30 juin 2017

La noyade du marchand de parapluies de Francis Malka

parapluie2La noyade du marchand de parapluies / Francis Malka.  — Montréal : Hurtubise, c2010 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89647-201-7. -- (Coll. AmÉrica)

Quatrième de couverture

J'ai autrefois eu en ma possession un livre qui racontait l'histoire de l'Homme. Toute, jusque dans ses détails les plus obscurs. Des cataclysmes naturels à la genèse des grandes guerres, des débuts de l'Inquisition au creux des plus profondes récessions, des plus importantes découvertes jusqu'à la chute des souverains tout-puissants, tout y était.

J'ai, malgré moi, fréquenté ce livre pendant trop longtemps.

En fait, je l'avoue, c'est moi qui l'ai écrit.

Avant même que tous ces événements aient bel et bien lieu.

L’auteur

Francis Malka est né en 1969 à Montréal. Il étudie d'abord en musique au Conservatoire de musique de Montréal puis en génie mécanique à l'École polytechnique.

En 1988, à l'âge de 19 ans, il crée le premier logiciel de correction parapluiesgrammaticale, Hugo plus. En 1995, Microsoft intègrera ses outils de correction du français à la suite Office. L'année suivante, Malka fonde l'entreprise Semantix, spécialisée en linguistique computationnelle. Sept ans plus tard, il vend son entreprise à la société américaine, Convera. Il travaille ensuite à l'élaboration de logiciels de recherche spécialisés pour diverses agences de sécurités, incluant le FBI, la CIA et la NSA.

Il publie son premier roman, Le jardinier de monsieur Chaos, en 2007. En 2011, il reçoit le Prix des écrivains francophones d'Amérique et Le Grand Prix littéraire de la Montérégie pour son roman La noyade du marchand de parapluie.

Les profils LinkedIn et Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Le jardinier de monsieur Chaos (2007)
  • Le violoncelliste sourd (2008)
  • La noyade du marchand de parapluies (2010)
  • Le testament du professeur Zuckerman (2012)

Mes commentaires

Alors je me dois d'avouer qu'encore une fois mon choix fut purement superficiel. Le titre et la couverture ont suffit pour me convaincre de prendre le roman. La quatrième de couverture, quant à elle, ne me disait rien de bien intéressant. En fait s'il avait eu une couverture et un titre différent, je n'aurais jamais emprunté le livre. Et la première phrase du prologue a achevé de me convaincre : "L'histoire que je m'apprête à vous raconter n'est ni celle d'un marchand de parapluies, ni celle d'une noyade.". Je devais lire ce livre !

En fait tout est dit dans ce prologue. Le narrateur, s'adressant à nous, nous dit que nous n'aurons pas non plus droit à son histoire car il n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal est un livre. Un livre qui raconte l'histoire du monde et dans lequel il va figurer. C'est un livre qui est poursuivi par des gens qui veulent écrire l'histoire, leur histoire. Mais le livre ne peut être vendu, acheté ou volé. Il doit être donné. Et c'est un marchand de parapluies qui donnera le livre au narrateur, un cordonnier, en 1039 dans un petit village du Sud de la France.

Nous suivrons alors le narrateur dans sa découverte des pouvoirs du livre. Un livre qui écrit par lui-même des merveilles et des atrocités. Un livre qui interprète à sa guise ce qu'on y écrit soi-même. C'est ainsi que le narrateur devra apprendre à vivre avec le livre, à le protéger, le respecter et comme il le dit lui-même dans ce même prologue : "à survivre à ses ires imprévisibles". Car la "puissance de ce livre ne réside pas dans les mots qui y sont écrits, mais dans ceux qui n'y figurent pas encore."

Le roman débute au XIe siècle et se poursuivra pendant des siècles. Nous passons à travers l'Histoire, accompagnés du livre mystérieux et du pauvre cordonnier qui bien semble bien éternel. Le narrateur vit plusieurs grands moments de l'Histoire : construction de la tour de Pise, découverte de l'Amérique, etc. Il en écrit des moments dans son livre, provoque des événements, souvent catastrophiques et réussit tout de même à très bien tirer son épingle du jeu. Mais le poids du livre est tout de même difficile à supporter et il demeure très seul. Lorsqu'il écrit des moments de sa propre histoire, il provoque souvent des désastres mondiaux. Il doit donc garder le livre caché et y écrire avec soin. Est-ce qu'il apprend de ses erreurs ? Un peu. Est-ce qu'il retient quelque chose des différents événements historiques qu'il vit ? Pas vraiment. Mais il apprend que vouloir quelque chose - même insignifiante - peut avoir des conséquences dramatiques et insoupçonnées.

Nous avons ici un heureux mélange de genres... un soupçon de surréalisme et de fantastique, un peu d'aventures et de romance, et beaucoup d'éléments historiques. On a l'impression de lire un roman historique oscillant entre le conte et le roman d'aventures. J'ai tout simplement adoré. L'écriture de Malka est très fluide et on suit aisément l'histoire.

L'auteur prend bien quelques libertés avec les faits et l'histoire - je ne crois pas que le parapluie existait comme tel au XIe siècle - mais cela ne m'a pas dérangée du tout. Quand on parle d'un livre mystérieux qui emporte son propriétaire, auteur et lecteur à travers les siècles, on ne s'attarde pas sur les petites inconsistances historiques. Ce roman traite d'impossibilités, tout simplement. Et c'est très bien comme ça.

Les mots de l’auteur

« Mais n’ayez crainte, car aucun homme – de l’historien le mieux renseigné au chercheur le plus astucieux ou au mercenaire le mieux payé – ne mettra la main sur ce manuscrit. Ce dernier fait en effet partie d’une classe d’objets à part, qu’on ne peut domestiquer, dont on ne peut prendre possession. On ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le voler. Certains vont même lui prêter une volonté, prétendant qu’il a l’étrange faculté d’influer sur son destin et la capacité de choisir son maître. » p. [10]

Pour en savoir un peu plus…


01 mai 2017

Antigone au printemps

An1Antigone au printemps

Texte : Nathalie Boisvert
Mise en scène : Frédéric Sasseville-Painchaud
Production : Le Dôme, Créations théâtrale
Conception : Mykalle Bielinski (musique originale), Chantal Labonté (éclairage), Alexandra Lord
Collaboration : Alex Gauvin, Olivier Sylvestre, Émily Vallée-Knight

Distribution : Léane Labrèche-Dor (Antigone) – Xavier Huard (Polynice) – Frédéric Millaire-Zhouvi (Etéocle) – Mykalle Bielinski (La musicienne - et chanteuse)

Présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier du 4 au 22 avril 2017.

