11 juillet 2017

De la fabrication des fantômes de Franck Manuel

FabFantome1De la fabrication des fantômes / Franck Manuel.  — Toulouse : Anacharsis, [2016] – 121 p. : 20 cm. – ISBN 979-10 -92011-32-6

Quatrième de couverture

Aujourd’hui, il est le roi de la fête. Il a cent ans. Sous ses yeux fatigués s’agite sa descendance. Tous des étrangers. Sauf Lucie, belle, insolente, une lueur de cruauté dans
le regard. Elle n’a jamais eu peur de lui. Elle connaît pourtant la terreur qu’il inspire, cette histoire d’ogre, de passe-muraille, de chats mangés vifs.

Mais il faut qu’elle sache. Alors elle le traîne sur les lieux du drame, survenu trente-sept ans plus tôt. Ce sera son cadeau d’anniversaire.
Dans la petite pièce poussiéreuse, face au mur couvert de mots épars écrits au crayon gris, les fantômes vont prendre corps.
Franck Manuel invente peut-être ici un registre littéraire inédit : le terrible magique.

L’auteur

Franck Manuel est né en 1973 dans le département Le Loiret au sud de Paris. Il étudie en Lettres à Toulouse et travaille comme facteur. Il FabFantome2obtient son doctorat en 2006. Il enseigne le français au lycée. Il publie son premier roman « Le facteur phi » en 2013.

Bibliographie

  • Le Facteur phi (2013)
  • 029-Marie (2014)
  • De la fabrication des fantômes (2016)

Mes commentaires

2073, un homme célèbre ses 100 ans parmi sa famille. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, conjoints, ils ont été le chercher spécialement pour l'occasion. Il ne les écoute pas vraiment, perdu dans ses souvenirs. Sa famille ne s'occupe pas vraiment de lui non plus. À part l'occasionnel "encore un peu de gâteau ?", ils l'évitent autant que possible. Il est vieux et il est probablement fou. Après tout, après la mort de sa femme, il a escaladé des murs, il a erré dans la cour des voisins, envahi la vie des gens à leur insu, s'est réfugié dans une maison abandonnée, a vraisemblement tué et mangé des chats et quoi d'autres... on ne le sait pas. Sa famille en a légèrement peur, sauf son arrière-petite-fille, Lucie.

Lucie n'a pas peur de lui et elle veut savoir ce qui s'est réellement passé. Elle lui prépare donc une surprise pour son anniversaire. Elle va le ramener sur les lieux de ses crimes, dans la maison abandonnée, où les ossements de chats furent retrouvés ainsi que des mots écrits sur les murs. Des mots, des phrases qui semblent sans sens. Elle veut savoir et espère que de ramener le vieillard dans cette pièce le fera parler.

Il ne parlera pas mais nous le suivrons dans ses souvenirs. Pas nécessairement ordonnés mais qui nous amèneront sur les traces de moments de son enfance, de son amour pour son épouse, son désespoir et son inertie face au cancer et à la mort de celle-ci, son voyage par-dessus les murs, chez les autres, sa découverte des mots mystérieux et impénétrables sur un mur, et sa fabrication de fantômes. De fantômes sanguinaires, obsessiifs et affamés.

Lécriture de Manuel est nette, douce et froide en même temps. Le roman est intriguant. Il m'a envoûtée pendant toute ma lecture. J'ai aimé ce soupçon de futur qui ne m'a pas semblé si loin, j'aurais moi-même 102 ans en 2073. J'ai aimé le côté fantastique des fantômes dévoreurs de chats. J'ai aimé ces murs à la fois obstacles, supports et libération. J'ai aimé suivre le cheminement de ce veuf apathique devant la maladie et la mort de son amour. Et pourtant, j'ai refermé le livre avec l'impression qu'il me manquait quelque chose... que je n'avais pas lu tout ce que j'aurais pu lire. Que des mots n'étaient pas là ou que je n'avais pas su les lire. Et pourtant... j'ai bien aimé les secrets, les sensations, les souvenirs, la folie et les fantômes.

Les mots de l’auteur

« La mémoire n’est pas chronologique. Elle est topographique. Une vaste mer. Des failles. Des îlots. Des volcans. Des cendres aériennes. Ce souvenir de gauche. Celui-ci de droite. Même si la notion de droite ou de gauche est relative en pleine mer. Quant à un éventuel centre… Sa conscience flotte et ride la surface sur laquelle, surgie d’on ne sait où, tournoie la robe blanche de Rosalie. » p. 1

Pour en savoir un peu plus…

  • Article dans le webzine SuperFlux : le Toulousain indispensable
  • Avis sur Babelio
  • Avis sur CritiquesLibres


05 juillet 2017

Indésirable d'Yrsa Sigurdardóttir

Yrsa Sigurdardóttir 1Indésirable / Yrsa Sigurdardóttir ; roman traduit de l'islandais par Catherine Mercy.  — [Arles] : Actes Sud, [2016] – 318 p. ;  24 cm. – ISBN 978-2-330-05802-9. – (Coll. Actes noirs)

Quatrième de couverture

Employé d’un obscur bureau gouvernemental islandais, Óðinn est chargé d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes dans les années 1970. L’établissement est fermé depuis longtemps, mais des abus mis au jour dans d’autres centres incitent l’État à passer ces foyers au peigne fin pour éviter tout nouveau scandale.
Une chape de silence semble peser sur Krókur, mais peu à peu Óðinn découvre que de sombres secrets entourent les anciens pensionnaires. À l’époque, deux jeunes garçons y avaient mystérieusement trouvé la mort, asphyxiés dans une voiture. Et personne ne sait vraiment ce qui est arrivé au bébé du couple qui gérait le foyer, disparu le jour de sa naissance, et dont le destin macabre semble encore hanter les lieux.
À mesure qu’il creuse l’affaire, Óðinn se met à entendre des voix, comme si les fantômes du passé, réveillés contre leur gré, s’insinuaient dans sa propre vie. La bouche d’ombre susurre à son oreille, et lentement tout bascule. Le doute, frère du malaise, rogne peu à peu les fragiles certitudes de son existence : la mort récente de son ex-femme était-elle vraiment un accident ? Et qu’a vraiment vu sa fille de onze ans ce jour-là ?
Jouant habilement des ressorts du surnaturel, Yrsa Sigurðard-ottir, voix singulière de la littérature policière islandaise, signe un thriller spectral et glaçant.

L’auteur

Vilborg Yrsa Sigurðardóttir est née en 1963 à Reyjavik en Islande. Elle étudie en ingénierie civile  à l’Université d’Islande et obtient son diplôme en 1988. Elle poursuivra ses études à l’Université Concordia à Montréal toujours dans le même domaine et obtient sa maîtrise en 1997.Yrsa Sigurdardóttir

Elle travaille comme ingénieur civile pour la firme Fjarhitun, qui fait maintenant partie de la firme de consultation multidisciplinaire en ingénierie Verkís. En 1998, elle publie son premier livre en littérature jeunesse. Elle continue à écrire pour les enfants et en 2000, elle reçoit un prix du IBBY (International Board on Books for Young People). Elle commence à écrire des romans policiers en 2005. Ses romans ont été traduits dans de nombreuses langues dont le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe, etc. Elle a également reçu de nombreux prix en Islande pour son œuvre, entre autre le Prix Blóðdropinn pour Ég man þig en 2011 et pour DNA en 2015.

