13 août 2016

Les assassins de la 5e B de Kanae Minato

5bb_Les assassins de la 5e B : roman / Kanae Minato ; traduit du japonais par Patrick Honnoré. — Paris : Éditions du Seuil, c2015. – 242 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-02-105627-3. – (Coll. Seuil Policiers)

Quatrième de couverture

Moriguchi Manami, 4 ans, est retrouvée noyée dans la piscine du collège où enseigne sa mère. Un mois plus tard, lors de son discours d'adieu à sa classe de 5e B, Mme Miroguchi accuse deux élèves d’avoir tué sa fille et leur annonce sa vengeance. À cette première intervention succèdent celles de la déléguée de classe, sous forme d'une lettre adressée à l’enseignante ; de la mère de l'un des deux meurtriers, dans son journal intime ; de l’adolescent lui-même, qui a des visions en flash-back de sa petite enfance traumatisante ; de l'autre coupable, qui se vante sur son site Internet de ses géniales inventions scientifiques ; enfin, un coup de téléphone de Mme Moriguchi à ce dernier.

Dans ce roman construit avec virtuosité, le suspense est maintenu jusqu’au bout, quand les différentes pièces s’assemblent pour dévoiler une machination glaçante.

L’auteur

Kanae Minato (湊 かなえ) est née en 1973 5b1à Hinnoshima au Japon. Elle étudie à l'Université des Femmes de Mukogawa.

Elle commence à écrire pour la télévision et la radio. En 2008, elle publie son prenier roman, Kokuhaku, littérallement L'aveu et traduit en France sous le titre de Les assassins de la 5e B. Le roman est un best-sellers et fut adapté en manga et au cinéma.

Bibliographie partielle

  • Kokuhaku (告白) (2008) (L'aveu) (En France : Les Assassins de la 5e B)
  • Shojo (少女) (2009)  (La fillette)
  • Shokuzai (贖罪) (2009) (La rédemption)
  • Enu no Tameni (Nのために) (2010) (Pour N)
  • Yako Kanransha (夜行観覧車)(2010) (La grand roue de nuit)
  • Hana no Kusari (花の鎖) (2011) (manga) (La chaîne de fleurs)
  • Kyogu (境遇) (2011) (La situation)
  • Shirayukihime Satsujin Jiken (白ゆき姫殺人事件) (2012) (Le meurtre Blanche-Neige)
  • Bosei (母性) (2012)(La maternité)
  • Koko Nyushi (高校入試) (2013) (L’examen d'admission du lycée)
  • Mame no Ue de Nemuru (豆の上で眠る) (2014) (Dormir sur un légume sec)
  • Yama Onna Nikki (山女日記) (2014) (Le journal de la femme de la montagne)
  • Monogatari no Owari (物語の終わり) (2014) (La fin du récit)
  • Zessho (絶唱) (2015)
  • Reverse (リバース) (2015)

Mes commentaires (attention quelques spoilers)

On dit de l'auteure qu'elle est la reine des "Iyamisu". D'après mes sources, en japonais, Iyamisu signifie "un thriller à l'arrière goût désagérable", et le mot aurait été inventé par Aio Shimotsuki. Thriller avec un arrière goût désagréable... oui, en effet ! On lit définitivement un roman nous montrant le côté sombre de l'homme... et j'ai terminé ma lecture en me disant... ouf bien fait, mais ouf.. tout ça est malsain. Mais quel roman incroyable !

Je dois avouer cependant que j'ai eu de la difficulté au début. Et je me suis demandée après quelques pages, si je n'abandonnerais pas ma lecture. C'est que c'est foncièrement un roman choral, avec, comme premier narrateur, le professeur qui dialogue avec sa classe... dont on ne lit pas les répliques. Et au début cela m'a semblé lourd et difficile à lire. Mais j'ai persisté et j'en suis fort heureuse car c'est un roman déroutant, choquant, mais très puissant.

