26 avril 2017

Les Visages de Jesse Kellerman

Visages01Les Visages / Jesse Kellerman ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony. -- [Paris] : Sonatine, 2009. -- 471 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-35584-026-5

Quatrième de couverture

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

L'auteur

Jesse Oren Kellerman est né en 1978 à Los Angeles en Californie aux États-Unis. Ses parents sont deux auteurs Visages2américains très connus : Faye et Jonathan Kellerman. Il a fait des études en psychologie à l'Université de Harvard puis en dramarturgie à l'Université Brandeis. En plus d'écrire et de s'intéresser au théâtre, il a joué de la guitare, pendant un temps, dans le groupe rock, Don't shoot the Dog.

En 1994, il publie conjointement avec son père, un recueil de poésie pour les enfants. En 2004, sa pièce Things Beyond Our Control remporte le Prix Princess Grace. Ce prix lui permet de se consacrer à l'écriture. Son roman The Genius paru en 2008 fut nommé le meilleur thriller de l'année par The Guardian et sa traduction françaises, Les Visages reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010.

Il vit aujourd'hui en Californie avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • Things Beyond Our Control (2004) (théâtre)
  • Sunstroke (2006)
  • Trouble (2007)
  • The Genius (2008) [Les Visages, 2009]
  • The Executor (2010)
  • Potboiler (2012)
  • The Golem of Hollywood (2014) (avec Jonathan Kellerman)
  • The Golem of Paris (2015) (avec Jonathan Kellerman)

Site web de l’auteur : http://jessekellerman.com et page Facebook : https://www.facebook.com/JesseKellermanAuthor

Mes commentaires

Quand je termine la lecture d'un roman, j'écris rarement mon billet immédiatement. Mais je le prépare ; je rédige ce que j'appelle mon canevas : notice, quatrième de couverture, informations sur l'auteur, extraits et sources à consulter. Puis, ça peut prendre un certain temps avant que je n'écrive le billet comme tel. Habituellement, cela varie entre quelques semaines ou quelques mois. Mais parfois, cela peut être des années. Ce qui est le cas ici. Pourquoi ? Pas de raisons particulières... parfois c'est un simple oubli.

Je n'ai habituellement pas de problème à reprendre un canevas et à rédiger mon commentaire, mon avis. L'histoire me revient rapidement ainsi que mon ressenti. Mais parfois, j'ai complètement oublié le roman. Ce qui n'est jamais bon signe. Et c'est le cas ici. Je me souviens vaguement de l'histoire et la lecture d'autres avis me ravive légèrement certains souvenirs. Je me rappelle cependant m'être dit que le roman était loin du suspense annoncé. Je me souviens également que bien que ce ne fut pas un coup de coeur, j'avais tout de même bien aimé le roman, d'où la rédaction du canevas en vue d'un futur billet. Mais en gros, je dois avouer qu'il ne me reste pas grand chose de ma lecture du roman de Jesse Kellerman. Et ça, c'est toujours un peu triste. Bon... voyons voir...

Ethan Muller possède une galerie d'art à New York. Le monde des marchands d'art n'est pas facile. Entre les vernissages essouflants et la concurrence entre galeristes cherchant tous à se démarquer, Ethan cherche à faire sa place. Lorsqu'il découvre dans de vieilles boîtes d'un appartement délabré, d'étranges tableaux comportant des portraits d'enfants, il croit que sa renommée est assurée. De plus, Victor Cracke, le mystérieux artiste ayant réalisé ces tableaux, semble a voir disparu.

Le galeriste décide d'exposer les tableaux tout en faisant des recherches sur l'artiste. L'exposition est un succès mais elle déclenche une enquête lorsqu'un policier à la retraite croit reconnaître les visages d'enfants tués il y a de nombreuses années par un tueur en série qui ne fut jamais arrêté. Est-ce que l'artiste disparu serait un meurtrier ? Y a-t-il un lien entre ces portraits et les enfants tués ? Peut-on exposer ces portraits ? Où tracer la ligne entre l'art et l'horreur ?

Toutes ces questions sont intéressantes mais il me semble qu'au fil des chapitres l'auteur les oublie un peu et mon intérêt a diminué petit à petit. On nous raconte deux histoires. Nous partons d'un côté à la recherche de l'artiste Victor Cracke et nous remontons le temps pour suivre les traces de sa famille. Et d'un autre côté, nous suivons Muller dans son enquête pour faire la lumière sur les meurtres des enfants et la possible connexion avec les tableaux de Cracke. Il ne faut pas oublier les possibles liens avec sa propre famille. Et ici et là, on nous fait découvrir un peu le monde des galeries d'art. Puis finalement, tout va se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Évidemment.

Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus car je n'ai que de vagues souvenirs de toutes les facettes des enquêtes. Les recherches pour Cracke et l'enquête sur les visages n'ont pas retenu beaucoup mon attention. Certains passages m'ont paru longs avec beaucoup de descriptions inutiles.

Je me souviens cependant que j'ai bien aimé découvrir le monde des galeries d'art de New York. C'est un monde qui semble terriblement intéressant, mais aussi dur, impitoyable et même froid. Il y avait dans le roman une réflexion intéressante sur l'art et sur l'exposition de l'art.

Et j'avoue que j'aurais aimé voir l'oeuvre de Victor Cracke, ces milliers de dessins avec des monstres et des anges et ces portraits d'enfants. Les descriptions me semblaient incomplètes mais en fermant les yeux, je pouvais presque voir cette oeuvre inimaginable.

Les mots de l’auteur (Extraits)

" À l'intérieur se trouvait une pile bien rangée de ce qui m'apparut d'abord comme des feuilles de papier vierges, jaunies et écornées. L'espace d'un instant, je crus que Tony se moquait de moi. Puis je ramassai la première page, la retournai, et alors tout le reste s'évanouit.

Les mots me manquent pour vous décrire ce que je vis. J'essaie quand même : une ménagerie étourdissante de formes et de visages ; des abges, des lapins, des poulets, des lutins, des papillons, des bêtes informes, des créatures mythologiques à dix têtes, des machines extravagantes avec des bouts d'organes humains, le tout tracé d'une main précise, minutieux et grouillant sur la feuille, vibrant de mouvement, dansant, courant, jaillissant, dévorant, se dévorant mutuellement, perpétrant des tortures atroces et sanglantes, un carnaval de luxure et d'émotions, toute la sauvagerie et la beauté que la vie peut offrir,m ais en exagéré, délirant, intense, puéril, pervers, avec un côté BD joyeux et hystérique ; et moi, je me sentis assailli, agressé, prix d'un furieux désir à la fois de détourner le regard et de plonger dans la page." pp26-27

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 08:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


05 avril 2017

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat

8Le huitième livre de Vésale / Jordi Llobregat ; traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu. — Paris: Cherche Midi, c2015. – 619 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-4508-2. – (Coll. Thrillers). – Titre original : EL secreto de Vasalio.

