23 novembre 2016

Ouvert l'hiver de Sébastien Dulule

OuvertHiver01Ouvert l'hiver / Sébastien Dulude. — Chicoutimi : La Peuplade, [2015]. – 68 p. ; 19 cm. – ISBN 978-2-923530-96-3

Quatrième de couverture

entre c’est ouvert

Une maison s’offre ouverte, débarrée, prête à accueillir qui veut se réchauffer ou dormir, simplement. Tombent de ce calendrier d’hiver quelques poèmes blancs – avec la neige, les yeux et le soir –, s’enchaînent une série de petites pièces ciselées que Sébastien Dulude a voulu glaciales dans leur forme et chaudes dans leur langue. Les engelures, le vin chaud, les tuyaux gelés, le calorifère, la buée, la tempête : ouvert l’hiver dessine ces images connues de notre imaginaire nordique, de part et d’autre de fenêtres brillantes, au bord desquelles le sujet hésite.

Ces poèmes, délicats mais sonores, obsessivement ficelés, aspirent à confondre beauté et rudesse, chaleur et malaise, dans une intimité teintée d’ambiguïté.

L’auteur

Sébastien Dulude est né en 1976 et partage son existence entre Montréal et Trois-Rivières.. Il publie son premier recueil de poésie, chambres,  en 2013. Il a publié dan les revues littéraires Estuaire et Le Sabord et écrit une chronique sur la poésie dans Lettres québécoises. En 2015, il est écrivain en résidence au Salon du livre de Trois-Rivières. Il aime combiner la poésie et la performance et présente régulièrement des spectacles. En 2016, il soutient sa thèse de doctorat en Lettres à l’Université du Québec à Trois-Rivières, plus précisément sur "la performativité dans la poésie québécoise".

Bibliographie

  • chambres (poésie et photographies de performances) (2013)
  • Esthétique de la typographie – Roland Giguère (essai) (2013)
  • ouvert l’hiver (poésie) (2015)

Mes commentaires…

Je ne sais pas s'il faut aimer l'hiver pour lire ces poèmes, mais disons que pour l'amoureuse que je suis de l'hiver, ils m'ont complètement envoûtée. Mais est-ce que ce sont "DES" poèmes ou plutôt "UN" seul long poème qui se poursuit de page en page et nous raconte une seule histoire ? C'est selon. C'est l'un ou l'autre et les deux à la fois. J'ai lu le texte en un instant. Puis, je l'ai relu lentement. Ce fut un moment. Un souffle, un clin d'oeil. Et je l'ai relu et relu. Une fois à haute voix. Il le fallait.

Chaque page nous offre un minuscule poème de trois lignes qui se déplace de page en page. Les premiers poèmes se retrouvent tout en haut des pages puis le recueil se conclue avec des poèmes au bas complètement. J'ai eu l'impression de suivre les mots sur les pages blanches comme s'ils étaient poussés par le vente sur la neige.

Le recueil raconte une histoire. Une histoire d'amour probablement. Ce sont des petits moments entre deux êtres. C'est leur histoire, je suppose. Mais c'est aussi l'histoire d'un lieu, porte, fenêtre, cuisine... et l'histoire de l'hiver. Il fait froid, c'est l'hiver. Même à l'intérieur, il fait froid. Tout est hiver. Tout est froid et blanc. Et pourtant. Tout n'est pas glacial. On sent des moments doux, presque chauds. Ces petits poèmes - qui rappellent évidemment des haïkus sans en être vraiment - sont personnels, intimes.

L'hiver de Sébastien Dulule débute puis se termine. Il recommencera, on s'imagine. Ces poèmes se poursuivent et se suivent. Il imagine, il image. L'auteur joue avec les images. Ces mots sont tourbillonnants et vivants. Ils prennent vie dans notre imagination : "le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou" p. 33 ; "j'ai été suspendu pendant des heures en frimas dans la maison -- la nuit rire sur sa fin et tu te réveilleras : -- je tomberai soudain comme une rosée à tes pieds" p.42

Bien sûr, tout semble froid, dur, glacé, glaçant. L'hiver est vivant, impitoyable, menaçant. Il est dans chaque mot, dans chaque sensation. On le vit, on le voit, on le ressent. Et pourtant, je l'ai aimé cet hiver. Je m'y suis retrouvée. Je m'y suis sentie à l'aise. J'ai grelotté, certes. Mais je m'en suis éprise. Je fut un véritable coup de foudre. Chaque mot m'a trouvée. Retrouvée. Je suis heureuse de retrouver l'hiver.

