29 octobre 2017

Le moment captif d'un dimanche : orbites

2017-10-29"Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé" [Danse macabre, Charles Baudelaire]

Ils en ont peur. Ils croient qu'ils volent leur âme. S'ils les regardent trop longuement, ils perderont leur humanité. Car ces yeux sont vides, noirs, dépouillés de vie. Ils sont froids et cruels.

C'est une oeuvre d'art. Votre ossature. Sans elle vous n'existez pas. Vous n'êtes qu'une carcasse désertée de toute force. Sans lui, vous n'êtes qu'une enveloppe.

Ils détournent le regard. Ils n'osent le regarder en face. Ce visage les terrorise. Mais ils ne peuvent s'empêcher de le regarder. Il les fascine.

C'est votre mortalité qui vous dévore des yeux. C'est votre vie qui s'échappe. C'est votre passé qui sera oublié et votre furtur qui n'existera jamais. C'est votre présent qui s'efface à jamais.

Il les regarde. Les yeux vides, noirs, dépouillés de vie. Il ne voit rien.

"Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature." [Danse macabre, Charles Baudelaire]

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31 octobre 2016

Joyeuse Halloween !

"Je rigole face au danger, ensuite je cherche un trou pour me cacher"

[Xander dans Buffy, the Vapire Slayer]

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C'est le temps des fantômes, des squelettes, des citrouilles et 

des peurs contrôlées - ou non !

Joyeuse Halloween !

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23 octobre 2016

Le moment captif d'un dimanche : encager son corps

2016-10-23a« On cloue les cercueils comme si on avait peur que les morts s'envolent. » [Georges Perros]

Les morts sont morts. Nous serons tous un mort, un jour. Un mort ne se lève plus. Il ne respire plus. Il n'est plus qu'un corps qui deviendra un jour un squelette puis après une éternité, il ne sera plus que poussière. Sauf, si on l'a incinéré. Alors, il est déjà poussière. Ce qui accélère le processus. Un petit coup de pouce comme on dit.

On choisit souvent, depuis toujours, d'enfermer les morts dans des coffres, sarcophages, cercueils... Une protection contre la décomposition. Il faut la ralentir, l'arrêter, l'oublier. Et une protection pour les vivants, si jamais le corps voulait retrouver sa vie et revenir les tourmenter.

Un mort est mort. Mais on ne peut le laisser en paix. Il faut d'abord le mettre en cage ou le détruire. Puis une fois le risque qu'il s'échappe de sa mort envolé, on peut l'invoquer à volonté. On lui parle, on l'harcèle de nos demandes, prières, questions, inquiétudes. On le met dans un cerceuil ou dans une  urne pour mieux l'encager. 

Et un jour, on m'emprisonnera aussi. Quand la mort m'envahira et me libérera de mon corps. Je serai aussi un mort séquestré dans un contenant quelconque. Mais je m'envolerai et viendrai chatouiller les orteils de ceux qui m'auront mis en cage. 

« Le squelette, c'est la mort : il est dans notre corps. » [Charles de Leusse]

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02 octobre 2016

Le moment captif d'un dimanche : mon canevas osseux

2016-10-31"Qui apprendra aux squelettes déguisés que nous sommes, à respecter la vie, toutes les vies ?" [France Lefebvre]

Je suis un tas d'os. Un tableau osseux qui bouge miraculeusement. Je danse délicatement, je fais attention. J'ai peur de tomber, peur de briser mes os. Si je m'oublie, je vais casser mon pied, mon bras, ma jambe, mon dos. Alors, je me pose sur le sol et je ne bouge plus.

Je m'enveloppe. Et je me déguise. Je fais semblant d'être quelque chose d'autre. Et je me moque de tout. Je me sens protéger et je fais semblant de ne plus avoir peur. Je me sens forte, emmitouflée dans mon camouflage de chair et de peau. Un déguisement parfait. Soudainement, je me sens invincible et omnipotente. Je décide de tout. Et tous doivent m'écouter. Je suis un pantin vivant qui contrôle tout.

Mais je ne contrôle rien et je dois m'oublier. On m'attaque, je m'écroule. Je brise, je brûle. Alors je laisse ma peau tomber. Je me démolis, je me défigure. Je regarde ma vie. La vie qui m'entoure. Toutes nos vies. Et je m'expose. Je laisse mes apparences, je déchire mes simulacres. Je ne suis qu'un tas d'os. Et je suis invincible.

"Vous n'avez pas les os en verre, vous pouvez vous cogner à la vie" [Jean-Pierre Jeunet]

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27 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : sac d'os

001"Fantômes : Signe extérieur évident, d'une frayeur interne." [Ambrose Bierce]

Un "bag of bones" et des fantômes illuminés. Voilà ce qui manquait au décor. Et voilà qui complète la décoration. Un "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones", c'est comme un litanie. C'est plus horrifiant et chantant que "sac d'os".