Elle vie aujourd’hui à Reyjavik avec sa famille et poursuit en parallèle sa carrière d’ingénieur et d’écrivaine.

Profil Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Þar lágu Danir í því (1998) (Littérature jeunesse)
  • Við viljum jólin í júlí (1999) (Littérature jeunesse)
  • Barnapíubófinn, Búkolla og bókarræninginn (2000) (Littérature jeunesse)
  • B 10 (2001) (Littérature jeunesse)
  • Biobörn (2003) (Littérature jeunesse)
  • Þriðja táknið (2005) (Roman policier : Ultimes rituels)
  • Sér grefur gröf (2006) (Roman policier : Bien mal acquis)
  • Aska (2007) (Roman policier)
  • Auðnin (2008) (Roman policier)
  • Horfðu á mig (2009) (Roman policier)
  • Ég man þig (2010) (Roman policier : Je sais qui tu es)
  • Brakið (2011)
  • Kuldi (2012) (Roman policier : Indésirable)
  • Lygi (2013)
  • DNA (2014)
  • Sogið (2015)
  • Aflausn (2016)

Mes commentaires

J'ai absolument adoré ce roman ! Même la petite touche "fantastique" qui a achalé quelques lecteurs ne m'a pas dérangée. C'était très subtil, et puis, qui n'a pas déjà vécu un peu de surréel dans sa vie... ces moments qu'on ne peut expliquer ! Mais je le répète, cette touche est très petite et le roman est avant tout une superbe histoire qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Bon, certains lecteurs ont vu des inconsistances dans la fin ou encore de trop grosses coïncidences, et vous savez que cela me refroidit habituellement. Mais bon... j'ai adoré ce roman. Et voilà. Et l'histoire ? Hum, voyons voir...

Le roman débute par une scène difficile. Un père et sa fille sont dans une voiture en marche dans un garage. Tout porte à croire que le père cherche à trouver la mort par asphyxie et veut que sa fille le suive dans la mort. Pourquoi ?

Óðinn est un homme de 35 ans, divorcé, qui avait laissé la garde de sa fille à son ex-épouse Lára, fortement aidée de la mère de celle-ci. Son couple était disfonctionnel et il ne se sentait pas l'âme d'un père. Mais la vie d'Óðinn va changer du jour au lendemain. Son ex-épouse a trouvé la mort en tombant de sa fenêtre et il doit maintenant s'occuper seul de leur petite fille, Rún. Il s'ennuie dans son travail de commissaire d'enquête sociale et se voit attribuer un nouveau dossier - sa collègue qui s'en occupait est brutalement décédée - dont il ne veut pas. Plusieurs abus dans des centres et foyers pour jeunes en Islande ont récemment fait surfaces et il doit enquêter sur la mort de deux jeunes adolescents retrouvés morts dans la voiture des propriétaires de leur foyer en 1974. Et alors qu'il avance dans son enquête, Óðinn, commence à se questionner sur la mort de son ex-femme.

Le roman nous propose donc deux histoires : l'enquête sur le drame survenu dans le foyer, il y a plusieurs années auparavent et la recherche de la vérité sur la mort de Lára. Le récit sautera également du passé au présent. Les événements sur lesquels Óðinn enquêtent nous seront racontés par une jeune femme qui travaillait dans le foyer à ce moment. Puis nous suivons Óðinn dans le présent, dans ses enquêtes et dans sa relation avec sa fille.

Et puis, comme d'habitude toutes les histoires finiront par se rejoindre. C'est mon seul bémol avec ce roman que j'ai pourtant adoré. On dirait que dernièrement tous les romans policiers proposent plusieurs histoires qui semblent complètement différentes mais qui finissent toujours par être reliées. Même la scène du début trouvera un sens et un lien. Quoique j'avoue que la fin m'a un peu prise par surprise. Et m'a vraiment secouée. Et, je ne peux résister... non, son ex-femme n'est pas morte accidentellement...

Le roman est oppressant, sombre et glaçant. L'histoire dans le foyer est très intéressante et les retours dans le passé très bien menés. Les problèmes et inquiétudes d'Óðinn sont également très bien racontés. Nous ne pouvons qu'être intrigués par la relation du père et de sa fille et par les interrogations d'Óðinn sur la mort de son ex-femme. Et nous passons d'une époque et d'une histoire à l'autre facilement sans perdre le fil d'aucune histoire. 

J'ai beaucoup aimé ce roman d'une auteur que je ne connaissais pas... même la petite touche fantastique !

Les mots de l’auteur

« Arrivée au bout de l’aile du dortoir des garçons, elle s’était habituée à l’obscurité. Une demi-lune s’était libérée des nuages, la surface enneigée scintillait de bleu à perte de vue. Seuls les buissons nus projetaient leur ombre sur le paysage. Ils lui rappelaient qu’il faisait encore nuit et qu’elle devrait être en train de dormir et de rêver à quelque chose de beau, impatiente de se réveiller pour profiter de son jour de congé en ville. Mais cette perspective était compromise, désormais. Elle ne serait jamais prête au moment du passage du facteur. Elle n’aurait pas la force d’attendre sur la route qu’une voiture inconnue l’emmène. » p. 160

Pour en savoir un peu plus…

  • Article Wikipedia sur l'auteur
  • Article dans le journal La Presse
  • L'avis de Marc-André Amyot dans la Bible urbaine
  • L'avis de Claude Le Nocher sur le blogue Action-Suspense
  • Avis sur Lecteurs.com
  • Avis sur Babelio

 

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30 juin 2017

La noyade du marchand de parapluies de Francis Malka

parapluie2La noyade du marchand de parapluies / Francis Malka.  — Montréal : Hurtubise, c2010 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-89647-201-7. -- (Coll. AmÉrica)

Quatrième de couverture

J'ai autrefois eu en ma possession un livre qui racontait l'histoire de l'Homme. Toute, jusque dans ses détails les plus obscurs. Des cataclysmes naturels à la genèse des grandes guerres, des débuts de l'Inquisition au creux des plus profondes récessions, des plus importantes découvertes jusqu'à la chute des souverains tout-puissants, tout y était.

J'ai, malgré moi, fréquenté ce livre pendant trop longtemps.

En fait, je l'avoue, c'est moi qui l'ai écrit.

Avant même que tous ces événements aient bel et bien lieu.

L’auteur

Francis Malka est né en 1969 à Montréal. Il étudie d'abord en musique au Conservatoire de musique de Montréal puis en génie mécanique à l'École polytechnique.