Mme Moriguchi est le professeur principal de la classe de 5eB. Alors que c'est la dernière journée de classe, elle fait un discours d'adieu à ses élèves. Elle quitte l'enseignement. Une des raisons de son départ est la mort récente de sa petite fille de 4 ans qui a été retrouvée morte noyée dans la piscine de l'école. Bien que la mort a été classée comme un accident, Mme Moriguchi dit qu'elle sait que c'est un meutre et que les deux meutriers se trouvent parmi les élèves de sa classe. Comme elle sait que puisque ce sont des mineurs ils ne seront jamais accusés et punis comme ils le devraient pour ce meurtre qu'elle déclare prémédité, elle raconte aux élèves comment elle a planifié sa vengeance. Et quelle vengeance !

Ici, je dois faire un aveu... j'ai trouvé parfaite cette vengeance et très légitime. Oui, cela n'a pas réussi - dans un sens - mais le simple fait d'insinuer dans les esprits cette idée de vengeance et le but était atteint. Et puis la vengeance finale est très retorse et géniale.

Et puis, nous changeons de narrateur. Après l'enseignante qui s'adresse à ses élèves, nous avons le récit d'une de ses élèves et la façon dont elle voit les événements. Et même si elle comprend et elle est compatisante, elle voit aussi l'intimidation et l'isolement dont souffrent les deux éléves maintenant. Et c'est elle qui nous annonce une des conséquences du geste du professeur.

Et nous avons ensuite le témoignage de la mère d'un des deux coupables par le biais de son journal intime. Nous entrons dans l'intimité de cette famille et surtout de cette relation mère-fils - assez inconfortable. Et qui se termine par le drame annoncé par la jeune étudiante.

Ensuite, ce sont les mots des deux jeunes garçons qui ont été accusés d'avoir tué cette petite fille de 4 ans. Un après l'autre, ils nous parlent. Nous donnent également leur point de vue.

Et le roman se termine par une dernière intervention de l'enseignante qui nous révèle sa vengeance ultime.

C'est un roman très fort. Et cette alternance de points de vue est incroyablement efficace. Elle nous permet d'entrer dans l'univers des personnages, de croire comprendre la psychologie de chacun, d'avoir de l'empathie, de la sympathie et finalement de la colère et même de la haine envers ces personnages. Et les bourreaux sont parfois aussi des victimes. Mais parfois, alors qu'on voudrait bien que ces bourreaux soient des victimes, elles ne sont que des tortionnaires et on ne peut les excuser. Et c'est là que cela devient sombre et qu'on retrouve l'arrière goût désagréable. Malsain. Étrange. Car on voudrait bien leur pardonner, les comprendre, mais au final, on ne peut pas. Enfin, je n'ai pas pu.

On parle de critique du Japon, de la culture niponne. Peut-être. Cette critique est en tout cas assez cruelle. On nous présente une culture froide mais passionné et violente, à la recherche de l'excellence et de l'extrême, mais aussi une société en errance. La pression est partout. Sur tout le monde. Mais si certains aspects apparaissent particulièrement japonais... on pourrait transposer ce roman dans beaucoup d'autres lieux. Et c'est ce qui en fait un roman fort, habile, tordu et tortueux.    

Les mots de l’auteur

 « Au lieu de parler de gens qui ont fini par réussir leur vie malgré quelques bêtises de jeunesse, ne devrait-on pas plutôt parler de ceux qui ne sont pas sortis du droit chemin et n’ont pas fait de bêtises ? Est-ce que ce ne sont pas plutôt eux les héros ? Mais la lumière des projecteurs ne tombe jamais sur la vie ordinaire des gens ordinaires. À l’école c’est la même chose. Et voilà comment on en arrive à trouver suspects ces professeurs qui font leur travail sérieusement mais ans passion extravertie, voire à les considérer comme des perdants. » p.16

« Le soir même du jour où l’unique être que j’aimais m’a quitté, en prenant mon bain j’ai trouvé le flacon de shampooing vide. La vie, c’est toujours comme ça. Que pouvais-je faire d’autre ? J’ai ajouté un peu d’eau, j’ai bien remplie de mousse.

