08 août 2017

Daddy Love / Joyce Carol Oates

DaddyLove01Daddy Love : roman / Joyce Carol Oates ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban. — Paris : P.Rey, c2016 – 266 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-84876-510-5

Quatrième de couverture

Avec Daddy Love, Joyce Carol Oates plonge son lecteur dans l'horreur. Une horreur qui commence au centre commercial où Robbie Whitcomb, cinq ans, est enlevé sous les yeux de sa mère.

Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons sont il se débarrasse dès qu'ils atteignent la puberté. Devenu "Gideon", Robbie va ainsi passer sept ans à obéir à Daddy Love. Mais qui est Daddy Love ? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Église de l'Espoir éternel, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé, un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement d'"éduquer" ses proies.

Approchant de l'âge "limite", alors que Daddy Love est déjà reparti en chasse, que va-t-il advenir de Gideon ? Sera-t-il éliminé comme ses prédécesseurs ? Parviendra-t-il à retrouver sa liberté ? Mais surtout, le souhaite-t-il ? Joyce Carol Oates nous fait vivre toute la complexité de cette captivité, et le lecteur ne manquera pas de se poser la question : que devient-on après des années d'intimité avec un monstre ?

L’auteur

Joyce Carol Oates est née en 1938 à Lockport dans l'État de New York aux États-Unis. Elle aime la littérature dès l'enfance et commence à écrire vers l'âge de 14 ans. Elle fréquente le Williamsville South High School où elle travaille pour le journal d'école et termine ses études secondaires en 1956. 

Elle poursuit ses études à l'Université de Syracuse où elle continue à écrire. En 1957, elle remporte un prix offert par le magazine Mademoiselle pour une nouvelle. Elle gradue en 1960 et poursuit ses études à l'Université du Wisconsin-DaddyLove02Madison où elle obtient une maîtrise en 1961. La même année, elle épouse Raymond Smith. Elle commence un doctorat à l'Université Rice, mais décide d'abandonner pour écrire et enseigner.

Elle enseigne tout d'abord au Texas puis à l'Université de Détroit puis  elle déménage au Canada pour enseigner à l'Université de Windsor. En 1974, elle fonde et est est co-éditrice avec son époux de la publication The Ontario Review. En 1978, elle revient aux États-Unis et enseigne à l'Université Princeton. Elle prend sa retraite en 2014.

Elle publie son premier roman, With Shuddering Fall en 1967. Elle ne cesse ensuite jamais d'écrire, publiant plus de 40 romans, de nombreuses nouvelles, pièces de théâtres, recueils de poésie et essais. Elle utilise parfois différents pseudonymes pour écrire, tels Rosamond Smith et Lauren Kelly. Elle remporte de nombreux prix littéraires, dont le National Book Award for Fiction, Bram Stoker Award for Novel, Prix Femina Étranger.

Compte Twitter de l'auteure

Bibliographie (incomplète : voir Bibliographie complète sur Wikipedia (anglais) )

Romans (56)

  • With Shuddering Fall (1964)
  • Them (1969)
  • Wonderland (1971)
  • Bellefleur (1980)
  • Lives of the Twins (1987) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • Foxfire : Confessions of a Girl Gang (1993)
  • Zombie (1995)
  • We were the Mulvaneys (1996)
  • Blonde (2000)
  • The Barrens (2001) (sous le nom de Rosamond Smith)
  • The Tattooed Girl (2003)
  • Take me with you (2003) (sous le nom de Lauren Kelly)
  • The Gravedigger's Daughter (2007)
  • Daddy Love (2013)
  • The Accursed (2013)
  • Jack of Spades (2015)
  • The Man Without a Shadow (2016)
  • A Book of American Martyrs (2017)

De nombreux recueils de nouvelles et poésies, des novellas, des romans pour la jeunesse et pour enfants, des pièces de théâtre, des essais.

Mes commentaires

Lorsque chaque page nous captive mais que chaque mot nous horrifie, cela devient difficile de livrer nos impressions sur notre lecture. La quatrième de couverture semble tout dire. Oui, en quelque sorte. Nous avons bien ici le récit d’un enlèvement d’un jeune garçon par un pédophile qui élève et abuse de ses proies jusqu’à ce qu’ils atteignent la puberté, puis qui les tue lorsqu’il s’en lasse. Pour recommencer. Mais bien que la quatrième de couverture révèle toute l’histoire, nous ne savons rien.

Oui, nous savons que le ravisseur est un pasteur charmant ; oui, nous savons que le temps va passer et que Robbie, devenu Gideon, va grandir auprès de ce monstre ; oui, nous savons que bientôt Gideon sera trop vieux et que Daddy love voudra le remplacer ; oui, nous savons que Gideon aura peut-être la possibilité de retrouver la liberté, mais que ces années de captivité l’empêchera peut-être de la vouloir. Oui, nous savons tout cela juste en lisant le dos du livre.

Mais ne pas lire le livre pour cette raison serait passé à côté de beaucoup de choses. Ce serait ne pas lire un roman intense, abominable, sombre, captivant et terriblement humain.

Le roman nous livre l'amour et le désespoir d'une mère et d'un père. Nous serons témoins de leurs vies complètement brisées. Principalement, celle de la mère qui ne vit plus que pouce ce moment où elle a lâché la main de son fils. Son corps et son esprit ont été fracassés par le kidnappeur.

Mais le roman d'Oates nous livre aussi les pensées et désirs du kidnappeur, Daddy Love aussi connu comme prédicateur au nom de Chet Cash. On découvre un homme qui semble normal aux yeux des autres, un père aimant, pieux, discret. Mais nous connaissons ses secrets, ses méthodes, ses envies qui sont pour lui tout à fait normaux, sensés, justifiés.

Puis, il y a l'enfant. Nous apprendrons à connaître ses souffrances, ses peurs, ses espoirs. Mais surtout nous pouvons voir comment il apprend à vivre avec ce monstre qu'il appelle son père.

Tous ces points de vue se succèdent et nous offrent un roman multiple, dense, riche en émotions. L'auteure nous parle de pédophilie bien sûr, du syndrôme de Stockholm également, du sentiment de culpabilité des parents, mais aussi du puritanisme américain, de l'hypocrisie de la société et de l'aveuglement volontaire des gens qui ne voient pas ce qui est pourtant sous leurs yeux.

Joyce Carol Oates a choisi un sujet difficile qu'elle traite avec froideur et précision. Elle ne nous épargne aucun détail tout en restant subtile dans ses descriptions des traitements que subit Robbie. Ce qui n'empêche pas ces passages d'être extrêmement dérangeants et révoltants.

J'ai commencé mon commentaire en disant que j'avais de la difficulté à livrer me impressions sur ma lecture. On ne dirait pas à voir les paragraphes qui s'accumulent mais j'ai en effet de la difficulté à vous dire si j'ai adoré ou détesté le roman. Les deux je crois. Je lisais puis je m'arrêtais car je trouvais que cela n'avançait pas. Je trouvais mille et uns clichés et émotions convenues. Puis, je ne pouvais plus poser le livre et je lisais et lisais. Puis, je le déposais, dégoûtée par ce que je lisais. Je soupirais parfois car il me semblait avoir déjà lu - et vu - cette histoire des centaines de fois. Puis, je retenais mon souffle pour savoir ce qui allait arriver.

Puis j'ai sauté de joie par ce que je croyais être la fin tout en étant un peu déçue qu'elle soit si conventionnelle, avant de jeter le livre très loin enragée par la fin qui n'était pas celle que je croyais et qui était très décourageante. Lecture conflictuelle, much !

Les mots de l’auteur

« Ce qui la frappa sembla s'abattre verticalement, d'une hauteur au-dessus de sa tête. Elle crut voir (cela se passait beaucoup plus vite qu'elle ne pouvait l'enregistrer) un grand oiseau battant des ailes, un oiseau féroce, tel l'oiseau dévorant le foie de Prométhée, et aussitôt après elle tombait, les doigts de Robbie étaient arrachés aux siens, et l'enfant hurla : Maman ! » [p. 32]

« Et quand l'enfant obéirait et serait un vrai fils pour Daddy Love, il serait immédiatement récompensé par de la nourriture, de l'eau, le réconfort des bras puissants de Daddy Love et les douces intonations de sa voix. Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » p. 24

Pour en savoir un peu plus…


26 avril 2017

Les Visages de Jesse Kellerman

Visages01Les Visages / Jesse Kellerman ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony. -- [Paris] : Sonatine, 2009. -- 471 p. ; 22 cm. -- ISBN 978-2-35584-026-5

Quatrième de couverture

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie.