Résumé :

Dans un Québec moderne, dans un Montréal intemporel, la tragédie d'Antigone se déroule à nouveau sous nos yeux.

L'histoire débute dans le chalet appartenant à Oedipe et Jocaste à Rivière Éternité. Leur trois enfants, Antigone, Etéocle An3et Polynice, se rappelle leur enfance à jouer près de la rivière. Mais bientôt la vérité sur leurs parents leur est révélée et ce secret insoutenable bouleverse à jamais leur vie. Oedipe et Jocaste abandonnent leurs enfants, ne pouvant vivre avec cette révélation. Les trois enfants sont révoltés et ont de la difficulté à contenir leur rage et leur désespoir.

Chacun exprimera sa colère de sa façon. Étéocle et Polynice vont joindre la révolution qui s'éveille dans leur ville. Mais dans des camps différents. Antigone va suivre son frère Polynice contre l'ordre établi. Étéocle va prendre le parti de son oncle Créon qui veut réprimer l'opposition.

Dans un affrontement sanglant, les deux frères vont se battre violemment et finalement s'entretuer. Antigone réussit à se sauver. Mais Étéocle est montré comme un héros et Polynice comme un traitre. Antigone doit rester entière. Elle se doit de donner à son frère Polynice un enterrement digne - au risque de sa propre vie.

À propos :

Le Dôme, créations théâtrales est une toute nouvelle compagnie théâtrale, fondée par Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre. Au mois d'avril 2017, ils présentent leur première pièce Antigone au printemps dont le texte est de Nathalie Boisvert et la mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.

Antigone fait partie de la mythologie grecque. Elle est intimement liée au mythe d'Oedipe. Sophocle, il y a environ 2 500 ans, a écrit une tragédie sur sa destinée. Puis en 1944, Anouilh a réécrit la pièce alors que la France était sous l'occupation allemande.

Antigone au printemps de Nathalie Boivert reprend les personnages principaux et certains aspects de l'histoire. Certains personnage seront présents, Antigone, Étéocle et Polynice ; d'autres ne seront que mentionnés, Créon et Hémon, par exemple. Le secret de leur naissance, l'effondrement d'une famille, l'affrontement entre Étéocle et Polynice, la rebellion d'Antigone, tous ces aspects sont présents dans la pièce. Mais l'histoire se déroule aujourd'hui, dans un monde rempli de guerres, de scandales politiques, de désastres écologiques, de manifestations et de contestations sociales, d'affrontements entre manifestants et policiers... et on ne peut évidemment s'empêcher aux manifestations étudiantes québécoises du printemps 2012. Selon les mots de l'auteur : "[...]une tragédie écologique où des oiseaux  tombent du ciel et les gens se révoltent contre cela. Ils manifestent dans un système politique corrompue de Créon." (Article de Raphael Demers, Antigone au printemps, entrevue avec l'auteure et le metteur en scène, Alt. RockPress, 3 avril 2017).

An12Pièce en un acte de 1 h 20 sans entracte. La scène est très dépouillée, un sol couvert de gravier, un bloc de béton et un chemin qui est aussi rivière, mais aussi la séparation entre deux mondes. Aucun décor. Quelques lumières et surtout une musique qui suit parfaitement la tension et le climat de la pièce. Pas de Prologue ici pour raconter l'histoire mais une narration par les trois acteurs entrecoupée de dialogues qui sont plus une énonciation qu'un échange.

La pièce a été présentée pendant le mois d'avril 2017, pour le grand public mais également à des groupes étudiants. On voit aisément comment la pièce peut rejoindre un public plus jeune. Elle demeure accessible, ancrée dans une réalité contemporaine tout en reprenant les mythes anciens.

Mes commentaires :

Vous savez, j'aime beaucoup le personnage d'Antigone. J'ai aimé lire son histoire dans la mythologie grecque puis la tragédie de Sophocle. Mais j'ai particulièrement aimé l'adaptation d'Anouilh. J'ai même décidé - dans un moment de folie, je crois - d'écrire quelques textes sur la pièce d'Anouilh. Je ne suis loin d'être une experte et mes années d'université en littérature française sont loin derrière moi, mais j'ai mis beaucoup de temps et d'efforts dans ces articles, car comme je l'ai dit, j'aime beaucoup le mythe et la pièce. Je ne m'attendais cependant vraiment pas à la popularité de ces articles. Parfois j'ai l'impression que si Antigone n'existait pas sur mon blogue, il n'y aurait pratiquement pas de visiteurs ! Bon, j'exagère un peu, mais honnêtement... le nombre de clics que mes textes sur Antigone ont généré, est hallucinant. Il faut croire que le texte d'Anouilh est encore beaucoup étudié !

Mais cela a aussi généré en moi une sorte de désintérêt pour mes propres textes et pour Antigone. Bon... Antigone encore... que je me disais. Je remettais en question mon engouement pour cette histoire. Il est certain que j'ai toujours trouvé extrême l'obsession d'Antigone. J'ai même pensé supprimer mes articles. Surtout que je ne suis pas une experte en la matière.

Et puis, j'ai vu cette pièce annoncée. Antigone au printemps. Et avec une comédienne que j'aime bien. Je n'ai pas pu résister. Je n'ai rien lu sur la pièce. Je savais cependant que la pièce avait été modernisée, mais rien d'autre. Je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avoue que j'avais un peu peur du résultat.

La pièce a commencé, la voix, la musique, ont envahit la salle. Les acteurs ont récité leurs textes. Et j'ai été complètement envoûtée, renversée, hypnotisée. J'ai retenu mon souffle. Et Antigone s'est retrouvée à nouveau dans mon coeur. Non seulement, je me suis réconciliée avec le personnage d'Antigone, mais j'ai finalement pu la comprendre.

Le contexte est différent, bien sûr. Mais l'histoire reste la même. Et la révolte aussi. Révolte contre ce qui ne peut être changé (la vérité de leur naissance) et révolte sur ce qui peut être changé. La rage de vivre des personnages est bien vivante ainsi que leur destin inévitable vers la mort ; comme dans l'histoire mythique.

Mais nous retrouvons les personnages avant le texte d'Antigone. Nous les retrouvons enfants, ensemble, unis. Meurtris mais solidaires. Puis, nous les voyons s'éloigner, se perdre et finalement s'affronter. Les gestes sont horribles, la fin tragique. Le besoin de croire en une cause, la manipulation des faits, des informations, des opinions, la nécessité de se battre pour ses idées... Tout ceci se trouve dans les textes de Sophocle et Anouilh mais ici, tout semble terriblement proche, moins théorique.