Quatrième de couverture

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d’Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l’aide d’un journaliste et d’un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d’un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C’est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l’incroyable secret qui hante Barcelone.
 
Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d’énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d’une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l’âme d’une ville, Barcelone avant l’apparition de l’électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral !

L’auteur

Jordi Llobregat est né à Valence, en Espagne en 1971. Il commence à écrire alors qu'il a à peine 12 ans. Il a fait des études8a en commerce à l'Université de Valence et a complété sa formation à l' ESIC - Business & Marketing School, également à Valence. Il fait partie du groupe littéraire El cuaderno rojo.

En 2015, il publie son premier roman, El secreto de Vesalio. Aujourd'hui, il combine sa vie littéraire avec son travail comme dirigeant d'une entreprise qui oeuvre dans le développement communautaire dans les villes. Il est aussi le co-fondateur et directeur du festival de littérature noire de la ville de Valence, Valencia Negra.

Bibliographie

  • El secreto de Vesalio (2015)

Mes commentaires

Est-ce qu'il y a juste moi qui trouve cette couverture magnifique ? Même la cicatrice me semble envoûtante. Et oui, je n'ai emprunté ce roman qu'à cause de sa couverture. Puis, le fait que cela se passait à Barcelone m'a entièrement convaincue. Je suis devenue tellement superficielle comme lectrice !!!

Quel roman ! Plus de 600 pages qui m'ont captivée. Avec une fin un peu tirée par les cheveux mais qui ne gâchent pas tout le reste. L'auteur nous offre un voyage incroyable dans le temps. On a vraiment l'impression de marcher dans les rues de Barcelone à la fin du XIXe siècle. La ville semble vivante et terriblement sombre. Autant hier qu'aujourd'hui, Barcelone a un côté obscur. L'intrigue policière est intéressante mais se retrouve souvent en second plan... Les personnages - même secondaires -, l'époque et la ville sont définitivement au premier plan.

À quelques jours de l'Exposition universelle de 1888, les corps mutilés de jeunes filles sont retrouvés dans les égoûts de Barcelone. Les autorités semblent indifférentes, les barcelonais ont peur et des rumeurs courent que le coupable est le Gos Negre, un chien noir démoniaque, gardien des portes de l'Enfer.

Daniel Amat, jeune professeur à Oxford à l'avenir qui s'annonce brillant doit revenir d'urgence à Barcelone, à l'annonce de la mort de son père, brillant médecin, avec qui il n'avait plus aucun contact. Il découvre à son arrivée que son père soignait maintenant les habitants des quartiers pauvres et enquêtait secrètement sur les meurtres des jeunes filles. Il espère repartir rapidement pour l'Angleterre, mais plusieurs événements et rencontres l'obligent à rester. Il rencontre notamment un journaliste et un jeune étudiant en médecine, assistant de son père. Ensemble, ils vont enquêter sur le meurtre de son père et sur les meurtres horribles qui marquent toujours la ville.

Ça, c'est le côté roman policier. Qui est vraiment intéressant, mais qui est rapidement devenu secondaire à mes yeux. Car en parallèle, le roman nous dresse un portrait historique fascinant de Barcelone et de l'époque : l'Exposition universelle, la naissance de l'électricité, les différents quartiers, la vie universitaire, le monde du journalisme, etc. Et de tous les sujets et intrigues du roman, c'est définitivement le portrait de la médecine en 1888 qui m'a complètement hypnotisée. C'était vraiment intéressant. Retourner dans la réalité de cette époque, être confronté aux connaissances et aux croyances de ce temps.

Ça, c'est le côté roman historique. Qui fut vraiment ce qui m'a le plus ravi dans le livre, mais qui ne doit pas faire oublier l'importance des personnages. Et ça, c'est le côté roman psychologique du livre. Les personnages sont incroyablement bien écrits. L'auteur nous propose des personnages vivants, forts et colorés. Leur passé, leurs émotions, leurs interactions... nous les découvrons petit à petit et c'est passionnant.

Oh, j'oubliais presque le fameux huitième livre de Vésale, un célèbre anatomiste du XVIe siècle. Et bien, vous savez, j'adore les manuscrits. Et les manuscrits cachés et mystérieux encore plus. Vésale a bien écrit sur l'anatomie un ouvrage en sept livres De humani corporis fabrica libri septem (appelé La Fabrica). Ce huitième livre est bien entendu fictif et ma foi très bien caché dans le roman de Llobregat. Il apporte aussi le côté roman légèrement fantastique.

Malgré ses 600 pages, le livre se lit rapidement et le rythme est très rapide. Petit à petit le suspense s'installe. Et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture. Le roman est très bien construit. On se questionne, le suspense augmente et les revirements sont inattendus (jusqu'à la fin, car, comme je l'ai dit, la fin m'a un peu déçue). Cela faisait longtemps que mes nuits n'ont pas été aussi courtes... cela m'apprendra à lire avant de me coucher !

Les mots de l’auteur

« Elle ne ratait rien non plus du marché trépidant de la Boquería, avec ses boutiques bondées et ses cafés bruyants, pleins de lumière. Elle s’imprégnait des odeurs, des couleurs et du mouvement incessant des gens. […] Barcelone était, à ses yeux, un monde fascinant à découvrir.

Cette fois, pourtant, elle n’avait guère envie de flâner. La nuit était tombée et la pluie menaçait. Les commerces et les kiosques avaient baissé le rideau et seuls quelques rares cafés étaient encore éclairés. Elle serra son châle sur ses épaules. Il faisait vraiment un froid glacial.» p. 126

Pour en savoir un peu plus…

02 mars 2017

Le gars des pogos d'Éric Godin

pogosLe gars des pogos : roman /Éric Godin. — Rosemère (Québec): Éritions Pierre Tisseyre, [2014]. – 143 p. ; 20 cm. – ISBN 9782896333004

Quatrième de couverture

Que tous ceux qui ont lu Si j’étais une baleine lèvent la main! Personne… Pour Stéphane, c’en est trop! Trois ans pour écrire un chef-d’oeuvre. Des milliers d’heures pour en sculpter chaque phrase. Tout ça pour… trois cents exemplaires vendus! Entre son ami George qui peine à lire l’arrière des boîtes de céréales et son éditeur qui ferait tout aussi bien de vendre des plats Tupperware, Stéphane se demande où sont passés les lecteurs du temps jadis. À son grand dam, il les découvre au rayon des livres de cuisine… Voilà donc à quoi doit s’abaisser un auteur pour se faire connaître. Rédiger des recettes! Ah! et pourquoi pas? Après tout, ça ne peut pas être bien compliqué… Suffit de trouver un thème facile. Les pogos par exemple… Ainsi débute pour Stéphane une aventure unique, celle d’un canular qui s’avérera on ne peut plus indigeste!