Alors j’ai pensé : Voilà, c’est comme moi, un vague fond de bonheur crevé que je dilue pour faire durer et remplir le vide de petites bulles. Des illusions pleines de vide, je le ais, mais tout de même mieux que du vide sans rien. » p. 187

Pour en savoir un peu plus…


28 mars 2014

La gifle de Christos Tsiolkas

LaGifle01La gifle / Christos Tsiolkas ; traduit de l'anglais (Australie) par Jean-Luc Piningre. -- Paris : Belfond, c2011. -- 466 p. ; 24 cm. -- ISBN 9782714446459. 

Quatrième de couverture

Provoquant, urgent, impitoyable, un roman coup de poing, une révélation dans la lignée d'un Don DeLillo ou d'un Jonatha Franzen.

Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien.

Un incident qui va créer une onde de choc parmi les invités et provoquer une série d'événements explosifs. Mais aussi révéler, derrière les belles apparences, le racisme ordinaire, la drogue, l'alcool, la honte et une extrême solitude.

Tout à tour violent et bouleversant de tendresse, un très grand roman qui dresse, avec une formidable lucidité, le tableau d'un Occident en pleine confusion.

L'auteur

Christos Tsiolkas est né à Melbourne, en Australie, en 1965, d'une famille d'origine grecque. Il obtient un diplôme en Arts en LaGifle021987 de l'Université de Melbourne. Il écrit son premier roman, Loaded, en 1995. En 1998, le roman est adapté au cinéma sous le titre de Head On. Il a gagbé de nombreux pris, notamment pour Dead Europe et The Slap (La Gifle). Aujourd'hui, il est un auteur reconnu, il a écrit de nombreux romans, pièces de théâtre et scénarios pour la télévision et le cinéma.

Bibliographie

  • Loaded (1995)
  • Jump cuts (1996) (avec Sasah Soldatow)
  • Thug (1998) (avec Spiro Economopoulos)
  • The Jesus Man (1999)
  • Who's Afraid of the Working Class? (Théâtre) (1999) (avec Andrew Bowell, Melissa Reeves et Patricia Cornelius)
  • Elektra AD (Théâtre) (1999)
  • Viewing Blue Poles (Théâtre) (2000)
  • Satum's Return (2000)
  • The Devil's Playground (2002)
  • Fever (Théâtre) (2002) (avec Andrew Bowell, Melissa Reeves et Patricia Cornelius)
  • Dead Caucasians (Théâtre) (2002)
  • Dead Europe (2005)
  • Non Parlo di Salo (2005) (avec Spiro Economopoulos)
  • The Slap (2008)
  • Barracuda (2013)

Commentaires personnels

Le roman de Tsiolkas a paru en 2008 sous le titre original de The Slap, il fut adapté pour la télévision australienne en 2011. Le roman comme la mini-série de 8 épisodes connurent un immense succès en Australie. Le roman fut également très populaire à travers le monde et a été nommé et a remporté de nombreux prix.

Disons-le immédiatement, j'ai bien aimé le roman, mais il ne m'a pas emballé. Malgré cela, je le recommande chaudement car je suis certaine qu'il devrait beaucoup plaire. Ceci dit, j'aimerais beaucoup, mais vraiment beaucoup voir la mini-série qui fut réalisée car je vois sans difficulté cette adaptation. Même que je suis certaine que la mini-série me plairait encore plus que le roman.