Je trouve cependant triste que rien ne change... nous avons, encore et toujours, les mêmes tragédies à vivre et revivre.

Lire aussi:

Pour en savoir plus...

  • Article par Élie Castiel dans la revue Séquence
  • Critique de Pierre-Alexandre Buisson sur la Bible urbaine
  • Article de Raymond Bertin sur la pièce et article sur l'auteure dans la revue Jeu
  • Entrevue avec Léane Labrèche-Dor
  • Article de Gilles G. Lamontagne sur le site Sors-tu?.ca
  • Article d'Esther Hardy sur le site atuvu.ca

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14 avril 2017

Trois fois la bête de Zhanie Roy

3aTrois fois la bête / Zhanie Roy. — Montréal : À l’étage, [2015]. – 215 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-924568-06-4

Quatrième de couverture

Été 1935, dans un village du Québec. Une bête rôde.

En pleine canicule, des enfants sont retrouvés morts, éventrés près de la rivière. Le cimetière de la paroisse, plein à craquer, ne peut plus accueillir de dépouilles. Le curé souhaite établir un nouveau cimetière sur une terre inondable, mais tous ne sont pas du même avis...

Les querelles se multiplient et la panique s'installe au village. Et si le loup n'était pas responsable de ces disparitions...

Trois fois la bête se situe entre la comptine et le refrain des morts. C'est une fable intrigante qui, sous ses relents d'horreur, évoque l'amour et la solidarité.

L’auteur

Zhanie Roy est né en 1977 à Repentigny au Québec. Elle fait des études en cinéma et en théâtre. Elle habite à Montréal.3b

Bibliographie

  • Trois fois la bête (2015)

(Note : La biographie de l'auteur sur la quatrième de couverture mentionne que ce roman est le deuxième de l'auteur. Malheureusement, je n'ai pas réussi à trouver le titre du premier roman de l'auteur. Si vous le connaissez, n'hésitez pas à me le dire.)

Profil Facebook de l'auteur

Mes commentaires

L'histoire se déroule pendant l'été de 1935 dans un petit village du Québec. Des enfants sont sauvagement assassinés. Les villageois ont peur, ils suspectent un animal, une bête, mais plusieurs ont des doutes. Et d'autres tentent de profiter de la situation, comme par exemple, le curé qui cherche à laisser sa trace dans la communauté et veut construire un nouveau cimetière pour ces pauvres enfants morts. Les villageois se chicanent sur ce futur cimetière, certains se rebellent férocement contre celui-ci avec en tête, l'enfant prodigue revenu au village après un séjour aux États-Unis. Et puis, petit à petit la panique s'empare du village alors que les morts horribles des enfants demeurent inexpliqués.

Le livre de Zhanie Roy est beaucoup plus qu'un roman policier. En fait, même si je voulais savoir qui avait tué ces pauvres enfants, c'est plutôt les côtés historique, sociologique et psychologique qui m'ont fascinée. C'est bizarre, car cette lecture a suivi la lecture de Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat. Et pour les deux romans, ce sont vraiment la psychologie des personnages et l'aspect historique de l'époque qui m'ont paru le plus intéressant.

Mais j'avoue que contrairement au roman de Jordi Lllobregat, j'ai non seulement aimé la conclusion, mais elle m'a prise un peu par surprise (même si j'avais un peu deviné... ça fait du sens ?). Et même si elle était aussi un peu incroyable.

J'ai beaucoup aimé le roman de Roy. Elle a su reproduire la vie de l'époque, les peurs et les superstitions, la vie quotidienne, les espoirs et les souffrances. Les personnages sont très vivants et terriblement humains. Si je peux le dire ainsi. Il y a bien sûr une atmosphère très noire, mais la vie m'a paru vouloir éclore un peu partout. Et puis, nous sentons une transformation en devenir d'une société traditionnelle.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Zhanie Roy et j'aimerais bien lire ce mytérieux premier roman !

Les mots de l’auteur

« Le ventre tendu par l'enfant qu'elle porte alourdit la femme, ralentit son rythme naturel. Il fait une chaleur torride dans cette petite pièce annexée à la maison. Des perles de sueur gouttent sur son front et s'emmêlent à sa tignasse noire. De longues mèches folles s'échappent du lourd chignon de la paysanne noué bas sur son cou fort et solide. Rose-Délina pétrit on pain. Il en faut beaucoup pour nourrir son clan. Et elle masse la boule de pâte blanche, enfonçant ses mains rugueuses dans la matière élastique. [...] La femme pétrit avec vigueur. De toutes les tâches ménagères, celle-ci demeure sa préférée. L'effort et la répétition du geste qui v=berce son corps de l'avant à l'arrière font en sorte qu'elle perd la notion du temps » p. 23

« Le loup avance ventre à terre. Son coeur bat la chamade. Ses pas sont empêchés par le foin sec qui n'a pas été coupé. Il voit une lumière qui vacille sur l'horizon, à la heuteur des herbes. Partout, ses narines découvrent l'odeur des hommes qui l'encerclent. Ce soir, le sang coulera. S'il ne veut pas que ce soit le sien, il lui faudra se battre. Il jette la tête en arriêre et hurle à la lune qu'il saura se défendre. » p. 183

Pour en savoir un peu plus…

02 mars 2017

Le gars des pogos d'Éric Godin

pogosLe gars des pogos : roman /Éric Godin. — Rosemère (Québec): Éritions Pierre Tisseyre, [2014]. – 143 p. ; 20 cm. – ISBN 9782896333004

Quatrième de couverture

Que tous ceux qui ont lu Si j’étais une baleine lèvent la main! Personne… Pour Stéphane, c’en est trop! Trois ans pour écrire un chef-d’oeuvre. Des milliers d’heures pour en sculpter chaque phrase. Tout ça pour… trois cents exemplaires vendus! Entre son ami George qui peine à lire l’arrière des boîtes de céréales et son éditeur qui ferait tout aussi bien de vendre des plats Tupperware, Stéphane se demande où sont passés les lecteurs du temps jadis. À son grand dam, il les découvre au rayon des livres de cuisine… Voilà donc à quoi doit s’abaisser un auteur pour se faire connaître. Rédiger des recettes! Ah! et pourquoi pas? Après tout, ça ne peut pas être bien compliqué… Suffit de trouver un thème facile. Les pogos par exemple… Ainsi débute pour Stéphane une aventure unique, celle d’un canular qui s’avérera on ne peut plus indigeste!