L’auteur

Éric Godin est né en 1982. Il est originaire du village Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier aupogos2Québec. Il publie son premier roman en 2009.

Bibliographie

  • Personne n’aime Robin (2009)
  • Apprendre à compter (2013)
  • La brute et la belle (2014)
  • Le gars des pogos (2014)
  • Le sac d’arachides ; Le flâneur (nouvelles) (2016)

Mes commentaires

J'avais envie de lire quelque chose de léger et rapide. J'étais en général pas mal fatiguée et les vacances semblaient loin. Il fallait que je relaxe mon cerveau et que je lise léger. J'ai donc pris un livre qui avait retenu mon attention lors de son arrivé à la bibliothèque il y a quelques années. Le titre m'avait fait sourire, j'avais fait une grimace à la vue de la couverture et la quatrième de couverture m'avait intéressée. Et génial, il ne faisait que 143 pages.

La quatrième de couverture résume assez bien le livre. Le roman nous présente donc un écrivain dont le livre ne se vend pas en librairie et qui se sent incompris. On ne reconnaît pas immense talent, son génie littéraire. Il est découragé mas surtout en colère. Les gens ne semblent plus lire de la "vraie" littérature - même son meilleur ami n'a pas lu son roman. Qu'est-ce que les gens lisent ? Quels sont les meilleurs vendeurs en librairie ? Les livres de cuisine.

(Et en fait, je dois vraiment confirmer la chose... la quantité de livres de cuisine que nous achetons par mois est incroyable et désespérant ... Et les gens empruntent, empruntent, empruntent. Ce que je trouve vraiment extraordinaire et bizarre, car qu'aujourd'hui, on n'a qu'à entrer quelques ingérdients sur Google et hop, on a la recette. Enfin.)

Et bien merde, se dit-il, je vais en écrire un, livre de cuisine, et n'importe comment en plus ! Et c'est ce qu'il fait, en quelques heures, il pond différentes recettes avec le pogo comme ingrédient principal. Il s'amuse ferme. Et puis, il envoie son manuscrit à son éditeur. Et là, coup de théâtre... on veut le publier ! On lui demande d'autres recettes. Évidemment qu'on va découvrir que c'est du n'importe quoi, qu'il se dit. Mais non. Le livre est publié, a un immense succès. Il est invité partout. Il ne peut croire qu'on croit que c'est un vrai livre de recettes. Il est au désespoir, encore plus découragé et au bord de la dépression. Vive la littérature ! Et les pogos !

Le livre est amusant. Et j'ai souri à plusieurs reprises. Spécialement à la lecture des recettes de pogos que l'on retrouve à la fin. Car ouf... c'est en effet assez drôle et les recettes sont littéralement ridicules. Et j'ose espérer qu'un tel livre n'aurait pas été vraiment publié. J'espère vraiment beaucoup.

Il est bien sûr évident de comprendre ce que le roman de Godin dénonce : le milieu de l'édition, le lectorat et les auteurs. Le milieu de l'édition si brutal, difficile, cruel, mais qui a des règles, des impératifs impitoyables à suivre. Le lectorat qui aime ou n'aime pas, sans pitié et avec intransigeance. Et les auteurs qui versent leur coeur, âme, leur vie dans leur oeuvre et qui espèrent, croient, sont convaincus que tout le monde va comprendre et adorer leurs mots. Et ceux qui se prennent trop au sérieux. 

Le roman est facile à lire, simple et sans surprises. Mais c'est agréable à lire. Et c'est ce que je voulais. Et j'ai même failli acheter des pogos à l'épicerie.

Les mots de l’auteur

« Son pari étant qu’un livre de recettes ne lui rapporterait pas beaucoup, mais le ferait probablement connaître un peu plus, il décide d’y investir le moins de temps possible. Aussi choisit-il de consacrer son ouvrage au mets le plus ridicule qui soit. Si ridicule que, bientôt, le projet qui devait l’aider à se faire connaître devient une pure séance de défoulement et de dérision seyant beaucoup mieux à l’écrivain que de basses manœuvres publicitaires. » p.[50]

Pour en savoir un peu plus…

27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

Posté par Laila_Seshat à 08:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

22 février 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…


23 janvier 2017

Madame Victoria de Catherine Leroux

Victoria2Madame Victoria / Catherine Leroux. — Québec (Québec) : Alto, [2015]. – 195 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-192-6

Quatrième de couverture

A l'été 2001, un squelette apparaît à l'orée d'un petit bois, à quelques pas de l'Hôpital Royal Victoria à Montréal. Une enquête s'amorce, qui deviendra une quête : découvrir l'identité de cette femme morte sans bruit. Mais toutes les pistes mènent à l'impasse ; celle qu'on a baptisée madame Victoria continue d'attendre que quelqu'un prononce son nom.

Aujourd'hui, la fiction prend le relais.

A partir d'une série de portraits de femmes, Catherine Leroux décline les vies potentielles de son héroïne avec une grande liberté. D'abord nettes comme le jour, ses hypothèses plongent de plus en plus loin dans l'imaginaire, comme des flèches filant vers un point où la mémoire et l'invention se confondent, vers un minuit où tout est possible, jusqu'au dernier souffle.

L’auteur

Catherine Leroux est né à Rosemère au Québec en 1979. Après avoir eu divers emplois (caissière, Victoria1téléphoniste, barmaid, commis de bibliothèque, bergère, journaliste, etc.), elle publie son premier roman, La marche en forêt, en 2011. Son deuxième roman Le Mur mitoyen publié en 2013 a remporté le Prix littéraire France-Québec en 2014. En 2015, elle publie sa troisième oeuvre Madame Victoria qui remporte en 2016 le Prix Adrienne-Choquette. Elle habite maintenant à Montréal.