La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

L'auteur

Jesse Oren Kellerman est né en 1978 à Los Angeles en Californie aux États-Unis. Ses parents sont deux auteurs Visages2américains très connus : Faye et Jonathan Kellerman. Il a fait des études en psychologie à l'Université de Harvard puis en dramarturgie à l'Université Brandeis. En plus d'écrire et de s'intéresser au théâtre, il a joué de la guitare, pendant un temps, dans le groupe rock, Don't shoot the Dog.

En 1994, il publie conjointement avec son père, un recueil de poésie pour les enfants. En 2004, sa pièce Things Beyond Our Control remporte le Prix Princess Grace. Ce prix lui permet de se consacrer à l'écriture. Son roman The Genius paru en 2008 fut nommé le meilleur thriller de l'année par The Guardian et sa traduction françaises, Les Visages reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010.

Il vit aujourd'hui en Californie avec sa famille.

Bibliographie partielle

  • Things Beyond Our Control (2004) (théâtre)
  • Sunstroke (2006)
  • Trouble (2007)
  • The Genius (2008) [Les Visages, 2009]
  • The Executor (2010)
  • Potboiler (2012)
  • The Golem of Hollywood (2014) (avec Jonathan Kellerman)
  • The Golem of Paris (2015) (avec Jonathan Kellerman)

Site web de l’auteur : http://jessekellerman.com et page Facebook : https://www.facebook.com/JesseKellermanAuthor

Mes commentaires

Quand je termine la lecture d'un roman, j'écris rarement mon billet immédiatement. Mais je le prépare ; je rédige ce que j'appelle mon canevas : notice, quatrième de couverture, informations sur l'auteur, extraits et sources à consulter. Puis, ça peut prendre un certain temps avant que je n'écrive le billet comme tel. Habituellement, cela varie entre quelques semaines ou quelques mois. Mais parfois, cela peut être des années. Ce qui est le cas ici. Pourquoi ? Pas de raisons particulières... parfois c'est un simple oubli.

Je n'ai habituellement pas de problème à reprendre un canevas et à rédiger mon commentaire, mon avis. L'histoire me revient rapidement ainsi que mon ressenti. Mais parfois, j'ai complètement oublié le roman. Ce qui n'est jamais bon signe. Et c'est le cas ici. Je me souviens vaguement de l'histoire et la lecture d'autres avis me ravive légèrement certains souvenirs. Je me rappelle cependant m'être dit que le roman était loin du suspense annoncé. Je me souviens également que bien que ce ne fut pas un coup de coeur, j'avais tout de même bien aimé le roman, d'où la rédaction du canevas en vue d'un futur billet. Mais en gros, je dois avouer qu'il ne me reste pas grand chose de ma lecture du roman de Jesse Kellerman. Et ça, c'est toujours un peu triste. Bon... voyons voir...

Ethan Muller possède une galerie d'art à New York. Le monde des marchands d'art n'est pas facile. Entre les vernissages essouflants et la concurrence entre galeristes cherchant tous à se démarquer, Ethan cherche à faire sa place. Lorsqu'il découvre dans de vieilles boîtes d'un appartement délabré, d'étranges tableaux comportant des portraits d'enfants, il croit que sa renommée est assurée. De plus, Victor Cracke, le mystérieux artiste ayant réalisé ces tableaux, semble a voir disparu.

Le galeriste décide d'exposer les tableaux tout en faisant des recherches sur l'artiste. L'exposition est un succès mais elle déclenche une enquête lorsqu'un policier à la retraite croit reconnaître les visages d'enfants tués il y a de nombreuses années par un tueur en série qui ne fut jamais arrêté. Est-ce que l'artiste disparu serait un meurtrier ? Y a-t-il un lien entre ces portraits et les enfants tués ? Peut-on exposer ces portraits ? Où tracer la ligne entre l'art et l'horreur ?

Toutes ces questions sont intéressantes mais il me semble qu'au fil des chapitres l'auteur les oublie un peu et mon intérêt a diminué petit à petit. On nous raconte deux histoires. Nous partons d'un côté à la recherche de l'artiste Victor Cracke et nous remontons le temps pour suivre les traces de sa famille. Et d'un autre côté, nous suivons Muller dans son enquête pour faire la lumière sur les meurtres des enfants et la possible connexion avec les tableaux de Cracke. Il ne faut pas oublier les possibles liens avec sa propre famille. Et ici et là, on nous fait découvrir un peu le monde des galeries d'art. Puis finalement, tout va se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Évidemment.

Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus car je n'ai que de vagues souvenirs de toutes les facettes des enquêtes. Les recherches pour Cracke et l'enquête sur les visages n'ont pas retenu beaucoup mon attention. Certains passages m'ont paru longs avec beaucoup de descriptions inutiles.

Je me souviens cependant que j'ai bien aimé découvrir le monde des galeries d'art de New York. C'est un monde qui semble terriblement intéressant, mais aussi dur, impitoyable et même froid. Il y avait dans le roman une réflexion intéressante sur l'art et sur l'exposition de l'art.

Et j'avoue que j'aurais aimé voir l'oeuvre de Victor Cracke, ces milliers de dessins avec des monstres et des anges et ces portraits d'enfants. Les descriptions me semblaient incomplètes mais en fermant les yeux, je pouvais presque voir cette oeuvre inimaginable.

Les mots de l’auteur (Extraits)

" À l'intérieur se trouvait une pile bien rangée de ce qui m'apparut d'abord comme des feuilles de papier vierges, jaunies et écornées. L'espace d'un instant, je crus que Tony se moquait de moi. Puis je ramassai la première page, la retournai, et alors tout le reste s'évanouit.

Les mots me manquent pour vous décrire ce que je vis. J'essaie quand même : une ménagerie étourdissante de formes et de visages ; des abges, des lapins, des poulets, des lutins, des papillons, des bêtes informes, des créatures mythologiques à dix têtes, des machines extravagantes avec des bouts d'organes humains, le tout tracé d'une main précise, minutieux et grouillant sur la feuille, vibrant de mouvement, dansant, courant, jaillissant, dévorant, se dévorant mutuellement, perpétrant des tortures atroces et sanglantes, un carnaval de luxure et d'émotions, toute la sauvagerie et la beauté que la vie peut offrir,m ais en exagéré, délirant, intense, puéril, pervers, avec un côté BD joyeux et hystérique ; et moi, je me sentis assailli, agressé, prix d'un furieux désir à la fois de détourner le regard et de plonger dans la page." pp26-27

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Posté par Laila_Seshat à 08:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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14 avril 2017

Trois fois la bête de Zhanie Roy

3aTrois fois la bête / Zhanie Roy. — Montréal : À l’étage, [2015]. – 215 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-924568-06-4

Quatrième de couverture

Été 1935, dans un village du Québec. Une bête rôde.

En pleine canicule, des enfants sont retrouvés morts, éventrés près de la rivière. Le cimetière de la paroisse, plein à craquer, ne peut plus accueillir de dépouilles. Le curé souhaite établir un nouveau cimetière sur une terre inondable, mais tous ne sont pas du même avis...

Les querelles se multiplient et la panique s'installe au village. Et si le loup n'était pas responsable de ces disparitions...

Trois fois la bête se situe entre la comptine et le refrain des morts. C'est une fable intrigante qui, sous ses relents d'horreur, évoque l'amour et la solidarité.

L’auteur

Zhanie Roy est né en 1977 à Repentigny au Québec. Elle fait des études en cinéma et en théâtre. Elle habite à Montréal.3b

Bibliographie

  • Trois fois la bête (2015)

(Note : La biographie de l'auteur sur la quatrième de couverture mentionne que ce roman est le deuxième de l'auteur. Malheureusement, je n'ai pas réussi à trouver le titre du premier roman de l'auteur. Si vous le connaissez, n'hésitez pas à me le dire.)

Profil Facebook de l'auteur

Mes commentaires

L'histoire se déroule pendant l'été de 1935 dans un petit village du Québec. Des enfants sont sauvagement assassinés. Les villageois ont peur, ils suspectent un animal, une bête, mais plusieurs ont des doutes. Et d'autres tentent de profiter de la situation, comme par exemple, le curé qui cherche à laisser sa trace dans la communauté et veut construire un nouveau cimetière pour ces pauvres enfants morts. Les villageois se chicanent sur ce futur cimetière, certains se rebellent férocement contre celui-ci avec en tête, l'enfant prodigue revenu au village après un séjour aux États-Unis. Et puis, petit à petit la panique s'empare du village alors que les morts horribles des enfants demeurent inexpliqués.

Le livre de Zhanie Roy est beaucoup plus qu'un roman policier. En fait, même si je voulais savoir qui avait tué ces pauvres enfants, c'est plutôt les côtés historique, sociologique et psychologique qui m'ont fascinée. C'est bizarre, car cette lecture a suivi la lecture de Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat. Et pour les deux romans, ce sont vraiment la psychologie des personnages et l'aspect historique de l'époque qui m'ont paru le plus intéressant.