L’auteur

Éric Godin est né en 1982. Il est originaire du village Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier aupogos2Québec. Il publie son premier roman en 2009.

Bibliographie

  • Personne n’aime Robin (2009)
  • Apprendre à compter (2013)
  • La brute et la belle (2014)
  • Le gars des pogos (2014)
  • Le sac d’arachides ; Le flâneur (nouvelles) (2016)

Mes commentaires

J'avais envie de lire quelque chose de léger et rapide. J'étais en général pas mal fatiguée et les vacances semblaient loin. Il fallait que je relaxe mon cerveau et que je lise léger. J'ai donc pris un livre qui avait retenu mon attention lors de son arrivé à la bibliothèque il y a quelques années. Le titre m'avait fait sourire, j'avais fait une grimace à la vue de la couverture et la quatrième de couverture m'avait intéressée. Et génial, il ne faisait que 143 pages.

La quatrième de couverture résume assez bien le livre. Le roman nous présente donc un écrivain dont le livre ne se vend pas en librairie et qui se sent incompris. On ne reconnaît pas immense talent, son génie littéraire. Il est découragé mas surtout en colère. Les gens ne semblent plus lire de la "vraie" littérature - même son meilleur ami n'a pas lu son roman. Qu'est-ce que les gens lisent ? Quels sont les meilleurs vendeurs en librairie ? Les livres de cuisine.

(Et en fait, je dois vraiment confirmer la chose... la quantité de livres de cuisine que nous achetons par mois est incroyable et désespérant ... Et les gens empruntent, empruntent, empruntent. Ce que je trouve vraiment extraordinaire et bizarre, car qu'aujourd'hui, on n'a qu'à entrer quelques ingérdients sur Google et hop, on a la recette. Enfin.)

Et bien merde, se dit-il, je vais en écrire un, livre de cuisine, et n'importe comment en plus ! Et c'est ce qu'il fait, en quelques heures, il pond différentes recettes avec le pogo comme ingrédient principal. Il s'amuse ferme. Et puis, il envoie son manuscrit à son éditeur. Et là, coup de théâtre... on veut le publier ! On lui demande d'autres recettes. Évidemment qu'on va découvrir que c'est du n'importe quoi, qu'il se dit. Mais non. Le livre est publié, a un immense succès. Il est invité partout. Il ne peut croire qu'on croit que c'est un vrai livre de recettes. Il est au désespoir, encore plus découragé et au bord de la dépression. Vive la littérature ! Et les pogos !

Le livre est amusant. Et j'ai souri à plusieurs reprises. Spécialement à la lecture des recettes de pogos que l'on retrouve à la fin. Car ouf... c'est en effet assez drôle et les recettes sont littéralement ridicules. Et j'ose espérer qu'un tel livre n'aurait pas été vraiment publié. J'espère vraiment beaucoup.

Il est bien sûr évident de comprendre ce que le roman de Godin dénonce : le milieu de l'édition, le lectorat et les auteurs. Le milieu de l'édition si brutal, difficile, cruel, mais qui a des règles, des impératifs impitoyables à suivre. Le lectorat qui aime ou n'aime pas, sans pitié et avec intransigeance. Et les auteurs qui versent leur coeur, âme, leur vie dans leur oeuvre et qui espèrent, croient, sont convaincus que tout le monde va comprendre et adorer leurs mots. Et ceux qui se prennent trop au sérieux. 

Le roman est facile à lire, simple et sans surprises. Mais c'est agréable à lire. Et c'est ce que je voulais. Et j'ai même failli acheter des pogos à l'épicerie.

Les mots de l’auteur

« Son pari étant qu’un livre de recettes ne lui rapporterait pas beaucoup, mais le ferait probablement connaître un peu plus, il décide d’y investir le moins de temps possible. Aussi choisit-il de consacrer son ouvrage au mets le plus ridicule qui soit. Si ridicule que, bientôt, le projet qui devait l’aider à se faire connaître devient une pure séance de défoulement et de dérision seyant beaucoup mieux à l’écrivain que de basses manœuvres publicitaires. » p.[50]

Pour en savoir un peu plus…

22 février 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…


09 février 2017

Vingt-quatre mille baisers de Françoise De Luca

24Vingt-quatre mille baisers : nouvelles /Françoise De Luca. — Montréal : Marchand de feuilles, c2008. – 102 p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-922944-43-3

Quatrième de couverture

Les nouvelles de Vingt-quatre mille baisers explorent la genèse de l'amour. Des petits abandons de l'enfance aux femmes enchanteresses en passant par les élans littéraires qui font voyager, ces textes brefs nous offrent les talismans du coeur et posent une grande question hypnotique: Comment devient-on qui on est? Avec en filigrane la chanson italienne. Un baume pour le myocarde.

L’auteur

Françoise de Luca est né à San Giovanni in Fiori en Italie.

Elle a grandi en France. Elle a licence en journalisme du Centre universitaire d'enseignement du journalisme de Strasbourg. Elle fait ensuite des études en Lettres et détient une maîtrise de l'Université de Reims. Elle fait ensuite des études en arts à Avignon. 243

Elle travaille comme journaliste et comme enseignante dans diverses régions de France.

Elle s'installe à Montréal au Québec en 2000 et publie son premier roman, Pascale, en 2003.

Bibliographie

  • Pascale (2003)
  • Vingt-quatre mille baisers (nouvelles) (2008)
  • Jason et la tortue des bois (jeunesse) (2011)
  • Sèna (2015)
  • Reine (2015)

Mes commentaires

Bon, je n'aime pas les nouvelles. Même si les recueils de nouvelles dont j'ai parlé ici, je les ai généralement bien aimés. Je ne choisis jamais de lire des nouvelles. Disons, qu'elles viennent à moi ? Parfois c'est parce que j'aime le titre.  Cette fois, c'est la couverture. Celle-ci m'obsédait littéralement.  Et donc, j'ai pris le livre. À ce moment-là, je ne me souvenais même pas qu'il contenait des nouvelles. Et je ne voyais pas le lien entre l'image et le titre. Nos choix de lecture ont parfois des raisons étranges.

Le livre de Françoise De Luca qui n'a que 109 pages, renferme 9 nouvelles très courtes. Les textes sont très poétiques. Et j'ai parfois eu l'impression de lire de longs poèmes plutôt que des histoires. Chaque nouvelle tourne autout de l'amour. L'amour parental, l'amour de la langue, de la musique, des livres, l'amour de l'ailleurs, de ses racines et de l'autre.