Bibliographie

  • La marche en forêt (2011)
  • Le mur mitoyen (2013)
  • Madame Victoria (nouvelles) (2015)

Mes commentaires

Roman ou nouvelles ? C'est bizarre, quand j'ai lu Madame Victoria, je ne me suis pas vraiment questionnée. J'ai lu les différentes déclinaisons d'une inconnue comme des parcelles de vies sans lien entre elles. Un fil conducteur oui, mais des histoires différentes. Et puis est venu le temps de rédiger ce billet. Et puis là, je ne sais plus comment décrire le/les texte/s de Leroux. Roman ? Nouvelles ? Les avis sont partagés. Et je suis partagée. Je vais donc mettre les deux dans mes "tags"... aux lecteurs de faire leur propre idée.

Un fait divers réel a inspirée l'auteure. Le 26 janvier 2011, l'émission Enquête diffusait un premier reportage sur la découverte en 2001 du cadavre d'une femme non identifiée dans un stationnement de l'Hôpital Royal-Victoria à Montréal. La mort de la femme remontrerait à 1999 et le reportage tentait de découvrir l'identité de celle qu'on a surnommé "Madame Victoria". Même la célèbre auteure et anthropologue judiciaire Kathy Reichs a participé à l'enquête. À la suite du premier reportage, de nouveaux éléments parviennent aux enquêteurs et un second reportage est diffusé.

Catherine Leroux voit le reportage d'Enquête et décide d'imaginer qui a pu être cette femme inconnue. Et elle nous livre de nombreuses Victoria toutes différentes les unes des autres mais toutes liées dans leur mort anonyme et solitaire. Ces femmes, une dizaine au total, sont toutes différentes mais semblent toute mourir dans l'indifférence ; qu'elles aient été journaliste, comptable, fille-mère, gardienne,...

Si les textes de Leroux sont tout d'abord près des faits connus et rapportés dans le reportage, petit à petit, ils s'en éloignent. Elle remonte le temps, ces personnages vivent aujourd'hui ou dans un autre siècle - passé ou futur. Certaines Victoria sont réalistes, d'autres improbables et impossibles. Et le surnaturel, et même la science-fiction, frôlent certaines de ces vies. Leroux maniant parfaitement tous ces genres. Les textes m'ont tous parus solides et forts.

Chaque vie est donc une nouvelle histoire et c'est pourquoi j'ai pris les textes comme des nouvelles. L'auteur nous présente à chaque fois, une femme, sa vie et sa mort. Il y a certes un fil conducteur, celui qui a trouvé le cadavre et l'enquête qui est menée, et qui revient périodiquement dans de courts chapitres nous rappelant la prémisse des histoires qui suivent. Mais ensuite chaque histoire est véritablement indépendante. Peut-être peut-on parler de roman choral ? Ou encore peut-être peut-on voir le livre comme un recueil de portraits ? Je ne sais pas. Et je n'ai pas envie de savoir, en fait.

L'auteure avoue avoir été touché par l'histoire de celle qu'on a appelé Madame Victoria. Par la solitude, l'anonymat, la violence de sa mort. Elle a voulu donner un peu de beauté et de poésie à cette femme morte seule et sans nom. Elle ne lui a pas redonné une seule vie, mais une multitude de vies. Et elle nous livre des portraits troublants, bouleversants. Ces femmes sont belles, laides, fortes, faibles, remplies d'amour et de haine, elles sont uniques et multiples.

Les mots de l’auteur

« Le lendemain, Victoria se retrouva en possession d’une lettre élogieuse tissée de mensonges qui, en vantant sa foi, sa modestie et ses prodiges intellectuels, la libérait de la misère des campagnes et des prétendants bouseux que lui réservaient ses parents. » p39

« Enfant, elle était convaincue que le mont Royal était un volcan. Cette légende, véhiculée de génération en génération dans toutes les cours d’écoles montréalaises, prenait appui principalement du cratère. Cette croyance maintenant Clara dans une sublime terreur, dans le sentiment qu’à tout moment quelque chose d’énorme, d’extraordinaire et de tragique pouvait se produire. Le volcan a fait d’office de monstre sous le lit, de bonhomme Sept-Heures, mais aussi de château enchanté, d’ami imaginaire. » p. 191

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 10:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

28 octobre 2016

Le Wagon de Philippe Saimbert & Isabelle Muzart

waLe Wagon / Philippe Saimbert & Isabelle Muzart ; d'après un scénario et des dialogues originaux de Philippe Saimbert. -- [Paris?] : [Éditions Asgard], [2011]. -- [22- p.?] ; 24 cm. -- ISBN 978-2-91914012-1. -- (Coll. Nuits d'avril / sous la direction de Franck Goulbert)

Quatrième de couverture

Un train emporte un groupe de voyageurs à la rencontre de mystérieux phénomènes, relatés par la presse locale d'un petit pays d'Europe centrale. En pleine nuit, leur wagon e détache : ils se retrouvent abandonnés au beau milieu d'une vaste forêt recouverte de brume. Dès lors, l'excursion tourne au cauchemar.

Apparitions étranges et surnaturelles, puis morts brutales vont s'enchaîner tout au long du récit. S'agit-il d'une rencontre du troisième type ou de quelque chose de plus incroyable encore ?

Connu pour ses scénarios de B.D., Philippe Saimbert signe ici, avec la complicité d'Isabelle Muzart, un thriller naviguant entre mystère, fantastique et agoisse.

Les auteurs

Philippe Saimbert est né à Pau en France en 1962. Romancier et scénariste, il a écrit depuis 1999, une douzaine de bandes dessinées. Il privilège le fantastique, la science-fiction et le thriller. Il écrit aussi parfois des textes humoristiques dont le plus connu : L'héritage de tata Lucie paru en 2010. Son scénario "Le wagon" a été acheté pour adaptation cinématographique.

Bibliographie partielle

  • Les Processionnaires - BD (2001-2003)
  • Les âmes d'Hélios - BD (2003-2007)
  • Break Point - BD (2004)
  • Les Brumes hurlantes - BD (2005-2006)
  • Blood Academy - BD (2010)
  • Objectif rencontres - BD (2010-     )
  • L'héritage de tata Lucie - roman (2010)
  • Le wagon (2011)

Page Facebook de Philippe Saimbert ; Site de l'auteur

Isabelle Muzart est née dans la ville d'Alençon en 1966. Elle est écrivaine et selon son site elle continue encore à vendre des machines agricoles !

Bibliographie sommaire

  • L'inavouable secret (2009)
  • Le journal d'Anne F. (2010)
  • Neige au paradis
  • Le Wagon (2011)
  • Recherche désespérément Fée clochette
  • Chasse à l'homme
  • Secret de fille
  • Le lotissement

Le site de l'auteur.

