses, à queue-de-cheval, rires ;a fossettes et douces joues. Elles sautent à tire d’ailes entre les meubles, campent sous la table, pirouettent des danses d’elles seules connues. Le plan de l’appartement n’a rien à voir avec leur géographie ; seule la lumière dessine les lieux de leur tranquillité et de leurs effrois. » p. 17

 « Chaque geste tricote chaque minute les unes aux autres. Ce qui est fait aussitôt avalé par ce qui est à faire. Ni œuvre ni regret, mais, au bout du compte, du sommeil dans des draps propres, les meubles sans poussière, Noël à temps, et si peu de fleurs. » p. 19

« Ce fut un commencement prolongé, jamais un dessein amoureux, mais une semblance d’accord qui s’obstinait ; il fallait en faire quelque chose.

Ils se comparaient, ils se convenaient. Le temps s’étaient mis à cisailler leurs vies, ils avaient besoin d’un avenir.

C’est le moment. Ils reposent leur verre, se sourient l’un à travers l’autre. Ils se promettent ce qu’ils ignorent. On se marie, on aura une voiture neuve et des enfants, on choisira des carrelages de salles de bains. Leurs mains laissent fuir des caressent, leurs phrases achèvent un amour ébauché, ce croquis banal qu’ils encadreront pour l’accrocher au mur de leur entêtement.

Rien ne dérive, rien ne se rêve. Tu as fermé le gaz ? Je ne t’aime pas. On a loué une maison en Bretagne pour quinze jours. Que fais-tu là ? Achète le pain en rentrant. J’ai coupé mes ailes, mangé mon cœur, et tu es là. Tu as fais le contrôle technique ? » pp. 101-102

Pour en savoir un peu plus…

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01 juillet 2016

La Signora Wilson de Patrice Salsa

Wilson01La Signora Wilson : roman / Patrice Salsa. — Arles : Actes Sud, c2008. – 138 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7427-7240-7

Quatrième de couverture

Le narrateur de ce livre vient d’arriver à Rome. Nommé dans une ambassade, ce jeune Français issu de la grande bourgeoisie découvre avec délices la splendeur de la cité italienne et, non sans ironie, l’indolence des fonctionnaires en poste. Très vite, il s’installe dans un palazzo romain, un lieu où tout serait parfait si ce nouveau locataire n’était sans cesse dérangé par une multitude d’appels téléphoniques. Une certaine Signora Wilson est chaque fois demandée.

D’une promenade à l’autre, le jeune homme apprivoise cette ville incomparable, mais sa fascination pour ces lieux prestigieux et son désoeuvrement professionnel l’entraînent vers de tout autres rêveries. Perdu dans la contemplation des pierres, il traverse la rue sans prendre garde et bascule soudain par-dessus le capot d’une automobile. Mais dans l’instant il se relève.

Commence alors une autre histoire, un voyage au cours duquel il pourra percevoir l’origine de ses peurs, revisiter son enfance, sublimer l’antique, démultiplier le désir, et comprendre l’étrange machination de la Signora Wilson.

L’auteurWilson02

Patrice Salsa est né à Lyon en France en 1962. Il fait des études en sciences humaines et se spécialise en linguistique. Il se dirige ensuite vers l'informatique et touchera à divers domaines. Il vivra à Paris et Rome pour revenir à Lyon. Il travaille dans le secteur de l'informatisation des bibliothèques et des musée. Il publie son premier roman, Un garçon naturel, en 2005.

Page Facebook de l'auteur, sa page personnelle sur Amazon.fr, son compte Twitter, son profil LinkedIn.

Bibliographie partielle

  • Un garçon naturel (2005)
  • La Signora Wilson (2008)
  • Le joueur de théorbe (nouvelle) (2011)
  • La part des anges (2013)
  • Le prix à payer (2014)
  • [Court] Traité des (gros) Câlins (2015)
  • La joueuse de théorbe (nouvelle) (2011)

Mes commentaires

Comme je l'ai déjà dit, nous devons faire beaucoup d'élagage à la bibliothèque. Les nouveautés se multiplient à une vitesse folle et il faut leur faire de la place. Nous sommes donc de plus en plus sévères. On reste de glace, objectifs et intraitables. Pas de pitié ou de sentiments. Bon, parfois, oui parfois, on ne peut résister à l'envie de comprendre... Et je me laisse donc parfois attendrir par une couverture, une quatrième de couverture, un titre... Et je triche. J'emprunte le pauvre livre abandonné pour le lire moi-même. Et lui donner une autre chance. Et La Signora Wilson fait partie de mes "lectures sauvetages".