Les souvenirs d'enfance, les quêtes d'identité, les désirs de l'ailleurs... on a parfois l'impression que l'auteur se livre, se dévoile. Sûrement un peu. Sûrement pas tout. Les histoires sont des moments, des vies... une enfant qui aime la langue, un premier amour, une mère malade qui va mourir, ce sont des histoires d'amour.

Les textes sont très beaux. Mais contrairement à d'autres avis, je les ai trouvés parfois un peu empesés. Et surtout pas sobres ou dépourvus de fioritures, comme on le dit parfois. L'auteur nous offre des textes pleins de poésie, d'ivresse et de musique. Parfois, j'aurais aimé lire une histoire, connaître un peu les personnages, en savoir un peu plus. Mais l'auteur préfère nous livrer des notes, des mots, des moments, des instants... parfois intimes, parfois sensuels, parfois tristes, mélancoliques ou réconfortants. 

J'ai bien aimé mais je ne le recommenderais pas à tout le monde. Ou plutôt, je dirais qu'il faut savoir aller à la rencontre de ce livre. Et il faut le lire au bon moment pour pouvoir l'aimer.

Les mots de l’auteur

« Je dois à un livre une nuit étrange. Une nuit déviée de son cours, sortie de son lit, une parenthèse du hasard.» p. [41]

« Les rêves d’enfant ne déçoivent pas. Peut-être parce qu’ils n’ont pas de contours  nets, parce qu’ils sont flous et ouverts. Parce qu’ils ne sont qu’un point de départ, souvent juste un désir qui s’est planté dans la mémoire et qui grandit, qui fait son chemin, qui tisse une petite pelote de fils transparents. » p. [49]

Pour en savoir un peu plus…

 

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23 janvier 2017

Madame Victoria de Catherine Leroux

Victoria2Madame Victoria / Catherine Leroux. — Québec (Québec) : Alto, [2015]. – 195 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-192-6

Quatrième de couverture

A l'été 2001, un squelette apparaît à l'orée d'un petit bois, à quelques pas de l'Hôpital Royal Victoria à Montréal. Une enquête s'amorce, qui deviendra une quête : découvrir l'identité de cette femme morte sans bruit. Mais toutes les pistes mènent à l'impasse ; celle qu'on a baptisée madame Victoria continue d'attendre que quelqu'un prononce son nom.

Aujourd'hui, la fiction prend le relais.

A partir d'une série de portraits de femmes, Catherine Leroux décline les vies potentielles de son héroïne avec une grande liberté. D'abord nettes comme le jour, ses hypothèses plongent de plus en plus loin dans l'imaginaire, comme des flèches filant vers un point où la mémoire et l'invention se confondent, vers un minuit où tout est possible, jusqu'au dernier souffle.

L’auteur

Catherine Leroux est né à Rosemère au Québec en 1979. Après avoir eu divers emplois (caissière, Victoria1téléphoniste, barmaid, commis de bibliothèque, bergère, journaliste, etc.), elle publie son premier roman, La marche en forêt, en 2011. Son deuxième roman Le Mur mitoyen publié en 2013 a remporté le Prix littéraire France-Québec en 2014. En 2015, elle publie sa troisième oeuvre Madame Victoria qui remporte en 2016 le Prix Adrienne-Choquette. Elle habite maintenant à Montréal.

Bibliographie

  • La marche en forêt (2011)
  • Le mur mitoyen (2013)
  • Madame Victoria (nouvelles) (2015)

Mes commentaires

Roman ou nouvelles ? C'est bizarre, quand j'ai lu Madame Victoria, je ne me suis pas vraiment questionnée. J'ai lu les différentes déclinaisons d'une inconnue comme des parcelles de vies sans lien entre elles. Un fil conducteur oui, mais des histoires différentes. Et puis est venu le temps de rédiger ce billet. Et puis là, je ne sais plus comment décrire le/les texte/s de Leroux. Roman ? Nouvelles ? Les avis sont partagés. Et je suis partagée. Je vais donc mettre les deux dans mes "tags"... aux lecteurs de faire leur propre idée.

Un fait divers réel a inspirée l'auteure. Le 26 janvier 2011, l'émission Enquête diffusait un premier reportage sur la découverte en 2001 du cadavre d'une femme non identifiée dans un stationnement de l'Hôpital Royal-Victoria à Montréal. La mort de la femme remontrerait à 1999 et le reportage tentait de découvrir l'identité de celle qu'on a surnommé "Madame Victoria". Même la célèbre auteure et anthropologue judiciaire Kathy Reichs a participé à l'enquête. À la suite du premier reportage, de nouveaux éléments parviennent aux enquêteurs et un second reportage est diffusé.

Catherine Leroux voit le reportage d'Enquête et décide d'imaginer qui a pu être cette femme inconnue. Et elle nous livre de nombreuses Victoria toutes différentes les unes des autres mais toutes liées dans leur mort anonyme et solitaire. Ces femmes, une dizaine au total, sont toutes différentes mais semblent toute mourir dans l'indifférence ; qu'elles aient été journaliste, comptable, fille-mère, gardienne,...

Si les textes de Leroux sont tout d'abord près des faits connus et rapportés dans le reportage, petit à petit, ils s'en éloignent. Elle remonte le temps, ces personnages vivent aujourd'hui ou dans un autre siècle - passé ou futur. Certaines Victoria sont réalistes, d'autres improbables et impossibles. Et le surnaturel, et même la science-fiction, frôlent certaines de ces vies. Leroux maniant parfaitement tous ces genres. Les textes m'ont tous parus solides et forts.

Chaque vie est donc une nouvelle histoire et c'est pourquoi j'ai pris les textes comme des nouvelles. L'auteur nous présente à chaque fois, une femme, sa vie et sa mort. Il y a certes un fil conducteur, celui qui a trouvé le cadavre et l'enquête qui est menée, et qui revient périodiquement dans de courts chapitres nous rappelant la prémisse des histoires qui suivent. Mais ensuite chaque histoire est véritablement indépendante. Peut-être peut-on parler de roman choral ? Ou encore peut-être peut-on voir le livre comme un recueil de portraits ? Je ne sais pas. Et je n'ai pas envie de savoir, en fait.