Mais j'avoue que contrairement au roman de Jordi Lllobregat, j'ai non seulement aimé la conclusion, mais elle m'a prise un peu par surprise (même si j'avais un peu deviné... ça fait du sens ?). Et même si elle était aussi un peu incroyable.

J'ai beaucoup aimé le roman de Roy. Elle a su reproduire la vie de l'époque, les peurs et les superstitions, la vie quotidienne, les espoirs et les souffrances. Les personnages sont très vivants et terriblement humains. Si je peux le dire ainsi. Il y a bien sûr une atmosphère très noire, mais la vie m'a paru vouloir éclore un peu partout. Et puis, nous sentons une transformation en devenir d'une société traditionnelle.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Zhanie Roy et j'aimerais bien lire ce mytérieux premier roman !

Les mots de l’auteur

« Le ventre tendu par l'enfant qu'elle porte alourdit la femme, ralentit son rythme naturel. Il fait une chaleur torride dans cette petite pièce annexée à la maison. Des perles de sueur gouttent sur son front et s'emmêlent à sa tignasse noire. De longues mèches folles s'échappent du lourd chignon de la paysanne noué bas sur son cou fort et solide. Rose-Délina pétrit on pain. Il en faut beaucoup pour nourrir son clan. Et elle masse la boule de pâte blanche, enfonçant ses mains rugueuses dans la matière élastique. [...] La femme pétrit avec vigueur. De toutes les tâches ménagères, celle-ci demeure sa préférée. L'effort et la répétition du geste qui v=berce son corps de l'avant à l'arrière font en sorte qu'elle perd la notion du temps » p. 23

« Le loup avance ventre à terre. Son coeur bat la chamade. Ses pas sont empêchés par le foin sec qui n'a pas été coupé. Il voit une lumière qui vacille sur l'horizon, à la heuteur des herbes. Partout, ses narines découvrent l'odeur des hommes qui l'encerclent. Ce soir, le sang coulera. S'il ne veut pas que ce soit le sien, il lui faudra se battre. Il jette la tête en arriêre et hurle à la lune qu'il saura se défendre. » p. 183

Pour en savoir un peu plus…

05 avril 2017

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat

8Le huitième livre de Vésale / Jordi Llobregat ; traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu. — Paris: Cherche Midi, c2015. – 619 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-7491-4508-2. – (Coll. Thrillers). – Titre original : EL secreto de Vasalio.

Quatrième de couverture

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l’ouverture de l’Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d’Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l’aide d’un journaliste et d’un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d’un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C’est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l’incroyable secret qui hante Barcelone.
 
Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d’énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d’une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l’âme d’une ville, Barcelone avant l’apparition de l’électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral !

L’auteur

Jordi Llobregat est né à Valence, en Espagne en 1971. Il commence à écrire alors qu'il a à peine 12 ans. Il a fait des études8a en commerce à l'Université de Valence et a complété sa formation à l' ESIC - Business & Marketing School, également à Valence. Il fait partie du groupe littéraire El cuaderno rojo.

En 2015, il publie son premier roman, El secreto de Vesalio. Aujourd'hui, il combine sa vie littéraire avec son travail comme dirigeant d'une entreprise qui oeuvre dans le développement communautaire dans les villes. Il est aussi le co-fondateur et directeur du festival de littérature noire de la ville de Valence, Valencia Negra.

Bibliographie

  • El secreto de Vesalio (2015)

Mes commentaires

Est-ce qu'il y a juste moi qui trouve cette couverture magnifique ? Même la cicatrice me semble envoûtante. Et oui, je n'ai emprunté ce roman qu'à cause de sa couverture. Puis, le fait que cela se passait à Barcelone m'a entièrement convaincue. Je suis devenue tellement superficielle comme lectrice !!!

Quel roman ! Plus de 600 pages qui m'ont captivée. Avec une fin un peu tirée par les cheveux mais qui ne gâchent pas tout le reste. L'auteur nous offre un voyage incroyable dans le temps. On a vraiment l'impression de marcher dans les rues de Barcelone à la fin du XIXe siècle. La ville semble vivante et terriblement sombre. Autant hier qu'aujourd'hui, Barcelone a un côté obscur. L'intrigue policière est intéressante mais se retrouve souvent en second plan... Les personnages - même secondaires -, l'époque et la ville sont définitivement au premier plan.

À quelques jours de l'Exposition universelle de 1888, les corps mutilés de jeunes filles sont retrouvés dans les égoûts de Barcelone. Les autorités semblent indifférentes, les barcelonais ont peur et des rumeurs courent que le coupable est le Gos Negre, un chien noir démoniaque, gardien des portes de l'Enfer.

Daniel Amat, jeune professeur à Oxford à l'avenir qui s'annonce brillant doit revenir d'urgence à Barcelone, à l'annonce de la mort de son père, brillant médecin, avec qui il n'avait plus aucun contact. Il découvre à son arrivée que son père soignait maintenant les habitants des quartiers pauvres et enquêtait secrètement sur les meurtres des jeunes filles. Il espère repartir rapidement pour l'Angleterre, mais plusieurs événements et rencontres l'obligent à rester. Il rencontre notamment un journaliste et un jeune étudiant en médecine, assistant de son père. Ensemble, ils vont enquêter sur le meurtre de son père et sur les meurtres horribles qui marquent toujours la ville.

Ça, c'est le côté roman policier. Qui est vraiment intéressant, mais qui est rapidement devenu secondaire à mes yeux. Car en parallèle, le roman nous dresse un portrait historique fascinant de Barcelone et de l'époque : l'Exposition universelle, la naissance de l'électricité, les différents quartiers, la vie universitaire, le monde du journalisme, etc. Et de tous les sujets et intrigues du roman, c'est définitivement le portrait de la médecine en 1888 qui m'a complètement hypnotisée. C'était vraiment intéressant. Retourner dans la réalité de cette époque, être confronté aux connaissances et aux croyances de ce temps.

Ça, c'est le côté roman historique. Qui fut vraiment ce qui m'a le plus ravi dans le livre, mais qui ne doit pas faire oublier l'importance des personnages. Et ça, c'est le côté roman psychologique du livre. Les personnages sont incroyablement bien écrits. L'auteur nous propose des personnages vivants, forts et colorés. Leur passé, leurs émotions, leurs interactions... nous les découvrons petit à petit et c'est passionnant.

Oh, j'oubliais presque le fameux huitième livre de Vésale, un célèbre anatomiste du XVIe siècle. Et bien, vous savez, j'adore les manuscrits. Et les manuscrits cachés et mystérieux encore plus. Vésale a bien écrit sur l'anatomie un ouvrage en sept livres De humani corporis fabrica libri septem (appelé La Fabrica). Ce huitième livre est bien entendu fictif et ma foi très bien caché dans le roman de Llobregat. Il apporte aussi le côté roman légèrement fantastique.

Malgré ses 600 pages, le livre se lit rapidement et le rythme est très rapide. Petit à petit le suspense s'installe. Et on ne peut s'empêcher de poursuivre sa lecture. Le roman est très bien construit. On se questionne, le suspense augmente et les revirements sont inattendus (jusqu'à la fin, car, comme je l'ai dit, la fin m'a un peu déçue). Cela faisait longtemps que mes nuits n'ont pas été aussi courtes... cela m'apprendra à lire avant de me coucher !

Les mots de l’auteur

« Elle ne ratait rien non plus du marché trépidant de la Boquería, avec ses boutiques bondées et ses cafés bruyants, pleins de lumière. Elle s’imprégnait des odeurs, des couleurs et du mouvement incessant des gens. […] Barcelone était, à ses yeux, un monde fascinant à découvrir.

Cette fois, pourtant, elle n’avait guère envie de flâner. La nuit était tombée et la pluie menaçait. Les commerces et les kiosques avaient baissé le rideau et seuls quelques rares cafés étaient encore éclairés. Elle serra son châle sur ses épaules. Il faisait vraiment un froid glacial.» p. 126

Pour en savoir un peu plus…

27 février 2017

L'Alpha de Nadia Bouzid

alpha2L’Alpha : roman / Nadia Bouzid. — [Paris] : Plon, c2012. – 174 p. ; 21 cm. – ISBN 978-2-259-21815-3

Quatrième de couverture

Depuis qu’elle s’est réveillée dans cette maison sinistre et encombrée de vieilleries poussiéreuses, Léo a l’impression de vivre hors du monde. Mais elle n’a pas vraiment le choix depuis qu’un incendie a ravagé son immeuble et qu’elle a échoué à L’Alpha, le vieux cinéma d’art et d’essai du quartier. Andrea, la propriétaire, lui a proposé un étrange marché : la loger en échange d’un travail… qui tarde à venir.