La prémisse est simple. Lors d'un barbecue entre amis, familles et voisins, un enfant de 3-4 ans, Hugo, complètement insupportable et capricieux se montre aggressif et menace un autre enfant. Devant l'absence de réaction des parents du gamin et des autres adultes, le père de l'enfant menacé va gifler Hugo. Et c'est cette gifle qui va complètement bouleverser les vies des différents personnages. Les parents du gamin fautif - car il faut souligner que Hugo est mal élevé, difficile, criard, gâté et vraiment, mais vraiment insupportable, mais est-ce la faute du gamin ou des parents ? - vont porter plainte contre Harry, le père ayant giflé leur fils, pour coups et blessures.

La gifle de Tsiolkas est un roman choral. C'est-à-dire que nous allons avoir à tour de rôle le point de vue de différents narrateurs, et donc des différents personnages. Nous commencerons par la perspective de Hector, l'hôte du barbecue et qui nous racontera l'incident. Puis, chaque chapitre, nous propose le commentaire d'un autre personnage et la suite des événements. Ce qui permet d'avoir différentes voix, et surtout différentes visions de la gifle et de ses conséquences et répercussions.

Voilà. Je ne suis pas hyper fan des romans choraux. Et certains personnages m'ont agacée au plus haut point. La plupart des protagonistes sont franchement désagréables. Et donc l'auteur a réussi à provoquer en moi de fortes réactions émotives. Il faut dire que la prémisse, la fameuse gifle, vient nous chercher. On est rarement neutre face à un tel geste. Voyons voir... voici un exemple des sentiments que j'ai vécu au long du roman... L'enfant était incroyablement insupportable, gâté, mal élevé et se montrait une menace pour un autre. Les parents ne faisant rien, je serais aussi intervenue pour protéger mon enfant. Aurais-je donné une gifle ? Peut-être pas, mais l'émotion peut intervenir. Le fait que les parents du giflé poursuivent le gifleur m'a énervée au plus haut point, car je sais que cela arrive trop souvent. Les gens n'ont rien de mieux à faire que poursuivre les autres pour des insignifiances. Les réactions des autres personnages face au geste et à la poursuite m'ont aussi énervée. Et surtout, le plus difficile, le gifleur s'avère un "trou d'cul" fini (désolée, mais c'est exactement ce qui m'est venu à l'esprit). Mais les autres personnages ne sont pas bien plus sympathiques. Ce qui ne fait pas un mauvais roman. Car ces personnages, je m'en souviens.

Mais au-delà de la gifle, le roman nous présente surtout des vies et une société australienne. L'auteur critique les défauts du pays dans lequel il vit et qui finalement est le sien. Mais ces défauts sont dans toutes les sociétés : racisme, sexisme, homophobie, misogynie... C'est une vision très froide. Et ma foi, assez pessimiste. Je le répète, presque tous les personnages sont antipathiques et sont présentés sur leur pire jour. Les tensions et les préjugés sont omniprésents. Les apparences se fissurent et face à la gifle et la poursuite, les personnages se positionnent, se déchirent et se dévoilent. Il paraît que le livre et surtout la série a soulevé nombres de débats en Australie.

Mais il demeure que pour moi, un roman purement choral me semble toujours long... Surtout quand la trame narrative se poursuit d'un narrateur à l'autre. C'est difficile à expliquer, mais ça m'achale. Ceci dit, je le répète, j'ai tout de même bien aimé le roman. Je sais, c'est paradoxal. Sur le coup, tout m'a énervé et ma lecture m'a paru s'éterniser. Mais en rétrospective, je le recommande !

Extrait

« Voilà, ce qu’étaient finalement l’amour, son allure son essence une fois disparus la luxure, l’extase, le danger, l’aventure. Il reposait avant tout sur la négociation, sur deux individus qui acceptent les réalités sales, banales et domestiques d’une vie partagée. Cet amour-là assurait une forme de bonheur familier. Toute alternative était probablement impossible, inaccessible et il valait mieux renoncer à l’inconnu. »

Source à consulter

Posté par Laila_Seshat à 00:22 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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