Mes commentaires…

Alors, voici une autre lecture sauvetage. Oui, j'ai l'âme charitable !!! :P Encore une fois, un roman qui avait des statistiques pauvres, très pauvres, le pauvre. Lors d'un élagage des romans classés dans la section Science-Fiction, ce roman a attiré mon attention. La quatrième de couverture disait bien "rencontre du troisième type", mais le reste du texte me semblait plus fantastique que science-fiction. Alors hop, à la maison pour une lecture. Et hop, on reclasse le roman, car non, en effet, le roman est définitivement fantastique et n'a pas du tout sa place en Science-Fiction. Voyons voir s'il a plus de chance dans cette deuxième vie !

Le roman nous raconte le périple d'un groupe de voyageurs qui partent pour un voyage un peu spécial. Ils ont en effet réservé une place pour une excursion touristique dans un train qui doit les amener dans un voyage vers un endroit - une forêt en Europe centrale - qui aurait été témoin de manifestations étranges, possiblement extraterrestres. Les premières pages nous présentent chacun des personnages qui prennent place dans ce wagon. Cela peut sembler un peu long mais chaque personnage est important à l'histoire : le père et ses deux enfants, une journaliste, un homme d'affaires, un couple, le conducteur et le narrateur. Tous les passagers sont impatients de vivre l'expérience et espèrent voir quelque chose de surnaturel et surtout quelque chose d'extraterrestre.

Et puis, bizarrement, leur wagon se détache du train et se retrouve isolé, abandonné au milieu de la fameuse forêt. C'est alors que la vie des personnages dérapent et sombrent petit à petit dans le fantastique. On croit, tout d'abord, comme les personnages, que la nuit est peuplée d'êtres venant d'autres mondes. Puis, on finit par comprendre qu'il n'en est rien. Mais le surnaturel et la mort sont bien au rendez-vous.

L'auteur amène son sujet tranquillement. Chaque personnage est présenté et on a l'impression de les connaître peu à peu. Ce préambule peut sembler un peu long mais il est réellement essentiel à ce qui arrive aux personnages. Car ce que sont les personnages est l'explication de ce qui leur arrive. Et chaque personnage a une raison d'être sur ce train.

La tension est palpable et augmente au fur et à mesure que l'histoire avance. Et la fin est très surprenante. J'ai beaucoup aimé l'écriture des auteurs et surtout la façon qu'on croit d'abord à quelque chose mais qu'ensuite tout est différent... j'aimerais beaucoup en dire plus, car je crois que c'est ce qui fait le roman si intéressant, mais c'est aussi le "punch"... et je m'en voudrais de tout révéler... Je dirais simplement... si votre librairie ou votre bibliothèque a classé ce roman en science-fiction... oubliez cette classification. Si vous cherchez un roman de SF, vous serez déçus et si vous passez votre tour car vous pensez qu'il y aura des ET... et bien, vous aurez manqué un très bon roman fantastique qui nous confronte à nos peurs. Ce voyage est unique, effrayant mais terriblement réel.

Les mots des auteurs (Extraits)

"Une aube grise et terne pointait au-dessus de l'immense forêt. Le brouillard ne s'était pas dissipé et enveloppait toujours les lieux d'un couvercle poisseux. La lumière du matin s'immisçait avec difficulté dans le wagon toujours abandonné sur sa voie, au milieu de nulle part. Elle révéla un à un les corps figés des passagers, recroquevillés sur eux-mêmes dans des postures improbables." p.75

"- Vous le connaissiez bien ? demanda madame Richter. - Comme tout le monde ici. Ni plus ni moins. Mais il me rappelait quelqu'un... Une simple impression. Un peu comme un souvenir qui ne parviendrait pas à remonter à la surface. Comment expliquer ? - Inutile, je comprends. J'ai la même sensation que vous. Un peu comme un rêve fait et refait, et aussitôt oublié." p. 223

Pour en savoir un peu plus…

  • Biographie de l'auteur sur le site BDGest's
  • Critiques sur Babelio
  • Un avis sur le blogue Lire ou Mourir
  • L'avis de Liliba sur le blogue Les lectures de Liliba
  • L'avis d'Archessia sur le blogue Les mots d'Archessia
  • L'avis de Loreley sur le blogue Les Ô Troubles
  • L'avis d'Elodie sur le site ActuSF.com

20 octobre 2016

Last days d'Adam Nevill

LastDays1

Last days / Adam Nevill. – New York : St. Martin’s Griffin, c2012. – viii, 530 p. ; 21 cm. – ISBN 978-1-250-01818-2

Quatrième de couverture

When guerrilla documentary maker, Kyle Freeman, is asked to shoot a film on the notorious cult known as the Temple of the Last Days, it appears his prayers have been answered. The cult became a worldwide phenomenon in 1975 when there was a massacre including the death of its infamous leader, Sister Katherine. Kyle's brief is to explore the paranormal myths surrounding an organization that became a testament to paranoia, murderous rage, and occult rituals. The shoot's locations take him to the cult's first temple in London, an abandoned farm in France, and a derelict copper mine in the Arizonan desert where The Temple of the Last Days met its bloody end. But when he interviews those involved in the case, those who haven't broken silence in decades, a series of uncanny events plague the shoots. Troubling out-of-body experiences, nocturnal visitations, the sudden demise of their interviewees and the discovery of ghastly artifacts in their room make Kyle question what exactly it is thecult managed to awaken âe" and what is its interest in him?

L’auteur

Adam L. G. Nevill est né en 1969 à Birmingham en Angleterre. Il a vécu en Angleterre et enLastDays2 Nouvelle Zélande. Ces romans ont reçu de nombreux prix.

Bibliographie partielle

  • Banquet for the Damned (2004)
  • Apartment 16 (2010)
  • The Ritual (2011)
  • Last Days (2012)
  • House of Small Shadows (2013)
  • No One Gets Out Alive (2014)
  • Lost Girl (2015)
  • Under a Watchful Eye (2017)

Site web de l'auteur, sa page Facebook, son compte Twitter

Mes commentaires

Hourra ! Quelle lecture parfaite. Finalement, j'ai eu entre les mains un roman fantastique, un roman d'horreur bien construit, cohérent et qui m'a donné quelques frissons. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas autant aimé un roman fantastique.

C'est une histoire classique mais également très moderne. On reprend tous les codes du genre à la sauce d'aujourd'hui. Et l'ensemble est encore une fois très visuel. L'horreur est d'abord à peine perceptible, on la devine petit à petit, on la découvre en même temps que le personnage principal. Et on doute d'abord avec lui, on ne veut pas y croire. Puis, la tension monte de plus en plus pour devenir insoutenable, on sent la peur se transformer en terreur. Jusqu'à la scène finale.