Disons-le tout de suite j'ai bien aimé ce roman de Patrice Salsa, mais j'ai beaucoup de difficulté à en parler. Car il m'a aussi légèrement agacé. L'auteur a dit en entrevue qu'il n'y a jamais de sens caché dans ses histoires, mais que chaque lecteur contribue à la mise en place du ou des sens du texte. Et je crois que le roman peut en effet avoir différents sens. Mais l'auteur dirige définitivement le lecteur. Ou pas. C'est selon votre lecture.

Personnellement, j'ai lu le récit d'un long rêve et d'une sombre machination ; la narration d'un possible coma et la poursuite d'un potentiel héritage ; la réécriture de mythes antiques et la vision de perverses hallucinations. Et aussi, il ne faut pas l'oublier, le texte de Salsa est aussi un roman de musique, de sensations, de tissus, de peintures, de fresques, de vêtements, d'architecture et surtout un roman sur Rome... même si la ville n'est jamais nommée.

Le texte est subtil par endroit et assez lourd et évident à d'autres endroits. On devine l'histoire tranquillement mais les coïncidences sont trop incroyables pour y croire. On s'aperçoit assez vite que tout est faux ou rêvé, mais bizarrement, le texte reste agréable à lire, tout en finesse et douceurs. Il y a beaucoup de descriptions, une abondance de détails. Parfois c'est magnifique, parfois c'est pesant. L'histoire est par moment étrange, intense, étouffante et par moment on peine à être intéressé. Je ne sais pas. Je donne l'impression de ne pas avoir aimé, mais c'est tout le contraire. J'ai vraiment aimé ma lecture.

L'histoire ? La quatrième de couverture la résume plutôt bien... en dire plus serait en dire trop. Un homme arrive dans une grande ville pour travailler à l'ambassade. Il semble riche et ne pas avoir trop de soucis. Il loge dans un superbe appartement, travaille pour la forme, méprise ses collègues, visite la ville, fait des rencontres galantes. Les seuls irritants dans cette nouvelle vie sont des téléphones bizarres pour une certaine Signora Wilson et bien sûr le fait qu'il se fasse renverser par une voiture. Mais il se relève indemne de l'accident et les appels cessent, donc son quotidien se poursuit tranquillement. Mais en fait, petit à petit, il comprend que rien n'est comme avant. Sa vie semble osciller entre le rêve, l'étrange et le réel. Il ne sait bientôt plus ce qui est vrai ou inventé. Est-ce qu'il imagine des choses, a-t-il des hallucinations ou alors le manipule-t-on ? Alors qu'il essaie de comprendre ce qui lui arrive, il se perd dans le sommeil, ses souvenirs et des boutiques fantômes.

Avec lui, nous plongeons donc dans un roman peuplé de rêves, de cauchemars, de fantasmes et de sombres machinations. Et oui, nous saurons qui est la Signora Wilson.

Les mots de l’auteur

 « Comme pour les robes, ces pierres semi-précieuses sont disposées en une manière d’arc-en-ciel libre, bien que les pierre translucides ou opaques soient rassemblées sur un seul présentoir, comme autant de paires de pupilles minérales dans l’attirail d’un taxidermiste. Il y a là un systématisme compulsif, une méthode rigoureuse qui ne laisse rien au hasard et me donne le sentiment de jouer une partie dont j’ignore non seulement l’enjeu, mais aussi les règles » p. 58

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23 mars 2016

Du domaine des murmures de Carole Martinez

DDMurmures1Du domaine des murmures : roman / Carole Martinez. — [Paris] : Gallimard, c2001. – 200 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-07-013149-5

Quatrième de couverture

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d'une sensualité prenante.

L’auteur

Carole Martinez est née en 1966 à Créhange (Alsace) en France. Elle va avoir plusieurs emplois – serveuse, ouvreuse, vendeuse, photographe, comédienne, metteur en scène, pigiste - avant de devenir enseignante de français dans un collège d’Issy-les-Moulineaux. Elle commence à écrire et publie son premier roman pour la jeunesse en 1998 et son premier roman pour adulte en 2007. Ses romans sont nommés et reçoivent de nombreux prix dont le Renaudot des lycéens et le Goncourt des lycéens. Elle vit aujourd’hui à Paris.

Son roman Du domaine des Murmures sera adapté pour le théâtre en 2015.

Bibliographie

  • Le cri du livre (1998)
  • Le cœur cousu (2007)
  • Du domaine des Murmures (2011)
  • L’œil du témoin (2011) (reprise du roman jeunesse Le cri du livre)
  • La terre qui penche (2015)

Mes commentaires (attention spoilers)

Voici un petit roman historique qui m'a replongée dans mon époque préférée. Et j'en avais bien besoin. J'aime beaucoup le moyen-âge mais il est très rare que je lise un roman contemporain se déroulant à cette époque et que je le trouve réussi (ouf... phrase boîteuse mais que je vais laisser ainsi). Je dis "petit roman", mais je ne voudrais pas qu'on sous-estime l'histoire. Le roman est court mais incroyablement intense.