En attendant, Léo se voit confier des tâches plus absurdes et insensées les unes que les autres. Andrea est impénétrable, autoritaire, souvent bizarre. Inquiétante à l’image de sa maison, où elle se déplace en silence, surgissant à l’improviste. Bientôt, Léo a l’impression d’être surveillée par les murs eux-mêmes et finit par ne plus savoir qui elle est, ni ce qu’elle fait là.

Que lui veut Andrea ? Pourquoi personne ne doit-il savoir où elle vit ? Quels sont ces bruits qu’elle entend dans la maison ?alpha1

L’auteur

Nadia Bouzid est née à Strasbourg en France en 1970. Elle a exercé plusieurs métiers, dont factrice, gardienne de musée, régisseuse cinéma et professeur de philosophie. Elle travaille aujourd'ui aux Archives nationales. Elle publie son premier roman, Quand Beretta est morte, en 2008.

 Bibliographie

  • Quand Berreta est morte (2008)
  • L'Alpha (2012)
  • Toujours moins (2015)

Mes commentaires

Léo adore le cinéma et va régulièrement voir des films à l'Alpha, un vieux cinéma d'art et d'essai. Lorsque son immeuble passe au feu, elle va tout naturellement se réfugier à l'Alpha. La propriétaire, Andrea, l'accueille pour la nuit. Et le roman débute avec Léo qui se réveille dans une chambre inconnue et qui s'invente une nouvelle vie. C'est sous le nom de Camille qu'elle accepte la proposition d'Andrea de rester avec elle dans l'immeuble qui habrite le cinéma et d'accomplir pour elle certaines tâches.

Alors qu'au début, les tâches exigées d'elle semblent n'avoir aucun sens, on comprend rapidement qu'Andrea teste la jeune fille et que bientôt, Léo saura pourquoi la propriétaire du cinéma l'a vraiment accueuillie chez elle.

Le roman est très court. Vraiment très court. Le suspense s'installe tranquillement et il semble manquer de pages pour vraiment nous saisir. Ce qui est décevant. Et surtout dommage. Car le roman m'a immédiatement conquise et séduite. J'ai été tout de suite captivée par l'intrigue et par les mots de l'auteure. Les premiers chapitres sont remplis d'un suspense très bien dosé et mené. Qui est vraiment Léo ? pourquoi change-t-elle d'identité ? qui est Andrea ? pourquoi accueille-t-elle Léo/Camille chez elle ? qu'est-ce qu'elle veut en échange ?

L'ambiance est tendue, étrange, parfaite. On se prend au jeu ; on veut savoir. Mais tout reste en surface. Car c'est trop court. On ne sait pratiquement rien des personnages principaux et rien du tout de certains personnages secondaires qui sont brièvement introduits - non, mais je voulais en savoir plus de cette caissière qui fabrique d'étranges poupées. Que de possibilités dans ces pages... Tout est si intriguant, complexe, visuel, cinématographique. Et inexploité.

Et puis, la fin. Correcte, sinistre, intéressante, parfaite... mais prévisible et conventionnelle. J'ai déjà vu et lu ce dénouement souvent. Cela ne me dérange pas comme tel, mais j'aurais aimé plus de texte, plus de contenu... plus de développement pour en venir à cette fin. Car l'auteur sait écrire, sait nous envelopper de son texte. Mais j'ai eu l'impression qu'elle ne fait qu'effeurer son propos. Elle ne semble pas avoir été au bout de ses idées. Identité, dépossession, manipulation, mensonges, secrets, ... Elle aurait pu explorer plus en profondeur la noirceur de son histoire et de ses personnages. Un roman envoûtant mais inachevé, selon moi.

Les mots de l’auteur

"Pauvre  Léo, j’ai repensée. Léo était quelqu’un, ou au moins le serait devenue, à force, mais Camille. Camille faisait ce qu’on lui disait de faire, Camille s’habillait, se maquillait, lisait, agissait exactement comme Andrea le lui demandait. C’était une marionnette sans personnalité, une poupée comme celle que Sonia était en train de fabriquer, un golem modelé dans de l’argile." pp. 81-82

Pour en savoir un peu plus…

 

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04 octobre 2016

Conception de Chase Novak

conception1Conception / Chase Novak ; traduit de l'anglais (États-Unis) par Vincent Guilluy. – [Paris] : Préludes, [2015]. – 472 p. ; 20 cm. – ISBN 978-2-253-19102-5

Quatrième de couverture

Alex et Leslie Twisden mènent une vie radieuse : jobs en or, luxueux hôtel particulier en plein Manhattan et mariage passionnel. Ce qui leur manque en revanche, c’est un enfant, et après l’échec d’innombrables traitements, leur désir de progéniture vire à l’obsession.

Dans une dernière tentative désespérée, le couple se rend en Slovénie afin d’essayer une procédure médicale très particulière. Et là, c’est le miracle…

Dix ans plus tard, couvés et dorlotés mais vivant dans une maison habitée par les secrets, les jumeaux Alice et Adam se retrouvent chaque soir enfermés dans leur chambre, tandis que des bruits de plus en plus perturbants proviennent de celle de leurs parents. Un jour, ils décident de chercher à comprendre la vraie nature de ceux qui les élèvent. Leur découverte aura de quoi les épouvanter…

L’auteur

Scott Spencer est né à Washington aux États-Unis en 1945. Il grandit à Chicago. Après des études à l'University of Illinois et à la Chicago's Roosevelt University, il obtient son BA en Anglais de l'University of Wisconsin.  Il a enseigné dans divers collèges et universités aux États-Unis et a publié plusieurs articles dans diverses publications : The New York Times, Harpers Magazine, GQ, etc.

Il publie son premier roman, Last night at the Brain Thieves Ball, en 1975. En 1979, son roman Endless Love connait un très grand succès et est vendu à plus de deux millions d'exemplaires à travers le monde. Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma (Waking the Dead et Men in Black).

Ces deux derniers romans - qui sont considérés comme des romans d'horreur - ont été publiés sous le pseudonyme de Chase Novak.

Bibliographie partielleconception

  • Last Night at the Brain Thieves Ball (1975)
  • Preservation Hall (1976)
  • Endless Love (1979)
  • Waking the Dead (1986)
  • Secret Anniversaries (1990)
  • Father Hood (scénario) (1993)
  • Men In Black (1995)
  • Rich Man's Table (1998)
  • A Ship Made of Paper (2003)
  • Willing (2008)
  • Man in the Woods (2010)
  • Breed (sous le peudonyme de Chase Novak) (Conception) (2012)
  • Brood (sous le peudonyme de Chase Novak) (2014)

La page Facebook de Chase Novak ; la page Facebook de Scott Spencer ;

Mes commentaires…

Depuis quelques années, j'ai beaucoup de difficulté à trouver un "roman d'horreur" que j'aime. C'est que j'en ai beaucoup lu. C'est même un de mes crimes littéraires. Depuis que je travaille en bibliothèque, j'ai recommencé à lire des romans fantastiques, dans l'espoir de retrouver le plaisir des frissions. J'ai peu de succès, je dois l'avouer. Dernièrement, j'ai bien aimé Nous avons tous peur de B.R. Bruss. Cette année, j'ai décidé d'essayer de lire d'autres romans du genre. À commencer par Conception de Chase Novak.

Et alors ? Disons que je n'ai pas détesté. J'ai bien aimé certains aspects et trouvé vraiment longs, plusieurs passages. Mais côté "horreur" et même "suspense", on repassera. Il y a bien un aspect "fantastique", qui flirte légèrement avec la science-fiction. Mais c'est tout. La lecture ne fut pas désagréable mais sans plus. Donc, pas encore un coup de coeur "horreur/fantastique". Et malheureusement pas de frissons.

Mais revenons au roman. Les Twisden ont tout pour être heureux sauf un enfant. Ils désirent ardemment avoir des enfants mais en semblent incapables. Tous les tests et traitements s'avèrent inutiles et ils sont désespérés. Mais des amis qui avaient le même problème leur parlent d'un nouveau traitement expérimental. Ils partent donc pour la Slovénie rencontrer un mystérieux médecin pour suivre ce traitement qui fonctionnera miraculeusement. Et ils ont finalement tout pour être heureux.

Le roman saute ensuite dix plus tard. Et les jumeaux qui ont été conçu grace au traitement reçu en Slovénie vivent une vie bien étrange. Ils sont solitaires, ne parlent à personne et chaque nuit, leurs parents les enferment à clef dans leur chambre. Leurs parents sont également bien étranges. La nuit, d'étranges sons proviennent de leur chambre et le couple, jadis riche et élégant, n'est plus que l'ombre de lui-même. On comprend très rapidement que si les parents enferment leurs enfants la nuit, c'est pour les protéger. Le traitement a eu sur le couple quelques effets secondaires assez terrfiants.