En 1988, à l'âge de 19 ans, il crée le premier logiciel de correction parapluiesgrammaticale, Hugo plus. En 1995, Microsoft intègrera ses outils de correction du français à la suite Office. L'année suivante, Malka fonde l'entreprise Semantix, spécialisée en linguistique computationnelle. Sept ans plus tard, il vend son entreprise à la société américaine, Convera. Il travaille ensuite à l'élaboration de logiciels de recherche spécialisés pour diverses agences de sécurités, incluant le FBI, la CIA et la NSA.

Il publie son premier roman, Le jardinier de monsieur Chaos, en 2007. En 2011, il reçoit le Prix des écrivains francophones d'Amérique et Le Grand Prix littéraire de la Montérégie pour son roman La noyade du marchand de parapluie.

Les profils LinkedIn et Facebook de l'auteur

Bibliographie

  • Le jardinier de monsieur Chaos (2007)
  • Le violoncelliste sourd (2008)
  • La noyade du marchand de parapluies (2010)
  • Le testament du professeur Zuckerman (2012)

Mes commentaires

Alors je me dois d'avouer qu'encore une fois mon choix fut purement superficiel. Le titre et la couverture ont suffit pour me convaincre de prendre le roman. La quatrième de couverture, quant à elle, ne me disait rien de bien intéressant. En fait s'il avait eu une couverture et un titre différent, je n'aurais jamais emprunté le livre. Et la première phrase du prologue a achevé de me convaincre : "L'histoire que je m'apprête à vous raconter n'est ni celle d'un marchand de parapluies, ni celle d'une noyade.". Je devais lire ce livre !

En fait tout est dit dans ce prologue. Le narrateur, s'adressant à nous, nous dit que nous n'aurons pas non plus droit à son histoire car il n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal est un livre. Un livre qui raconte l'histoire du monde et dans lequel il va figurer. C'est un livre qui est poursuivi par des gens qui veulent écrire l'histoire, leur histoire. Mais le livre ne peut être vendu, acheté ou volé. Il doit être donné. Et c'est un marchand de parapluies qui donnera le livre au narrateur, un cordonnier, en 1039 dans un petit village du Sud de la France.

Nous suivrons alors le narrateur dans sa découverte des pouvoirs du livre. Un livre qui écrit par lui-même des merveilles et des atrocités. Un livre qui interprète à sa guise ce qu'on y écrit soi-même. C'est ainsi que le narrateur devra apprendre à vivre avec le livre, à le protéger, le respecter et comme il le dit lui-même dans ce même prologue : "à survivre à ses ires imprévisibles". Car la "puissance de ce livre ne réside pas dans les mots qui y sont écrits, mais dans ceux qui n'y figurent pas encore."

Le roman débute au XIe siècle et se poursuivra pendant des siècles. Nous passons à travers l'Histoire, accompagnés du livre mystérieux et du pauvre cordonnier qui bien semble bien éternel. Le narrateur vit plusieurs grands moments de l'Histoire : construction de la tour de Pise, découverte de l'Amérique, etc. Il en écrit des moments dans son livre, provoque des événements, souvent catastrophiques et réussit tout de même à très bien tirer son épingle du jeu. Mais le poids du livre est tout de même difficile à supporter et il demeure très seul. Lorsqu'il écrit des moments de sa propre histoire, il provoque souvent des désastres mondiaux. Il doit donc garder le livre caché et y écrire avec soin. Est-ce qu'il apprend de ses erreurs ? Un peu. Est-ce qu'il retient quelque chose des différents événements historiques qu'il vit ? Pas vraiment. Mais il apprend que vouloir quelque chose - même insignifiante - peut avoir des conséquences dramatiques et insoupçonnées.

Nous avons ici un heureux mélange de genres... un soupçon de surréalisme et de fantastique, un peu d'aventures et de romance, et beaucoup d'éléments historiques. On a l'impression de lire un roman historique oscillant entre le conte et le roman d'aventures. J'ai tout simplement adoré. L'écriture de Malka est très fluide et on suit aisément l'histoire.

L'auteur prend bien quelques libertés avec les faits et l'histoire - je ne crois pas que le parapluie existait comme tel au XIe siècle - mais cela ne m'a pas dérangée du tout. Quand on parle d'un livre mystérieux qui emporte son propriétaire, auteur et lecteur à travers les siècles, on ne s'attarde pas sur les petites inconsistances historiques. Ce roman traite d'impossibilités, tout simplement. Et c'est très bien comme ça.

Les mots de l’auteur

« Mais n’ayez crainte, car aucun homme – de l’historien le mieux renseigné au chercheur le plus astucieux ou au mercenaire le mieux payé – ne mettra la main sur ce manuscrit. Ce dernier fait en effet partie d’une classe d’objets à part, qu’on ne peut domestiquer, dont on ne peut prendre possession. On ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le voler. Certains vont même lui prêter une volonté, prétendant qu’il a l’étrange faculté d’influer sur son destin et la capacité de choisir son maître. » p. [10]

Pour en savoir un peu plus…

26 avril 2017

Les Visages de Jesse Kellerman

Visages01Les Visages / Jesse Kellerman ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony. -- [Paris] : Sonatine, 2009. -- 471 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-35584-026-5

Quatrième de couverture

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

L'auteur

Jesse Oren Kellerman est né en 1978 à Los Angeles en Californie aux États-Unis. Ses parents sont deux auteurs Visages2américains très connus : Faye et Jonathan Kellerman. Il a fait des études en psychologie à l'Université de Harvard puis en dramarturgie à l'Université Brandeis. En plus d'écrire et de s'intéresser au théâtre, il a joué de la guitare, pendant un temps, dans le groupe rock, Don't shoot the Dog.

En 1994, il publie conjointement avec son père, un recueil de poésie pour les enfants. En 2004, sa pièce Things Beyond Our Control remporte le Prix Princess Grace. Ce prix lui permet de se consacrer à l'écriture. Son roman The Genius paru en 2008 fut nommé le meilleur thriller de l'année par The Guardian et sa traduction françaises, Les Visages reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010.

Il vit aujourd'hui en Californie avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • Things Beyond Our Control (2004) (théâtre)
  • Sunstroke (2006)
  • Trouble (2007)
  • The Genius (2008) [Les Visages, 2009]
  • The Executor (2010)
  • Potboiler (2012)
  • The Golem of Hollywood (2014) (avec Jonathan Kellerman)
  • The Golem of Paris (2015) (avec Jonathan Kellerman)

Site web de l’auteur : http://jessekellerman.com et page Facebook : https://www.facebook.com/JesseKellermanAuthor

Mes commentaires

Quand je termine la lecture d'un roman, j'écris rarement mon billet immédiatement. Mais je le prépare ; je rédige ce que j'appelle mon canevas : notice, quatrième de couverture, informations sur l'auteur, extraits et sources à consulter. Puis, ça peut prendre un certain temps avant que je n'écrive le billet comme tel. Habituellement, cela varie entre quelques semaines ou quelques mois. Mais parfois, cela peut être des années. Ce qui est le cas ici. Pourquoi ? Pas de raisons particulières... parfois c'est un simple oubli.