L'auteure avoue avoir été touché par l'histoire de celle qu'on a appelé Madame Victoria. Par la solitude, l'anonymat, la violence de sa mort. Elle a voulu donner un peu de beauté et de poésie à cette femme morte seule et sans nom. Elle ne lui a pas redonné une seule vie, mais une multitude de vies. Et elle nous livre des portraits troublants, bouleversants. Ces femmes sont belles, laides, fortes, faibles, remplies d'amour et de haine, elles sont uniques et multiples.

Les mots de l’auteur

« Le lendemain, Victoria se retrouva en possession d’une lettre élogieuse tissée de mensonges qui, en vantant sa foi, sa modestie et ses prodiges intellectuels, la libérait de la misère des campagnes et des prétendants bouseux que lui réservaient ses parents. » p39

« Enfant, elle était convaincue que le mont Royal était un volcan. Cette légende, véhiculée de génération en génération dans toutes les cours d’écoles montréalaises, prenait appui principalement du cratère. Cette croyance maintenant Clara dans une sublime terreur, dans le sentiment qu’à tout moment quelque chose d’énorme, d’extraordinaire et de tragique pouvait se produire. Le volcan a fait d’office de monstre sous le lit, de bonhomme Sept-Heures, mais aussi de château enchanté, d’ami imaginaire. » p. 191

Pour en savoir un peu plus…

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23 novembre 2016

Ouvert l'hiver de Sébastien Dulule

OuvertHiver01Ouvert l'hiver / Sébastien Dulude. — Chicoutimi : La Peuplade, [2015]. – 68 p. ; 19 cm. – ISBN 978-2-923530-96-3

Quatrième de couverture

entre c’est ouvert

Une maison s’offre ouverte, débarrée, prête à accueillir qui veut se réchauffer ou dormir, simplement. Tombent de ce calendrier d’hiver quelques poèmes blancs – avec la neige, les yeux et le soir –, s’enchaînent une série de petites pièces ciselées que Sébastien Dulude a voulu glaciales dans leur forme et chaudes dans leur langue. Les engelures, le vin chaud, les tuyaux gelés, le calorifère, la buée, la tempête : ouvert l’hiver dessine ces images connues de notre imaginaire nordique, de part et d’autre de fenêtres brillantes, au bord desquelles le sujet hésite.

Ces poèmes, délicats mais sonores, obsessivement ficelés, aspirent à confondre beauté et rudesse, chaleur et malaise, dans une intimité teintée d’ambiguïté.

L’auteur

Sébastien Dulude est né en 1976 et partage son existence entre Montréal et Trois-Rivières.. Il publie son premier recueil de poésie, chambres,  en 2013. Il a publié dan les revues littéraires Estuaire et Le Sabord et écrit une chronique sur la poésie dans Lettres québécoises. En 2015, il est écrivain en résidence au Salon du livre de Trois-Rivières. Il aime combiner la poésie et la performance et présente régulièrement des spectacles. En 2016, il soutient sa thèse de doctorat en Lettres à l’Université du Québec à Trois-Rivières, plus précisément sur "la performativité dans la poésie québécoise".

Bibliographie

  • chambres (poésie et photographies de performances) (2013)
  • Esthétique de la typographie – Roland Giguère (essai) (2013)
  • ouvert l’hiver (poésie) (2015)

Mes commentaires…

Je ne sais pas s'il faut aimer l'hiver pour lire ces poèmes, mais disons que pour l'amoureuse que je suis de l'hiver, ils m'ont complètement envoûtée. Mais est-ce que ce sont "DES" poèmes ou plutôt "UN" seul long poème qui se poursuit de page en page et nous raconte une seule histoire ? C'est selon. C'est l'un ou l'autre et les deux à la fois. J'ai lu le texte en un instant. Puis, je l'ai relu lentement. Ce fut un moment. Un souffle, un clin d'oeil. Et je l'ai relu et relu. Une fois à haute voix. Il le fallait.

Chaque page nous offre un minuscule poème de trois lignes qui se déplace de page en page. Les premiers poèmes se retrouvent tout en haut des pages puis le recueil se conclue avec des poèmes au bas complètement. J'ai eu l'impression de suivre les mots sur les pages blanches comme s'ils étaient poussés par le vente sur la neige.

Le recueil raconte une histoire. Une histoire d'amour probablement. Ce sont des petits moments entre deux êtres. C'est leur histoire, je suppose. Mais c'est aussi l'histoire d'un lieu, porte, fenêtre, cuisine... et l'histoire de l'hiver. Il fait froid, c'est l'hiver. Même à l'intérieur, il fait froid. Tout est hiver. Tout est froid et blanc. Et pourtant. Tout n'est pas glacial. On sent des moments doux, presque chauds. Ces petits poèmes - qui rappellent évidemment des haïkus sans en être vraiment - sont personnels, intimes.

L'hiver de Sébastien Dulule débute puis se termine. Il recommencera, on s'imagine. Ces poèmes se poursuivent et se suivent. Il imagine, il image. L'auteur joue avec les images. Ces mots sont tourbillonnants et vivants. Ils prennent vie dans notre imagination : "le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou" p. 33 ; "j'ai été suspendu pendant des heures en frimas dans la maison -- la nuit rire sur sa fin et tu te réveilleras : -- je tomberai soudain comme une rosée à tes pieds" p.42

Bien sûr, tout semble froid, dur, glacé, glaçant. L'hiver est vivant, impitoyable, menaçant. Il est dans chaque mot, dans chaque sensation. On le vit, on le voit, on le ressent. Et pourtant, je l'ai aimé cet hiver. Je m'y suis retrouvée. Je m'y suis sentie à l'aise. J'ai grelotté, certes. Mais je m'en suis éprise. Je fut un véritable coup de foudre. Chaque mot m'a trouvée. Retrouvée. Je suis heureuse de retrouver l'hiver.

Les mots de l’auteur

« entre c’est ouvert
mets une couverte sur ma maison
je chauffe pas assez

le foyer est entrouvert
le bois est usé
l’hiver balaie les cendres

l’allée chez toi est gelée
je m’y retrouve mal
l’odeur de l’intérieur évanouie

où tu dors ce soir
le sol y’est-tu assez dur
pour qu’on s’enfonce dans l’hiver
 
» [pp.9-12]

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans Le Devoir
  • Article sur le site Les méconnus
  • Article dans Les Libraires
  • Article sur le site Poème sale
  • Article dans Zone Campus : le Journal des étudiants de l’UQTH
  • Article sur la thèse de l’auteur sur le site En-tête : Nouvelles de l’UQTR
  • Article dans L’Hebdo Journal

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12 octobre 2016

Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy

peur1Une nuit, je dormirai seule dans la forêt / Pascale Wilhelmy. — Montréal : Libre Expression, c2015. – 173 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-7648-1128-3

Quatrième de couverture

Depuis ses cinq ans, Emma a peur de tout. Des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns… et des mains poilues. Pourquoi ? Elle a juré de ne rien dire.