Les enfants se sentent menacés et décident de s'enfuir. Au cours de leur fuite, ils recevront de l'aide d'un de leurs professeurs et rencontreront d'autres enfants qui leur ressemblent : eux aussi sont le résultat des traitements sur leurs parents. Car si tous les parents se transforment petit à petit en monstres (sanguinaires et cannibales) à cause du traitement, les enfants nés à la suite de ce traitement sont également victimes des effets secondaires. Ces enfants tentent de survivre, de se comprendre et surtout d'échapper à leurs parents.

Alors voilà, l'histoire est remplie de potentiel : traitements expérimentaux, parents monstrueux, cannibalisme, enfants férals. Il y a de très bons moments. Et j'ai aimé tout le questionnement sur jusqu'où les gens sont prêts à aller pour avoir des enfants, et les conséquences désastreuses qui peut survenir quand on dépasse certaines limites. Mais j'ai eu l'impression que l'histoire allait dans tous les sens, sans jamais atteindre sa finalité. L'auteur introduit de nombreux personnages et cette surabondance nous éloigne des 4 principaux. Je n'ai pas eu l'impression de les connaître. Et ce saut de 10 ans était une erreur, selon moi. Il aurait été intéressant de voir les débuts de la transformation des parents, de voir les premiers moments des enfants. Et puis, ensuite, il aurait intéressant d'explorer comment les enfants vivent leurs propres transformations. Mais le livre s'égare dans une multitudes de voix et de personnages. Et le tout est incroyablement dilué et on perd toute trace de tension ou d'horreur. 

Donc, malgré quelques bons passages - car l'auteur écrit très bien - ce fut une lecture un peu décevante. Il parait que le roman sera adapté au cinéma. Bizarrement, j'ai l'impression que l'histoire sera mieux transposée en image.

Les mots de l’auteur

« Pourquoi devons-nous être enfermés la nuit ? – Encore ça ? demande sa mère. – On ne veut plus être enfermés. – Ce n’est pas pour toujours. – Je ne comprends pas. – Moi non plus, intervient Alice. – C’est pour qu’on ne vous mange pas », dit Leslie en ébouriffant les cheveux d’Adam.

Elle le dit  en plaisantant, mais cela résonne comme la chose la plus vraie qu’elle leur ait jamais dire. » p. 129

« Alice et Adam se languissent de  leur foyer, avec l’impuissance innocente des enfants. Comme  tous les jeunes mammifères, ils sont génétiquement programmés pour faire confiance à leurs parents et croire que ceux qui leur ont donné la vie sont leur refuge dans un monde sans pitié. Dans leur cerveau, dans leur liquide céphalo-rachidien, dans leur mécanique la plus élémentaire, la plus primitive, il est écrit qu’il doivent croire que leur mère et leur père sont là pour les protéger, et ils s’accrochent à cet  instinct quelle que soit l’irréfutabilité de la preuve du contraire – et même ainsi, même après qu’ils ont renoncé à cette illusion et qu’ils se sont enfuis pour sauver leur peau, le doute suit comme une ombre le moindre de leurs mouvements, parce qu’ils réagissent à une réalité qui est par essence inconcevable, à une vérité qu’ils perçoivent continuellement comme un mensonge fabriqué de toutes pièces par leurs propres échecs ou par les dysfonctionnements de leurs esprits fiévreux. » p.328

Pour en savoir un peu plus…

  • La page Wikipedia en anglais de Scott Spencer
  • Biographie de l'auteur sur Openroadmedia.com
  • Article dans le New York Times
  • Article dans Libération
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Chantal Yvenou sur le blogue Page après page
  • L'avis de Sabrina sur le blogue Les lectures d'Aydora
  • L'avis de Jenni sur le blogue Vie de geek
  • L'avis de sevandthekidz sur le blogue Blablabla mia
  • L'avis d'Audrey sur le blogue Les lectures d'Audrey
  • L'avis de Le Berty sur le blogue Le Bertyblog
  • L'avis de Colette du Net sur le blogue Niftyfifty and the City

 

24 août 2016

Maman a tort de Michel Bussi

maman01Maman a tort de Michel : roman /Michel Bussi. — [Paris] : Presses de la Cité, c2005. – 508 p. ; 23 cm. – ISBN978-2-258-11862-1

Quatrième de couverture

Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit.
Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide.
Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple.
Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent.
Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche.
Le compte à rebours a commencé.
Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent.

Qui est Malone ?

L’auteur

Michel Bussi est né à Louviers en France en 1965. Il est professeur de géographie à L'Université de Rouen et directeur du laboratoire commun "Identité et Différenciation des Espaces, de l’Environnement et des Sociétés" (I.D.E.E.S) de l'Université de Rouen, du Havre et de Caen (Unité mixte de recherche du CNRS). Il a publié de nombreux articles et ouvrages dans son domaine, principalement en géographie du politique (géographie électorale, recompositions territoriales, etc.).maman02

Il commence à écrire de la fiction dans les années '90, mais ne parvient pas à se faire publier. En 2006, il publie enfin son premier roman, Code Lupin qui est un grand succès avec plus de 7 000 exemplaires de vendu. Son deuxième roman Omaha crimes paru en 2007 obtient de nombreux prix. Ses romans suivants connaissent tous le succès et il devient un auteur de romans policiers reconnu.

Site Web officiel de l'auteur, sa page Facebook, sa fiche sur le site de l'Université de Rouen,

Bibliographie partielle

  • Éléments de géographie électorale à travers l'exemple (1998)
  • Pour une nouvelle géographie du politique : territoire, démocratie, élection (2004)
  • Code Lupin (2006)
  • Omaha crimes (2007)
  • Mourir sur Seine (2008)
  • Sang famille (2009)
  • Un monde en recompositions. Géographie des coopérations territoriales (2009)
  • Nymphéas noirs (2011)
  • Un avion sans elle (2012)
  • Ne lâche pas ma main (2013)
  • N'oublier jamais (2014)
  • Gravé dans le sable (2014) (réédition revue et corrigée de Omaha crimes)
  • Maman a tort (2015)
  • Le temps est assassin (2016)

Mes commentaires

Parfois, on s'attend à tellement aimer une lecture que je crois qu'on ne peut qu'être déçu. C'est ce qui s'est passé avec ce roman. La quatrième de couverture m'avait immédiatement conquise. J'avais acheté d'autres romans de Michel Bussi pour la bibliothèque mais je n'en avais encore jamais lus. Mais celui-ci, je l'ai tout de suite noté. Et puis, les critiques du roman et de l'auteur étaient en général très bonnes. J'avais donc très très hâte de le lire. Puis j'ai attendu. J'ai attendu que nous le recevions, puis qu'il soit traité, puis qu'il soit disponible. Et j'ai attendu. J'aurais pu le réserver, mais je n'aime pas faire ça... je laisse nos abonnés emprunter les nouveautés. Mais ce fut long. Le livre était toujours emprunté. Ce qui ne faisait qu'augmenter mon envie de le lire. L'histoire me semblait très intriguante. Et j'avais vraiment hâte de me plonger dans ce suspense psychologique.

Ouf, quelle déception. Le roman n'est pas complètement mauvais. Mais ma lecture fut pénible, pénible, pénible. Et si ce n'avait été du fait que j'avais tellement eu envie de le lire et que cela avait pris des mois avant qui je puisse l'emprunter, j'aurais abandonné ma lecture à plusieurs reprises. Mais je me suis poussée à le lire jusqu'au bout.

Bon, commençons par l'histoire. Vasile Dragonman, le psychologue d'une école contacte la police car un élève, Malone, affirme que sa maman n'est pas sa maman. De plus, l’enfant affirme que son toutou lui raconte des histoires qui lui rappellent sa vraie maman et sa vie d’avant. La commandante Marianne Augresse n’accorde pas trop de foi à cette histoire, mais comme elle trouve Vasile de son goût – et que son besoin d’avoir un enfant devient pressant, horloge biologique oblige – elle enquête tout de même un peu. Mais tout semble normal, les parents vivent au même endroit depuis un certain temps, ont plein de photos du petit et les voisins n’ont rien à redire sur cette petite famille. La commandante ne voit pas ce qu’elle peut faire, surtout qu’elle est en charge d’une grande opération  policière sur un vol qui a mal tourné et toute son équipe est à la poursuite des braqueurs qui ont réussi à se sauver. Elle a donc autre chose à faire. Mais le psychologue insiste, Malone ne ment pas et il faut faire vite car il finira par oublier son histoire, la mémoire d’un enfant de 3-4 ans est éphémère.