Je n'ai habituellement pas de problème à reprendre un canevas et à rédiger mon commentaire, mon avis. L'histoire me revient rapidement ainsi que mon ressenti. Mais parfois, j'ai complètement oublié le roman. Ce qui n'est jamais bon signe. Et c'est le cas ici. Je me souviens vaguement de l'histoire et la lecture d'autres avis me ravive légèrement certains souvenirs. Je me rappelle cependant m'être dit que le roman était loin du suspense annoncé. Je me souviens également que bien que ce ne fut pas un coup de coeur, j'avais tout de même bien aimé le roman, d'où la rédaction du canevas en vue d'un futur billet. Mais en gros, je dois avouer qu'il ne me reste pas grand chose de ma lecture du roman de Jesse Kellerman. Et ça, c'est toujours un peu triste. Bon... voyons voir...

Ethan Muller possède une galerie d'art à New York. Le monde des marchands d'art n'est pas facile. Entre les vernissages essouflants et la concurrence entre galeristes cherchant tous à se démarquer, Ethan cherche à faire sa place. Lorsqu'il découvre dans de vieilles boîtes d'un appartement délabré, d'étranges tableaux comportant des portraits d'enfants, il croit que sa renommée est assurée. De plus, Victor Cracke, le mystérieux artiste ayant réalisé ces tableaux, semble a voir disparu.

Le galeriste décide d'exposer les tableaux tout en faisant des recherches sur l'artiste. L'exposition est un succès mais elle déclenche une enquête lorsqu'un policier à la retraite croit reconnaître les visages d'enfants tués il y a de nombreuses années par un tueur en série qui ne fut jamais arrêté. Est-ce que l'artiste disparu serait un meurtrier ? Y a-t-il un lien entre ces portraits et les enfants tués ? Peut-on exposer ces portraits ? Où tracer la ligne entre l'art et l'horreur ?

Toutes ces questions sont intéressantes mais il me semble qu'au fil des chapitres l'auteur les oublie un peu et mon intérêt a diminué petit à petit. On nous raconte deux histoires. Nous partons d'un côté à la recherche de l'artiste Victor Cracke et nous remontons le temps pour suivre les traces de sa famille. Et d'un autre côté, nous suivons Muller dans son enquête pour faire la lumière sur les meurtres des enfants et la possible connexion avec les tableaux de Cracke. Il ne faut pas oublier les possibles liens avec sa propre famille. Et ici et là, on nous fait découvrir un peu le monde des galeries d'art. Puis finalement, tout va se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Évidemment.

Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus car je n'ai que de vagues souvenirs de toutes les facettes des enquêtes. Les recherches pour Cracke et l'enquête sur les visages n'ont pas retenu beaucoup mon attention. Certains passages m'ont paru longs avec beaucoup de descriptions inutiles.

Je me souviens cependant que j'ai bien aimé découvrir le monde des galeries d'art de New York. C'est un monde qui semble terriblement intéressant, mais aussi dur, impitoyable et même froid. Il y avait dans le roman une réflexion intéressante sur l'art et sur l'exposition de l'art.

Et j'avoue que j'aurais aimé voir l'oeuvre de Victor Cracke, ces milliers de dessins avec des monstres et des anges et ces portraits d'enfants. Les descriptions me semblaient incomplètes mais en fermant les yeux, je pouvais presque voir cette oeuvre inimaginable.

Les mots de l’auteur (Extraits)

" À l'intérieur se trouvait une pile bien rangée de ce qui m'apparut d'abord comme des feuilles de papier vierges, jaunies et écornées. L'espace d'un instant, je crus que Tony se moquait de moi. Puis je ramassai la première page, la retournai, et alors tout le reste s'évanouit.

Les mots me manquent pour vous décrire ce que je vis. J'essaie quand même : une ménagerie étourdissante de formes et de visages ; des abges, des lapins, des poulets, des lutins, des papillons, des bêtes informes, des créatures mythologiques à dix têtes, des machines extravagantes avec des bouts d'organes humains, le tout tracé d'une main précise, minutieux et grouillant sur la feuille, vibrant de mouvement, dansant, courant, jaillissant, dévorant, se dévorant mutuellement, perpétrant des tortures atroces et sanglantes, un carnaval de luxure et d'émotions, toute la sauvagerie et la beauté que la vie peut offrir,m ais en exagéré, délirant, intense, puéril, pervers, avec un côté BD joyeux et hystérique ; et moi, je me sentis assailli, agressé, prix d'un furieux désir à la fois de détourner le regard et de plonger dans la page." pp26-27

Pour en savoir un peu plus…

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05 avril 2017

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat

8Le huitième livre de Vésale / Jordi Llobregat ; traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu. — Paris: Cherche Midi, c2015. – 619 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-4508-2. – (Coll. Thrillers). – Titre original : EL secreto de Vasalio.

Quatrième de couverture

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d’Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l’aide d’un journaliste et d’un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d’un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C’est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l’incroyable secret qui hante Barcelone.
 
Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d’énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d’une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l’âme d’une ville, Barcelone avant l’apparition de l’électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral !

L’auteur

Jordi Llobregat est né à Valence, en Espagne en 1971. Il commence à écrire alors qu'il a à peine 12 ans. Il a fait des études8a en commerce à l'Université de Valence et a complété sa formation à l' ESIC - Business & Marketing School, également à Valence. Il fait partie du groupe littéraire El cuaderno rojo.

En 2015, il publie son premier roman, El secreto de Vesalio. Aujourd'hui, il combine sa vie littéraire avec son travail comme dirigeant d'une entreprise qui oeuvre dans le développement communautaire dans les villes. Il est aussi le co-fondateur et directeur du festival de littérature noire de la ville de Valence, Valencia Negra.

Bibliographie

  • El secreto de Vesalio (2015)

Mes commentaires

Est-ce qu'il y a juste moi qui trouve cette couverture magnifique ? Même la cicatrice me semble envoûtante. Et oui, je n'ai emprunté ce roman qu'à cause de sa couverture. Puis, le fait que cela se passait à Barcelone m'a entièrement convaincue. Je suis devenue tellement superficielle comme lectrice !!!

Quel roman ! Plus de 600 pages qui m'ont captivée. Avec une fin un peu tirée par les cheveux mais qui ne gâchent pas tout le reste. L'auteur nous offre un voyage incroyable dans le temps. On a vraiment l'impression de marcher dans les rues de Barcelone à la fin du XIXe siècle. La ville semble vivante et terriblement sombre. Autant hier qu'aujourd'hui, Barcelone a un côté obscur. L'intrigue policière est intéressante mais se retrouve souvent en second plan... Les personnages - même secondaires -, l'époque et la ville sont définitivement au premier plan.