Un soir d'orage, paralysée, elle se fait une promesse : vaincre ce qui l'effraie. Briser son grand secret. Une nuit, elle ira dormir seule dans la forêt, au cœur de tous les dangers. Et si elle survit, si un loup ne l'attaque pas, si un ours ne la scalpe pas, elle en reviendra victorieuse. Pour une fois.

Avec la sensibilité et le style qu'on lui connaît, Pascale Wilhelmy nous transporte dans l'univers d'Emma et de cette expédition qui la mènera à l'origine de ses peurs. Et surtout droit devant, vers un avenir plus léger, plein de promesses.

L’auteur

Pascale Wilhelmy est une auteure, journaliste et chroniqueuse québécoise. Elle a travaillé pendant plusieurs années pour la radio à Rythme FM. Elle a également travaillé comme journaliste artistique et culturelle pour le réseau de télévision TQS et pour le bulletin de nouvelles de TVA. Elle a aussi été animatrice pour l'émission Star peur2Académie. Et elle écrit pour divers magazines comme par exemple, le magazine 7 jours. Elle publie son premier roman Où vont les guêpes quand il fait froid ? en 2013, qui a été finaliste pour le Grand Prix littéraire Archambault.

Pascale Wilhelmy a deux enfants et est mariée à l'animateur radio et télé québécois, Denis Lévesque.

La page Facebook de l'auteure.

Bibliographie

  • Où vont les guêpes quand il fait froid? (2013)
  • Ces mains sont faites pour aimer (2014)
  • Une nuit, je dormirai seule dans la forêt (2015)

Mon expérience de lecture !

Je ne m'attendais à rien. Je savais que le livre avait eu de bonnes critiques mais qu'il n'avait pas beaucoup de succès à ma bibliothèque. Je ne sais pas pourquoi mais quand nous l'avons reçu en don, je l'ai acheté. Comme ça. Sans raison précise. Nous avions déjà trois copies qui ne sortaient pas beaucoup et donc en bon état. Alors le don s'est retrouvé dans la vente de livres. Et puis, ensuite, il a traîné un peu dans ma pile à lire. Un matin que je devais prendre le train, je l'ai pris distraitement. Et lorsque 30 minutes plus tard je sortais du train, je pleurais presque de devoir interrompre ma lecture. Le roman de Wilhelmy m'a chavirée, étourdie et bouleversée. J'ai eu les larmes aux yeux. Je ne voulais plus le quitter. Et quand j'ai dû le fermer, je n'ai pu qu'en parler à tout le monde autour de moi... et tous ceux qui l'ont lu me disent la même chose : les  mots de Wilhelmy sont magiques, tragiques, inoubliables...

J'exagère ? Peut-être. Mais c'est rare que je suis émue à ce point par un livre. Cela m'arrive parfois mais de plus en plus rarement. Alors avant de dire autre chose... merci Mme Wilhelmy, cela faisait si longtemps que je n'avais pas vécu un moment de lecture si intime et émouvant.

Mes commentaires...

Bon, revenons sur terre... Emma a peur. Elle a peur de presque tout et depuis toujours. Elle a peur de l'avion, des chiens, des ours, des hauteurs, de son sous-sol, des orages, et d'un miliers d'autres choses. Elle passe sa vie à essayer de surmonter certaines peurs et vivre presque normalement, puis à se réfugier chez elle pour se protéger des ours, des orages, des pilules qu'elle pourrait avaler de travers. Depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne, elle a peur. Il lui semble avoir toujours vécu avec ses peurs.

Mais elle essaie de surmonter ses peurs. Tous les jours. À son rythme. Les premières pages nous parlent de toutes ces peurs qu'elle a et comment elle essaie de les surmonter. Puis, au détour d'une page, son petit ami découvre un dessin qu'elle a fait quand elle était une enfant. Et là, le roman bascule. Le dessin est effroyable, révoltant et horriblement triste. Quand j'ai parlé du roman avec des collègues, je me souviens avoir dit "et quand j'ai vu le dessin" au lieu de dire "quand j'ai lu la description du dessin". Car j'ai vu le dessin tant les mots de Wilhelmy sont forts et terriblement vivants.

Emma est blessée, même si elle ne veut pas admettre ces blessures. Petit à petit, au fil des pages, on retourne dans le passé d'Emma, son enfance, son adolescence, sa vie de jeune adulte, ses amours, ses succès, ses échecs... et surtout ses peurs. Ses peurs qu'elle connait, qui font partie de sa vie, qui sont même réconfortantes en quelque sorte, puis ses peurs enfouies, qu'elle veut ignorer et oublier.

Elle finit cependant par vouloir les combattre. Et elle décide de les affronter toutes à la fois, en passant une nuit, seule, dans la forêt. Elle a décidé d'affronter tous ses monstres.

Le roman m'a prise à la gorge. L'auteur m'a bouleversée. J'ai ensuite lu que même si l'histoire n'est pas la sienne, l'auteur a quand même vécu avec la peur, des peurs intenses. Pour avoir moi aussi certaines peurs, pour avoir vécu avec ma mère qui s'est battue contre des peurs intenses, irrationnelles et qui paraissaient insurmontables (mais qu'elle a fini par vaincre), je peux dire que l'auteur a su transmettre toutes ces émotions dans son texte. Comment les peurs peuvent briser des vies. La vie de ceux qui les vivent et des proches qui doivent vivre des peurs qui ne sont les leurs et essayer de les comprendre... et surtout les accepter.

Tous les personnages du roman m'ont semblé forts, vivants. En si peu de pages, l'auteur arrive à non seulement les présenter mais à tous les faire vivre. J'ai rarement eu cette impression de connaître autant les personnages, même les personnages secondaires. L'écriture de Wilhelmy est délicate, douce mais on la reçoit en pleine face... elle est aussi trèes brutale, vraie, authentique.

Mais je ne peux en dire plus... Et maintenant, j'ai terriblement envie de lire les autres romans de l'auteur mais j'ai aussi terriblement peur de le faire.