C'est un roman parfaitement construit. Les phénomènes paranormaux, surnaturels sont encadrés d'une histoire bien ancrée dans le réel, dans la vie de tous les jours. Car bien que les personnages sont des habitués des reportages étranges, ils sont pragmatiques, rationnels et terre à terre. Ont des problèmes banaux et normaux.

Mais je n'ai encore rien dit de l'histoire.

Alors, Kyle Freeman est un réalisateur de films indépendants qui touchent des sujets non conventionnels. Il travaille principalement avec son collègue, caméraman et ami Dan. Alors que Kyle est un peu au bord de la faillite, il se fait offrir de réaliser un documentaire sur une secte des années '70, nommée Temple of the Last Days, et ayant pour gourou, une certaine Sister Katherine. En 1975, la secte a connu une fin horrible et sanglante dans un ranch en Arizona.

Kyle accepte ce projet même si rapidement il sent qu'il n'a pas vraiment le contrôle sur son film. Le producteur qui lui a commandé le film lui impose les entrevues - avec d'anciens membres de la secte et lui dicte ce qu'ils doivent faire et ne pas faire. Alors que Kyle et Dan se déplacent de l'Angleterre à la France puis aux États-Unis à la rencontre d'anciens membres et dans les traces de la secte, Kyle commence à vivre des événements d'abord étranges puis de plus en plus dérangeant et inquiétant. Il doute d'abord, essaie de trouver des explications rationnelles, mais plus les jours passent, plus la peur l'envahit. Et plus il enquête sur la secte et sur Soeur Katherine, plus il sait que le rationnel n'a plus sa place dans sa vie.

Le roman culminera dans les lieux qui ont vu le massacre des derniers membres de la secte et qui sera le témoin encore une fois d'un cauchemar terrible. Mais il ne faut pas croire que le texte est lourd, violent ou excessivement sanguinaire. Oui, il y a du sang. Mais l'horreur est amenée doucement, tranquillement, sournoisement subtilement dans le texte. Mais une fois qu'elle est en place, elle est omniprésente, on la sent dans chaque page. Même lorsqu'elle est absente, on l'attend et on l'anticipe. L'auteur nous mène par le bout du nez dans son texte et on le suit. Il maîtrise parfaitement le genre. On a l'impression de vivre avec Kyle sa descente dans l'enfer de la secte, de la folie, du paranormal et du mal.

Mais le roman va au-delà du paranormal, du suspense et de l'horreur. On aborde les sujets de la fascination pour le mal, la mort, l'horreur ainsi que le désir de la reconnaissance médiatique, le besoin narcissique d'être connu et reconnu, d'avoir du pouvoir et de garder ce pouvoir. Et finalement le besoin et désir d'être éternel et de laisser sa trace.

Nevill garde le rythme tout au long du roman et la fin est parfaite - bien qu'elle m'ait tout de même surprise. Bon, on peut lui faire quelques reproches, une certaine reprise facile des thèmes, quelques longueurs... Mais je n'en ai pas envie. Pour moi, ce fut un roman d'horreur tout simplement parfait !

Les mots de l’auteur

Relief sang to him. The dream, a nightmare, faded like a dim and incorrectly remembered photograph. That’s all it was and nothing more. The figures upon the walls of the temple, Gabriel’s terrible accident, half a bottle of spirits, exhaustion, an unfamiliar bed in a pitch-black room, Dan’s snoring, another country, another word... Too much, too much. That’s why he’d had a nightmare.” P.169

« My point, my dear boys, is that there is something demoniac in human nature that we are unable to stop revering Unable to stop ourselves serving. This is our greatest tragedy. A tragedy because it is universal, and it is timeless as all true tragedies are. “ pp.464-465

Pour en savoir un peu plus…

Posté par Laila_Seshat à 15:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

12 octobre 2016

Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy

peur1Une nuit, je dormirai seule dans la forêt / Pascale Wilhelmy. — Montréal : Libre Expression, c2015. – 173 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-7648-1128-3

Quatrième de couverture

Depuis ses cinq ans, Emma a peur de tout. Des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns… et des mains poilues. Pourquoi ? Elle a juré de ne rien dire.

Un soir d'orage, paralysée, elle se fait une promesse : vaincre ce qui l'effraie. Briser son grand secret. Une nuit, elle ira dormir seule dans la forêt, au cœur de tous les dangers. Et si elle survit, si un loup ne l'attaque pas, si un ours ne la scalpe pas, elle en reviendra victorieuse. Pour une fois.

Avec la sensibilité et le style qu'on lui connaît, Pascale Wilhelmy nous transporte dans l'univers d'Emma et de cette expédition qui la mènera à l'origine de ses peurs. Et surtout droit devant, vers un avenir plus léger, plein de promesses.

L’auteur

Pascale Wilhelmy est une auteure, journaliste et chroniqueuse québécoise. Elle a travaillé pendant plusieurs années pour la radio à Rythme FM. Elle a également travaillé comme journaliste artistique et culturelle pour le réseau de télévision TQS et pour le bulletin de nouvelles de TVA. Elle a aussi été animatrice pour l'émission Star peur2Académie. Et elle écrit pour divers magazines comme par exemple, le magazine 7 jours. Elle publie son premier roman Où vont les guêpes quand il fait froid ? en 2013, qui a été finaliste pour le Grand Prix littéraire Archambault.

Pascale Wilhelmy a deux enfants et est mariée à l'animateur radio et télé québécois, Denis Lévesque.

La page Facebook de l'auteure.

Bibliographie

  • Où vont les guêpes quand il fait froid? (2013)
  • Ces mains sont faites pour aimer (2014)
  • Une nuit, je dormirai seule dans la forêt (2015)

Mon expérience de lecture !

Je ne m'attendais à rien. Je savais que le livre avait eu de bonnes critiques mais qu'il n'avait pas beaucoup de succès à ma bibliothèque. Je ne sais pas pourquoi mais quand nous l'avons reçu en don, je l'ai acheté. Comme ça. Sans raison précise. Nous avions déjà trois copies qui ne sortaient pas beaucoup et donc en bon état. Alors le don s'est retrouvé dans la vente de livres. Et puis, ensuite, il a traîné un peu dans ma pile à lire. Un matin que je devais prendre le train, je l'ai pris distraitement. Et lorsque 30 minutes plus tard je sortais du train, je pleurais presque de devoir interrompre ma lecture. Le roman de Wilhelmy m'a chavirée, étourdie et bouleversée. J'ai eu les larmes aux yeux. Je ne voulais plus le quitter. Et quand j'ai dû le fermer, je n'ai pu qu'en parler à tout le monde autour de moi... et tous ceux qui l'ont lu me disent la même chose : les  mots de Wilhelmy sont magiques, tragiques, inoubliables...