À quelques jours de l'Exposition universelle de 1888, les corps mutilés de jeunes filles sont retrouvés dans les égoûts de Barcelone. Les autorités semblent indifférentes, les barcelonais ont peur et des rumeurs courent que le coupable est le Gos Negre, un chien noir démoniaque, gardien des portes de l'Enfer.

Daniel Amat, jeune professeur à Oxford à l'avenir qui s'annonce brillant doit revenir d'urgence à Barcelone, à l'annonce de la mort de son père, brillant médecin, avec qui il n'avait plus aucun contact. Il découvre à son arrivée que son père soignait maintenant les habitants des quartiers pauvres et enquêtait secrètement sur les meurtres des jeunes filles. Il espère repartir rapidement pour l'Angleterre, mais plusieurs événements et rencontres l'obligent à rester. Il rencontre notamment un journaliste et un jeune étudiant en médecine, assistant de son père. Ensemble, ils vont enquêter sur le meurtre de son père et sur les meurtres horribles qui marquent toujours la ville.

Ça, c'est le côté roman policier. Qui est vraiment intéressant, mais qui est rapidement devenu secondaire à mes yeux. Car en parallèle, le roman nous dresse un portrait historique fascinant de Barcelone et de l'époque : l'Exposition universelle, la naissance de l'électricité, les différents quartiers, la vie universitaire, le monde du journalisme, etc. Et de tous les sujets et intrigues du roman, c'est définitivement le portrait de la médecine en 1888 qui m'a complètement hypnotisée. C'était vraiment intéressant. Retourner dans la réalité de cette époque, être confronté aux connaissances et aux croyances de ce temps.

Ça, c'est le côté roman historique. Qui fut vraiment ce qui m'a le plus ravi dans le livre, mais qui ne doit pas faire oublier l'importance des personnages. Et ça, c'est le côté roman psychologique du livre. Les personnages sont incroyablement bien écrits. L'auteur nous propose des personnages vivants, forts et colorés. Leur passé, leurs émotions, leurs interactions... nous les découvrons petit à petit et c'est passionnant.

Oh, j'oubliais presque le fameux huitième livre de Vésale, un célèbre anatomiste du XVIe siècle. Et bien, vous savez, j'adore les manuscrits. Et les manuscrits cachés et mystérieux encore plus. Vésale a bien écrit sur l'anatomie un ouvrage en sept livres De humani corporis fabrica libri septem (appelé La Fabrica). Ce huitième livre est bien entendu fictif et ma foi très bien caché dans le roman de Llobregat. Il apporte aussi le côté roman légèrement fantastique.

Malgré ses 600 pages, le livre se lit rapidement et le rythme est très rapide. Petit à petit le suspense s'installe. Et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture. Le roman est très bien construit. On se questionne, le suspense augmente et les revirements sont inattendus (jusqu'à la fin, car, comme je l'ai dit, la fin m'a un peu déçue). Cela faisait longtemps que mes nuits n'ont pas été aussi courtes... cela m'apprendra à lire avant de me coucher !

Les mots de l’auteur

« Elle ne ratait rien non plus du marché trépidant de la Boquería, avec ses boutiques bondées et ses cafés bruyants, pleins de lumière. Elle s’imprégnait des odeurs, des couleurs et du mouvement incessant des gens. […] Barcelone était, à ses yeux, un monde fascinant à découvrir.

Cette fois, pourtant, elle n’avait guère envie de flâner. La nuit était tombée et la pluie menaçait. Les commerces et les kiosques avaient baissé le rideau et seuls quelques rares cafés étaient encore éclairés. Elle serra son châle sur ses épaules. Il faisait vraiment un froid glacial.» p. 126

Pour en savoir un peu plus…


02 mars 2017

Le gars des pogos d'Éric Godin

pogosLe gars des pogos : roman /Éric Godin. — Rosemère (Québec): Éritions Pierre Tisseyre, [2014]. – 143 p. ; 20 cm. – ISBN 9782896333004

Quatrième de couverture

Que tous ceux qui ont lu Si j’étais une baleine lèvent la main! Personne… Pour Stéphane, c’en est trop! Trois ans pour écrire un chef-d’oeuvre. Des milliers d’heures pour en sculpter chaque phrase. Tout ça pour… trois cents exemplaires vendus! Entre son ami George qui peine à lire l’arrière des boîtes de céréales et son éditeur qui ferait tout aussi bien de vendre des plats Tupperware, Stéphane se demande où sont passés les lecteurs du temps jadis. À son grand dam, il les découvre au rayon des livres de cuisine… Voilà donc à quoi doit s’abaisser un auteur pour se faire connaître. Rédiger des recettes! Ah! et pourquoi pas? Après tout, ça ne peut pas être bien compliqué… Suffit de trouver un thème facile. Les pogos par exemple… Ainsi débute pour Stéphane une aventure unique, celle d’un canular qui s’avérera on ne peut plus indigeste!

L’auteur

Éric Godin est né en 1982. Il est originaire du village Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier aupogos2Québec. Il publie son premier roman en 2009.

Bibliographie

  • Personne n’aime Robin (2009)
  • Apprendre à compter (2013)
  • La brute et la belle (2014)
  • Le gars des pogos (2014)
  • Le sac d’arachides ; Le flâneur (nouvelles) (2016)

Mes commentaires

J'avais envie de lire quelque chose de léger et rapide. J'étais en général pas mal fatiguée et les vacances semblaient loin. Il fallait que je relaxe mon cerveau et que je lise léger. J'ai donc pris un livre qui avait retenu mon attention lors de son arrivé à la bibliothèque il y a quelques années. Le titre m'avait fait sourire, j'avais fait une grimace à la vue de la couverture et la quatrième de couverture m'avait intéressée. Et génial, il ne faisait que 143 pages.

La quatrième de couverture résume assez bien le livre. Le roman nous présente donc un écrivain dont le livre ne se vend pas en librairie et qui se sent incompris. On ne reconnaît pas immense talent, son génie littéraire. Il est découragé mas surtout en colère. Les gens ne semblent plus lire de la "vraie" littérature - même son meilleur ami n'a pas lu son roman. Qu'est-ce que les gens lisent ? Quels sont les meilleurs vendeurs en librairie ? Les livres de cuisine.

(Et en fait, je dois vraiment confirmer la chose... la quantité de livres de cuisine que nous achetons par mois est incroyable et désespérant ... Et les gens empruntent, empruntent, empruntent. Ce que je trouve vraiment extraordinaire et bizarre, car qu'aujourd'hui, on n'a qu'à entrer quelques ingérdients sur Google et hop, on a la recette. Enfin.)

Et bien merde, se dit-il, je vais en écrire un, livre de cuisine, et n'importe comment en plus ! Et c'est ce qu'il fait, en quelques heures, il pond différentes recettes avec le pogo comme ingrédient principal. Il s'amuse ferme. Et puis, il envoie son manuscrit à son éditeur. Et là, coup de théâtre... on veut le publier ! On lui demande d'autres recettes. Évidemment qu'on va découvrir que c'est du n'importe quoi, qu'il se dit. Mais non. Le livre est publié, a un immense succès. Il est invité partout. Il ne peut croire qu'on croit que c'est un vrai livre de recettes. Il est au désespoir, encore plus découragé et au bord de la dépression. Vive la littérature ! Et les pogos !