Esclarmonde a quinze ans et ne veut pas se marier. Nous sommes en 1187 et peu d'options s'offre à une jeune femme qui ne veut pas devenir épouse et mère. Elle se tourne donc vers la religion. Le jour de son mariage, alors qu'elle doit dire "oui" à un homme qu'on lui impose, elle déclare qu'elle choisit Dieu. Elle demande devant toute l'assistance réunie pour son mariage  qu'on lui construise une cellule où elle sera emmurée pour toujours pour prier. Elle déclare donc préférer vivre l'isolement jusqu'à sa mort que de vivre avec un homme qu'elle n'a choisi. Son père est furieux, son fiancé anéanti, sa suivante dévouée et le peuple ébloui.

Mais alors qu'elle se prépare à être enfermée, elle est violée par un homme. Elle ne dit rien et rejoint sa cellule. Seule une petite fenêtre lui permet de communiquer avec le monde. Mais la solitude qu'elle désirait semble lui échapper. Non seulement, les gens la considèrent comme une sainte et s'empressent devant sa tour et sa fenêtre, espérant la voir ou lui parler mais l'agression dont elle fut victime l'a poursuivie dans sa cellule. Et lorsqu'elle accouche d'un petit garçon, elle devient une miraculée. Les gens viennent de partout pour un moment avec elle, son ancien fiancé ne peut vivre sans elle et même sa belle-mère vient chercher son conseil. Seul son père est inconsolable et ne veut pas la voir.

Religion, croisades, visions, inceste, maternité, le roman est dur et incroyablement réaliste. L'époque est très bien décrite et vivante sans être trop "historique". On ressent le désespoir d'Esclarmonde et sa passion pour la vie. Pour vivre sa vie comme elle l'entend, pour ne pas se marier, pour être plus près de Dieu, elle s'est fait emmurée. Et bien qu'elle était convaincue de sa décision, maintenant les doutes l'envahissent. La situation lui échappe, le monde extérieur ne la laisse pas tranquille, la maternité l'enflamme. Mais renoncer à son isolement n'est plus de son pouvoir.

On peut bien sûr aller au-delà de l'histoire et voir dans cet isolement, une métaphore sur notre propre isolement, sur les murs que nous construisons autour de nous. On peut également lire une analyse de la condition féminine, à cet époque et aujourd'hui. Mais j'ai parfois de la difficulté avec ce type d'analyse. Était-ce l'intention de l'auteur ? Peut-être que oui, problablement pas. Plusieurs ont analysé le texte sous ces angle, cela m'a effleuré aussi l'esprit.

Mais au final, j'ai préféré me laisser porter par le texte et par l'époque. 

Les mots de l’auteur

« Car ce château n’est pas seulement de pierres blanches entassées sagement les unes sur les autres, ni même de mots écrits quelque part en un livre, ou de feuilles volantes disséminées de-ci de-là comme graines, ce château n’Est pas de paroles déclamées sur le théâtre par un artiste qui userait de sa belle voix posée et de son corps entier comme d’un instructeur d’ivoire.

Non, ce lieu st tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir. De mots jamais inscrits, mais noués les uns aux autres et qui s’étirent en un chuintement doux. » p. 14

« Christ était puissant dans l’esprit des femmes de mon temps. Christ seul pouvait tenir les hommes en échec et leur arracher une vierge. Il semblait alors aux familles qu’elles concluaient avec le ciel une alliance nouvelle en cédant à Dieu une enfant qui prierait pour eux depuis le sommet des cieux ou la cellule d’un cloître. » p. 24

« Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi. » p.(?)

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18 mars 2016

Quelque part avant l'enfer de Niko Tackian

enfer1Quelque part avant l’enfer / Niko Tackian. –[Paris] : Scrineo, c2015.—xx cm ; 317 p. –ISBN 978-2-3674-0204-8

Quatrième de couverture

Anna est miraculée. Après un accident et deux semaines de coma, elle est toujours en vie. Est-ce la promesse d'un nouveau départ ? Une chance avec son fils et son mari de tout recommencer ?

Mais de l'autre côté, l'espace d'une infime seconde, alors que sa vie était suspendue à un fil, elle a vu le tunnel, une lumière noire, et un homme lui promettant de la tuer...

Il la poursuit encore.