Le roman entrecroise donc les deux intrigues : la quête de la vérité sur Malone et la poursuite des fugitifs. L’auteur ajoute à ceci les histoires de la peluche de Malone. Bien sûr, les deux intrigues vont finir par se rejoindre. Mais c’est long avant qu’on sache exactement comment et pourquoi. On se doute bien que l’enfant a un rapport avec le braquage, mais ça traîne.

Le petit Malone est un personnage très intéressant et il est au centre du roman. Il est intelligent et on ne peut que s’attendrir devant ses réflexions et son désir de ne pas oublier sa vie d’avant et sa vraie mère. On ne peut s’empêcher de penser que ce sont peut-être juste des histoires d’un enfant imaginatif, mais sa conviction est touchante.

Mais mis à part Malone, les autres personnages m’ont soit énervée, agacée ou laissée complètement indifférente. La plupart était des clichés ambulants : la policière en charge, femme forte, mais qui cherche désespérément un homme pour avoir un enfant, le beau psychologue à moto, la meilleure amie compatissante, les collègues machos ou vieillissant, le braqueur en chef cruel et sanglant, et j’en passe… Et je ne peux passer sous silence les noms des personnages : la commandante (avec un e, on le souligne à toutes les deux lignes) Marianne Augresse – car c’est une femme forte ; Vasile Dragonman – parce qu’il est roumain ; et puis Malone Moulin, Lieutenant Jibé Lechevalier, Lieutenant Pasdeloup,… c’est insupportable. Et comme, on répète sans arrêt les noms complets des personnages, je ne pouvais les ignorer. Cela enlevait à mes yeux toute crédibilité aux personnages. Il arrive que des gens aient des noms étranges – j’ai connu une Peggy Latortue – ou qui ressemblent à leur caractère ou travail – on peut penser à Pierre Plouffe, champion de ski nautique – mais là c’est comme juste trop !

Et puis, j’ai aussi trouvé insupportable les extraits du site enviedetuer.com. Non seulement, ils semblent insignifiants et sans aucun rapport avec l’histoire, mais quand on sait pourquoi on nous avait parlé de ce site, on ne comprend toujours pas pourquoi on s’est tapé tous ces extraits sans intérêt. Finalement, l’histoire est remplie d’invraisemblances et de coïncidences beaucoup trop faciles. Tout finit par s’emboîter et c’est trop simple.

L’auteur écrit bien mais je n’ai tout simplement pas accroché à son style et ses histoires.

Les mots de l’auteur

« - Qu'est-ce qu'elle te disait ta maman ? - Que tout ce qu'il y a dans ma tête va partir, comme les rêves que je fais la nuit. Mais qu'il faut que je me force à penser à elle. Et puis à notre maison aussi. À la plage. Au beateau de pirates. Au château. Elle me disait juste ça, que les images dans ma tête vont partir. J'avais du mal à la croire mais elle répétait toujours la même chose. Les images dans ta tête vont s'en aller. Elles vont s'envoler si tu ne penses pas à elles dans ton lit. Comme les feuilles sur les branches des arbres.» p. 27

Pour en savoir un peu plus…

  • Page Wikipedia sur l'auteur
  • Entretien avec l'auteur dans la revue EchoGéo
  • Critiques sur Critiques Libres
  • Avis sur Sens critique
  • Avis sur Babelio
  • L'avis de Serial Lectrice
  • L'avis de Léa TouchBook
  • Les avis de Lucie Merval et Sophie Peugnez sur le site ZoneLivre.fr : l'Univers du romanpolicier et fantastique
  • L'avis de Caroline sur le blogue Carobookine
  • L' avis de Johanne sur le blogue Livresse des mots
  • L'avis de Audrey891 sur le blogue Songe d'une nuit d'été
  • L'avis de La Livrophile
  • L'avis de Manou sur le blogue La Bulle de Manou
  • L'avis d'Exuline sur le blogue Exulire

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10 août 2016

Ce qui n'est pas écrit de Rafael Reig

Écrit02Ce qui n’est pas écrit / Rafael Reig ; traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse. — Paris : Métailié, 2014. – 238 p. ; 22 cm. – ISBN 978-2-86424-943-6. – (Coll. Métailié Noir)

Quatrième de couverture

Carlos emmène son fils Jorge en montagne pour un week-end entre hommes, c’est sa mère qui l’élève et il le voit très peu. Il le trouve étrange, trop rond, trop bébé pour ses quatorze ans, bref il est déçu par cet ado renfermé et maladroit dont il veut faire un homme, un vrai. Mais dès le début de la balade c’est Carlos qui découvre ses limites physiques et son incapacité à communiquer avec son enfant. Le séjour s’annonce difficile, surtout qu’au chalet les attend la nouvelle petite amie de Carlos, qu’il ne l’a pas dit à son fils et qu’elle n’est pas un modèle de discrétion.
Carmen restée en ville tombe sur un manuscrit laissé chez elle par Carlos, un polar scabreux et terriblement efficace ; peu à peu elle y voit de drôles de ressemblances avec la réalité, des prémonitions macabres, des menaces à peine voilées contre elle ou contre son fils. L’angoisse monte, les sous-entendus se multiplient. Elle tente d’appeler Jorge, mais Carlos a confisqué son téléphone. Désespéré et humilié le garçon s’enfuit dans la forêt et disparaît…
On ne lâche plus ce roman parfaitement noir où tout le monde, lecteur inclus, s’échine à lire entre les lignes « ce qui n’est pas écrit », et s’imagine le pire. Thriller psychologique basé sur les rancœurs et les frustrations, se déployant dans une nature inquiétante sur une trame de film d’horreur habilement construite, ce texte confirme la virtuosité stylistique et l’inventivité narrative de son auteur.

L’auteur

Rafael Reig est né en 1963 à Cangas de Onís dans la communauté autonome d’Asturias en Espagne. Il passe son enfance en Colombie puis revient en Espagne pour faire des études en philosophie et en lettres à Madrid. Il termine ses études aux États-Unis et y enseigne la littérature pendant quelques années. Il travaille en édition, écrit pour diverses publications et en 1990, il publie son premier roman Esa oscura gente. Écrit01

Il enseigne présentement la littérature à Madrid à l’école de création littéraire Hotel Kakfa, et continue d’écrire pour divers périodiques. Ses romans ont reçus plusieurs prix et furent traduit en plusieurs langues. Ce qui n’est pas écrit est son premier roman traduit en français.

Bibliographie

  • Esa oscura gente (1990)
  • Autobiografía de Marilyn Monroe (2005)
  • La fórmula Omega (1998)
  • Sangre a borbotones (2006)
  • Guapa de cara  (2007).
  • Hazañas del capitán Carpeto (2005)
  • Manual de literatura para caníbales (2006)
  • Visto para sentencia (2008)
  • Todo está perdonado (2011)
  • Lo que no está escrito  (Ce qui n’est pas écrit) (2012)
  • Un árbol caído (2015)

Son profil Facebook, son compte Twitter, son blogue sur le site Hotel Kafka,

Mes commentaires

Carlos et Carmen se sont déjà aimés. Mais leur relation s'est terminée dans le drame. Et aujourd'hui, leur fils vit avec sa mère, Carmen, une femme indépendante. Le père, Carlos, n'ayant que quelques droits de visite. Les deux parents semblent avoir leurs défauts mais c'est Carlos, un aspirant écrivain, alcoolique et à tendance violente, qui semble porter tous les torts. Carmen adore son fils, Jorge, et le fait tout pour le protéger. Cependant, elle se sent un peu coupable de l'empêcher de voir son père, alors elle accepte que Carlos amène Jorge, qui a maintenant 14 ans, pour un week-end de camping afin que le père et le fils se rapprochent. Jorge aime son père mais semble terrorisé chaque fois qu'il est seul avec lui. Il a peur de le décevoir, peur de ne pas être à la hauteur. Il ne connaît pas son père et ne sait pas comment agir avec lui.

Et donc, Carlos vient chercher son fils pour un week-end qui, il l'espère, leur permettront de se retrouver, de se connaître mieux. Carlos trouve que Carmen couve trop leur fils et il veut donc que ce temps ensemble lui permettra de faire de son fils "un homme". Après le départ de son fils avec son ex-mari, Carmen découvre un manuscrit que Carlos lui a laissé. Une note lui demande le lire. Carmen commence donc à lire mais au fur et à mesure qu'elle avance dans sa lecture, l'angoisse l'envahit.