Le livre est amusant. Et j'ai souri à plusieurs reprises. Spécialement à la lecture des recettes de pogos que l'on retrouve à la fin. Car ouf... c'est en effet assez drôle et les recettes sont littéralement ridicules. Et j'ose espérer qu'un tel livre n'aurait pas été vraiment publié. J'espère vraiment beaucoup.

Il est bien sûr évident de comprendre ce que le roman de Godin dénonce : le milieu de l'édition, le lectorat et les auteurs. Le milieu de l'édition si brutal, difficile, cruel, mais qui a des règles, des impératifs impitoyables à suivre. Le lectorat qui aime ou n'aime pas, sans pitié et avec intransigeance. Et les auteurs qui versent leur coeur, âme, leur vie dans leur oeuvre et qui espèrent, croient, sont convaincus que tout le monde va comprendre et adorer leurs mots. Et ceux qui se prennent trop au sérieux. 

Le roman est facile à lire, simple et sans surprises. Mais c'est agréable à lire. Et c'est ce que je voulais. Et j'ai même failli acheter des pogos à l'épicerie.

Les mots de l’auteur

« Son pari étant qu’un livre de recettes ne lui rapporterait pas beaucoup, mais le ferait probablement connaître un peu plus, il décide d’y investir le moins de temps possible. Aussi choisit-il de consacrer son ouvrage au mets le plus ridicule qui soit. Si ridicule que, bientôt, le projet qui devait l’aider à se faire connaître devient une pure séance de défoulement et de dérision seyant beaucoup mieux à l’écrivain que de basses manœuvres publicitaires. » p.[50]

Pour en savoir un peu plus…

27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

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22 février 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Bondree1Bondrée / Andrée A. Michaud. — Montréal : Québec Amérique, [2014]. – 296 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-7644-2505-3

Quatrième de couverture

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur dont le souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Sissy et Zaza dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

L’auteur

Andrée A. Michaud est née en 1957 à Saint-Sébastien-de-Frontenac en Estrie au Québec. Elle fait des études en philosophie, en cinéma et en liguistique à l'Université Laval à Québec. Elle fait également une maîtrise en Études littéraires à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pendant ses études à l'Université Laval, elle travaille dans un groupe de recherche en histoire du cinéma. Elle publie son premier roman, La femme de Sath, en 1987. En plus d'écrire, elle est également rédactrice et réviseure.

Elle reçoit de nombreux prix, entre autre le Prix du Gouverneur général et le Prix littéraire des collégiennes et des collégiens en 2001 pour son roman Le Ravissement, le Prix Ringuet en 2007 pour Mirror Lake, le Prix Saint-Pacôme, le Prix du Gouverneur général et le Prix Arthur-Ellis pour Bondrée. Son roman Mirror Lake sera adapté au cinéma en 2013 sousBondree2 le titre Lac Mystère.

Bibliographie

  • La femme de Sath (1987)
  • Portraits d'après modèles (1991)
  • Alias Charlie (1994)
  • Cette petite chose (théâtre) (1997)
  • Les derniers jours de Noah Eisenbaum (1998)
  • Un paysage/Eine Landschaft/A Lanscape (théâtre) (2000)
  • Le Ravissement (2001)
  • Projections (2003)
  • Le pendu des Trempes (2004)
  • Mirror Lake (2006)
  • Lazy Bird (2010)
  • Rivière Tremblante (2011)
  • Bondrée (2013)

Mes commentaires

Le roman se déroule en 1967. Chaque été les Duchamp passent leurs vacances à Bondary Pond, un petit lac près de la frontière américaine, entouré de denses forêts et rebaptisé Bondrée. Comme chaque été, ils retrouvent leur chalet et les autres vacanciers - anglophones et francophones - qui reviennent chaque année. Il fait chaud et les jours passent lentement pour la petite Andrée Duchamp ; son activité préférée étant de suivre et d'admirer Zaza et Sissy, deux adolescentes américaines, belles, vivantes, effrontées et un brin trop dégourdies.

Mais les vacances ne se déroulent pas comme prévus. C'est d'abord le corps de Zaza que l'on retrouve dans les bois, prise dans un piège à ours. Bien que l'enquête finit par conclure à un accident, l'atmosphère dans la petite colonie de vacanciers est lourde. Les gens se sentent impuissants face à la situation et se rapprochent - anglophones et francophones - et une nouvelle solidarité s'installe. Unis dans le malheur.

Les deux enquêteurs sont eux aussi inconfortables avec le résultat. Mais ce n'est que lorsque le corps de Sissy est aussi retrouvé pris dans un piège à ours que les enquêteurs peuvent conclure à des meurtres. Un meurtrier est en liberté dans la région et s'attaque aux jeunes filles.

C'est alors que l'atmosphère déjà lourde et triste se transforme et laisse place à la peur, l'angoisse et la paranoïa. Les gens sont dévastés. Les parents surveillent les enfants. Les voisins s'espionnent. L'endroit où les gens venaient se reposer et oublier leurs soucis s'est transformé en un lieu menaçant, un lieu qui ne sera plus jamais comme avant.

Le roman est à voix multiples et la narration change constamment de point de vue. Mais une voix se distingue et c'est celle de la petite Andrée Duchamp. Et bien que le roman soit bien un roman policier et que nous suivons l'enquête au fil des chapitres, c'est aussi le roman de la fin de l'enfance d'Andrée. C'est le récit de son passage de l'enfance à l'adolescence. Elle perd petit à petit son innocence et son insouciance. Elle se voit confrontée à la dure réalité du monde et elle voit la vie, ses proches, les gens qui l'entourent avec de nouveaux yeux. Elle change et grandit au cours de cet été.

Le roman est donc multiple : roman policier, roman psychologique, roman initiatique. L'auteur mélange savamment les genres et son écriture est solide. J'ai tout de même eu un peu de difficulté à entrer dans le roman. Le roman avançait lentement à mes yeux, un peu comme cet été torride. Mais une fois que je me suis laissée prendre par ce rythme lent, par cette mise en place de l'histoire, j'ai pu apprécier les mots de l'auteur. Et puis, le roman accélère un peu. L'enquête avance, la tension monte petit à petit. Et puis, on se rend compte qu'on est pris dans l'intrigue et qu'on veut en savoir plus. Et on veut connaître les personnages. Car si à mes yeux Andrée restait au centre du roman, les autres personnages sont devenus de plus en plus importants. L'auteur nous les rend vivants. C'est toute une communauté qui prend vie.

J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteur. J'ai aimé son approche et son dosage entre les genres. Le roman passe d'un été tranquille à un été inquiétant, oppressant. Et nous sommes témoins de cette transformation. Bondrée et ses vacanciers ne seront plus jamais les mêmes.