J'exagère ? Peut-être. Mais c'est rare que je suis émue à ce point par un livre. Cela m'arrive parfois mais de plus en plus rarement. Alors avant de dire autre chose... merci Mme Wilhelmy, cela faisait si longtemps que je n'avais pas vécu un moment de lecture si intime et émouvant.

Mes commentaires...

Bon, revenons sur terre... Emma a peur. Elle a peur de presque tout et depuis toujours. Elle a peur de l'avion, des chiens, des ours, des hauteurs, de son sous-sol, des orages, et d'un miliers d'autres choses. Elle passe sa vie à essayer de surmonter certaines peurs et vivre presque normalement, puis à se réfugier chez elle pour se protéger des ours, des orages, des pilules qu'elle pourrait avaler de travers. Depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne, elle a peur. Il lui semble avoir toujours vécu avec ses peurs.

Mais elle essaie de surmonter ses peurs. Tous les jours. À son rythme. Les premières pages nous parlent de toutes ces peurs qu'elle a et comment elle essaie de les surmonter. Puis, au détour d'une page, son petit ami découvre un dessin qu'elle a fait quand elle était une enfant. Et là, le roman bascule. Le dessin est effroyable, révoltant et horriblement triste. Quand j'ai parlé du roman avec des collègues, je me souviens avoir dit "et quand j'ai vu le dessin" au lieu de dire "quand j'ai lu la description du dessin". Car j'ai vu le dessin tant les mots de Wilhelmy sont forts et terriblement vivants.

Emma est blessée, même si elle ne veut pas admettre ces blessures. Petit à petit, au fil des pages, on retourne dans le passé d'Emma, son enfance, son adolescence, sa vie de jeune adulte, ses amours, ses succès, ses échecs... et surtout ses peurs. Ses peurs qu'elle connait, qui font partie de sa vie, qui sont même réconfortantes en quelque sorte, puis ses peurs enfouies, qu'elle veut ignorer et oublier.

Elle finit cependant par vouloir les combattre. Et elle décide de les affronter toutes à la fois, en passant une nuit, seule, dans la forêt. Elle a décidé d'affronter tous ses monstres.

Le roman m'a prise à la gorge. L'auteur m'a bouleversée. J'ai ensuite lu que même si l'histoire n'est pas la sienne, l'auteur a quand même vécu avec la peur, des peurs intenses. Pour avoir moi aussi certaines peurs, pour avoir vécu avec ma mère qui s'est battue contre des peurs intenses, irrationnelles et qui paraissaient insurmontables (mais qu'elle a fini par vaincre), je peux dire que l'auteur a su transmettre toutes ces émotions dans son texte. Comment les peurs peuvent briser des vies. La vie de ceux qui les vivent et des proches qui doivent vivre des peurs qui ne sont les leurs et essayer de les comprendre... et surtout les accepter.

Tous les personnages du roman m'ont semblé forts, vivants. En si peu de pages, l'auteur arrive à non seulement les présenter mais à tous les faire vivre. J'ai rarement eu cette impression de connaître autant les personnages, même les personnages secondaires. L'écriture de Wilhelmy est délicate, douce mais on la reçoit en pleine face... elle est aussi trèes brutale, vraie, authentique.

Mais je ne peux en dire plus... Et maintenant, j'ai terriblement envie de lire les autres romans de l'auteur mais j'ai aussi terriblement peur de le faire.

Les mots de l’auteur

« Le ciel n’est ni bleu, ni turquoise. Loin des beaux jours, il est noir. Troublant. Un éclair le traverse. Le feu vient de s’abattre sur la maison. J’en ai même fendu la toiture. Il n’y a ni jardin, ni fleurs. Aucune boule jaune, aucun soleil comme l’ont dessiné les atres élèves. Tous, sans exception. Chez moi, c’est la nuit.

Ma maison n’a pas de porte. Ni même une cheminée, pour s’évader. » p.57

« Se défaire de l’enfance. Impossible. On peut se bercer d’illusions, mais elles marquent, ces premières années. Un fer rouge dans la tête. Dans la mémoire. Parfois sur le corps. On fera des détours, on l’emmaillotera dans une amnésie forcée. Pourtant, elle ne se supprime pas. La ne sera jamais parfaite» p. 99

Pour en savoir un peu plus…

04 octobre 2016

Conception de Chase Novak

conception1Conception / Chase Novak ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Vincent Guilluy. – [Paris] : Préludes, [2015]. – 472 p. ; 20 cm. – ISBN 978-2-253-19102-5

Quatrième de couverture

Alex et Leslie Twisden mènent une vie radieuse : jobs en or, luxueux hôtel particulier en plein Manhattan et mariage passionnel. Ce qui leur manque en revanche, c’est un enfant, et après l’échec d’innombrables traitements, leur désir de progéniture vire à l’obsession.

Dans une dernière tentative désespérée, le couple se rend en Slovénie afin d’essayer une procédure médicale très particulière. Et là, c’est le miracle…

Dix ans plus tard, couvés et dorlotés mais vivant dans une maison habitée par les secrets, les jumeaux Alice et Adam se retrouvent chaque soir enfermés dans leur chambre, tandis que des bruits de plus en plus perturbants proviennent de celle de leurs parents. Un jour, ils décident de chercher à comprendre la vraie nature de ceux qui les élèvent. Leur découverte aura de quoi les épouvanter…

L’auteur

Scott Spencer est né à Washington aux États-Unis en 1945. Il grandit à Chicago. Après des études à l'University of Illinois et à la Chicago's Roosevelt University, il obtient son BA en Anglais de l'University of Wisconsin.  Il a enseigné dans divers collèges et universités aux États-Unis et a publié plusieurs articles dans diverses publications : The New York Times, Harpers Magazine, GQ, etc.

Il publie son premier roman, Last night at the Brain Thieves Ball, en 1975. En 1979, son roman Endless Love connait un très grand succès et est vendu à plus de deux millions d'exemplaires à travers le monde. Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma (Waking the Dead et Men in Black).

Ces deux derniers romans - qui sont considérés comme des romans d'horreur - ont été publiés sous le pseudonyme de Chase Novak.