Pourquoi l'a-t-il choisie comme témoin de ses crimes ? Parfois, il vaut mieux ne pas revenir...

Un thriller psychologique haletant qui traite avec brio le thème de la mort imminente.

L’auteur

Nicolas  Tackian est né en 1973 à Paris en France. Il fait des études en Droit puis en Histoire de l’art. Connu sous le nom de Niko Tackian, il est scénariste et réalisateur,  principalement pour la télévision. Il a aussi été journaliste et rédacteur en chef pour différents magazines. On le connaît également enfer2comme auteur de bandes dessinées, notamment pour L’Anatomiste publié en 2005. Il publie son premier roman, Quelque part avant l’enfer, en 2015.

Page Facebook de l’auteur

Bibliographie partielle

  • Quelque part avant l’enfer (2015)
  • La nuit n’est jamais complète (2016)

Bibliographie et filmographie sur Wikipedia

Mes commentaires

Et un autre suspense qui m'a donné l'impression de voir un film. Il faut dire que l'auteur est encore une fois scénariste et réalisateur. Et de plus, il a écrit des BD. Il sait donc offrir un rythme soutenu à son texte et nous propose des images fortes. L'histoire est rapide, les chapitres courts et le texte est dense. La thématique est intéressante et il est rare qu'on nous parle de mort imminente dans ces termes. Le roman semble osciller entre le fantastique, le roman policier, le suspense et le thriller psychologique.

Anna est une jeune mère de famille qui vit des moments difficiles dans son couple. Après un accident de voiture, elle vit une expérience de mort imminente (EMI). Mais contrairement aux récits des gens ayant vécu une expérience similaire, Anna ne ressent aucune paix et ne voit pas de lumière blanche. Son expérience est noire, désagréable, malsaine. Et elle ne voit pas d'anges bienveillants ou des membres de sa famille qui l'accueillent, elle voit plutôt un homme effrayant qui la menace et lui promet de la retrouver et de la tuer.

Elle survit à son accident mais quand elle sort du coma Anna est dévastée par son expérience. Elle revit sans cesse ces moments de mort imminente. Elle se sent menacée, elle est convaincue d'avoir été témoin d'un meurtre et a peur pour sa vie. Sa famille veut l'aider mais elle semble sombrer petit à petit dans la folie et la paranoïa. Anna tente de comprendre ce qui lui arrive et ce qui lui est arrivé lors de son EMI. Alors qu'elle tente de trouver des réponses avec l'aide d'un professeur qui fait des recherches sur les EMI, des meurtres sont commis et Anna est convaincue que le meurtrier est celui de qui la poursuit dans ses rêves. Lorsque son fils semble menacé, Anna fera tout en son pouvoir pour le sauver.

Roman fascinant et très intense. Et dont la fin m'a complètement surprise. Anna est un personnage complexe, troublé, traumatisé par une expérience incroyable et qui se bat contre des démons... des démons réels et imaginés. Les personnages secondaires sont très intéressants également. Je n'ai pas parlé beaucoup de l'enquête sur les meurtres en série mais cet aspect est également très bien mené.

Mais l'intérêt de l'histoire réside vraiment dans le combat d'Anna pour comprendre ce qui lui arrive. Et nous cherchons avec elle un sens à toute cette histoire. J'ai particulièrement aimé l'aspect sombre de l'expérience de mort imminente contrairement à ce qu'on entend habituellement. L'auteur semble être bien documenté et son texte est solide.

J'ai beaucoup aimé l'atmosphère du roman. J'ai bien noté quelques petites invraisemblances et j'aurais aimé quelques petits indices tout au long du roman pour comprendre un peu mieux la fin. Mais en général, le roman est très bien construit et vivant. Un petit mot sur la structure du texte. Le roman a 317 pages et environ 70 chapitres qui sont donc très brefs. Cela donne un rythme intense au roman qui me semble essentiel à l'histoire - et qui rejoint le côté "film" et "case de bande dessinée". Mais en même temps, j'ai été un peu essouflée et le fait de changer contamment de chapitre m'a étourdie. Mais je le répète c'est un roman intense et solide.

Les mots de l’auteur

 « Elle décida d’avancer dans une direction, le nord, et s’aperçut qu’elle n’avait pas de chaussures. Étrangement ses pieds ne la faisaient pas souffrir, comme si le tapis de neige n’était pas réellement là. Elle fit quelque pas en avant jusqu’à atteindre le tronc d’un immense chêne. L’arbre se dressait vers le ciel et ses branches transformées en piques de glace pointaient dans toutes les directions comme les bras d’une étoile. En fixant le tronc, elle aperçut un symbole gravé profondément dans l’écorce : une spirale. » p.44

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 05:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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