Les mots de l’auteur

« Ferme les rideaux, Andrée, avait murmuré ma mère d’une voix si lasse qu’on y décelait la lourdeur de tout ce qu’elle redoutait. Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. La tête basse, elle se tenait sur le tapis de l’entrée, face à la porte, mais elle ne devait rien voir de son reflet dans la fenêtre. Ses cheveux et ses vêtements étaient trempés, son rimmel coulait et elle semblait vidée de toute énergie. Je n’avais vu ma mère dans cet état qu’au décès de son père, grand-papa Fred. Pendant des semaines, après l’enterrement de papy, elle disparaissait à tout bout de champ. Son corps demeurait là, penché au-dessus de l’évier ou du comptoir de la cuisine, mais ce que constituait ma mère s’était volatilisé. Ses mains demeuraient suspendues dans le vide, nos questions glissaient sur ses oreilles et il fallait qu’elle échappe son couteau ou sa patate pour réintégrer son corps. Ces absences m’effrayaient, car la fausse grimace qui figeait alors ses traits appartenait à une inconnue que je n’aurais pas voulu croiser dans le noir. » p. 53

Pour en savoir un peu plus…

23 janvier 2017

Madame Victoria de Catherine Leroux

Victoria2Madame Victoria / Catherine Leroux. — Québec (Québec) : Alto, [2015]. – 195 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-89694-192-6

Quatrième de couverture

A l'été 2001, un squelette apparaît à l'orée d'un petit bois, à quelques pas de l'Hôpital Royal Victoria à Montréal. Une enquête s'amorce, qui deviendra une quête : découvrir l'identité de cette femme morte sans bruit. Mais toutes les pistes mènent à l'impasse ; celle qu'on a baptisée madame Victoria continue d'attendre que quelqu'un prononce son nom.

Aujourd'hui, la fiction prend le relais.

A partir d'une série de portraits de femmes, Catherine Leroux décline les vies potentielles de son héroïne avec une grande liberté. D'abord nettes comme le jour, ses hypothèses plongent de plus en plus loin dans l'imaginaire, comme des flèches filant vers un point où la mémoire et l'invention se confondent, vers un minuit où tout est possible, jusqu'au dernier souffle.

L’auteur

Catherine Leroux est né à Rosemère au Québec en 1979. Après avoir eu divers emplois (caissière, Victoria1téléphoniste, barmaid, commis de bibliothèque, bergère, journaliste, etc.), elle publie son premier roman, La marche en forêt, en 2011. Son deuxième roman Le Mur mitoyen publié en 2013 a remporté le Prix littéraire France-Québec en 2014. En 2015, elle publie sa troisième oeuvre Madame Victoria qui remporte en 2016 le Prix Adrienne-Choquette. Elle habite maintenant à Montréal.

Bibliographie

  • La marche en forêt (2011)
  • Le mur mitoyen (2013)
  • Madame Victoria (nouvelles) (2015)

Mes commentaires

Roman ou nouvelles ? C'est bizarre, quand j'ai lu Madame Victoria, je ne me suis pas vraiment questionnée. J'ai lu les différentes déclinaisons d'une inconnue comme des parcelles de vies sans lien entre elles. Un fil conducteur oui, mais des histoires différentes. Et puis est venu le temps de rédiger ce billet. Et puis là, je ne sais plus comment décrire le/les texte/s de Leroux. Roman ? Nouvelles ? Les avis sont partagés. Et je suis partagée. Je vais donc mettre les deux dans mes "tags"... aux lecteurs de faire leur propre idée.

Un fait divers réel a inspirée l'auteure. Le 26 janvier 2011, l'émission Enquête diffusait un premier reportage sur la découverte en 2001 du cadavre d'une femme non identifiée dans un stationnement de l'Hôpital Royal-Victoria à Montréal. La mort de la femme remontrerait à 1999 et le reportage tentait de découvrir l'identité de celle qu'on a surnommé "Madame Victoria". Même la célèbre auteure et anthropologue judiciaire Kathy Reichs a participé à l'enquête. À la suite du premier reportage, de nouveaux éléments parviennent aux enquêteurs et un second reportage est diffusé.

Catherine Leroux voit le reportage d'Enquête et décide d'imaginer qui a pu être cette femme inconnue. Et elle nous livre de nombreuses Victoria toutes différentes les unes des autres mais toutes liées dans leur mort anonyme et solitaire. Ces femmes, une dizaine au total, sont toutes différentes mais semblent toute mourir dans l'indifférence ; qu'elles aient été journaliste, comptable, fille-mère, gardienne,...

Si les textes de Leroux sont tout d'abord près des faits connus et rapportés dans le reportage, petit à petit, ils s'en éloignent. Elle remonte le temps, ces personnages vivent aujourd'hui ou dans un autre siècle - passé ou futur. Certaines Victoria sont réalistes, d'autres improbables et impossibles. Et le surnaturel, et même la science-fiction, frôlent certaines de ces vies. Leroux maniant parfaitement tous ces genres. Les textes m'ont tous parus solides et forts.

Chaque vie est donc une nouvelle histoire et c'est pourquoi j'ai pris les textes comme des nouvelles. L'auteur nous présente à chaque fois, une femme, sa vie et sa mort. Il y a certes un fil conducteur, celui qui a trouvé le cadavre et l'enquête qui est menée, et qui revient périodiquement dans de courts chapitres nous rappelant la prémisse des histoires qui suivent. Mais ensuite chaque histoire est véritablement indépendante. Peut-être peut-on parler de roman choral ? Ou encore peut-être peut-on voir le livre comme un recueil de portraits ? Je ne sais pas. Et je n'ai pas envie de savoir, en fait.

L'auteure avoue avoir été touché par l'histoire de celle qu'on a appelé Madame Victoria. Par la solitude, l'anonymat, la violence de sa mort. Elle a voulu donner un peu de beauté et de poésie à cette femme morte seule et sans nom. Elle ne lui a pas redonné une seule vie, mais une multitude de vies. Et elle nous livre des portraits troublants, bouleversants. Ces femmes sont belles, laides, fortes, faibles, remplies d'amour et de haine, elles sont uniques et multiples.