Les mots de l’auteur

« entre c’est ouvert
mets une couverte sur ma maison
je chauffe pas assez

le foyer est entrouvert
le bois est usé
l’hiver balaie les cendres

l’allée chez toi est gelée
je m’y retrouve mal
l’odeur de l’intérieur évanouie

où tu dors ce soir
le sol y’est-tu assez dur
pour qu’on s’enfonce dans l’hiver
 
» [pp.9-12]

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans Le Devoir
  • Article sur le site Les méconnus
  • Article dans Les Libraires
  • Article sur le site Poème sale
  • Article dans Zone Campus : le Journal des étudiants de l’UQTH
  • Article sur la thèse de l’auteur sur le site En-tête : Nouvelles de l’UQTR
  • Article dans L’Hebdo Journal

Posté par Laila_Seshat à 09:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


19 août 2016

Nancy croit qu’on lui prépare une fête de Simon Boulerice

Boulerice02Nancy croit qu’on lui prépare une fête / Simon Boulerice. — Montréal : Poètes de brousse, c2011. – 66 p. ; 22 cm. – ISBN 9782923338491

Quatrième de couverture

Nancy renouvelle aux six mois les piles
du détecteur de fumée et de son vibrateur
simultanément
l'un lui fait penser à l'autre
projet de causalité
activité de survie

Nancy calme son feu comme elle le peut

L’auteur

Simon Boulerice est né en 1982 sur la rive-sud de Montréal. Il  étudie d’abord en  littérature au Cégep de Saint-Laurent puis à L’UQAM. Il étudie ensuite en interprétation théâtrale au Collège Lionel-Groulx. En 2005, il co-fonde la compagnie de théâtre Abat-jour. Il obtient son diplôme en 2007. Il est acteur, metteur en scène et auteur. Il a écrit des pièces de théâtre, de la poésie ainsi que des romans pour enfants, ados et pour enfants. En tant qu’acteur, en plus de jouer au théâtre, on peut également le voir au cinéma et à la télévision.

En 2007, sa pièce Simon a toujours aimé danser a remporté le prix de la création Fringe. Sa pièce fut présentée dans de nombreux pays. Ses œuvres ont remporté de nombreux prix.Boulerice01

En 2016, son recueil de poésie Nancy croit qu’on lui prépare une fête a été adapté au théâtre par le comédien et metteur en scène François Hamel.

Bibliographie partielle

  • La condition triviale (théâtre) (2005)
  • Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella ? (théâtre-jeunesse) (2009)
  • Les Jérémiades (roman) (2009)
  • Poèmes du lendemain 18 (poésie) (2009)
  • Nancy croit qu’on lui prépare une fête (poésie) (2011)
  • Écric n’est pas beau (théâtre-jeunesse) (2011)
  • Les mains dans la gravelle (théâtre-jeunesse) (2012)
  • Martine à la plage (bamde-dessinée) (2012)
  • Javotte (roman) (2012)
  • La sueur des airs climatisés (poésie) (2013)
  • Jeanne Moreau a le sourire à l'envers (roman jeunesse) (2013)
  • Un verger dans le ventre (album illustré) (2013)
  • M'as-tu vu ? (01) Hors champ (roman jeunesse) (2013)
  • Les Monstres en dessous (roman jeunesse) (2013)
  • Le premier qui rira  (roman) (2014)
  • Pig (théâtre) (2014)
  • Peroxyde (théâtre) (2014)
  • Edgar paillettes (roman jeunesse) (2014)
  • Les garçons courent plus vite (roman jeunesse) (2014)

Mes commentaires

"Nancy fait" "Nancy a" "Nancy..." Nous suivons dans une sorte d'odyssée poétique, la pauvre Nancy qui semble seule, maladroite, fade et triste. On ne la remarque pas. Elle est gauche, asociale, mésadaptée... jeune mais déjà vieille.

Elle aime les tulipes, n'a jamais compris comment les faire pousser, plante ses dents de sagesse dans l'espoir qu'elles se transforment en tulipes... et entre marguerites et jonquilles, une tulipe pousse. J'ai souri.