Bibliographie partielleconception

  • Last Night at the Brain Thieves Ball (1975)
  • Preservation Hall (1976)
  • Endless Love (1979)
  • Waking the Dead (1986)
  • Secret Anniversaries (1990)
  • Father Hood (scénario) (1993)
  • Men In Black (1995)
  • Rich Man's Table (1998)
  • A Ship Made of Paper (2003)
  • Willing (2008)
  • Man in the Woods (2010)
  • Breed (sous le peudonyme de Chase Novak) (Conception) (2012)
  • Brood (sous le peudonyme de Chase Novak) (2014)

La page Facebook de Chase Novak ; la page Facebook de Scott Spencer ;

Mes commentaires…

Depuis quelques années, j'ai beaucoup de difficulté à trouver un "roman d'horreur" que j'aime. C'est que j'en ai beaucoup lu. C'est même un de mes crimes littéraires. Depuis que je travaille en bibliothèque, j'ai recommencé à lire des romans fantastiques, dans l'espoir de retrouver le plaisir des frissions. J'ai peu de succès, je dois l'avouer. Dernièrement, j'ai bien aimé Nous avons tous peur de B.R. Bruss. Cette année, j'ai décidé d'essayer de lire d'autres romans du genre. À commencer par Conception de Chase Novak.

Et alors ? Disons que je n'ai pas détesté. J'ai bien aimé certains aspects et trouvé vraiment longs, plusieurs passages. Mais côté "horreur" et même "suspense", on repassera. Il y a bien un aspect "fantastique", qui flirte légèrement avec la science-fiction. Mais c'est tout. La lecture ne fut pas désagréable mais sans plus. Donc, pas encore un coup de coeur "horreur/fantastique". Et malheureusement pas de frissons.

Mais revenons au roman. Les Twisden ont tout pour être heureux sauf un enfant. Ils désirent ardemment avoir des enfants mais en semblent incapables. Tous les tests et traitements s'avèrent inutiles et ils sont désespérés. Mais des amis qui avaient le même problème leur parlent d'un nouveau traitement expérimental. Ils partent donc pour la Slovénie rencontrer un mystérieux médecin pour suivre ce traitement qui fonctionnera miraculeusement. Et ils ont finalement tout pour être heureux.

Le roman saute ensuite dix plus tard. Et les jumeaux qui ont été conçu grace au traitement reçu en Slovénie vivent une vie bien étrange. Ils sont solitaires, ne parlent à personne et chaque nuit, leurs parents les enferment à clef dans leur chambre. Leurs parents sont également bien étranges. La nuit, d'étranges sons proviennent de leur chambre et le couple, jadis riche et élégant, n'est plus que l'ombre de lui-même. On comprend très rapidement que si les parents enferment leurs enfants la nuit, c'est pour les protéger. Le traitement a eu sur le couple quelques effets secondaires assez terrfiants.

Les enfants se sentent menacés et décident de s'enfuir. Au cours de leur fuite, ils recevront de l'aide d'un de leurs professeurs et rencontreront d'autres enfants qui leur ressemblent : eux aussi sont le résultat des traitements sur leurs parents. Car si tous les parents se transforment petit à petit en monstres (sanguinaires et cannibales) à cause du traitement, les enfants nés à la suite de ce traitement sont également victimes des effets secondaires. Ces enfants tentent de survivre, de se comprendre et surtout d'échapper à leurs parents.

Alors voilà, l'histoire est remplie de potentiel : traitements expérimentaux, parents monstrueux, cannibalisme, enfants férals. Il y a de très bons moments. Et j'ai aimé tout le questionnement sur jusqu'où les gens sont prêts à aller pour avoir des enfants, et les conséquences désastreuses qui peut survenir quand on dépasse certaines limites. Mais j'ai eu l'impression que l'histoire allait dans tous les sens, sans jamais atteindre sa finalité. L'auteur introduit de nombreux personnages et cette surabondance nous éloigne des 4 principaux. Je n'ai pas eu l'impression de les connaître. Et ce saut de 10 ans était une erreur, selon moi. Il aurait été intéressant de voir les débuts de la transformation des parents, de voir les premiers moments des enfants. Et puis, ensuite, il aurait intéressant d'explorer comment les enfants vivent leurs propres transformations. Mais le livre s'égare dans une multitudes de voix et de personnages. Et le tout est incroyablement dilué et on perd toute trace de tension ou d'horreur. 

Donc, malgré quelques bons passages - car l'auteur écrit très bien - ce fut une lecture un peu décevante. Il parait que le roman sera adapté au cinéma. Bizarrement, j'ai l'impression que l'histoire sera mieux transposée en image.

Les mots de l’auteur

« Pourquoi devons-nous être enfermés la nuit ? – Encore ça ? demande sa mère. – On ne veut plus être enfermés. – Ce n’est pas pour toujours. – Je ne comprends pas. – Moi non plus, intervient Alice. – C’est pour qu’on ne vous mange pas », dit Leslie en ébouriffant les cheveux d’Adam.

Elle le dit  en plaisantant, mais cela résonne comme la chose la plus vraie qu’elle leur ait jamais dire. » p. 129

« Alice et Adam se languissent de  leur foyer, avec l’impuissance innocente des enfants. Comme  tous les jeunes mammifères, ils sont génétiquement programmés pour faire confiance à leurs parents et croire que ceux qui leur ont donné la vie sont leur refuge dans un monde sans pitié. Dans leur cerveau, dans leur liquide céphalo-rachidien, dans leur mécanique la plus élémentaire, la plus primitive, il est écrit qu’il doivent croire que leur mère et leur père sont là pour les protéger, et ils s’accrochent à cet  instinct quelle que soit l’irréfutabilité de la preuve du contraire – et même ainsi, même après qu’ils ont renoncé à cette illusion et qu’ils se sont enfuis pour sauver leur peau, le doute suit comme une ombre le moindre de leurs mouvements, parce qu’ils réagissent à une réalité qui est par essence inconcevable, à une vérité qu’ils perçoivent continuellement comme un mensonge fabriqué de toutes pièces par leurs propres échecs ou par les dysfonctionnements de leurs esprits fiévreux. » p.328

Pour en savoir un peu plus…

  • La page Wikipedia en anglais de Scott Spencer
  • Biographie de l'auteur sur Openroadmedia.com
  • Article dans le New York Times
  • Article dans Libération
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Chantal Yvenou sur le blogue Page après page
  • L'avis de Sabrina sur le blogue Les lectures d'Aydora
  • L'avis de Jenni sur le blogue Vie de geek
  • L'avis de sevandthekidz sur le blogue Blablabla mia
  • L'avis d'Audrey sur le blogue Les lectures d'Audrey
  • L'avis de Le Berty sur le blogue Le Bertyblog
  • L'avis de Colette du Net sur le blogue Niftyfifty and the City