Les mots de l’auteur

« Le ciel n’est ni bleu, ni turquoise. Loin des beaux jours, il est noir. Troublant. Un éclair le traverse. Le feu vient de s’abattre sur la maison. J’en ai même fendu la toiture. Il n’y a ni jardin, ni fleurs. Aucune boule jaune, aucun soleil comme l’ont dessiné les atres élèves. Tous, sans exception. Chez moi, c’est la nuit.

Ma maison n’a pas de porte. Ni même une cheminée, pour s’évader. » p.57

« Se défaire de l’enfance. Impossible. On peut se bercer d’illusions, mais elles marquent, ces premières années. Un fer rouge dans la tête. Dans la mémoire. Parfois sur le corps. On fera des détours, on l’emmaillotera dans une amnésie forcée. Pourtant, elle ne se supprime pas. La ne sera jamais parfaite» p. 99

Pour en savoir un peu plus…

01 septembre 2016

Au péril de la mer de Dominique Fortier

peril2Au péril de la mer / Dominique Fortier. — [Québec (Québec)] : Alto, [2015]. – 171 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-225-1

Quatrième de couverture

Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cents ans plus tard une romancière qui cherche toujours le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie.

Avec ferveur et intelligence, Dominique Fortier grave dans notre esprit un texte en forme de révélation, qui a la solidité du roc et l’ivresse des navires abandonnés. À la fois roman et carnet d’écriture, Au péril de la mer est un fabuleux hommage aux livres et à ceux qui les font. 

L’auteur

Dominique Fortier est née en 1972 à Québec. Elle étudie en littérature française à l’Université McGill de Montréal et y obtient son doctorat. Elle travaille comme réviseuse, traductrice et éditrice. En 2008, elle publie son premier roman, Du bon usage des étoiles, qui sera en sélection pour de nombreux prix. Il remportera le Prix Gens de mer du Festival Étonnants voyageurs en 2011.

Elle poursuit sa carrière de traductrice et d'éditrice tout en continuant d'écrire des romans. Elle vit aujourd'hui à Montréal.

peril1Bibliographie partielle

  • Du bon usage des étoiles (2008)
  • Les larmes du Saint Laurent (2010)
  • La porte du ciel (2011)
  • Révolutions (2014)
  • Au péril de la mer (2015)

Mes commentaire

Et oui, une "lecture sauvetage"... Et pourtant, les autres livres de Dominique Fortier sortent bien. Mais celui-ci... boudé complètement par les abonnés de la bibliothèque. Alors, j'ai dû le lire, surtout qu'on parle ici du Mont-Saint-Michel, endroit où j'ai versé quelques larmes quand je l'ai vu. J'avais tellement hâte et en même peur de le voir. Parfois voir les lieux qui nous appellent depuis des années n'est pas facile et même décevant. Quéribus m'a ensorcelée, mais le Mont-Ségur m'a laissée déçue. Enfin, tout ça pour dire que le Mont-Saint-Michel est dans mon cœur et j'avais très envie de lire le livre de Fortier. Et de le sauver.

Est-ce que ce fut une rencontre heureuse ? Oh que oui ! Un roman ensorcelant, et terriblement personnel pour l'auteure qui a laissé un peu d'elle-même dans les pages de son livre et au Mont-Saint-Michel. Car elle aussi elle a un attachement particulier avec le Mont.

Le livre a pour point central le Mont-Saint-Michel, parfois au XVe siècle et parfois aujourd'hui. Au XVe siècle, nous retrouvons Éloi, un peintre, qui survit tant bien que mal à une peine d'amour tragique et qui cherche refuge au Mont. L'histoire d'Éloi est triste, douce et fort prenante. Nous découvrons le Mont au XVe siècle à travers les yeux de cet homme rongé par le chagrin. Les mots de l'auteur sont poétiques et envoûtants. Les émotions d'Éloi semblent réelles et l'époque nous apparaît vivante. On se laisse envahir par l’atmosphère du Mont et par la peinture et les livres.

L'histoire d'Éloi est entrecoupée des réflexions personnelles de l'auteur. Elle nous parle du Mont, bien sûr, mais aussi de mots, d'écriture, de livres, de sa vie, de sa famille, de ses souvenirs, ses espoirs et ses peurs. Certains ont trouvé ces passages trop personnels et brisant le rythme du récit principal. Je ne suis pas d'accord. Oui, l'auteur semble nous livrer des pages d'un journal intime. Elle expose sa vie, ses réflexions. Mais je n'ai jamais senti que j'étais une voyeuse ou que l'auteure était une exhibitionniste. Ses réflexions m’ont semblé se coller doucement à l’histoire d’Éloi ; les souligner et les compléter.

Ce roman est une ode au Mont-Saint-Michel, à l’art et à la vie. C’est un peu kétaine comme phrase, je le sais et je l’assume, mais cela résume bien ce que j’ai ressenti à la lecture du roman de Fortier.

Les mots de l’auteur

« J’ai passé vingt-cinq ans sans le revoir. Quand le temps est venu d’y retourner, j’ai commencé par suggérer que nous n’y allions pas : nous avions peu de temps avant de rentrer à Paris ; on annonçait de la pluie il y aurait sans doute des hordes de touristes. En vérité, j’avais peur, comme chaque fois qu’on revient sur les lieux de son enfance, de les trouver diminués, ce qui signifie deux choses l’une : ou bien ils ne nous étaient apparus grands que parce que nos yeux étaient petits, ou bien nous avions perdu en route la faculté d’être ébloui, deux contestations également accablantes. Mais il n’avait pas changé, et moi non plus.» p. 7

«Plus que des maisons de pierre et de bois, nous habitons d’abord des cabanes de mots, tremblantes et pleines de jours. On dit je t’aime pour se réchauffer ; on dit orange, et l’on se sent les doigts ; on dit il pleut pour le plaisir de rester à l’intérieur, pelotonné près de la lumière du mot livre. (Livre, qui vient de liber : la partie vivante de l’écorce d’un arbre, mais aussi liberté.)

Bien sûr le monde est là, les choses existent, mais on peut toujours les changer ou les faire disparaître en un claquement de doigts ; en disant je ne t’aime plus. Ou, je crois » p. 43

« Tu ne feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.

Que reste-t-il donc une fois cette liste écartée, si ce ne sont les créatures fabuleuses dont Anna peuplait ses tapisseries ? Elles n’appartenaient ni au royaume des cieux, ni à la terre, la plupart étaient tissues de son imagination. Ainsi, seuls ces monstres ne seraient pas une offense à Dieu ? » p.125

Pour en savoir un peu plus…

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