Le roman se divise en trois récits. Nous avons tout d'abord le récit du week-end de camping de Carlos et Jorge qui dérape. En parallèle, Carmen lit le manuscrit laissé par Carlos et s'inquiète de plus en plus. Et finalement, nous pouvons lire avec elle, l'histoire écrite par Carlos et qui raconte un vol et un kidnapping. Les trois histoires sont sombres, glauques, lourdes. Et même les lieux sont sordides et sinistres

Le livre est intéressant, la structure intriguante. Mais malheureusement, je n'ai pas réussi à me perdre dans le texte. Les personnages sont trop pénibles. Le fils est énervant, Carmen paranoïaque et Carlos, insignifiant. Les personnages du manuscrit sont légèrement plus intéressants, mais assez conventionnels : le truand, la victime, etc. Le style du manuscrit se démarque aussi du reste du roman, puisqu'il est en principe écrit par Carlos. C'est ce qui m'a en fait le plus intéressé du roman.

Mais je dois avouer que le roman m'a déçue. L'histoire entre Carlos et son fils est ennuyeuse. Ils ne se comprennent pas. Et on sent que l'auteur veut nous faire comprendre qu'un drame se prépare dans cette rencontre manquée entre le père et le fils. Mais au final, je ne cromprends pas trop pourquoi leur relation est présentée comme si désastreuse. À part une relation difficile entre un adolescent et son père qu'il ne connaît pas trop, ce qui est bien normal, je ne vois rien qui laisse anticiper un drame. Et donc, je ne comprends pas le drame final. C'est comme une réaction énorme de la part du fils pour pas grand chose... je sais bien qu'à l'adolescence tout est amplifié, mais j'ai trouvé cela un peu "gros" à digérer.

Et puis surtout, je n'ai pas réussi à comprendre l'angoisse de Carmen. Encore une fois on nous présente Carlos comme un père et un homme manqué. D'accord. Mais je ne vois pas ce que la lecture du manuscrit évoque en elle pour lui faire redouter le pire. Elle semble y voir le présage d'un drame, la concernant, concernant son fils. Elle y lit des menaces à peine voilées. Et si un drame arrive bel et bien, cela n'a rien à voir avec l'histoire du manuscrit. Vraiment je ne vois pas ce qu'elle voit. Alors, soit le personnage de Carmen est paranoïaque ou alors l'auteur n'a pas réussi à me transmettre ce qu'il voulait dire.

Je saisis l'idée de l'auteur et la mise en abyme du roman dans le roman, de la projection de nos peurs, etc. Mais pour moi, la lecture a été manquée et je n'ai vraiment pas vu ce qui n'était pas écrit et qu'on était supposé lire entre les lignes.

Les mots de l’auteur

« Les mariages ne se brisent pas quand on connaît la vérité de l’autre et qu’on découvre qu’il n’est pas comme on espérait. Ils se défont quand on se connaît enfin soi-même et qu’on se retrouve avec ce qu’on redoutait en secret de voir apparaître.» p. 54

« Ça, c’est tout le problème  avec la lecture, vous projetez sur le texte l’ombre de vos désirs ou de vos craintes, votre ombre à vous qui obscurcit la page jusqu’à ce que vous ne lisez plus que ce que vous vous attendez à lire, et tout parle de vous, et s’il y a une femme morte, ça ne peut pas être une simple montagne ni même une autre femme, quelle idée, il faut que ce soit vous, votre cadavre à vous, qui d’autre sinon. Vous lisez ce qui n’est pas écrit et, à partir de là, vous construisez l’auteur à la mesure de votre lecture. Car ce n’est pas l’auteur qui crée le livre, mais le contraire : c’est le livre qui, pour être lu, exige un auteur et qui par conséquent le construit à son image et à sa ressemblance.

Ce qui est écrit est toujours plein de contradictions, de changements de ton, d’impasses, d’omissions alarmantes ou de détails inutiles : seule la foi en l’auteur résout le sens de la lecture, on ne peut lire qu’en croyant qu’il y a un auteur, quelqu’un qui se rend responsable.

L’auteur est dans le livre, pas dehors. C’est le livre qui, pour être lu, nous oblige à imaginer qu’il a un auteur. Nous invitons l’auteur comme nous invitons des dieux.» p. 150

Pour en savoir un peu plus…

  • Article Wikipedia sur l’auteur en espagnol et en anglais
  • Article sur le livre dans le journal 20 minutes
  • Article dans le journal Le Huffington Post
  • Articles de Rafael Reig sur le site web du journal El Diario
  • Avis sur Babelio
  • Présentation du roman par l’auteur sur Youtube
  • L’avis de Yan sur le blogue Encore du noir !
  • L’avis de Velda sur Le Blog du polar de Velda
  • L’avis de Virginie Neufville sur la Cause littéraire
  • L’avis de Sandrine sur le blogue Tête de lecture : chroniques en partage
  • L’avis de Lucie Merval sur le site ZoneLivre.fr : l'Univers du roman policier et fantastique
  • L’avis de Philippe Lemaire sur On l’a lu : site de critiques et d’informations littéraires
  • L’avis de Jean Dewilde sur le blogue Jack is back again
  • L’avis de la Livrophile sur le blogue Conduite en état livresque
  • L’avis de Clarabel sur son blogue
  • Avis sur Cannibales lecteurs

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18 mars 2016

Quelque part avant l'enfer de Niko Tackian

enfer1Quelque part avant l’enfer / Niko Tackian. –[Paris] : Scrineo, c2015.—xx cm ; 317 p. –ISBN 978-2-3674-0204-8

Quatrième de couverture

Anna est miraculée. Après un accident et deux semaines de coma, elle est toujours en vie. Est-ce la promesse d'un nouveau départ ? Une chance avec son fils et son mari de tout recommencer ?

Mais de l'autre côté, l'espace d'une infime seconde, alors que sa vie était suspendue à un fil, elle a vu le tunnel, une lumière noire, et un homme lui promettant de la tuer...

Il la poursuit encore.

Pourquoi l'a-t-il choisie comme témoin de ses crimes ? Parfois, il vaut mieux ne pas revenir...

Un thriller psychologique haletant qui traite avec brio le thème de la mort imminente.

L’auteur

Nicolas  Tackian est né en 1973 à Paris en France. Il fait des études en Droit puis en Histoire de l’art. Connu sous le nom de Niko Tackian, il est scénariste et réalisateur,  principalement pour la télévision. Il a aussi été journaliste et rédacteur en chef pour différents magazines. On le connaît également enfer2comme auteur de bandes dessinées, notamment pour L’Anatomiste publié en 2005. Il publie son premier roman, Quelque part avant l’enfer, en 2015.

Page Facebook de l’auteur

Bibliographie partielle

  • Quelque part avant l’enfer (2015)
  • La nuit n’est jamais complète (2016)

Bibliographie et filmographie sur Wikipedia

Mes commentaires

Et un autre suspense qui m'a donné l'impression de voir un film. Il faut dire que l'auteur est encore une fois scénariste et réalisateur. Et de plus, il a écrit des BD. Il sait donc offrir un rythme soutenu à son texte et nous propose des images fortes. L'histoire est rapide, les chapitres courts et le texte est dense. La thématique est intéressante et il est rare qu'on nous parle de mort imminente dans ces termes. Le roman semble osciller entre le fantastique, le roman policier, le suspense et le thriller psychologique.

Anna est une jeune mère de famille qui vit des moments difficiles dans son couple. Après un accident de voiture, elle vit une expérience de mort imminente (EMI). Mais contrairement aux récits des gens ayant vécu une expérience similaire, Anna ne ressent aucune paix et ne voit pas de lumière blanche. Son expérience est noire, désagréable, malsaine. Et elle ne voit pas d'anges bienveillants ou des membres de sa famille qui l'accueillent, elle voit plutôt un homme effrayant qui la menace et lui promet de la retrouver et de la tuer.

Elle survit à son accident mais quand elle sort du coma Anna est dévastée par son expérience. Elle revit sans cesse ces moments de mort imminente. Elle se sent menacée, elle est convaincue d'avoir été témoin d'un meurtre et a peur pour sa vie. Sa famille veut l'aider mais elle semble sombrer petit à petit dans la folie et la paranoïa. Anna tente de comprendre ce qui lui arrive et ce qui lui est arrivé lors de son EMI. Alors qu'elle tente de trouver des réponses avec l'aide d'un professeur qui fait des recherches sur les EMI, des meurtres sont commis et Anna est convaincue que le meurtrier est celui de qui la poursuit dans ses rêves. Lorsque son fils semble menacé, Anna fera tout en son pouvoir pour le sauver.

Roman fascinant et très intense. Et dont la fin m'a complètement surprise. Anna est un personnage complexe, troublé, traumatisé par une expérience incroyable et qui se bat contre des démons... des démons réels et imaginés. Les personnages secondaires sont très intéressants également. Je n'ai pas parlé beaucoup de l'enquête sur les meurtres en série mais cet aspect est également très bien mené.