Je ne peux m'empêcher de le répéter dans ma tête. C'est une obsession. Je place chaque os avec soin. Et puis je les entoure d'une ribambelle de fantômes. Les fantômes éclaireront les os. Toujours en répétant "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones". C'est une obsession, je dis.

Je suis bien fière de mes ossements et de mes fantômes. Ils seront effrayant pour les enfants qui viendront chercher des bonbons. "Bag of bones", "bag of bones", "bag of bones".

Je vais me coucher. Les fantômes encore illuminés. Ils s'éteindront plus tard... le minuteur est bien programmé. Je m'endors doucement. Mes rêves sont remplis de brouillard. Des lumières envahissent le brouillard. Des lumières blanches qui dansent parmi des ossements. C'est une danse macabre euphorique. C'est artistique et horrifique. J'essaie de les chasser, mais je leur ai donné une vie, je dois les accepter. Je les rejoins donc en chantant joyeusement : "bag of bones", "bag of bones", "bag of bones".

"Les fantasmes sont comme les fantômes : ils n'obsèdent et hantent que celui qui leur donne naissance." [Maxime Chattam]

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20 octobre 2013

Le moment captif d'un dimanche : d'os et d'eau fraîche

2013-10-28"Combien de ce que nous sommes est inscrit dans notre chair et nos os, mais caché aux yeux du monde par notre vêture" [Théodore Roszak]

On peut visiter une ville de nombreuses fois et toujours y découvrir de nouvelles choses. C'est ce qui fait qu'une ville est unique et magique.

Mais parfois, on peut être arrogant et dire irrespectueusement qu'on la connait cette ville, que c'est la 6e fois qu'on la visite. Que les musées, on les a fait, que l'Union Square et la Statue de la Liberté, ce n'est pas nécessaire d'y retourner, on connait, mais que bon, on peut bien y retourner encore une fois, juste pour dire.

Et puis, une nouvelle visite est planifiée. Comme on travaille en bibliothèque, on se dit, qu'on va prendre un livre sur la ville, histoire de découvrir de nouveaux restaurants, peut-être. Et puis, au détour d'une page, au détour d'une rue, une découverte.

Il nous appelle dès qu'on approche, cet aimable paquet d'os, reflet de notre vie intérieure. Il nous demande de jeter un coup d'oeil dans la vitrine. Il nous connaît. Étonnement, hésitation, curiosité, on ne peut qu'entrer. Nous ne sommes pas les seuls. Je peux même affirmer que nous ne sommes pas les seuls curieux. Il y a même sûrement plus de voyeurs que d'acheteurs. Mais je suppose que les propriétaires le savent. Comment ne pourrait-il pas y avoir de curieux avec tous ses insectes, animaux naturalisés, squelettes vrais et reproduits, fossiles, reptiles en bocaux et j'en passe. Oh, il y a aussi des bijoux et objets de décorations, mais toujours avec cette touche bien particulière de The Evolution Store.

On ressort de la boutique/musée avec un sentiment d'avoir tout vu... ou presque... On ne peut s'empêcher d'être troublé, de se sentir légèrement indécent d'avoir succombé à cette curiosité morbide et vaguement déçu de n'avoir rien acheté !

En place depuis 1993, à New York,  The Evolution Store continue de présenter et vendre les objets les plus déroutants. 

"Une suite d'os s'accrochant et s'emboîtant bizarrement les uns dans les autres, une suite de vieux ustensiles grançants et cliquetants, voilà ce qu'était un squelette. " [Claude Simon]

 

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02 octobre 2011

Le moment captif d'un dimanche : reliquaire

2011_10_23"Le squelette, c'est la mort : il est dans notre corps" [Charles de Leusse]

Un frisson. Et pourtant ce n'est pas la première fois que je vois des ossements. En fait, j'en vois même très souvent. Dans mon assiette, il y a souvent des ossements. Et j'en ai vu des tonnes dans les musées. Et bien plus souvent dans les films et à la télé. Alors là, j'en ai vu souvent et de toutes les sortes.

Mais ce n'est pas pareil. Des ossements, on ne s'attends pas à en croiser lors d'une petite balade en campagne. Enfin, pour la petite citadine que j'étais. Des "road kills" sur le bord des routes, des oiseaux morts dans les caniveaux, ... ça oui...

Mais quand on se promène tranquillement dans une campagne - certes inconnue - on ne s'attend pas à presque poser le pied sur une portion de squelette. Tout blanc... On regarde autour. D'autres ossements. On se sent bien innocent de trouver cela frissonnant. On rirait sûrement de moi si on me voyait. Regardez la fille de la ville qui s'émotionne sur un paquet d'os.

Mais moi, autant d'os tout blancs, un squelette presque complet... je frémis un peu, vous savez. Un animal. Sûrement. Évidemment. Mais... et si non... Et si c'était moi. Là. Sur le sol. Que mes os sans enveloppe. Un jour. Ce sera moi. Sûrement. Évidemment.

"Comptempler des ossements, c'est se regarder au miroir", comme le disait Villiers de l'Isle-Adams.

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