Le texte de Boulerice est un long poème qui nous raconte la vie de Nancy. Mais chaque page peut être lu comme un seul poème. Et chaque poème est une partie de Nancy. Ses peurs, ses échecs, ses espoirs et son désespoir... sa vie tout simplement. Elle est banale et unique. Il n'y a pas de fête, on s'en doute, mais il y a de l'espoir.

Les poèmes sont des tranches de vie. Et nous n'avons pas de difficulté à voir défiler la vie de Nancy. Et j'aurais aimé voir la transposition du texte au théâtre.

Il faut lire ce recueil de poésie... ce poème qui raconte une histoire. Ce ne sera pas long, même pas une heure ne sera nécessaire pour lire ce livre. Ce qui fait qu'on peut le relire tout de suite, histoire de bien vivre la vie de Nancy. Et le relire ensuite... j'aime relire les poèmes pour qu'ils nous livrent tous leurs secrets.

J'ai lu des moments, des situations, une vie, des vies. Nancy m'a touchée et m'a énervée. Et j'ai vu Nancy dans ma vie, dans la vie de gens que je connais... Nancy est une fiction poétique beaucoup trop réaliste et réelle.

Les mots de l’auteur

« Nancy n’a pas la patience requise pour démêler

le fil de ses écouteurs

elle se prive de musique

ne va pas jogger

s’achète des tulipes de plastique

elle n’a jamais réussi à en faire pousser des vraies » p. 12

 

« […] rendue dans l’allée des salles de bains

elle pleure

mais c’est juste parce que la canelle de sa gomme

lui pique la gorge

comme si toutes les abeilles qui sommeillaient en elle

se réveillaient » p. 15

 

« Nancy rentre chez elle

certaine que Santa Fe est la ville des fées de dents

confrérie de sorcières douces

de mairesses aux coffres pleins

de dents de lait

mêlées aux caries

de mauvaise augure » p.39

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 05:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

11 février 2016

Royaume scotch-tape de Chloé Savoie-Bernard

Scotch1Royaume scotch tape / Chloé Savoie-Bernard. -- [Montréal] : L'Hexagone, 2015.-- 74 p. ; 18 cm. -- ISBN978-2-89648-079-1

Quatrième de couverture

Une jeune femme parle, et par sa bouche, ce sont toutes les femmes – sorcières, fées, écrivaines, marâtres, aïeules, sœurs, fantômes – qui cherchent à s'exprimer. Sa voix se mêle aux leurs pour former un cri courageux contre le vacarme des forums de discussions, des télé-réalités, des revues à potins. Mais ce n'est pas assez : pour se bâtir un royaume à elle sur les ruines de son héritage, il lui faudra exhiber ses plaies, monter aux barricades, enfoncer toutes les portes, n'avoir peur de rien.

L'auteurScotch2

Chloé Savoie-Bernard fait son doctorat en littérature française à l'Université de Montréal.  Sa thèse porte sur la "lésion comme stratégie discursive dans la poésie féministe québécoise". Elle publie en 2015 son premier recueil de poésie.

Page Facebook de l'auteur

Mes commentaires

Nous parlions de poésie au travail. Nous préparons diverses activités pour promouvoir la poésie à la bibliothèque. Une collègue me dit qu'elle préfère les "classiques", Baudelaire, Rimbaud, Nelligan... Je lui dis que j'aime aussi mais que j'aime toute poésie. J'aime autant les vers classiques que les vers libres, autant les auteurs anciens que les nouveaux. Elle me donne alors ce petite livre et me conseille de le lire. "Je suis curieuse de savoir ce que tu en penses" me dit-elle. Je viens de le terminer. Je ne sais pas encore ce qu'elle en pense... Ce que moi j'en pense ?

Le premier poème "à l'agent d'immeuble" m'a renversée. Je n'ai pas nécessairement aimé tous les poèmes mais le recueil m'a émotionné. Complètement. Et je suis en amour avec la poésie de Savoie-Bernard.

Je voudrais bien vous analyser ces poèmes, mais l'auteur dit elle-même tout ce qu'il y a à dire lors des entrevues qu'elle a données au Voir et au Devoir. Lisez les articles (en lien plus bas)... Moi, je vais vous dire ce que j'ai ressenti. Tout simplement.