Les mots de l’auteur

« Le lendemain, Victoria se retrouva en possession d’une lettre élogieuse tissée de mensonges qui, en vantant sa foi, sa modestie et ses prodiges intellectuels, la libérait de la misère des campagnes et des prétendants bouseux que lui réservaient ses parents. » p39

« Enfant, elle était convaincue que le mont Royal était un volcan. Cette légende, véhiculée de génération en génération dans toutes les cours d’écoles montréalaises, prenait appui principalement du cratère. Cette croyance maintenant Clara dans une sublime terreur, dans le sentiment qu’à tout moment quelque chose d’énorme, d’extraordinaire et de tragique pouvait se produire. Le volcan a fait d’office de monstre sous le lit, de bonhomme Sept-Heures, mais aussi de château enchanté, d’ami imaginaire. » p. 191

Pour en savoir un peu plus…

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28 octobre 2016

Le Wagon de Philippe Saimbert & Isabelle Muzart

waLe Wagon / Philippe Saimbert & Isabelle Muzart ; d'après un scénario et des dialogues originaux de Philippe Saimbert. -- [Paris?] : [Éditions Asgard], [2011]. -- [22- p.?] ; 24 cm. -- ISBN 978-2-91914012-1. -- (Coll. Nuits d'avril / sous la direction de Franck Goulbert)

Quatrième de couverture

Un train emporte un groupe de voyageurs à la rencontre de mystérieux phénomènes, relatés par la presse locale d'un petit pays d'Europe centrale. En pleine nuit, leur wagon e détache : ils se retrouvent abandonnés au beau milieu d'une vaste forêt recouverte de brume. Dès lors, l'excursion tourne au cauchemar.

Apparitions étranges et surnaturelles, puis morts brutales vont s'enchaîner tout au long du récit. S'agit-il d'une rencontre du troisième type ou de quelque chose de plus incroyable encore ?

Connu pour ses scénarios de B.D., Philippe Saimbert signe ici, avec la complicité d'Isabelle Muzart, un thriller naviguant entre mystère, fantastique et agoisse.

Les auteurs

Philippe Saimbert est né à Pau en France en 1962. Romancier et scénariste, il a écrit depuis 1999, une douzaine de bandes dessinées. Il privilège le fantastique, la science-fiction et le thriller. Il écrit aussi parfois des textes humoristiques dont le plus connu : L'héritage de tata Lucie paru en 2010. Son scénario "Le wagon" a été acheté pour adaptation cinématographique.

Bibliographie partielle

  • Les Processionnaires - BD (2001-2003)
  • Les âmes d'Hélios - BD (2003-2007)
  • Break Point - BD (2004)
  • Les Brumes hurlantes - BD (2005-2006)
  • Blood Academy - BD (2010)
  • Objectif rencontres - BD (2010-     )
  • L'héritage de tata Lucie - roman (2010)
  • Le wagon (2011)

Page Facebook de Philippe Saimbert ; Site de l'auteur

Isabelle Muzart est née dans la ville d'Alençon en 1966. Elle est écrivaine et selon son site elle continue encore à vendre des machines agricoles !

Bibliographie sommaire

  • L'inavouable secret (2009)
  • Le journal d'Anne F. (2010)
  • Neige au paradis
  • Le Wagon (2011)
  • Recherche désespérément Fée clochette
  • Chasse à l'homme
  • Secret de fille
  • Le lotissement

Le site de l'auteur.

Mes commentaires…

Alors, voici une autre lecture sauvetage. Oui, j'ai l'âme charitable !!! :P Encore une fois, un roman qui avait des statistiques pauvres, très pauvres, le pauvre. Lors d'un élagage des romans classés dans la section Science-Fiction, ce roman a attiré mon attention. La quatrième de couverture disait bien "rencontre du troisième type", mais le reste du texte me semblait plus fantastique que science-fiction. Alors hop, à la maison pour une lecture. Et hop, on reclasse le roman, car non, en effet, le roman est définitivement fantastique et n'a pas du tout sa place en Science-Fiction. Voyons voir s'il a plus de chance dans cette deuxième vie !

Le roman nous raconte le périple d'un groupe de voyageurs qui partent pour un voyage un peu spécial. Ils ont en effet réservé une place pour une excursion touristique dans un train qui doit les amener dans un voyage vers un endroit - une forêt en Europe centrale - qui aurait été témoin de manifestations étranges, possiblement extraterrestres. Les premières pages nous présentent chacun des personnages qui prennent place dans ce wagon. Cela peut sembler un peu long mais chaque personnage est important à l'histoire : le père et ses deux enfants, une journaliste, un homme d'affaires, un couple, le conducteur et le narrateur. Tous les passagers sont impatients de vivre l'expérience et espèrent voir quelque chose de surnaturel et surtout quelque chose d'extraterrestre.

Et puis, bizarrement, leur wagon se détache du train et se retrouve isolé, abandonné au milieu de la fameuse forêt. C'est alors que la vie des personnages dérapent et sombrent petit à petit dans le fantastique. On croit, tout d'abord, comme les personnages, que la nuit est peuplée d'êtres venant d'autres mondes. Puis, on finit par comprendre qu'il n'en est rien. Mais le surnaturel et la mort sont bien au rendez-vous.

L'auteur amène son sujet tranquillement. Chaque personnage est présenté et on a l'impression de les connaître peu à peu. Ce préambule peut sembler un peu long mais il est réellement essentiel à ce qui arrive aux personnages. Car ce que sont les personnages est l'explication de ce qui leur arrive. Et chaque personnage a une raison d'être sur ce train.

La tension est palpable et augmente au fur et à mesure que l'histoire avance. Et la fin est très surprenante. J'ai beaucoup aimé l'écriture des auteurs et surtout la façon qu'on croit d'abord à quelque chose mais qu'ensuite tout est différent... j'aimerais beaucoup en dire plus, car je crois que c'est ce qui fait le roman si intéressant, mais c'est aussi le "punch"... et je m'en voudrais de tout révéler... Je dirais simplement... si votre librairie ou votre bibliothèque a classé ce roman en science-fiction... oubliez cette classification. Si vous cherchez un roman de SF, vous serez déçus et si vous passez votre tour car vous pensez qu'il y aura des ET... et bien, vous aurez manqué un très bon roman fantastique qui nous confronte à nos peurs. Ce voyage est unique, effrayant mais terriblement réel.

Les mots des auteurs (Extraits)

"Une aube grise et terne pointait au-dessus de l'immense forêt. Le brouillard ne s'était pas dissipé et enveloppait toujours les lieux d'un couvercle poisseux. La lumière du matin s'immisçait avec difficulté dans le wagon toujours abandonné sur sa voie, au milieu de nulle part. Elle révéla un à un les corps figés des passagers, recroquevillés sur eux-mêmes dans des postures improbables." p.75

"- Vous le connaissiez bien ? demanda madame Richter. - Comme tout le monde ici. Ni plus ni moins. Mais il me rappelait quelqu'un... Une simple impression. Un peu comme un souvenir qui ne parviendrait pas à remonter à la surface. Comment expliquer ? - Inutile, je comprends. J'ai la même sensation que vous. Un peu comme un rêve fait et refait, et aussitôt oublié." p. 223

Pour en savoir un peu plus…

  • Biographie de l'auteur sur le site BDGest's
  • Critiques sur Babelio
  • Un avis sur le blogue Lire ou Mourir
  • L'avis de Liliba sur le blogue Les lectures de Liliba
  • L'avis d'Archessia sur le blogue Les mots d'Archessia
  • L'avis de Loreley sur le blogue Les Ô Troubles
  • L'avis d'Elodie sur le site ActuSF.com