Mais l'intérêt de l'histoire réside vraiment dans le combat d'Anna pour comprendre ce qui lui arrive. Et nous cherchons avec elle un sens à toute cette histoire. J'ai particulièrement aimé l'aspect sombre de l'expérience de mort imminente contrairement à ce qu'on entend habituellement. L'auteur semble être bien documenté et son texte est solide.

J'ai beaucoup aimé l'atmosphère du roman. J'ai bien noté quelques petites invraisemblances et j'aurais aimé quelques petits indices tout au long du roman pour comprendre un peu mieux la fin. Mais en général, le roman est très bien construit et vivant. Un petit mot sur la structure du texte. Le roman a 317 pages et environ 70 chapitres qui sont donc très brefs. Cela donne un rythme intense au roman qui me semble essentiel à l'histoire - et qui rejoint le côté "film" et "case de bande dessinée". Mais en même temps, j'ai été un peu essouflée et le fait de changer contamment de chapitre m'a étourdie. Mais je le répète c'est un roman intense et solide.

Les mots de l’auteur

 « Elle décida d’avancer dans une direction, le nord, et s’aperçut qu’elle n’avait pas de chaussures. Étrangement ses pieds ne la faisaient pas souffrir, comme si le tapis de neige n’était pas réellement là. Elle fit quelque pas en avant jusqu’à atteindre le tronc d’un immense chêne. L’arbre se dressait vers le ciel et ses branches transformées en piques de glace pointaient dans toutes les directions comme les bras d’une étoile. En fixant le tronc, elle aperçut un symbole gravé profondément dans l’écorce : une spirale. » p.44

Pour en savoir un peu plus…

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16 février 2016

L’appel du mal de Lisa Unger

AppelMal2L’appel du mal / Lisa Unger ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Delphine Santos. – Paris : Éditions du Toucan ; 2014. – 413 p. ; 23 cm. – ISBN 978-2-81000-601-4

Quatrième de couverture

Lana Granger est étudiante en psychologie à l’université des Hollows, une petite ville tranquille de l’état de New York. Pour financer ses études mais aussi pour mettre ses connaissances en pratique, elle prend un emploi de baby-sitter auprès de Luke, un jeune garçon à l’esprit perturbé et au comportement étrange. Déjà renvoyé de plusieurs écoles, le jeune adolescent se révèle manipulateur et cruel, prêt à toutes les manœuvres, à tous les mensonges pour contrôler ses semblables.

Un soir, la meilleure amie de Lana disparaît brutalement du foyer universitaire. Les policiers entendent tous les étudiants et arrivent à la conclusion que l’alibi de Lana ne tient pas. Ils savent qu’elle ment. Et ils savent aussi que quelqu’un d’autre connaît ses mensonges…

En matière de dissimulation et de perversité, Luke aurait-il finalement rencontré plus fort que lui ?

L’auteur

Lisa Miscione est née en 1970 à New Haven au Connecticut aux États-Unis. Sa famille vivra aux Pays-Bas puis en Angleterre avant de revenir aux États-Unis et de s'installer au New Jersey. Elle fait ses études à l'Université New School for Social Research. Elle débute sa carrière dans le monde de l'édition à New York. Elle publie son premier roman en 2002. Ses quatre premiers romans sont publiés sous le nom de Lisa Miscione. Elle prendra par la suite le nom de son mari, JeffAppelMal1 Unger. Ses premiers romans sont réédités sous ce nom.

Elle vit présentement en Floride avec sa famille.

Bibliographie 

  • Angel Fire (2002)
  • The Darkness Gathers (2003)
  • Twice (2004)
  • Smoke (2005)
  • Beautiful Lies (2006)
  • Sliver of Thruth (2007)
  • Black Out (2008)
  • Die for You (2009)
  • Fragile (2010)
  • Darkness, My Old Friend (2011)
  • Heartbroken (2012)
  • In the Blood (L'appel du mal) (2014)
  • The Whispers (2014)
  • The Burning Girl (2014)
  • The Three Sisters (2015)
  • Crazy Love You (2015)
  • Ink and Bone (2016)

Site web de l'auteur, sa page Facebook et son compte Twitter.

Mes commentaires

Quelle belle lecture ! En plein ce dont j'avais besoin. Un bon suspense psychologique qui a su me surprendre. Une intrigue bien menée qui en dévoile juste assez au fil des pages.  Je croyais avoir tout deviné dès le début, mais j'ai été bien surprise des revirements. On finit par comprendre mais au gré des indices dissimés dans le texte. Lisa Unger nous offre un texte serré et intense. Elle dose le suspense parfaitement et elle nous fait découvrir ses personnages tranquillement. Et on arrive à la fin en disant "mais bien sûr j'aurais dû le comprendre". Évidemment, il y a certaines coïncidences un peu trop faciles mais rien de trop "trop".

Le roman débute par un meurtre troublant. Une petite fille, Lana Granger, est le témoin du meurtre de sa mère par son père. Celui-ci sera d'ailleurs arrêté et sera condamné à la peine de mort. Lana ira vivre avec la soeur de sa mère et refuse tout lien avec son père.

Nous retrouvons donc Lana alors qu'elle étudie la psychologie dans une petite université dans la ville des Hollows. C'est une fille un peu étrange qui a peu d'amis. Sur les conseils d'un de ses professeurs qui est un peu son mentor, elle prend un travail de gardiennage pour un garçon de 11 ans, Luke. Celui-ci vit avec sa mère et va dans un institut spécialisé pour enfants troublés. Malgré le fait que Luke soit violent et que sa propre mère semble en avoir peur, Lana décide de rester et d'aider cette famille. Luke, lui rappelle sa propre enfance perturbée et elle semble développer un lien avec Luke. Elle accepte de jouer à un jeu avec lui ; une sorte chasse au trésor. Rapidement cependant, le jeu devient malsain et semble avoir un lien direct avec le passé de Lana. Alors qu'elle se questionne sur les motivations de Luke, sa seule amie, Rebecca, disparaît mystérieusement du campus. Sa relation avec Rebecca a toujours été tumultueuse et avant sa disparition, plusieurs ont été témoins d'une dispute entre les deux amies. La police commence à se questionner sur Lana, surtout qu'il y a près d'un an, une autre fille a été trouvée morte sur le campus et qu'à ce moment, Lana avait été une des dernières personnes à la voir. Lana se sent menacer de toute part et a peur de voir son passé et ses secrets révélés.

Le roman de Lisa Unger m'a vraiment tenu jusqu'à la dernière page. Et l'écriture de Unger est impeccable. L'histoire est racontée selon le point de vue de Lana et nous alternons entre son présent et son passé. Nous suivons ses pensées et ses émotions. Elle n'est pas des plus sympatiques, mais j'ai fini par apprendre à la connaître et m'attacher à elle. Même si elle n'est finalement pas celle que je croyais ! Le texte bascule parfois sur les pages d'un journal intime d'un mère complètement dépassée par la maternité et surtout par son enfant. Le lien entre les deux histoires semble tout d'abord évident, mais ici aussi l'auteur nous réserve des surprises.

Le personnage de Lana est fascinant et déroutant. Mais les personnages secondaires sont aussi très intéressants. Spécialement Luke, enfant perturbé, violent, dérangeant. On parle peu des enfants violents qui sont naturellement méchant, mauvais. Devient-on psychopathe ou nait-on ainsi ?

Le rythme du roman est soutenu et le suspense constant. Mais c'est véritablement l'aspect psychologique du roman qui m'a tenue en haleine et m'a fait dévoré le livre en quelques jours. Je l'aurais bien terminé en une seule soirée si je l'avais pu !  

Les mots de l’auteur

« La proie se rend-elle complice de sa mort ? N’est-on pas séduit’ d’une certaine façon, par la beauté, la grâce, voire l’âme dangereuse du prédateur ? Ne voit-on pas dans ses yeux quelque chose qui titille notre curiosité, qui nous attire, qui va même jusqu’à nous hypnotiser ? Oui, je crois qu’on se laisse sciemment tenter par le danger. Quand on e tient au bord d’un précipice  et qu’on baisse le regard au sol, qui parmi nous n’a jamais imaginé basculer volontairement et faire la chute mortelle qui nous attendrait ? On ne ressent pas uniquement de la terreur à cette pensée, mais aussi un petit frisson d’excitation, non ? Ou bien est-ce que je suis la seule à voir les choses ainsi ? » p. 47

Pour en savoir un peu plus…

Page wikipedia sur l'auteur en français et en anglais

Avis sur Goodreads

Avis sur Babelio

Quelques avis : Cali Rise, Pampoune, Sandra Bonnélie, Marnie, Pierre Faverolle, Hylyirio, Marine Reigner

Posté par Laila_Seshat à 05:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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