Poèmes sans majuscule et sans ponctuation. Je les ai lus en un seul souffle. Sans respirer. Les mots sont crus par moment, doux parfois. J'ai lu des blessures, des deuils, des larmes et des cris. J'ai suivi l'auteur d'un pas déterminé. À travers ses douleurs et ses bonheurs. J'ai été bercé par les mots de l'auteur mais aussi par les bouts de chansons, de contes et proverbes qui se faufilent dans ses textes.

J'ai cru lire des bouts de vie collés les uns aux autres de façon précaire. J'ai senti que l'auteur se livrait même si je réalise très bien que sa vie n'est pas ses poèmes. Ses secrets sont dans ces poèmes mais sans y être vraiment. Elle refait sa vie en crachant des vers fictionnels à la limite du réel.

L'auteur parle de poèmes de fille. La quatrième de couverture parle de femmes : sorcières, fées, écrivaines, marâtres, aïeules, sœurs, fantômes. Oui, certainement. Mais je n'ai pas senti qu'un monde féminin. Oui, j'ai senti la maternité, la féminité. Mais pas nécessairement. J'ai surtout senti la pression d'être. De survivre. Et ça, c'est pour tout le monde. 

Ces poèmes sont un déchirement, un cri et une absolution.

Les mots de l'auteur

(Ces deux poèmes ne suivent pas la mise en page originale. Je suis incapable de la reproduire sur cette plateforme. J'en suis vraiment désolée. Pour lire les mots de l'auteur sous leur forme d'origine, vous pouvez cliquer sur le lien plus bas. Mais je vous conseille vivement de vous procurer le livre !)

à l'agent d'immeuble

on ne l’achètera pas votre maison -- l’expert a dit que les fondations étaient atteintes -- gangrenées -- par ici la terre est meuble -- argileuse on ne peut pas s’y fier sauf pour les fissures -- dans les murs -- il faudrait tout reconstruire bientôt -- on ne prendra pas ce risque-là

non exhaustif

des parents séparés -- du sextage -- de la consanguinité -- l’enlèvement parental -- être l’autre fille –alesse -- des mères dépressives – yoopa -- des relations à distance -- pas se faire rappeler – tinder -- du sexe anal -- la vitre du char fermé et la petite dedans au soleil – youporn -- ça ne fait pas des enfants forts

Pour lire d'autres extraits du recueuil

Pour en savoir un peu plus...

Posté par Laila_Seshat à 16:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

21 mars 2013

Poésie de ci, poésie de ça

Quand un jour est mondial, on oserait croire qu'il serait souligné un peu plus dans le monde des livres. Et pourtant personne à la bibliothèque ne semblait DSC_6257en connaître l'existence. Mais j'avoue que les journées et les mois se multiplient "journée mondiale", "mois international", "journée nationale", "mois national"... et tout ça jamais au même moment.

Alors le 21 mars est la Journée mondiale de la poésie (et oui, poésie et fleurs... me semble que ça va ensemble... mais c'est cliché, je sais ! Surtout quand je pense à la poésie que j'aime... qui n'a rien à voir avec les fleurs... mais bon). Le Mois de la poésie organisé par le Printemps des poètes est lui aussi en mars, mais ne semble concerné que la ville de Québec. Mais le Printemps des poètes français en France garde aussi le mois de mars. Et puis, il y a le Mois national de la poésie canadien qui lui est en avril. Et je ne parle pas des nombreuses maisons de la poésie qui ont leur festival de la poésie à des moments différents. Fin mai, début juin pour celle de Montréal. Et ici, je ne parle même pas des semaines des bibliothèques, des journées du livre et du droit d'auteur. Je ne suis pas une experte, mais comme dit ma grand-mère, trop c'est comme pas assez ! Enfin...

C'est quand même la journée de la poésie, alors voici ma petite contribution... pourquoi pas !

Écrire

J’ai trop bu de café

J’ai mal au cœur

Je ne dormirai pas ce soir

Je parlerai aux murs

 

Mais en ce moment

Je veux dormir

Je n’en peux plus

De voir un écran vide

 

J’attends que mes yeux

S’ensommeillent

J’attends que mes rêves

S’éveillent

 

Que vais-je faire

De mes rêves ?

Les crayonner

Sur un papier ?

 

Je ponctue de vers

Mes cauchemars

Je versifie les fissures

De mon plafond

 

Posté par Laila_Seshat à 23:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,